Ghardaïa : un révélateur

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Ainsi, cinquante et un ans après l’indépendance, l’unité nationale semble en bien piteux état. Les affrontements intercommunautaires de la région de Ghardaïa sont un cinglant revers pour ces apprentis sorciers qui, lors de la victoire sur la Barbarie en 1962, ont voulu laminer les« menaces » sur cette « unité » que représenteraient les particularismes linguistiques, religieux et culturels en général.

Il s’avère que cette « arabité » du peuple algérien soit bien en peine de seulement faire une petite preuve. Passons sur les reculades opérées devant l’implacable vivacité de la culture amazigh et la reconnaissance tardive et empruntée du fait linguistique national folklorisé, voire combattu.

Il était question par une opération autoritaire de balayer les langues vivantes qui font le quotidien des Algériens, pour les mouler dans une « identité »arabe qui consoliderait la cohésion du pays. Même l’imaginaire collectif avait été marginalisé, faute de pouvoir s’exprimer officiellement à travers les mots qui l’ont véhiculé des siècles durant, et a dû se confiner dans les marges de la réalité où la politique au pouvoir n’avait pas les moyens d’interférer.

Les« cultures et langues populaires », étrangères au discours officiel, ont perduré envers et contre tout. Et l’ « arabité » n’a rien conquis et n’a pas réussi à être ce « creuset unique et unificateur ». Pourtant, lors de la prise d’arme contre le colonialisme, il y a eu un creuset qui a fait se dresser les femmes et les hommes de ce pays, malgré ces « menaces » de division découvertes bien après que l’occupant ait été bouté hors des frontières algériennes.

Quand il a fallu se battre, il n’y avait rien qui divisait et surtout pas le fait de ne pas parler cette langue qui ne sortait guère du patrimoine religieux. Aujourd’hui, le constat est terrible. La division est là qui tue à Ghardaïa et qui déchire ceux qui avant que l’on pense à les « unifier » étaient déjà unis. Moufdi Zakaria écrivait l’hymne national et ne pensait pas qu’il y avait un problème d’unité à réaliser.

Et Kassaman a fait vibrer le cœur des combattants sans qu’ils se préoccupent si le poète était Mozabite, Chaambi ou Targui. Preuve en est que si on en est arrivé là, c’est qu’il s’en soit passé des choses.

Il a fallu qu’il y ait un repli identitaire et communautaire pour que naisse et que s’exacerbe la « division », alors que l’unité avait bien fonctionné et dans les pires moments historiques. L’explication se trouve donc bien, non dans les particularismes bien réels,mais dans l’ostracisme officiel qui les a frappés.

Reclus, les particularismesvivent l’adversité et reproduisent leur ostracisme propre. Non reconnus, ils ne reconnaissent plus. Pis, ils ne se déploient plus que dans les fantasmes de la persécution. Viennent ensuite les prétextes qui les font s’exprimer. La malvie, l’exclusion économique, la concurrence pour la survie sur un territoire qui se réduit et tout ce qui peut fermer des perspectives d’un avenir apaisé et serein.

A la violence de la situation économique et sociale répond cette violence qui trouve à s’orienter souvent contre ce qui se trouve à proximité. Comme le racisme contre l’étranger qui fleurit surtout lorsque la pauvreté s’étend.

Nazim Rochd