Abdelouahab Mokhbi

L’espérance est dans le réveil de la conscience des hommes et des femmes qui jour après jour construise un monde nouveau qui transcende l’égocentrisme occidental. Les nationalismes obtus qui se sont doté d’une puissance destructrice inouïe en se nourrissant des d’injustices les plus criardes au prix d’oppressions les plus intolérables sont moribonds.

Ce monde où les calculs prétendument géostratégiques bafouent les plus élémentaires principes d’humanité disparaîtra, même si quelques récalcitrants imbus de leur puissance continuent à ressasser les mêmes arguments perfides pour se dérober au jugement de l’histoire derrière le paravent « d’une mission civilisatrice.»

J’ai une pensée émue pour l’Abbé Pierre, cette silhouette frêle qui réussissait avec sa vulnérabilité à entretenir cette espérance dans une humanité nouvelle. Abdelkader Dehbi, dans un vibrant hommage intitulé « L’apôtre de l’Emmaüs moderne est mort» (El-Watan du 23 janvier 2007), rappelait, le courage qu’a eu cet homme en soutenant, au printemps de 1996, « le grand philosophe Roger Garaudy dont la parution du brillant et solide essai historique documenté intitulé Les mythes fondateurs de la politique israélienne avait provoqué une vague inimaginable d’obscénités et d’indécentes indignations dans les milieux bien pensants de la société et de la presse françaises inféodées jusqu’au cou aux lobbies sionistes et atlantistes.»

L’Abbé Pierre, l’homme le plus aimé des français fut « censuré » et « sermonné » par le cardinal Lustiger nous apprend Henri Tincq, du journal Le Monde (édition du 24.01.07.). Il souligne le « caractère antisémite» de l’ouvrage de Roger Garaudy auquel il attribue le titre mensonger : »Les mythes fondateurs de la Shoah ». Or le philosophe s’attaquait clairement aux mythes fondateurs de l’état d’Israël, c’est-à-dire au sionisme politique. Il n’abordait absolument pas la Shoah.

C’est explicitement énoncé dans le titre et magistralement développé dans le texte. Mais il est n’est pas commode de faire passer l’Abbé Pierre pour un négationniste de la Shoah ni pour un antisémite, d’autant que, à l’inverse de son ami Roger Garaudy, et à l’évidence, il n’était pas musulman. Dans ces conditions mentir sciemment devient nécessaire même pour un journaliste du journal Le Monde, le faire grossièrement est acceptable pourvu que s’appuyant sur l’accusation effectivement dirigée par l’Abbé Pierre au « lobby sioniste international » à propos la fausse polémique fomenté et cousue de fil blanc dont le but indubitablement étaient de faire la peau aux deux vénérables et authentiques penseurs.

Pour rappel, Roger Garaudy, s’était plaint en 1983 d’avoir été menacé de mort à l’occasion de la sortie de son livre-dossier intitulé « l’Affaire Israël : le sionisme politique» (Edition Papyrus). Henri Tincq d’un revers de main rejette l’accusation de l’Abbé Pierre, comme s’il elle émanait d’un quelconque affabulateur ; Cliché éculé nous dit-il. Le lobby sioniste n’existerait donc pas !

Dormez tranquilles braves gens de France et de Navarre. Raymond Barre affabulait donc lorsqu’en plein conseil des ministres. Mitterrand, oui François Mitterrand, dont Itzhak Rabbin avait dit : « Je n’irai pas jusqu’à dire que François Mitterrand soit un militant sioniste, mais c’est certain, il est le meilleur ami d’Israël.», lui, aussi, affabulait sur « l’influence nocive du lobby juif » lors d’une conversation entre lui et l’écrivain prolixe Jean d’Ormesson qui relate dans son livre, Le rapport Gabriel, la conversation entre les deux hommes en mai 1995, portant notamment sur l’affaire Bousquet. En réalité, ce qui n’était pas pardonné à l’Abbé Pierre, c’est la compassion qu’il avait témoigné avec constance au peuple palestinien, sa dénonciation des crimes commis au nom d’une promesse douteuse et surtout le reproche sans ambiguïté fait à la création en 1948, d’un Etat au prix d’incessantes et inacceptables exactions dont pâtissent les palestiniens. Il ne craignit pas d’écrire, en 1991, « Je constate qu’après la formation de leur Etat, les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux. Ils ont pris les maisons, les terres des Palestiniens.»

L’Abbé Pierre, disait lui-même, qu’en transgressant un tabou il ne s’attendait pas à être félicité. Il fut exclu de la LICRA sans ménagement et encore moins de considération pour la place qu’il occupe dans le cœur des français. Les attaques médiatiques contre l’Abbé Pierre et surtout contre Roger Garaudy montrèrent combien les bien-pensants peuvent être aussi féroces quand ils ont de véritables éveilleurs de conscience à se mettre sous la dent.
Autres victimes collatérales

Evidemment, il existe des hommes de cœur et de courage qui ne souscrivent pas à la pensée imposée. Cependant, dès que quelqu’un s’avise de s’affranchir des dogmes établis pour tenter de comprendre la complexité du conflit et de démêler objectivement et honnêtement l’écheveau proche oriental, il est vite neutralisé par des tirs de barrages qu’il essuiera jusqu’à la capitulation sans condition. Il ne survivra médiatiquement que s’il fait amende honorable.

Le zèle des convertis peut justifier qu’on redonne la plume ou la parole au primo-contrevenant. Sinon c’est une victime collatérale de plus. Au suivant !

Alain Menargues, éminent journaliste de RFI spécialiste aguerri du Proche-Orient fut destitué de son poste de responsabilité pour avoir osé mettre en exergue les fondements racistes du mur de la honte et ses visées annexionnistes des meilleurs terres de la Cisjordanie. En un mot pour avoir émis des idées éloignées des thèses sionistes qui doivent être déclinés, ânonnées par les carriéristes des médias français comme un véritable catéchisme. Exclu, interdit de parole, il interpelle dans une émouvante lettre le directeur du monde diplomatique : « Me voici donc, avec mon livre-grand reportage « Le mur de Sharon», condamné à l’autodafé en Place de Grève par de Grands Inquisiteurs. Mon crime d’hérésie ? Mon fait de sorcellerie ?»

Toutes les interrogations ne restent pas longtemps sans réponse. la réplique à l’insolence de Pascal Boniface qui a transgressé la ligne rouge en commettant un livre au titre explicite, « Est-il permis de critiquer Israël ? » (Editions Robert Laffont) fut plutôt rapide. Il fut sérieusement inquiété dans sa fonction de directeur-fondateur de L’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques). On ne prend pas, en France et ailleurs, la liberté de réfléchir librement sur le conflit palestino-israélien en toute quiétude. Impérativement, Tôt ou tard, vous serez frappés de l’anathème de l’antisémitisme. Et si d’aventure vous avez développé des arguments pertinents, cela vous sera facturé en circonstances aggravantes.

Abdelouahab Mokhbi: Algerienetwork