Je ne connais pas Ghardaia. Je ne suis même pas parti plus loin que Laghouat. Exception faite de la période de service militaire qui m’a emmené jusqu’à Béchar, Tindouf, je ne connais rien du Sud.

Mais ce qui se passe à Ghardaia me trouble, me fait mal. En plus de la violence, des victimes et des dégâts causés, il y a un autre aspect qui exaspère davantage cette souffrance: nous ne savons pas ce qui s’y passe, encore moins les raisons en supposant qu’il peut exister des raisons pour tuer des concitoyens, coreligionnaires.

Il y a un autre aspect encore plus inquiétant. Cette « affaire » dure depuis plus de six mois. Nombreuses ont été les missions de bons offices, les déplacements de « haut niveau » et la promesse pré-électorale de régler ce problème juste après les élections. Ces promesses loin de rassurer, ne font maintenant qu’exacerber l’inquiétude, la tension. 

Une promesse ne peut être faite que si on détient la clé , la solution. Pourtant, il semble que les échauffourées reprennent et qu’il y a même mort d’homme: un motocycliste lapidé à mort pour certains, décédé des suites d’un accident de circulation selon le Ministre de l’intérieur. Mais passons, car nous avons une idée sur les déclarations à chaud, à l’exemple de la qualité de » voyou » attribuée à Massinissa Guermah(pour minimiser la perte, ou justifier sa mort).

J’ai décidé de voyager et de voir Ghardaia.
Je fouille ma bibliothèque et je tombe sur un VCD édité par l’office local du Tourisme de Beni Isguen. Je l’insère dans le lecteur, je mets le casque et je pars en voyage.

L’heure que j’ai passée les yeux scotchés sur l’écran , l’oreille attentive à l’excès, fut pour moi une heure d’évasion, un voyage magnifique. J’ai circulé dans les dédales des ruelles des quartiers de Ghardaia, des villes de la vallée du M’zab. J’ai découvert des merveilles, que d’habitudes je regardais d’un œil indifférent, une architecture particulière et spécifique, produit du génie local.

Puis, je me suis payé un moment de fraîcheur à l’ombre des palmiers, dans ces oasis qui sont des paradis sur terre. Le bonheur est encore plus grand lorsque l’on sait que que ce paradis a été arraché par le travail de l’homme à l’enfer du désert.

Il est très dur dans un texte écrit à chaud face à l’émerveillement de la découverte, de décrire, de parler de Ghardaia, de sa beauté, de son Histoire, de la volonté et de l’abnégation de ses hommes, de ses savants, ses hommes de culte, de culture. Effectivement on a peur que le lecteur vous accuse d’avoir commis le délit par omission de ne pas avoir parlé de l’essentiel et de s’être attardé à l’accessoire. Mea Culpa: car dans ce texte je voulais simplement exprimer ce sentiment de culpabilité que je ressens devant notre passivité et notre laxisme face à ce qui se passe à Ghardaia en particulier et dans la vallée du M’zab en général.

GHARDAIA et toute sa région, pour son histoire, son architecture, ses savants, son agriculture dans une région désertique, l’abnégation et la volonté de ses hommes doit être l’exemple. Mieux et plus, elle doit être sacralisée « patrimoine national à défendre », voire patrimoine de l’humanité.

Il est difficile d’admettre qu’un homme puisse avoir l’idée de brûler un mausolée quelques soient ses convictions religieuses. Il est bien entendu difficile d’admettre qu’un homme lève une arme sur un concitoyen, un compatriote aux seuls motifs qu’il soit berbère, arabe, kabyle, chaoui ou qu’il soit ibadite, sunnite, chiite.

Ce qu’il est encore difficile à admettre est « qu’on nous explique que ce sont des problèmes inter -ethnique, des problèmes de rites cultuels avec l’air de faire passer la pilule en stigmatisant la partie qui n’est pas comme « la majorité ».

Depuis des siècles que les mozabites existent et vivent leur culte en toute tranquillité. Ils sont dans toutes les villes d’Algérie où, habituellement ils tiennent des commerces où l’on trouve de tout. On va chez le mozabite dès lors que nous cherchons ce qui est difficile à trouver.

Que se passe-t-il aujourd’hui à Ghardaia? pourquoi cette « omerta »? Pourquoi cette incapacité à régler les problèmes malgré les promesses maintes fois réitérées? Qui est derrière ces manipulations qui ont tout l’air d’avoir été orchestrées? 

Je serai fort étonné que les mozabites soient pour quelque chose, les connaissant véritables fourmis, des stakhanov et des gens de paix. Il suffit pour comprendre cela de revoir comment Ghardaia a été créée, pourquoi là bas et ce qu’ils ont fait de ce coin de désert.

Il est inadmissible de tolérer l’intolérable, de se taire devant de tels crimes. Ghardaia c’est notre chair. Ce qui s’y passe fait mal, très mal.

Pourquoi ce silence assourdissant de la société, des intellectuels, de l’élite, des partis politiques, des syndicats, des CITOYENS ?

Arezki Maouche