Abdelouahab Mokhbi

Le très conciliant Fatah s’évertue à édulcorer le désespoir d’un peuple dont le leader historique et charismatique, Yasser Arafat, a été sans doute assassiné à cause de sa détermination de placer une limite à la spirale effrénée des concessions. Sa déclaration : « je ne serais jamais le Hamid Karzaï palestinien» lui a certainement été fatale. Yasser Arafat a été empoisonné par Ariel Sharon. Ce dernier avait fait des aveux à Uri Dan, son ami et confident, dans Entretiens avec Ariel Sharon, un livre qui a disparu des vitrines des librairies françaises à la vitesse de l’éclair , rapporte Isabel Pisano, célèbre journaliste espagnole et dernière campagne de l’icône de la cause palestinienne, dans son livre Yasser Arafat, Intime/ la passion de la Palestine ; Manifestement, le feu vert pour l’assassinat fût donné par Bush dans son discours sur le Proche-Orient, du 24 juin 2002 marqué par son appel au remplacement de Yasser Arafat en contrepartie de l’éventuelle création d’un état palestinien.

Les leaders emblématiques du Hamas qu’étaient cheikh Ahmed Yassine et Abdelaziz al-Rantissi sont successivement assassinés ; le premier sera victime, dans son fauteuil d’impotent, d’un missile israélien durant la seconde intifada, le 22 mars 2004, le second sera éliminé le 17 avril. L’élimination physique de leaders palestiniens charismatique est une pratique assumée par Israël pour cultiver la discorde dans les rangs palestiniens. Ces crimes éclaboussent évidemment la conscience des puissances qui sont si promptes à édicter les normes dans les relations internationales semblent avoir signé un chèque en blanc à Israël pour l’exercice dérogatoire du terrorisme d’état.

Tous ces bien-pensants qui s‘arrogent la prérogative exclusive de dire le droit, administrent une justice internationale à géométrie variable. Selon que certains soient nés sous les auspices favorables d’une étoile ou que d’autres soient musulmans, les institutions mondiales les blanchissent des pires agissements ou au contraire bénissent toutes les forces du mal qui se ligueraient pour leur faire regretter d’être né afghan, irakien, tchéchène ou palestinien. Il est probable qu’il soit dans l’ordre des choses que les privilégiés oppriment les défavorisés.

A Auschwitz, la structure sociale du camp reposait sur cette loi monstrueuse. Primo Levi décrit, dans son livre, comment les déportés juifs les plus démunis, les plus faibles qui ne possédaient ni ressources ni n’étaient assez astucieux pour monnayer des faveurs à leurs geôliers étaient surnommés par les plus anciens et donc plus débrouillards parmi leurs coreligionnaires, à peine mieux lotis, « Muselmann» (musulman). La haine de l’autre comme cataplasme sur les tourments du bagne ! François Mauriac n’a peut-être pas tord, lui qui disait qu’il faudrait pouvoir dire ‘faire la haine’ comme on dit ‘faire l’amour’  » C’est bon de faire la haine, ça repose, ça détend  »

Obama, Sarkozy : même combat !

La main ointe du soutien indéfectible à l’Etat d’Israël, Barack Obama, du Caire, la tend aux musulmans. Il semble leur indiquer le seuil à ne pas transgresser, celui de l’accès effectif aux libertés fondamentales et à l’exercice de démocratie. Son franchissement est interdit aux peuples du monde musulman tant qu’ils persistent à ressentir El Qods comme une fêlure dans leurs cœurs, dans leurs âmes. La libération des peuples du joug des autoritarismes générerait une énergie qui déjouerait beaucoup de calculs géostratégiques.

En premier lieu, elle menacerait l’impunité dont jouit Israël et perturberait le génocide organisé à coup de massacres répétés contre les populations civiles, maintenues constamment sous la pression de toutes sortes d’exactions, de privations et d’humiliations. Pendant que les dirigeants occidents s’acoquinent avec tous les potentats qui leurs sont utiles pour perpétuer l’asservissement des masses arabes, leur propagande, placée sous la bannière de l’oncle Sam se transmute en opinion publique ; elle nous est distillée par des médias qui brillent par leur vassalité aux tenants du sionisme. Ils brandissent le spectre du terrorisme pour annihiler en nous toute velléité de résistance.

Aout 2006, Georges Cormes4 observait, très pertinemment, dans une interview à El Watan que c’est l’aplatissement des gouvernements arabes qui dégageait aux Américains et aux Israéliens la voie pour « continuer dans la politique de la canonnière». Les récentes frappes meurtrières israéliennes du vendredi 08 janvier de cette nouvelle année relèvent de la célébration du génocide et des crimes contre l’humanité qu’Israël a impunément commise contre Ghaza la martyre. Histoire de rappeler au monde qu’Israël entend fermement dissoudre le « problème palestinien» dans un bain de sang. Une sorte de piqure de rappel pour immuniser le monde contre les abominations qui lui restent à accomplir, le cœur vaillant, le cœur définitivement endurci ! Pendant ce temps, l’Occident docilement mené par le sionisme international, tel un taureau tenu avec un anneau dans les naseaux, s’occupe comme il peut. Il s’évertue donc au nom de la civilisation à faire la leçon au monde musulman et à chercher noise à l’Iran.

En vérité, les valeurs de liberté et de démocratie, déclinées sous toutes leurs formes, sont fondatrices de la civilisation islamique. Elles sont contenues dans la sentence historique d’Omar Ibnou El-Khattab, deuxième Khalife, admonestant le gouverneur d’Egypte, « Depuis quand vous est-il permis d’asservir des hommes alors mêmes que leurs mères les ont mis au monde, libres !» Cri du cœur d’un homme qui transperce les siècles et leur sert de légende. Cet homme est le produit d’une société ayant bâti une civilisation lumineuse sur un livre inaltérable et qui a définitivement décrété que l’assassinat d’une seule personne innocente vaut pour crime contre l’humanité toute entière.

Cette loi prescrite par le verset 32 de la Sourate 5 El-Maïda (Le plateau servi ou le Festin) aux enfants d’Israël est fondamentale et bien évidemment antinomique de toute définition qui circonscrirait ce crime inexpiable aux seuls crimes commis à l’encontre d’une quelconque communauté ou peuple, fût-il élu ! L’Occident, présomptueux, frisant l’outrage au genre humain, patauge dans l’indignité en couvrant les mensonges, les usurpations de terres, les déportations et le génocide en Palestine. La complicité de l’Occident dans l’émergence d’un Israël incontestable va jusqu’à lui préparer un écrin : pour Sarkozy, se serait, l’Union Pour la Méditerrané (UPM), pour Barack Obama, qui ne déjugera sans doute pas l’administration de son prédécesseur, il poursuivra la concrétisation du Grand Moyen-Orient (GMO). L’angle est différent, la vision est la même : délimiter une région majoritairement arabe où l’hégémonie d’Israël pourra se déployer sans contrariétés.

Abdelouahab Mokhbi Algerienetwrok