Hamid Grine ; un mandat pour faire taire la presse algérienne d’opposition ?

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Algerie Network

La nomination du nouveau ministre de la Communication, Mr. Hamid Grine, pose beaucoup de questions sur le mandat qui lui a été ordonné par le gouvernement.

Mr. Grine, aurait-il le mandat de faire taire la presse algérienne libre qui échappe à la ligne éditoriale tracée par le gouvernement ?

La question reste ouverte mais mérite d’être posée suite aux événements d’El Khabar.

On sait bien que ce gouvernement est agacé du ton libre et critique acide des nouveaux médias libres dont certains ont certes dépassé les limites déontologiques mais pourquoi ne pas laisser le marché décider du professionnalisme et non pas la bureaucratie qui est habitué à travailler en toute impunité.

Les moyens sont connus ; on leur enlève les ressources de survies au nom de la compétition, la modernité et pire « l’éthique » !

Mais est-ce suffisant pour arrêter les nouveaux médias au temps des réseaux sociaux de ce nouvel âge digital ? Nous ne sommes plus à l’ère du journal unique El Moudjahid et du petit village ? Les problèmes avec ces nouveaux médias sont illustrés dans le conflit avec el- Khabar.  Un conflit bien politique et non pas juridique.

Le premier ministre Sellal a bien déclaré à l’occasion de sa visite qu’il a effectué à la wilaya d’Oum El Bouaghi. :

« Nous n’avons aucun problème avec la presse. Les journalistes sont libres, mais ils sont tenus de respecter l’éthique et les institutions de l’état …  nous n’emprisonnons aucun journaliste en raison de ses opinions, mais la diffamation, l’injure, l’insulte et l’atteinte à la dignité des personnes et des familles ne fait pas partie de nos traditions ».

Nous pouvons être d’accord en principe mais dans ce cas pourquoi ne pas laisser la justice faire son travail. Qui a voulu saisir El Khabar ? Est-ce la justice de son propre grès ou sous injonction de l’état. Ce qui manque à ce gouvernement est justement une bonne communication pour prévaloir la confiance avec les médias algériens et en général avec la population algérienne …

Avons-nous besoin de cela pour laisser des organismes internationaux nous donner la carte rouge : Reporters Sans Frontières, qui n’est pas innocent mais sectaire dans ses condamnations, en a profité pour déplorer :

« la décision rendue le 13 juillet par la justice algérienne, sous pression du gouvernement qui annule la vente des parts du groupe de presse El Khabar à NessProd, filiale du groupe industriel Cevital. RSF redemande également la libération immédiate des journalistes de la chaîne KBC Mehdi Benaissa et Riadh Hartouf. »

a t-on besoin de toucher à Mehdi Benaissa et Riadh Hartouf ??? pour des fautes de procédures et non pas des fautes criminelles ?

Voilà où nous sommes arrivé avec une gestion de la communication défaillante. Le problème aurait put être réglé à l’amiable à moins que l’on veut intimider une ligne de liberté éditorial et refuser aussi à Mr. Rabrab d’acquérir ce journal ! Politiser l’information est une stratégie perdante car la technologie Internet et les réseaux sociaux ne permettent plus le contrôl des médias et la loi coercitive ne pourra que se retourner comme un boomerang contre soi !

Les questions restent posées et sans réponses car malheureusement la presse algérienne n’a pas encore dans ce pays le droit d’accès à l’information quand un gouvernement refuse la transparence. À quand donc une loi de transparence d’accès aux dossiers qui concernent le citoyen pour une plus grande transparence du gouvernement. Peut-on par exemple consulter le dossier des moudjahidines, des banques, des budgets des ministères, des wilayas ?

À quoi bien peut servir un ministère de l’information ?

Dans l’histoire des nations, il a servit surtout à la propagande des idéologies du pouvoir jusqu’à la désinformation et l’embrigadement. On peut le voir naitre en France en 1938, sous le nom de ministère de la Propagande. Il changera ensuite de nom sous la Quatrième République sous le nom de ministère de l’Information et maintenant sous celui du ministère de la communication. Le nom change mais l’intention du pourvoir reste toujours la même ; le contrôle de ce nouveau et puissant canal de pouvoir !

Publicité de l’Anep

Mr. Hamid Grine déclare : « Moi, en tant que ministre, je ne m’immisce jamais dans les gestions internes. L’Anep est libre de donner la publicité, pas comme elle le veut, mais selon notre politique  … Je demande aux médias de sortir de leur mentalité d’assistés. Les annonceurs ne sont pas obligés de leur donner de la publicité. Soyez inventifs et soyez créatifs » Mr. Le ministre exige les conditions suivantes ; « La déontologue et l’éthique ».

Oui Monsieur vous n’intervenez pas, mais vous fixez les règles éthiques dont vous êtes le seul juge à votre propre discrétion. Qui va juger « l’Éthique » ; un terme inquisitoire du moyen âge ? Une commission tierce indépendante de la profession ou votre propre bureau ? C’est votre ministère qui va juger qui constitue une atteinte à l’état ou une diffamation, et ensuite envoyer la profession au tribunal et en prison ; ce sont des méthodes de l’ancienne URSS  et de toutes les inquisitions qui au nom de l’éthique font taire leurs opposants.

Refus de subventions et injonctions légales pour payer les dettes

L’argument de compétitivité, compter sur soi et arrêter de pomper les taxes du citoyen est fallacieux, car tous les pays occidentaux dont on fait l’apologie de gestion autonome subventionnent leurs journaux et donc n’ont pas de dettes !

Mr. le ministre affirme que les dettes sont de l’ordre de 4 milliards de dinars et de poursuivre fièrement ; « Depuis que je suis ministre, nous avons récupéré entre 50 et 60 milliards de centimes » !

On rappelle  à notre ministre que l’État français en 2010 a versé 1,8 milliard d’euros qui se répartissent en :

– Aides à la presse écrite (diffusion, pluralisme, modernisation) :

Crédits inscrits en loi de finances : 436,9 M€

Déficit supporté par La Poste : 399 M€

Aides indirectes : 200 M€

Allocation forfaitaire journalistes : 20 M€

– Financement de l’audiovisuel : 497,9 M€

– Audiovisuel extérieur (RFI, France 24 et TV5 Monde) : 199,1 M€

– Soutien aux radios locales : 29 M€

– Les chaînes publiques Sénat + La Chaîne parlementaire : 31,6 M€

En 2012, l’État français a versé 1,2 milliard d’aides directes !

Aides totales Aides par exemplaire

L’Humanité 18 685 441

Le Monde 18 263 664

Le Figaro 11 901 309

Ouest France 10 722 591

La Croix 10 366 035

Télérama 10 071 968

Libération 9 332 798

Aujourd’hui en France 9 320 731

Le Nouvel Observateur 7 278 722

L’Express 6 925 596

Télé 7 Jours 2 443 024 (Source: Ministère de la Culture )

Les subventions, Mr le ministre en a profité aussi et en profite. Il peut faire de la créativité dans son propre ministère en économisant de l’argent avec tous ces bureaucrates qui eux ne font aucune créativité pour relancer ce secteur dans la vraie modernité avec des formations, l’édition et l’impression !

Le secteur stratégique de l’information et des médias n’est pas une entreprise de Piza Piza Mr. le ministre. Derrière, il y a des hommes qui aiment leurs métiers, sacrifient leur vie durant la décennie noire et pensent l’avenir géostratégique si important pour ce pays !

OH NON les journalistes algériens ne friment pas avec des 4×4, des villas et un passeport diplomatique ! Ils attendaient de votre part, un ancien collègue, que vous comprenez leur mal de vie, de la compassion et non pas être du côté du pouvoir qui n’a qu’une seule voie dans la communication ; étouffer la voix qu’ils jugent stupidement contradictoire.

Peut-on légiférer une conscience professionnelle par la loi ?

Ceci dit, seule la conscience professionnelle doit dicter l’éthique aux journalistes. Dans les cas graves de diffamation, comme c’est le cas de toutes relations entre les citoyens, lassez alors le droit civil algérien s’en occuper et non pas le ministère de l’information.

Mr. Le ministre tout passe, alors faite de sorte que votre passage dans ce ministère servira les journalistes plus que la bureaucratie. Ce sera à votre honneur !

Notre Journal et certains de nos confrères travaillent dans la passion, mais aussi la misère pour informer convenablement les citoyens algériens ; ce qui est normalement votre mandat! Ils ne vous ont jamais demandé des subventions sur lesquelles votre ministère vit puisqu’il ne produit aucune richesse ou profit au pays !

Notre gouvernement issue de l’ancienne garde, même avec le bel usage du français et un arabe cassé, n’a pas encore compris la différence entre la critique positive qui améliore la situation de l’Algérie et les insultes stupides anonymes contre l’état algérien qui ne ramènent aussi rien à l’Algérie. La Critique de la politique algérienne est un acte de démocratie et de civisme si on le fait dans le respect de la conscience professionnelle et non pas l’éthique gouvernementale !

Mr. le Ministre, laissez la corporation faire un ordre des journalistes autonome qui va balayer dans sa propre profession comme le font les autres ordres des médecins, ingénieurs, pharmaciens… C’est le plus grand service que vous ferez à votre profession pour la faire revivre de sa léthargie !

Le problème majeur de la presse est ce gouvernement qui réglemente son éthique ! Alors, laissez le marché et le public algérien faire la part des choses ; Être libre de lire ce qu’ils veulent et seul le public jugera de la qualité et de « l’éthique » des médias ! Ils sont libres, majeurs, responsables et peuvent faire la part des choses … en toute liberté ! et la médiocrité médiatique disparaitra d’elle-même car elle ne pourra survivre la concurrence du marché libre … de la modernité et de la mondialisation !

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