Un jour vous serez bien obligés de quitter vos cimes pour affronter vos victimes, même si vous avez tout prévu pour être enterrés comme vous avez vécu, dans l’obscénité, l’usurpation et la violence, entourés de tous vos cerbères.

Vous n’avez connu que les capitoles, les salons VIP, les cortèges officiels et les chars, et c’est ainsi que vous serez enterrés, sous un ciel gris, avec bruit de bottes et coups de canon, avec cortèges et clairon, vous rejoindrez votre dernière demeure après avoir traversé des artères nettoyées et interdites à la circulation, où seuls les sirènes et les appels Talki Walki auront droit de cité, vos aurez droit à des obsèques officielles, formelles et étatiques, mais pas un seul ami parmi ces foules, pas un seul ne vous bénira, pas un seul ne se recueillera, pas un ne lira une prière, à part cet Imam entretenu qui viendra réciter un texte sans âme sous l’oeil des caméras, où de l’autre côté des écrans, le peuple vous maudira et les familles de vos victimes en larmes, lèveront de nouveau leurs mains au ciel pour réclamer justice auprès l’éternel.

L’enterrement d’Amar Ezzahi, un artiste qui a refusé de chanter pour vous et surtout de chanter pendant que les sang des innocents coulait, est mort dans le dénuement mais dans la dignité, une dignité dont vous ignorez le sens, la portée et la valeur.

Hélas, si tout ce qui vous entoure et vous attire a un prix, c’est parce que vous ignorez que les choses qui ont de la valeur n’ont pas de prix, et avoir toute cette foule prier en larmes et porter un cercueil à pieds, est le spectacle que vous ne pourrez jamais vous payer.

Au fait, ne craignez vous pas que la foule qui s’est déplacée pour Ezzahi revienne un jour à Bab El Oued Echouhada ?

Z.A;