Abdelouahab Mokhbi

Conséquence directe de la neutralisation de l’Egypte avec les accords de camp David du 17 septembre 1978, l’armée israélienne envahit le Liban pour traquer les palestiniens en exil. Beyrouth soumise à des bombardements apocalyptiques sans répit est transformée en brasier. Présent en France, je suivais avec beaucoup de tristesse les malheurs des peuples libanais et palestinien.

Le 9 aout un attentat est opportunément commis contre le restaurant juif Goldenberg, de la rue des rosiers, dans le quartier des Marais à Paris. Toute l’actualité proche-orientale dans la presse écrite et les journaux télévisés en France est alors phagocytée par l’événement. Les atrocités et les souffrances que l’armée israélienne fait endurer aux populations sont quasiment reléguées au niveau de banals faits divers. Naturellement, les leaders de la communauté juive étaient quotidiennement invités. Ils convinrent tous d’imputer aux medias français l’attentat; .les désignant ainsi à la vindicte de l’opinion publique.

Le président du CRIF, évidemment incontournable, eut même un argument aussi irrecevable qu’abjecte. Il soutint l’accusation en reprochant aux médias de “parler de centaines de mort alors qu’il ne s’agit que de dizaines”. Yves Mourousi le célèbre et iconoclaste présentateur du JT qui officiait sur TF1 n’esquissa pas le moindre geste pour récuser cette manière pour le moins insultante d’apprécier le travail des journalistes. Il ne broncha pas mais saisit l’occasion d’avoir le correspondant de la chaîne au Liban pour presque le sommer de se justifier.

L’indignation du grand reporter fusa comme un authentique cri du cœur.”Je sais que nous avons été traités de salauds, mais nous ne montrons et ne parlons que de ce que nous voyons. Les vrais salauds sont ceux qui bombardent Beyrouth par air ciel, par mer et par terre.” Je regrette de ne pas avoir retenu le nom de cet envoyé pour dire le prix qu’il a eu éventuellement à payer pour son audace. Cet été là, les soldats français furent traités de “salauds” par les israéliens pour s’être interposées entre l’armée et les avec les réfugiés palestiniens civils, pardon, je devrais dire les factions palestiniennes.

“Salauds” pour avoir fait barrage à la barbarie d’une soldatesque décidée au massacre. Empêché de commettre le pogrom contre les palestiniens, les généraux israéliens se sont alors déchaînés en invectives contre « les français». Aucun officiel français n’a osé le moindre frémissement de lèvres pour répondre à l’affront. Aucun élu, aucun intellectuel, encore moins de journaliste n’ont osé évoquer l’honneur d’une armée française insultée.

Les forces, qui régentent le monde, avaient observé les carnages avec la même complaisance qu’à Ghaza 2009. Certaines consciences douteuses, justifièrent les bombardements meurtriers et impitoyables des populations civils par leur caractère défensive pour l’Etat hébreu. Une obscénité à la mesure du crime ; Avant que Ghaza ne soit plongée dans le noir et l’horreur, les lumières se sont d’abord éteintes dans le cœur des gouvernements occidentaux qui semblent avoir accordé carte blanche à l’entreprise génocidaire d’Israël.

Deir Yassin (9 avril 1948), Beyrouth 1982, Cana, 1996 et 2000, Djénine ou Djeninegrad, comme l’a si justement renommé Yasser Arafat l’autre ville martyre de la Palestine, Sabra et Chatila , Naplouse, le Liban 2006 ou Ghaza 2009, qu’importe le lieux quand l’abomination est la même. Toute velléité de revendication de justice est suspecte de terrorisme
Abdelouahab Mokhbi: Algerienetwork