La Révolution; un Désir Idéaliste de Sublimation Divine

La Révolution; un Désir Idéaliste de Sublimation Divine

Jamouli Ouzidane

« L’Idéologie est toujours un concept polémique.
Elle n’est jamais assumée en première personne ;
C’est toujours l’idéologie de quelqu’un d’autre …  
L’idéologie est le tort de l’autre ».
Ricœur , l’idéologie et l’utopie.

« Une Idéologie est une complexité d’idées ou de notions qui se représentent au penseur comme une vérité absolue pour l’interprétation du monde et de sa situation à l’intérieur de ce monde ; Elle conduit le penseur à accomplir un acte d’auto- déception dans un objectif de justification, d’offuscation et d’évasion d’une façon ou d’une autre à son avantage ».  
Karl Jaspers, The Origin and Goal of History.

Révolution ; Une Mutation du Pouvoir
Pour Thomas Hobbes, l’homme a pour passion naturelle la quête du pouvoir. Cette quête obéit en réalité à un instinct de survie darwinien. Les idées subversives séductrices et discursives ne sont là que comme des stratégies machiavéliques de prise de pouvoir : Toujours cacher ses intentions de domination par la libération.

Le Communisme a sa source dans les mythes  que reconduit la modernité (histoire, raison, science, unité, déterminisme, progrès, monde et homme nouveau…) :
« L’âge d’or, le Paradis terrestre, le Royaume de mille ans, sont autant de variantes de ce refus, exprimant la nostalgie du désir, jamais atteint, jamais assouvi, d’un monde autre, d’un temps définitif de liberté et d’harmonie ».

La commune désirait l’idéal absolu de la liberté. Seulement pour matérialiser sa pensée, elle a choisi la Fureur ! Cette Fureur ne pouvant se maîtriser, elle s’est transformée malgré elle en Terreur. Tous les insurgés de l’histoire criaient :
    « La liberté où la mort ».

La terreur de l’opprimé imita la terreur de l’oppresseur. Elle la surpassa même en bestialité ! Les citoyens et les camarades sont plus sanguinaires que les sujets et les frères. Il faut des vengeances victorieuses aux révolutions pour faire ses propres mythes !

La vengeance destructive ne se soucie que de décapiter le Prince. Elle démolit les structures sans avoir pensé auparavant aux architectures qu’elle aura à construire ! En réalité, elle démolit la forme mais garde le fond ; le pouvoir dont elle héritera la Terreur !

La bourgeoisie, après avoir usurpé les idéaux de la Révolution, avait accaparé les privilèges de l’aristocratie. A son tour Marx, et ses intellectuels bourgeois, avaient confisqué l’héritage de la Révolution au nom d’une masse inerte. L’ancien régime, l’État bourgeois ou la société communiste sont tous des formes différentes d’asservissement: une élite intellectuelle, fondée dans des institutions politiques, ordonne une masse servile.

Le Communisme libère l’Europe Nazi et l’intellectuel sartrien applaudit mais reste sourd, aveugle et muet devant le goulag exporté dans le tiers monde qui devait mugir de mortifications plus pour se faire entendre et finalement reconnaitre du bout des lèvres.

La Démocratie prospère a aussi libéré l’Europe du Nazisme et finalement du Communisme. Sa vertu nous montre son horreur ; Hiroshima, Nagasaki et le Nouvel Empire coalisé des medias, des pétrolières, des bourses et des industries de l’armement.

Le mensonge de la révolution apparaît lorsque la terreur combattait au nom de la tolérance, lorsque la mort tue au nom de la vie et lorsqu’on emprisonne la pensée au nom de sa propre liberté de pensée ! On remplaça le bûcher par l’échafaud et Dieu par le Peuple !

Des êtres humanistes nationalistes se disant universalistes, éclairés et vertueux deviennent aveugles d’ignorance et donc de haine envers l’autre qu’ils ignorent. Voltaire, Diderot et D’Alembert (les Encyclopédistes) décrivent les signes de parenté entre le singe et le Noir !

Lorsque Buffon pense que la couleur vient juste du climat, Voltaire l’humaniste sélectif parlera des races humaines comme des plantes qui n’ont pas les mêmes ancêtres. Il appuie même cela par une thèse scientifique dans son essai sur les mœurs : la découverte d’une race qui porte des barbes en Amérique alors que d’autres n’en portent pas donc exit le climat !

Le racisme va être ensuite expliqué et institutionnalisé avec Joseph-Arthur de Gobineau, Houston Stewart Chamberlain…

La masse applaudit à la comédie révolutionnaire qui n’est là que pour répondre aux vœux et aux dédicaces de cette même masse. La révolution doit enchanter le désenchantement de la masse après que la foi et le roi ont été banalisés, épuisés et assoupis ! La masse est toujours à la recherche d’un nouveau prophète qui puisse ressusciter le sens unique qu’elle a perdu dans sa matière commune. Le souffle vertigineux est ainsi noyé dans le bocal de la bêtise commune qui croit aux histoires des intellos sur la justice, l’humanité, la morale, l’espoir, le peuple :
«Quel était l’idiot qui mettait le bonheur de ce monde dans le partage de la richesse? Ces songe-creux de révolutionnaires pouvaient bien démolir la société et en rebâtir une autre, ils n’ajouteraient pas une joie à l’humanité, ils ne lui retireraient pas une peine, en coupant à chacun sa tartine. Même ils élargiraient le malheur de la terre, ils feraient un jour hurler jusqu’aux chiens de désespoir, lorsqu’ils les auraient sortis de la tranquille satisfaction des instincts pour les hausser à la souffrance inassouvie des passions. Non, le seul bien  était de ne pas être, et, si l’on était, d’être l’arbre, d’être la pierre, moins encore, le grain de sable qui ne peut saigner sous le  talon des passants.». Zola

Pour sortir de la faiblesse, Marx préconise une prise de conscience de la masse dans son appartenance à une classe; celle des dominés. Le problème, c’est que cette prise de conscience ne peut être naturelle car le faible est drainé vers une classe artificiellement. Il est drainé non pas à l’aide de sa nature mais à l’aide d’un désir, d’une idéologisation, d’une magnétisation et d’une perversion de la réalité et donc de la nature ! Marx perpétue le mythe de conflits entre les groupes humains en instituant une philosophie révolutionnaire de lutte des classes. Une classe n’est qu’une autre “conformation” de groupe communautaire ; le retour à la tribu barbare !

La révolution est une idéologie qui a un seul objectif : le Pouvoir. Elle combat la religion mais avec un seul Objectif : lui prendre sa couronne avec son propre langage. L’idéologie révolutionnaire s’intéresse à la religion et à la politique ; la maîtrise des Êtres par la maîtrise des liens qui les réunissent.

La Masse est une Structure formée d’une juxtaposition d’Etres- Communs dont les liens sont structurés horizontalement et dirigés verticalement par un Père- Divin dans le cas d’un Système- Théologique, par un État – Commun dans le cas d’un Système- Communisme, et par une Majorité- Commune dans le cas d’un Système – Libérale. Aucun Système n’offre une liaison Naturelle ; en réseau pour constituer une unité organique.

En choisissant, la seule Histoire du Passé qu’il extrapole, Marx a amputé l’histoire non pas de sa moitié- passée enterrée mais de sa totalité en prenant le futur en otage. En voulant se rebeller contre l’Injustice du Capital, Il a crée une injustice Commune tout aussi meurtrière. Le communisme qui abhorrait la violence du capital a été capable du massacre de plus de 100 millions de camarades.    Ce qu’il y’a de malsain avec les idées intellos de haines c’est leur incitation à la haine guerrière suicidaires des innocents alors que leurs intellos sont bien protégés dans leurs salons climatisés :
«Il y a quelque chose de plus abject encore que d’être un criminel, c’est de forcer au crime celui qui n’est pas fait pour lui.»
Albert Camus, Les Justes

Marx comme Hegel ne croient pas à la morale formelle de l’action. Ils croient que l’action ne peut s’établir que par la force, et la force ne peut venir que de l’action militaire. Seulement, lorsque la pensée utilise la force, celle-ci se retourne toujours contre la pensée. La dictature de l’état prolétaire utilisée au début contre l’état bourgeois s’est retourné en fin de compte contre l’état prolétaire lui-même : le peuple !

Le communisme est alors devenu une prophétie qui justifie une injustice actuelle pour une justice future. La fin justifie tous les moyens insensés, injustes et inhumains.

On aurait du suivre le génie de Pascal  :
” La multitude qui ne se réduit pas à l’unité est confusion ;  l’unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie.”

Goulag ; De l’Idolâtrie à l’Athéisme
La révolution française laïque a combattu la barbarie religieuse avec la guillotine et la révolution soviétique l’a aussi combattu avec les goulags.
Seulement, le combat contre un Dieu (devenu diable) se fait toujours au nom d’un autre Dieu (qui deviendra le nouveau diable). L’Histoire est une répétition tragique.

Le problème n’est pas dans le diable mais dans le dieu qui a besoin d’un diable pour survivre. Le problème n’est pas dans les divers mensonges mais dans la vérité divine unique qui ne peut admettre l’existence d’autres vérités divines. L’existence passe par la destruction réciproque de l’autre et donc de soi …Dans « La mort de Danton », Georg Buchner nous révèle :
« La révolte comme Saturne dévore ses enfants ».

Le communisme démembre la religion pour prendre sa place en usant de la même symbolique ; camaraderie de combat au lieu de fraternité de sacrifice. Le néolibéralisme réutilise la même utopie ; la promesse d’un Bien- Être !
L’espérance révolutionnaire renforce la servitude (en changeant la religion par la nation) et non la liberté :
«Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’État.
Albert Camus, L’Homme révolté

Ce siècle idéologique a manqué par deux fois (Shoah, Hiroshima) la mise à mort de l’Être en Soi. Ce n’est qu’une partie remise. Le meurtre d’Abel plane toujours au-dessus de nos têtes comme un vautour insatiable.

L’idéologie se perpétue dans un trio tragique (Religion, Idéologie, Politique ). L’idéologue est un prophète manqué. Lorsqu’il renie ou insulte une religion, il aimerait bien avoir un milliard de fans et des siècles de prospérités. Malheureusement, le « Top of the Pop » change de starlettes chaque semaine. Pour être prophète, la haine, le décri et le plagiat ne suffisent plus. Il faut quitter l’écran pour le champ bataille.

L’idéologie est maintenant arrivée en face de sa contradiction car l’être est arrivé en face de l’autre. La course à la force a ses limites dans le chaos. Ses adversaires sont devenus aussi forts. Les idéologies se combattaient en termes de valeurs humaines universelle supérieurs sur toutes les autres.

L’idéologie, comme le racisme, est juste une rationalisation de la domination qu’exerce le Fort sur le faible et non pas le blanc sur le noir ou le chrétien sur le musulman !
Il en va de même pour l’histoire, qui reste souvent celle des vainqueurs. L’un des privilèges de ces forts est en effet de pouvoir transmettre une Histoire sélective ortho centriste. Les peuples colonisés, les minorités ethniques ou sexuelles pas plus que les classes populaires n’ont généralement droit de cité dans le grand récit de la saga des nations. A moins qu’à la faveur d’un changement des rapports de forces, les faibles ne puissent retourner les armes du savoir contre ceux qui se croient leurs maîtres, et faire apparaître dans toute leur brutalité les dominations que dissimule la mémoire officielle.

[1] Ricœur (1994), L’Idéologie et l’utopie, Seuil, Paris.

[1] Lucian Baia (1993), La Mythologie scientifique du communisme, Paradigme, Caen.

[1] Pascal (1954), Pensées, 809, Gallimard, Paris.

[1] Capdevila Nestor (2004), Le concept d’idéologie, PUF.

Jamouli Ouzidane ;

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