La main mise du Qatar sur le Maghreb

La polémique autour de la nomination de M. Rafik Abdessalam Bouchlaka à  la tête du ministère tunisien des Affaires étrangères n’est pas prêt de  désenfler. Peu importe qu’il soit le gendre de Rached Ghanouchi, le chef  du parti Ennahda – ce lien familial ne doit pas être d’un quelconque  empêchement dans sa « carrière » politique ou professionnelle comme il  ne doit pas, non plus, être un moyen d’accéder à des fonctions qu’il ne  mériterait pas ou un objet de privilèges –, peu importe même, à la  limite, qu’il ait participé à une réunion de l’Otan qui s’est tenue à  Doha les 8 et 9 février 2010, un document [est-il  partiellement faux?],  le nouveau chef de la diplomatie tunisienne ne réfute pas sa présence à  cette réunion mais nie y avoir représenté le Qatar, cite son nom comme  l’un des neufs représentants de cet émirat auquel M. Rafik Abdessalam  Bouchlaka est indéniablement lié sinon politiquement du moins  professionnellement en tant que président du Centre des Etudes de la  chaîne Al Jazeera.
Cette question concerne au premier chef les  Tunisiens et nous ne nous immisçons pas dans les affaires intérieures de  la Tunisie en la soulevant et en nous interrogeant à ce propos, mais  l’hégémonisme que développe le Qatar dans la région maghrébine nous  interpelle et nous inquiète. Il nous inquiète d’autant plus que les  relations de cet émirat dont le territoire abrite des bases militaires  américaines avec les Etats-Unis, sont tellement étroites que le Qatar  apparaît comme un appendice de Washington qui le protège.
Déjà en août  1990, le père de l’actuel Emir, Khalifa Ben Hamad Al-Thani autorise le  déploiement sur son sol de la coalition internationale après l’invasion  du Koweit par l’Irak avant de signer en 1992 un accord de défense avec  les Etats-Unis. Son fils Hamad Ben Khalifa Al-Thani qui le renverse en  1995 accueille le commandement central des forces américaines dans le  Golfe et établit des relations avec l’Etat d’Israël. Et depuis la  création de la chaîne satellitaire Al-Jazeera en 1998, l’émirat du Qatar  exerce une grande influence sur les opinions publiques arabes et sur  des partis de l’opposition aux régimes autoritaires – le Qatar est loin  d’être lui-même une démocratie – notamment des partis de tendance  « islamiste » dont les leaders, à l’exemple de l’ancien chef du Front  islamique du salut y ont trouvé refuge ou sont aidés financièrement et  politiquement. Liés à Abassi Madani, des groupuscules et des individus  activistes installés en Europe rivalisent de zèle pour complaire à  l’Emir et pour répondre aux injonctions de son gouvernement qui en a  fait des instruments pour service les objectifs de l’Otan et des  Etats-Unis en Libye et ailleurs.
Un arabe israélien, Raslan Abu  Rukun, consul aux Etats-Unis, serait chargé de mener des actions de  lobbying et les contacts avec tous ces satellites qui gravitent autour  de Qatar pour normaliser leurs relations avec Tel-Aviv. Le porte-parole  du Conseil national de transition [CNT] libyen, Ahmed Chaâbani, aurait  évoqué «la nécessité d’établir des relations avec Israël». De  son côté, le chef du parti tunisien Ennahda qui s’est rendu aux  Etats-Unis où il était interdit d’y entrer aurait rencontré, selon « The  Economist » des personnalités israéliennes pour les rassurer que la  prochaine « Constitution tunisienne n’interdirait pas les contacts avec  Israël ». Le Qatar ne serait pas étranger à ce changement de politique à  l’égard d’Israël.
D’ailleurs, Talal Ben Abdelaziz, le frère  du roi d’Arabie Saoudite dont la rivalité dans la région du Golfe avec  son voisin Qatari n’est un secret pour personne, accuse Doha d’exécuter  un plan israélien en vue de frapper la Syrie et de morceler, à terme, le  royaume wahabite. L’émir du Qatar qui se serait rendu discrètement à  Tel-Aviv en mars 2010 tient à ses relations avec Israël qui constitue  pour lui un rempart contre l’Iran et serait même disposé à soutenir les  Israéliens en cas de conflit avec Téhéran. Il y a quelques jours les  Palestiniens de Gaza ont brûlé les photos de l’émir du Qatar pour  dénoncer sa collusion avec Israël. Les amis algériens de cet émirat  pétrolier, habitués au double langage et aux forums de Doha où ils  rencontrent les pires ennemis de l’islam, servent en toute connaissance  de cause un projet qui ne sert pas le peuple algérien mais leurs  intérêts et ceux de leurs protecteurs directs et indirects.
Brahim Younessi
AlgerieNetwork