Ghardaia : De la Balkanisation Linguistique au Tribalisme Ethnique

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Zalani Azzedine

Avant de tenter une explication des troubles entre les communautés de la vallée du Mzab devant ce qui semble être de toute évidence un énorme scénario pré établi, visant le Sud algérien dans son ensemble et les zones pétrolières en particulier. Cette entreprise, dénoncée en vain depuis longtemps, déploie sous nos yeux, dans ce qui semble ressortir d’un déterminisme inéluctable, la mise en action de forces centrifuges dont les activistes principaux se recrutent principalement dans les milieux ethnicistes des deux communautés concernées.

Les chefs de file Mozabites, semblent ignorer ou sous estimer, la mise en danger potentielle de milliers de familles Ibaditesites implantés depuis des lustres dans l’ensemble des villes du pays et exerçant souvent un commerce des plus sain et dans un environnement des plus paisible. Les forces qu’elles affrontent au niveau du Mzab, ont des relais tout aussi fanatisés non seulement sur l’ensemble du territoire algérien, mais également en Tunisie (Djerba) et en Libye (Djebel Nefoussa) et dont les États ne seront pas en mesure d’en assurer la sécurité. Leur alignement sur des thèses qui n’ont plus rien avoir avec la revendication ou l’action amazighe à l’échelle Nord Africaine risque en outre de leur faire aliéner l’énorme capital de sympathie que la communauté mozabite a su engranger depuis la fondation de l’Etat berbère Rostémide, et premier Etat musulman au Maghreb Centrale dont la capitale fut Tiaret ( Ta Haret ), jusqu’à l’engagement de la communauté Mozabite pour la libération du Pays, dans sa totalité et l’intégration du Sahara à l’Algérie.

Enfin nul ne doit oublier que les paroles de l’Hymne National que les Algériens entonnent avec passion sont l’œuvre du Mozabite, Moufdi Zakariya.

Les arguments mis en avant de part et d’autre, s’appuient sur des appartenances religieuses sectaires ou un communautarisme ethno-linguistiques ( Arabes Chaambis Malékites contre Berbères Mozabites Ibadites). Les aspects liées à la citoyenneté commune (Algérianité), les difficultés socio économiques de la jeunesse locale, ainsi que les enjeux stratégiques internationaux évidents, semblent passer au second plan quand il ne sont pas tout simplement ignorés. Il est d’une importance primordiale de noter que les deux ailes extrêmes des deux communautés s’appuient sur des forces extérieures à la région et au pays :

1°) Des réseaux et relais des puissances Bédouines de la Péninsule Arabique et du Golf auteurs et complices de la destruction programmée des États Nations multiséculaires du Moyen Orient ( Palestine, Liban, Syrie, Irak ), des fragiles États de la Ligue Arabe ( Somalie, Soudan, Libye Yémen ) ou de nouvelles cibles ( Égypte, Tunisie, Algérie) ces dernières ayant accomplis la phase de fermentation nécessaire suite à un travail de sape touchant depuis quelques décennies, déjà, les éléments de base de toute société : Principalement les appartenances culturelles, linguistiques, régionales et religieuse, qui constituent les assises de leur continuité historique, ou la permanence des liens nationaux ce qui en définitive met en péril la pérennité ou l’existence même de ces États.

2°) Les milieux ethno berbéristes, semblables à des Talibans ethniques, qui ont fini par investir une revendication des plus légitimes et des plus pacifistes pour en faire un instrument de discorde. S’appuyant sur une évidence : le caractère et la permanence historique du fait culturel amazighe en Afrique du Nord et sur une aberration politique : la négation criminelle de ce même fait historique par la puissance Étatique. Cette double interaction est en passe de réussir de faire d’un élément unificateur un terrifiant instrument de discorde et même pis, de séparatisme.

Les accointances notables, entre des milieux Étatiques très influents et ces deux forces racistes et centrifuges ne sont plus à démontrer. L’argument de l’infiltration, puis de la manipulation de ces forces a des fin de neutralisation, semble au mieux inadéquat au pire carrément incendiaire. Le pompier pyromane n’est, à l’évidence, plus une vue de l’esprit ou la conséquence d’une vision exacerbée de la fameuse « théorie du complot » !

Un fait ou une pratique politique semble néanmoins et à l’instar du fil d’Ariane, expliquer ou éclairer cette situation du point de vue géopolitique : Ces États se voulant séculiers, qui explosent sous nos yeux sont des ex Monarchies, Sultanats ou beylicats, passées à la faveur de Coups d’ États militaires, d’une apparence de Républiques « populaires » dévoyées, expérimentant une forme ou une autre d’un « socialisme spécifique », avant de se dissoudre dans un présidentialisme héréditaire, instituant des présidents par filiation adoubés par un « suffrage » populaire ! La langue arabe et la science politique s’enrichirent du coup d’un néologisme sur mesure « les djomloukiate » ou Monarchie Républicaine. Elles explosent sous nos yeux après avoir tenté un passage en force au profit des progénitures des Président à vie. (Voir les cas de la Syrie, Iraq, Egypte, Libye).

Un second élément semble également les caractériser : Ces dictatures qui explosent sous nos yeux, sont toutes issues de régimes politiques militaires, à forts relents populistes et empruntant des accents nationalistes et même révolutionnaires. Elles sont passées d’un discours aux relents laïcistes à l’instrumentalisation de la religion à des fins de légitimation ou de maintien de leur Pouvoir. Ces politiques engagées d’une manière volontariste au sein de la société, des administrations, des écoles et des médias finirent par avoir pour effet : La dilapidation de l’immense capital spirituel de la Foi musulmane au profit d’une religiosité de façade. investir le terrain identitaire, en confondant les concepts de Religion, de Langue et d’Identité. Enfin en abandonnant le monopole des assises culturelles pérennes de la Nation, aux apprentis sorciers et autres Talibans ethniques.

 Zalani Azzedine