Le prof de Français de Bab el Oued ne s’est jamais laissé duper par les chercheurs du CRASC.
Hommage à Osmane Redouane, le syndicaliste criminalisé et marginalisé, l’un des derniers à avoir défendu l’école publique, la qualité et l’espoir par la lutte.

L’un des derniers à avoir compris que la bataille était celle des classes populaires condamnées à subir la voracité des écoles privées, la marchandisation de l’éducation, la précarisation du métier et le dictat symbolique du Français comme signe distinctif et langue de privilèges et de privilégiés. Sur ces questions, le fils du peuple qui a vécu dans chair le 05 Octobre 1988, ne se trompait pas et ne pouvait être trompé.

Le fils de Bab El Oued dont les élèves ont été empêchés par les forces de l’ordre de l’accompagner à sa dernière demeure n’avait que des adversaires, il n’a jamais versé dans les débats folkloriques et les querelles de chapelle, lui ne s’est jamais trompé d’adversaire, il était prof de français et savait parler le langage des opprimés.

Malgré ce que lui a fait subir Benbouzid en l’envoyant en prison plus d’une fois, Redouane ne faisait jamais une fixation sur les variables muettes du pouvoir, son combat était celui de la dignité pour tous, de la réappropriation du métier et des libertés démocratiques enterrées sous couvert de lute anti-terroriste, il craignait la division dans les rangs des travailleurs, il craignait que les générations futures d’enseignants soient non seulement très mal formés, mais surtout formatés à la soumission aux chefs et aux relais de l’UGTA dans les établissements, il craignait que les enseignants soient incapables de réfléchir, de se défendre et d’affronter les oukazes des ripoux dictés par le FMI, l’UE et la mafia.

Aucune réforme de l’école et aucune vitrine n’aurait pu duper Redouane et aucune Benghebrit n’aurait pu le dribbler, car quand lui se battait pour l’école et la dignité, Madame l’actuelle ministre siégeait en Maître absolu au CRAS, un poste stratégique et presque politique dans l’Algérie de la sale guerre, des massacres et de la lutte antiterroriste, une lutte où pour gagner des galons il fallait surtout empêcher toute réflexion sur la société, ses drames, sa misère, ses divisions et surtout ses criminels, et toutes les études ineptes sur l’Islamisme étaient bien sûr les bienvenues.

Déçu par ses collègues de l’université qui ont fini par rentrer dans les rangs, pour la plupart, trop heureux de leurs statuts, de leur corporatisme et de leurs boutons de mandarins, Redouane connaissait trop bien ces milieux de chercheurs de primes et de postes, pour être dupé par les élites du CRASC qui roulaient si bien les ‘r’ et se laissaient mener à la baguette par Mme l directrice aux appuis plus qu’efficaces.

Que reste-t-il aujourd’hui de tes luttes Redouane ? Des escouades de compulsifs, de chiyatines et d’incompétents prêts à s’entre-tuer pour une main mise sur l’école et le pays.

Zineb AZOUZ

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Osman a survécu au 05 Octobre, résisté à la répression des uns et des autres, fait face à la cécité des médias, aux pantalonnades de l’UGTA, aux lois de ce pays qui en ont en fait un hors la loi, il a exhumé la contestation et transcendé la colère, a ennoblit le prolétaire dans la lutte et amené l’espoir dans le pays de toutes les désespérances.

Son cœur a tenu le coup dans les geôles où Benbouzid l’avait envoyé tant de fois, a défié un ministère crétinisé et brutal, affronté chaque jour un métier qui n’en était plus un, il n’a pas non plus craqué sous les déflagrations des attentats, mais peut être est ce au contraire notre silence et notre apathie qui ont eu raison de lui.

Ce soir les charognards, les lâches et les capitulards peuvent se réjouir, Osman Redouane n’est plus, il ne touchera pas les augmentations de la honte et de la confusion, il laisse les cadres supérieurs, les ministres et les carriéristes en profiter.

Osman l’Aglid , la lutte que tu as entamée au Lycée El Emir Abdelkader et insufflée au-delà de Bab el Oued « Echouhada » te restera grandement reconnaissante et ton son salaire témoignera à jamais que tu es mort pauvre, besogneux et harcelé !

Zineb AZOUZ le 16 Décembre 2007

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