Article écrit par Guide Maestro,

Les nouvelles technologies modifient chaque jour les attentes des apprenants face à la formation qui leur est proposée. Devant une abondante offre de formation gratuite et de grande qualité, les exigences des apprenants sont de plus en plus élevées. D’un autre côté, cette même technologie ouvre un monde de possibilités aux formateurs et aux établissements pour satisfaire et dépasser les attentes des apprenants. Nous verrons que le rôle du formateur est en évolution et qu’il est possible de se préparer à offrir les formations du futur !

Les attentes des apprenants évoluent

S’il y a une chose qu’il est facile de constater, lorsqu’on observe le secteur de l’éducation, c’est à quel point les attentes des apprenants changent au fur et à mesure que la technologie et la société évoluent. Cette observation peut se faire à différents niveaux.

Pensons aux enfants qui entreront à l’école maternelle en septembre prochain, qui baignent depuis la naissance dans un monde hautement technologique et qui ont déjà pu utiliser de nombreuses applications à la fine pointe de la technologie (éducatives ou non), sur une tablette ou un téléphone. S’ils ont joué à Pokémon Go cet été, ils auront même déjà expérimenté la réalité augmentée… Il y a beaucoup de chance qu’ils se reconnaissent peu dans l’environnement scolaire, si celui-ci recourt peu à la technologie et est trop éloigné de leur réalité quotidienne.

Pensons aussi à cet enfant récemment immigré, qui ne parle pas la langue de son pays d’accueil, n’a jamais utilisé un appareil électronique et qui peut avoir vécu des carences importantes sur le plan développemental. Pourtant, il sera dans la même classe que celui que nous venons de donner en exemple et on leur proposera le même contenu éducatif !

Pensons maintenant à l’adolescent à qui l’on répète que le métier qu’il exercera une fois adulte n’existe probablement pas encore et que 80% de ses futurs outils de travail ne sont pas encore inventés… Difficile pour lui de se sentir bien préparé pour l’avenir, surtout s’il constate qu’on lui propose du matériel scolaire désuet et qu’il a dans sa poche un appareil qui a 10 ans de moins que ceux utilisés en classe !

Pensons enfin au salarié d’une entreprise qui travaille tous les jours avec les médias sociaux, utilise des plateformes collaboratives, des logiciels performants entièrement personnalisables et gratuits et à qui l’on propose une formation de perfectionnement donnée en groupe, à heures fixes, en format magistral, pour laquelle il doit se déplacer… et payante de surcroît !

Il nous semble parfois que l’écart entre les attentes des apprenants et une partie de l’offre éducative augmente chaque jour. Cela peut résulter en de l’insatisfaction et des critiques envers le système éducatif. Mais il y a là une opportunité de changement que de nombreux acteurs ont déjà saisi. Heureusement pour les apprenants, ils disposent d’un grand éventail d’options pour avoir accès à de la formation de qualité, qui répond à leurs attentes.

L’apprenant dispose de beaucoup d’options

En effet, de nos jours, la personne qui souhaite acquérir de nouveaux savoirs, développer de nouvelles compétences ou décrocher un nouveau diplôme dispose d’une grande quantité d’options, dont la majorité sont tout à fait gratuites et de très bonne qualité. De plus en plus jeune, l’apprenant devient actif et autonome dans sa recherche d’information, avisé dans l’évaluation des contenus qui lui sont proposés et il contribue à déterminer lui-même son parcours d’apprentissage. Il n’accepte pas d’être considéré comme un réceptacle passif et recherche le matériel interactif qui lui permet d’être co-créateur de contenu et en contrôle de son parcours de formation.

Une personne à la recherche d’un savoir s’attend à trouver la réponse immédiatement et gratuitement, à même son téléphone. Il suffit d’une recherche sur Google pour avoir accès à une grande quantité de tutoriels vidéo gratuits, de conférences TED, de MOOC, d’articles de blogues écrits par des experts, de livres numériques, d’articles scientifiques. Il est possible de trouver des wikis ou des forums de discussion sur tous les sujets et dont le contenu est modéré par une communauté d’experts. Les évaluations faites par les pairs et les collections proposées par des curateurs de contenu experts permettent de repérer rapidement les contenus de meilleure qualité disponibles sur internet.

Pour la personne qui souhaite améliorer une compétence ou encore obtenir un diplôme, encore une fois, il existe un monde de possibilités. Il existe un très grand nombre de plateformes qui proposent des cours complets gratuits ou à très faibles coûts et il est possible d’obtenir un diplôme à distance de n’importe quelle institution dans le monde… Il est aussi facile d’améliorer ses compétences grâce à un coach ou à des applications éducatives, comme des jeux sérieux[1]. De plus, de nombreuses plateformes permettent aux apprenants de s’autoévaluer, d’identifier leurs lacunes et de construire des parcours de formation personnalisés, adaptés à leurs besoins.

Des attentes à la hausse

Dans ces conditions, où l’offre de formation est abondante et où les outils technologiques rendent à peu près tout possible, il est normal que les attentes des apprenants soient élevées. Ils souhaitent le même niveau de technologie et de personnalisation que celui qu’ils vivent dans leurs loisirs ou dans leur environnement de travail.

En gros, ils souhaitent une formation appliquée, pertinente, de qualité, disponible n’importe où, n’importe quand, modulable, personnalisée et gratuite.

En effet, il est légitime de se demander : pourquoi payer une formation ordinaire, offerte par un formateur moyen, dans un établissement quelconque, quand du matériel exceptionnel, offert par des communicateurs de haut niveau ou des établissements prestigieux, est accessible gratuitement, en tout temps ?

C’est la réalité du monde de l’éducation d’aujourd’hui et il est important pour un formateur ou un établissement de prendre acte de cette réalité. Un formateur ou un établissement qui offre des formations payantes doit pouvoir identifier avec précision son public cible et proposer un contenu adapté et à valeur ajoutée, qui se distingue de ce qui est offert gratuitement sur internet. En plus d’un contenu supérieur, il doit faire vivre une expérience d’apprentissage distinctive et riche, et offrir une excellente accessibilité.

En effet, ce qui a de la valeur aux yeux des apprenants et qui justifie de recourir à de la formation payante, c’est surtout cette expérience d’apprentissage distincte et personnalisée, c’est la possibilité d’être guidé et accompagné par un mentor dans son parcours d’apprentissage. Cela peut être fait aussi bien lors de formations en présence que lors de formations à distance, c’est la qualité de la relation humaine tissée entre l’apprenant et le formateur qui compte.

Dans le cas de la formation donnée en entreprise, la relation entre l’apprenant et le formateur se transforme en une relation de consultation ou de coaching, car le formateur participe souvent en amont à l’analyse des besoins et il demeure disponible longtemps après la formation pour encadrer l’implantation des nouvelles compétences dans la réalité quotidienne de l’apprenant.

Prenant acte de cette réalité, certains formateurs ou établissements d’enseignement ont déjà commencé à explorer d’autres modèles d’affaires, certains offrant leurs cours gratuitement et ne faisant payer que pour le tutorat personnalisé. D’autres établissements ne font payer que pour l’obtention du diplôme. Cependant, comme nous le verrons un peu plus loin, dans un avenir pas si lointain, il ne sera plus nécessaire de payer pour obtenir un diplôme…

Quelles sont les innovations technologiques qui modifient les attentes des apprenants et qui ouvrent de nouvelles possibilités aux formateurs ?

Pour un formateur, les outils technologiques actuellement disponibles (très souvent tout à fait gratuitement et de plus en plus simples d’utilisation) ouvrent également un monde de possibilités et permettent de se rapprocher des attentes des apprenants.

  1. La classe inversée

Le principe de la classe inversée est que les apprenants acquièrent la théorie de manière individuelle, à distance et à leur rythme. Cela est possible grâce à des lectures à faire en ligne, des vidéos, tutoriels, jeux interactifs, mises en situation, quizz et tutti quanti mis à leur disposition par l’enseignant. L’enseignant peut être le concepteur d’une partie de ce contenu et le curateur de contenus produits par d’autres. Son rôle est de concevoir un parcours de formation où les apprentissages sont progressifs.

En cette ère où tous peuvent s’éditer eux-mêmes, il est très facile de trouver du matériel de bonne qualité, attrayant, interactif et à forte valeur pédagogique ou encore d’en produire soi-même. En plus de tout ce qui est déjà accessible en ligne, des sites de partage existent où les enseignants peuvent s’échanger du contenu. Des enseignants sont ainsi devenus des vedettes du web en diffusant leur contenu !

Dans ce contexte, libéré de la transmission de l’information, de l’enseignement magistral et parfois même de la création du contenu, le formateur va se concentrer sur la création d’un parcours d’apprentissage engageant et sur la relation humaine qu’il développe avec ses apprenants. Il va animer les discussions du groupe (virtuellement ou non), répondre aux questions, appuyer les apprenants, les motiver et encadrer leur progression. Comme les apprenants s’attendent à participer activement à la co-création du contenu et à l’élaboration de leur parcours de formation, le rôle du formateur est d’animer une communauté d’apprentissage. Enfin, comme les apprenants s’attendent, de plus en plus, à apporter en classe leur propre matériel informatique, le contenu utilisé doit être portable sur toutes sortes de plateformes.

  1. Les parcours et les contenus individualisés

Il existe désormais de nombreuses plateformes technologiques qui permettent d’évaluer finement les apprentissages, d’identifier les lacunes, de découper les contenus en micromodules et de personnaliser les parcours de formation. Ainsi, les apprenants peuvent évoluer à leur rythme, dans un parcours qui tient compte des compétences qu’ils ont déjà, des priorités et des besoins de formation de chacun. Le formateur agit en tuteur et accompagne chacun dans sa progression. Il n’est plus du tout justifié d’appliquer un contenu uniforme à un groupe hétérogène.

  1. La réalité augmentée, la réalité virtuelle et la reconnaissance vocale.

La réalité augmentée permet d’ajouter une couche d’information à ce que l’apprenant voit. Il est donc possible d’utiliser son téléphone ou ses lunettes Google pour faire apparaître un Pokémon, mais aussi des instructions pour l’utilisation d’une machine, des informations sur les composantes d’un assemblage ou les consignes de sécurité associées à un outil ! Lors de la visite de lieux historiques, il est possible d’ajouter des meubles et des tapisseries virtuelles qui permettent de recréer une scène d’époque. Il est possible de faire apparaître des notes biographiques à côté des statues de personnages historiques. Désormais, l’apprenant n’a plus à visiter la bibliothèque, ou même un site web, pour obtenir une information. C’est l’information qui vient à lui, en temps et lieux appropriés. Les possibilités de cette technologie, en éducation, sont infinies.

Grâce à la reconnaissance vocale, il sera bientôt possible d’interroger notre téléphone qui nous donnera directement les instructions à suivre pour réaliser une tâche… ou qui nous proposera un contenu adapté à la situation. Par exemple, imaginons un installateur de clôture confronté à une difficulté, pendant qu’il travaille chez un client. Il pose sa question à son téléphone et Siri lui proposera plusieurs options, dont par exemple l’écoute d’une vidéo sur You Tube, une application interactive ou une microformation en ligne.  En quelques minutes, il aura acquis l’information, réglé son problème et il poursuivra son travail.

La réalité virtuelle, de son côté, permet une immersion totale dans un autre monde, coupé de la réalité environnante. Ses utilisations éducatives sont différentes, mais tout aussi utiles. Pensons aux pilotes d’avion, aux conducteurs d’engins miniers surdimensionnés et aux chirurgiens qui utilisent des simulateurs pour apprendre à effectuer des manœuvres délicates qu’il serait dangereux d’expérimenter en contexte réel. Les casques de réalité virtuelle et les applications de simulation vont désormais permettre l’apprentissage de nombreux métiers dans des campus virtuels. Il sera ainsi possible de s’exercer à faire des manipulations comme la soudure ou la mécanique en évitant l’utilisation de produits toxiques, polluants ou nécessitant l’acquisition matériel coûteux. De nombreuses manipulations médicales pourront être pratiquées virtuellement avant la mise en pratique sur des patients réels.

  1. Apprendre par le jeu et utilisation des données massives

Comme il existe désormais une grande quantité d’applications éducatives ludiques et attrayantes, l’apprenant s’attend à ce qu’on lui propose un contenu intéressant. Un contenu banal, délivré de manière bancale sera vite écarté au profit de matériel plus efficace, qui engage l’apprenant.

De nos jours, la plupart des applications logicielles sont capables de recueillir et d’analyser de grandes quantités de données. Des logiciels sont capables d’analyser comment les apprenants apprennent et de leur proposer un contenu qui correspond à leur façon d’apprendre. Les statistiques recueillies permettent donc de déterminer les méthodes d’enseignement qui marchent le mieux pour chacun des élèves et de leur proposer un contenu et des méthodes adaptées[2]. Dans un futur pas si lointain, des apprenants pourront utiliser de telles plateformes et se voir proposer des contenus toujours plus proches de leurs champs d’intérêt et adaptés avec la façon dont ils apprennent le mieux.

  1. La reconnaissance des acquis et la formation… en entreprise

Dans les groupes de discussion réservés aux professionnels des ressources humaines, il est beaucoup question des profonds bouleversements que subit la profession, qui se numérise elle aussi. On annonce régulièrement la fin des CV et la mort des entrevues de sélection, dans les processus de recrutement et d’embauche des candidats.

En effet, des outils technologiques permettent maintenant d’évaluer de façon précise les attitudes, compétences et savoirs des candidats et offrent une autre façon d’évaluer et de sélectionner les employés. Il est à prévoir que les entreprises seront de plus en plus capables d’évaluer avec une grande précision les compétences réelles des candidats avant l’embauche et que de ce fait, l’importance accordée aux diplômes émis par les établissements d’enseignement reconnus pèsera de moins en moins lourd dans leur décision.

Ainsi, ce n’est plus la possession d’un diplôme qui sera importante, mais la maîtrise réelle des compétences nécessaires à l’emploi, peu importe si ces compétences ont été acquises de manière informelle et qu’elles ne sont pas sanctionnées par un diplôme.  Étant capable de déterminer elle-même si le candidat possède les acquis préalables à l’embauche, l’entreprise pourra également déterminer elle-même les besoins de formation complémentaires et offrir la formation nécessaire à ses employés. Déjà, de nombreuses entreprises prennent en charge la formation de leurs salariés en créant des académies internes, en élaborant des plans de formation de la relève ou des programmes de développement des talents. Plusieurs élaborent et diffusent leur propre contenu d’apprentissage sur des plateformes d’apprentissage privées. Ce qui était réservé auparavant aux grandes entreprises se démocratise grâce aux avancées technologiques.

Déjà, des entreprises privées ont entrepris de commercialiser les contenus de formation créés à l’origine pour leurs employés ou, plus fréquemment encore, de les mettre gratuitement à disposition de tous, pour favoriser l’attraction de candidats qualifiés ou pour former les clients à l’utilisation de leurs produits. Ce qui ajoute encore au répertoire des contenus de grande qualité gratuits en compétition avec les contenus payants.

Comment un formateur peut-il se préparer à offrir la formation du futur ?

La première chose qu’un formateur peut faire est de comprendre la technologie, ses possibilités et ses lacunes. La technologie n’est qu’un moyen offert aux formateurs pour produire et diffuser des contenus, ou de concevoir des parcours de formation. Il appartient au formateur de s’assurer que celle-ci soit utilisée non pas comme un gadget, mais comme un moyen pédagogique efficace.

C’est pourquoi il existe tant de contenu de grande qualité et pertinent, car de nombreux formateurs se sont déjà approprié ces moyens d’enseignement pour créer des contenus interactifs, attrayants et efficaces.

De plus en plus, le formateur aura un rôle d’encadrement, de tuteur ou d’animateur de communautés d’apprentissage. Il sera un créateur de contenus, mais aussi un curateur de contenus. Il devra pouvoir repérer, évaluer et organiser en parcours éducatif du contenu produit par d’autres (si possible, par ses propres élèves !). Il devra aider les apprenants à évaluer les contenus qui leur sont proposés et développer leur pensée critique face à ce qu’ils trouvent sur internet. Il aidera les apprenants à concevoir leurs parcours de formation et à produire eux-mêmes du contenu de qualité.

Son rôle change, mais sa présence est aussi essentielle qu’avant. De plus en plus concentré sur la relation humaine, sur l’expérience d’apprentissage, il sera là pour aider, lever les obstacles, répondre aux questions et aider l’apprenant à se poser les bonnes questions. Il encadrera et motivera les apprenants, les accompagnant jusqu’à la mise en application des nouvelles compétences.

Le défi du formateur de demain sera d’encadrer l’autoapprentissage, d’aider à construire des cursus progressifs et pertinents, de développer l’envie d’apprendre et surtout d’enseigner comment apprendre.

[1] 1 Thot cursus a compilé un répertoire de 220 jeux sérieux gratuits, sur un grand inventaire de sujets et pour tous les âges. Il en existe cependant des milliers d’autres disponibles sur internet.

[2] Un exemple parmi d’autres, la plateforme Knewton.

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