Abbdelhak Bererhi 

Universitaire, Ancien Ministre de l’Enseignement Supérieur

Cette contribution devait être publiée au début du mois de novembre 2012 ! J’ai préféré la faire paraître après les résultats des élections locales, sachant que celles-ci ne sont qu’un leurre comme j’avais qualifié les élections législatives dans un précédent article.
Son contenu est par conséquent bien antérieur à l’attaque terroriste de Tigentourine et à l’intervention française au Mali. Après beaucoup d’hésitations, je me suis finalement résolu malgré tout à la publier aujourd’hui, considérant que la résistance citoyenne pour un changement démocratique est plus que jamais d’actualité dans une Algérie véritablement à la croisée des chemins.Sans aucun doute, l’Algérie est à la croisée des chemins tant au plan interne qu’externe.
L’urgence d’un changement réel du système politique qui prévaut depuis l’indépendance s’impose de plus en plus. Anachro ni que, le pouvoir poursuit sa fuite en avant, n’ayant su tirer les leçons ni du passé ni de la conjoncture nationale et internationale actuelle particulièrement préoccupante.
Une conjoncture pouvant, au niveau national, entraîner à tout moment une violence incontrôlable, une explosion de la rue, aux résultats incertains, voire dramatiques.Et ce, avec une possibilité d’ingérence et les risques d’une déstabilisation et d’une atteinte à l’unité nationa le, voire à l’intégrité territoriale si chèrement défendues durant la guerre de Libération nationale et tout particulièrement durant les négociations d’Evian.
Les exemples d’ingérence récente autour de nous sont suffisamment éloquents. Après l’Irak, le Soudan, le Yémen, la Tunisie, la Libye, la Syrie et pourquoi pas le Mali, l’Algérie ne risque-t-elle pas également de se voir programmée par les tenants de cette approche néocoloniale qui ne dit pas son nom, si la «situation» venait à l’exiger ? Malgré les efforts sécuritaires déployés, saurons-nous également appréhender et gérer les dangereux contrecoups qui ont commencé à se propager tout le long de nos vastes frontières (migrations de populations, armes, drogue, trafics de toutes sortes, terrorisme…) ?Un constat alarmantLe diagnostic a été fait et refait à profusion sur l’état de l’Algérie.
Politologues, économistes, sociologues, intellectuels, journalistes, ont dressé un tableau peu reluisant de l’état de notre pays sur tous les plans. La presse indépendante rapporte au quotidien des faits inquiétants ou des classements mondiaux périodiques de l’Algérie (indice du développement, corruption…) peu flatteurs.Les sondages sur les intentions de vote, les enquêtes d’opinion, les taux d’abstention records aux élections illustrent on ne peut mieux le fossé grandissant entre pouvoir et citoyens.Au plan politique, on assiste à une sidération, à une désarticulation de la classe politique et à une dégradation de la vie politique. En même temps, on assiste à une atomisation de ce qui restait comme opposition et à une désaffection citoyenne de la chose politique.Sans être réducteur, le diagnostic peut se résumer schématique ment ainsi:
– un pouvoir autoritaire anachronique, aux abois, au verbe démagogique et populiste coupé du peuple ;- un terrorisme islamiste plus que jamais présent et entreprenant, démontrant les limites, voire l’amoralité dans la manière dont a été conduit le processus de «réconciliation nationale» ;- une insécurité devenue endémique avec une exacerbation des fléaux sociaux ;- une économie sans vision prospective enfermée dans la rente éphémère des hydrocarbures, avec une corruption exubérante, endémique à tous les niveaux et une bureaucratie toujours présente.- Une économie important à tour de bras biens, produits et équipements, mais aussi des services, tout en laissant se poursuivre la fuite des cerveaux vers des cieux plus cléments. Une économie avec une agriculture qui marque le pas malgré les fonds investis, et avec une industrie naufragée, à l’agonie.-Une économie puisant à profusion dans le fonds de régulation, alors que d’autres pays, y compris non producteurs d’hydrocarbures, ont constitué des fonds souverains pour leurs générations futures ;- une école désarticulée, malade, préparant les futurs exclus de la société – une université à la recherche incessante de son cap, classée à une place peu reluisante dans le concert universitaire mondial ;- une santémoribonde

– une injustice sociale criante et insupportable, émaillée de suicides, d’immolations et de harga, avec une misère insoutenable et une paupérisation galopante ;

– une jeunesse désemparée et déboussolée, en mal de repères et de valeurs crédibles, dans une atmosphère de dérives sociales de toutes sortes ;

– une justice à la recherche de sa liberté ;

– au plan externe, une épée de Damoclès dangereusement suspendue, d’un éventuel droit et devoir d’ingérence, aux risques majeurs encourus bien connus. Et les cadres et les responsables honnêtes et compétents dont beaucoup sont marginalisés, certains ayant été touchés injustement dans leur dignité ou ayant eu à subir les affres des procès d’intention et de la chasse aux sorcières, sont malheureusement noyés dans l’ivraie du système.

Ce sont là, énumérés, les points de rupture entre un système obsolète et un peuple ; points de rupture, car il y a bien une crise de l’Etat, de son système et de ses institutions. Cette crise intervient à un moment où les aspirations des peuples à une vie meilleure, à la démocratie et à la justice sont devenues universelles. Elles se sont exprimées avec force ces derniers temps à travers «le printemps arabe».

Le peuple algérien, qui aspire depuis longtemps à ce changement, l’a initié en 1988, puis en 1992, sans succès, malgré de grandes souffrances, notamment celles de la décennie rouge. On peut dire, sans se tromper, que l’Algérie vit dans une bulle dont l’explosion peut déboucher sur un réveil aux conséquences qui pourraient être dramatiques.

Tout milite tant au plan national, régional qu’international en faveur d’un changement urgent, un changement à induire pacifiquement mais résolument, avec comme seule motivation, l’amour de la patrie.
Que faire et comment faire ? Résistons !

Ecrire, décrire, témoigner, analyser, constituent déjà un premier acte de résistance qui maintient en permanence ce un état de veille politique indispensable, nécessaire mais pas suffisant. Certes, se taire, c’est s’isoler, c’est abdiquer, c’est mourir un peu. Cependant, l’écrit seul, aussi courageux et pertinent fût-il, ne risque-t-il pas de nous confiner dans la confortable attitude de la «conscience tranquille» ?

Résister, c’est aussi agir. Comment dès lors rétablir la confiance et l’espoir citoyens ? Résistons en constituant des noyaux, des poches de résistance citoyenne pacifiques, sous forme de groupes de réflexion, de sensibilisation et d’action participant aux luttes sociales, justes et légitimes. En septembre 2008, j’avais évoqué la nécessité d’une démarche collective, d’une réflexion solidaire plus efficiente que des prises de position ou des actions isolées (…).

Aujourd’hui, dans un contexte interne de plus en plus préoccupant, avec un facteur externe interventionniste de plus en plus entreprenant, la notion de «résistance» s’impose et prend toute sa signification salvatrice.

Aussi, sortons du découragement et du défaitisme avec le : «Il n’y a rien à faire», et du fatalisme avec le «Est-ce que ça vaut le coup ?», ou du désabusé «Est-ce que ça sert à quelque chose ?» ; sortons également de l’illusoire confort du «Il vaut mieux ça plutôt qu’un saut dans l’inconnu» échaudés, il est vrai, par dix années de feu, de larmes et de sang.

Que de personnalités politiques, de cadres, de retraités et autres citoyens ne se croisent plus que dans les cimetières pour enterrer un proche ou un ami ou à l’occasion de commémorations ou de mariages.

Il faut rompre ce cloisonnement inter citoyen qui s’est constitué peu à peu avec le temps par un pouvoir décapant et chloroformant. D’aucuns parlent d’impasse politique, d’autres de «trahison». Ne portons pas de jugements de valeur, laissons l’histoire faire la décantation. L’heure est plutôt à la mobilisation de toutes et de tous, car l’Algérie risque d’aller droit dans le mur. Aussi, tombons nos casquettes partisanes, nos casquettes syndicales et même associatives. Sortons de notre silence et de notre isolement.

Agissons

sans précipitation, patiemment, pacifiquement, en identifiant, sans préjugés, tous les partenaires républicains.

Organisons-nous en groupes citoyens républicains partout, dans les quartiers, les lieux de travail, les universités… en suscitant en particulier l’intérêt et l’adhésion des jeunes. Hommes politiques, moudjahidine restés sur leur faim, intellectuels, hommes de culture, journalistes, cadres, universitaires, étudiants, travailleurs…, tous engagés et préoccupés uniquement par l’avenir du pays, peuvent et doivent déclencher ce processus, en contribuant à la mise en œuvre et à l’animation de ces groupes. Çà et là, des réflexions et des propositions se font, des groupes se mettent actuellement en place.

Démultiplions-les.

Le Web peut jouer un rôle important dans cette phase. Puis, faisons les converger, sans prééminence de l’un par rapport aux autres avec comme seul souci, la constitution d’une force de réflexion, de sensibilisation et d’action, une force crédible pour contribuer au changement que le peuple réclame à travers sa mal vie quotidienne et ses cris de désespoir incessants.

Le prix du changement est à la résistance dans l’action dans une convergence républicaine puissante et pacifique. Cette convergence sera l’aboutissement d’un mouvement citoyen organisé, mouvement qui avait vu un début de structuration à partir de l’année 2000 (mouvement des arches, forums citoyens, forum social, collectifs d’initiative démocratique…), et qui, malheureusement, ne put aboutir malgré des débuts prometteurs.

Une Conférence Nationale pour un Projet pour l’Algérie

Cette convergence débouchera sur une Conférence nationale, véritables assises républicaines. Il faudra sortir des sentiers battus et tirer les leçons des rendez-vous manqués, des multiples appels citoyens républicains restés sans échos, des tentatives de rassemblements démocratiques sans lendemain. Tirons les leçons de ce non-aboutissement.

Réfléchissons ensemble dans un esprit collectif débarrassé de l’individualisme et de la culture du leadership si préjudiciables. Dépassons faux clivages et procès d’intention. Dialoguons pour jeter les bases d’un projet pour une Algérie républicaine, une Algérie authentiquement démocratique (le CCDR avait ébauché un projet pour l’Algérie avec la participation efficiente du défunt, notre ami Hamid Aït Amara, et des conférences-débats tant politiques que socioéconomiques avaient été engagées). Un projet où le maître-mot sera celui d’une refondation profonde et totale du système.

Un projet prônant la pérennisation de la République par des garanties constitutionnelles, et l’édification de nouvelles institutions civiles, émanation de la volonté d’un peuple souverain. Un projet dont le citoyen sera la clef de voûte et la société civile un interlocuteur incontournable.

Un projet où la jeunesse sera le fer de lance, une jeunesse réconciliée avec son histoire, la femme l’égale de l’homme, avec une citoyenneté retrouvée et une solidarité nationale renforcée. Projet pour un développement durable au service de l’homme et des générations futures.

Un projet qui redonne espoir au peuple, un peuple qui a été réduit dans sa majorité à lutter au quotidien pour sa survie, traité par le mépris, réduit à se préoccuper uniquement de son panier, blasé du politique qui l’a déçu avec l’érosion du temps, un peuple s’enflammant seulement le temps d’une rencontre de football ou d’un exploit sportif international ; un peuple pourtant acteur décisif pour l’indépendance du pays, un peuple enthousiaste, réceptif et prêt à tout durant les premières années de l’Algérie libre. Enfin, un projet s’appuyant sur les acquis de la Révolution du 1er Novembre et les valeurs républicaines.

Les grands axes de la Plateforme

Reposant sur ces principes de base, l’esquisse de cette plateforme pourrait s’appuyer de façon non exhaustive sur les axes suivants :

– une démocratisation de la vie politique dans un Etat de droit, ouvert sur le progrès, la modernité et l’univer salité, un Etat où le temporel et le spirituel sont séparés dans un respect mutuel, où la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire est consacrée. La liberté de la presse et l’indépendance de la justice constitue ront des garanties essentielles de la démocratie ;

– un renforcement de la lutte contre le terrorisme et les fléaux sociaux, ainsi que celui de la sécurité du citoyen. Une politique économique, véritable redressement, favorisant l’investissement productif pour sortir de la funeste dépendance des hydrocarbures ;

– une économie orientée vers une diversification féconde (redéploiement de l’industrie, des PME, de l’agriculture), source de création de richesses et de nouvelles perspectives pour l’emploi ;

– une économie engagée résolument dans le développement durable, respectant biodiversité et environne ment, œuvrant pour une transition énergétique préservant les générations futures ;

– une refondation économique avec son pendant de réformes financières adéquates et de la mise en œuvre d’instruments efficaces et crédibles pour lutter contre la corruption et la bureaucratie. Bref, une économie capable de relever les défis de la compétitivité mondiale, pour répondre aux besoins nationaux et faire face aux aléas de la concurrence et des marchés internationaux ;

– une politique d’aménagement du territoire efficiente, avec une régionalisation dynamique féconde. Une école formant non seulement le futur acteur du développement, mais aussi le futur citoyen républicain, un citoyen fier de son identité plurielle, imprégné de l’histoire de son pays et de sa révolution, ouvert sur la connaissance, le progrès et l’universalité et à l’abri des manipulations idéologiques et politiques. Les ressources humaines sont le pilier du développement, car «il n’est de richesse que d’hommes» ;

– une université intégrée au développement, une université vivier fécond du savoir, de la connaissance et de l’innovation, une université miroir de la société, de la mémoire et de l’histoire, une université carrefour d’idées et de débats ;

– une restauration de l’enseignement technique et une réhabilitation de la formation professionnelle.

– une valorisation de la formation et de l’éducation permanente ;

– une politique de santé publique performante, proche des préoccupations des citoyens et des acteurs de son fonctionnement ;

– une justice sociale à l’écoute des préoccupations des citoyens ;

– une refonte du sport national à tous les niveaux (éducation physique-école, sport-université, sport-travail, sport-santé, sport-compétition, formation et recherche) ;

– une politique culturelle enracinée dans l’histoire et dans la Révolution de Novembre, avec une valorisation soutenue de notre patrimoine culturel. Une culture décomplexée, libérée et ouverte sur l’universalité ;

– une justice indépendante, marquée du sceau de la rigueur et de l’impartialité ;

– une politique extérieure symbolisant une Algérie forte, respectable et respectée, à la voix écoutée, maîtresse de son destin, une Algérie œuvrant pour la paix dans le monde, pour une Afrique forte et solidaire, pour l’édification du grand Maghreb, pour un monde arabe libéré et soudé, pour un partenariat méditerranéen de paix, de prospérité mais aussi d’éthique et de justice politique, et pour une coopération universelle diversifiée où partenariat, coresponsabilité et réciprocité prévaudront.

A travers tous les paliers de ce projet, la jeunesse aura une place de choix. Patriotisme, engagement, compétence et intégrité seront le dénominateur commun pour les acteurs de la mise en œuvre de ce redressement national, excluant tout clanisme, régionalisme, favoritisme et népotisme.

Un Pacte républicain et une transition démocratique

La Conférence nationale débouchera sur un consensus qui sera consigné dans un pacte national républicain ou une charte nationale d’un véritable projet de société. Une transition démocratique, patriotique, pacifique, excluant tout règlement de comptes et toute atteinte à l’unité nationale, une transition souple et réaliste pourrait mettre en œuvre cette démarche citoyenne consensuelle pour amorcer le changement démocratique avec toutes les conséquences y afférant : révision constitutionnelle, lois sur les partis, sur la vie associative, le code communal et wilayal… lois sur l’information, les libertés syndicales… la vie associative… ; bref, une démocratisation de la vie politique. C’est à une véritable refondation politique du système que nous devons nous atteler. En effet, concernant l’élection présidentielle 2014, le problème n’est pas celui d’être contre un quatrième mandat.

Le problème majeur, c’est celui du changement de système, système de la cooptation et du consensus.

Même s’il n’y a pas de quatrième mandat, pour une raison ou pour une autre, si le système perdure nous aurons encore une fois droit au choix d’un candidat «moins mauvais», avec un lâcher de lièvres qui n’attendent que le coup de starter, pour peu qu’ils se partagent les miettes du pouvoir.

Les urnes, transparentes physiquement , resteront plus que jamais opaques et même si elles ne sont remplies qu’au tiers, elles seront à la proclamati on des résultats aux trois quarts pleines. La démarche idéale et la plus logique serait d’avoir des élections libres.

Cependant, le risque d’un résultat sanction reste réel, la Tunisie, l’Egypte et la Libye en sont un exemple éloquent. D’où une solution intermédiaire, la plus sage, est celle de la mise en œuvre d’une transition «douce», pour préparer une alternative démocratique avec un programme, une équipe et un homme, qui prendront d’abord pendant une période déterminée, équivalente éventuellement à un mandat, des mesures et des actions urgentes pour rétablir la confiance et l’espoir chez les citoyens.

Ensuite, comme cela a été dit précédemment, mettre en œuvre un programme politique avec la mise en place d’institutions crédibles. Le tout reposant sur une gouvernance animée par des femmes et des hommes choisis pour leur engagement, leur compétence et leur intégrité. Tout cela pour dire que ceux qui ont fait et défait jusqu’à présent «les rois», doivent réagir et envisager une démarche de sauvegarde de l’Algérie.

Sinon, à terme, si le même processus de gestion du pays se poursuivait, la descente aux enfers serait alors inéluctable. L’explosion de la «bulle» d’une rue longtemps contenue malgré les soubresauts sociaux risque de mener le pays au chaos, avec une déstabilisation régionale terrifiante, «un Maghrebistan» sanglant, débouchant sur une intervention directe, sans état d’âme, des puissances étrangères dans le seul but de préserver leurs intérêts.

Cette transition pour préparer l’alternative démocratique peut revêtir plusieurs formes. Le CCDR en son temps avait proposé, dans son manifeste du 16 avril 2002, une démarche pour une alternative démocratique, rapportée par la presse indépendante et dont avaient été destinataires tous les partis démocrates, des associa tions de la société civile, et l’institution militaire. D’autres formulations partisanes, associatives ou individue lles avaient été également proposées.

Par ailleurs, le CCDR avait inscrit son action pour la présidentielle de 2004 «dans un processus de transition démocratique progressive» en apportant son soutien à Ali Benflis, sur la base de l’engagement de ce dernier «d’inscrire sa candidature dans une perspective d’alternative républicaine» (cf. communiqué du CCDR du 22 novembre 2003).

Ce qui est certain, c’est que le problème et la solution ne peuvent pas être ceux d’un homme, car il n’y a pas d’homme providentiel ; le problème est celui du changement d’un révolu système et d’une démarche démocratique privilégiant la formule — un programme, une équipe, un homme. Si les données politiques restent en l’état, aucune illusion à se faire pour 2014 qui ne pourra être qu’une étape supplémentaire pour le maintien du statut quo, et ce, quel que soit le locataire «élu» d’El Mouradia.

Même si nouvel «élu» il y a, quelle que soit sa «bonne volonté» d’ouverture et de bonne gouvernance, il ne franchira jamais certaines lignes qui lui seront tracées, préservation du système oblige, à moins d’un «cataclysme politique» imprévu ! Aussi, plutôt qu’attendre un «miracle» fictif et utopique, attelons-nous résolument à la tâche pour une formulation consensuelle nationale pour le changement, pour une alternative démocratique gage de sauvegarde pour notre pays.

Cette proposition n’est ni un appel ni un manifeste. C’est une démarche soumise à discussion, pour aboutir à un changement démocratique et pacifique, avec des étapes privilégiant dialogues et débats citoyens, prélude à une vraie démocratie participative. La presse indépendante aura à jouer un rôle majeur en faisant connaître notre action, en la commentant, en l’enrichissant, en démultipliant le débat à travers des tribunes citoyennes.

Le Web sera un outil important non seulement pour la constitution des groupes, mais aussi pour le débat intra et intergroupes, et pour aider à la convergence.

La tâche sera rude

Il est certain que la tâche sera ardue, rude, très rude. Elle sera rude sur un double plan :

– au plan interne, compte tenu de la désaffection citoyenne, de la défiance et de l’indifférence des citoyens à l’égard du politique, ainsi que de l’isolement, voire du découragement de beaucoup d’hommes politiques, intellectuels, universitaires et autres. Le pouvoir a réussi avec le temps à provoquer l’usure, à semer le doute chez le citoyen devenu méfiant et suspicieux à l’égard de toute proposition et de tout projet d’où qu’ils viennent, aussi honnêtes et indépendants fussent-ils ;
– au plan externe, par l’attitude des pays occidentaux prêts à intervenir directement à tout moment, et, ou à coopérer avec des régimes fussent-ils islamistes, pour peu que leurs intérêts soient préservés ; et pour cause, un régime démocratique est moins facile à manipuler et à manœuvrer !

Pensant pouvoir instrumentaliser l’islamisme, ces pays jouent avec le feu.
L’exubérance salafiste et les menées criminelles des djihadistes sont l’expression la plus visible du danger islamiste qui nous guette.

Ces pays ne semblent pas avoir tiré de leçon d’un passé récent particulièrement douloureux. La déclaration du président égyptien, le frère musulman Morsi, «la démocratie est un chemin sur la route de la charia», est des plus édifiantes !

Il est vrai que cette attitude des puissances occidentales ne voyant que leurs intérêts géostratégiques et économiques remonte notamment au fameux pacte du Quincy (1945), pacte toujours d’actualité, sans parler des accords secrets de Sykes-Picot (1914) pour le partage du Moyen-Orient en zones d’influence (le fameux projet du GMO en est le continuum naturel), accords sources de bien d’injustices et d’émergence de dictatures arabes.

Dictatures auxquelles les puissances occidentales apportèrent un soutien constant durant plusieurs décennies pour préserver leurs intérêts et, affirmaient-ils, pour faire barrage au terrorisme islamiste. Comme du reste les bases de la future Al Qaîda furent jetées en Afghanistan, avec le soutien apporté aux taliban pour combattre les Soviétiques, avec les conséquences mondiales dramatiques que l’on sait, avec un terrorisme islamiste devenu un chancre transnational.

L’Algérie qui paya un lourd tribut à ce fléau n’avait reçu aucun soutien. Touchés à leur tour dans leur chair et leurs intérêts, les puissances occidentales finirent par reconnaître sa dimension internationale et se décidèrent alors de le combattre.

Aujourd’hui, elles apportent leur soutien aux révoltes arabes pour la démocratie, tout en affirmant, répétons-le, coopérer avec n’importe quel régime, pour peu que leurs intérêts soient saufs. Et l’ONU de rester soumise au diktat du veto dont elle est toujours l’otage. Et la Ligue arabe de montrer toujours son inconstance, son incurie, sa stérilité et son incapacité à défendre une cause arabe aussi juste fût-elle ; la Palestine et les souffrances endurées par le peuple palestinien en sont l’exemple le plus édifiant.

Concernant l’Algérie, les satisfecit ont fusé après les législatives et les locales, et la simple annonce de réformes politiques a été qualifiée d’avancées démocratiques ! C’est tout dire ! La récente visite du président Hollande fut d’un grand «réconfort» pour le pouvoir en place, avec en contrepartie des dividendes politiques et économiques conséquents.
L’année 2014 ne sera qu’une étape, quel que soit le locataire d’El Mouradia. Le facteur externe est à prendre sérieusement en considération. Il a toujours été présent dans notre vie politique sans trop apparaître.

Aujourd’hui, après l’Afghanistan, l’Irak, le Soudan…., avec les révoltes arabes et les soulèvements africains, l’intervention étrangère sera plus directe pour la préservation des intérêts des grandes puissances. Par le passé, il y avait le projet du «grand Sahara pétrolier», aujourd’hui il y a celui du grand Sahel et la séparation artificielle, Afrique blanche et Afrique noire, le GMO…

C’est à une sorte de «Yalta» du XXIe siècle auquel on assiste, un processus sans pitié pour les faibles avec une répartition des rôles et des tâches entre les puissants. Dans un tel contexte, il va de soi que notre démarche pour un changement démocratique ne recevra pas que des encouragements ! Oui, le chemin du change ment et de la démocratisation sera ardu, très ardu ! Cependant, malgré tous ces aléas et les embûches potentielles, citoyens républicains résistons ! Ne baissons pas les bras et ne sombrons pas dans les maux funestes que sont le fatalisme et la résignation, avec leurs corollaires, le désespoir et l’indifférence.

Mobilisons-nous pour élaborer ce Projet pour l’Algérie, un projet déterminant pour son avenir, dans un monde en ébullition, où les plus forts dictent leur loi. Organisons-nous et faisons converger nos forces et nos efforts démocratiquement, pacifiquement, mais résolument pour le changement tant espéré. Un changement à notre portée si nous nous y engageons, si nous y mettons le prix. Le temps et l’histoire y travaillent inexorablement. Citoyennes, citoyens républicains, osons ! Résistons pour sauver l’Algérie !