Abdelouahab Mokhbi

« Le vrai patriote s’inquiète, non du poste qu’il doit occuper dans la patrie, mais du rang que la patrie doit atteindre parmi les nations. »  Jules-Paul Tardivel (1851-1905), Ecrivain et journaliste canadien. Extrait de Pour la patrie.

Votez liste 1, votez liste 2…votez liste 44, répétez 44 ! «Votez mais votez surtout pour moi ;  Si vous aimez l’Algérie, liste n donc !, nous sommes les meilleurs » Nous y voilà ! Le chantage au patriotisme de pacotille ! Submergé par une avalanche de sollicitations par des  partis-champignons qui ne sont pas, le plus souvent, en capacité de définir des visions économiques et sociales pour le développement du pays qu’ils sont censés porter, j’ai mis mon cerveau en stand-by !

La difficulté est encore plus corsée qu’il n’y parait ; car le nombre pléthorique de partis est à combiner avec les de compétences des candidats et leurs qualités humaines, probité et autre  loyauté aux engagements souscrits.

Je l’avoue donc, intellectuellement, je suis en pleine expectative. Entre une liberté dont je confesse avec Verlaine qu’il vaille en abuser et une inondation des aspirations démocratiques des citoyens par un foisonnement de propositions, je ne puis formuler le moindre balbutiement de pensée !

Néanmoins, j’irai voter car j’ai l’espoir tenace qu’une révolution tranquille  est encore possible et qu’elle nous épargnerait avantageusement la chienlit d’une révolution violente !(1) Je  procèderais donc par élimination ; Je connais dores et déjà les candidats pour lesquels je ne voterais pas, ma religion est faite !

Mon activité neuronale, quoique en veille, m’édicte d’exercer ma méfiance à l’encontre de ces candidats au minois   rondelet et cherchant visiblement à se donner un air intelligent en habillant leur regard d’une gravité surjouée  pour camoufler leur aspect « bébé cadum ».

Cependant, leurs visages sont si joufflus et leur  mine si   grassouillette   que l’on peut subodorer  légitimement que les ambitions de leur jovialité  n’a pas toujours été nourrie avec le bon régime ! Et mon petit doigt, toujours médisant, me susurre qu’élus, ils   s’évertueront à   trouver quelques mérites aux méthodes de gouvernement de ceux dont ils dénoncent aujourd’hui la voracité et la duplicité.

Ils ne lècheront pas les bouts de doigts, c’est le pot de miel qu’ils siffleront volontiers ! Ils se consoleront par quelques fetwas ; ils diront que pour servir la nation, de l’énergie est naturellement nécessaire et il  n’y a aucun mal à se faire du bien en boostant sa motivation !

Même si je suis désabusé comme une écrasante majorité d’algériens, je ne m’essayerai pas  à ce sport national qui consiste à faire accroire que l’aptitude à l’analyse et à la prospective est proportionnelle au pessimisme dont on peut faire preuve en versant dans la rhétorique du tous pourri.

Bulletin blanc, un billet pour le rêve !

J’irais donc voter, j’irais donc m’exprimer en faveur de la démocratie, fusse en glissant un bulletin blanc dans l’urne. Mais Dieu que le temps qui me sépare de l’urne parait interminable. Non que je sois impatient mais la traversée de ce désert d’idées est affligeante. La nébuleuse des  tenants du boycott entendent gagner la partie en gardant le lit !

Ils agitent l’abstention comme une gaule  magique  qui ferait tomber le « système » tel un fruit mûr. en face, Le pouvoir et les partis en lices ressassent à l’envie que s’abstenir c’est rechercher le chaos, « Algériens, le monde vous observe ! ».

Tout se passe comme si les frondeurs n’ont qu’une envie c’est voir le pouvoir s’effondrer et débouler au fond du précipice, le pouvoir lui en appelle au naturel rétif des algériens pour  prendre à contre-pied les pronostics établis par  « l’étranger » et décevoir les désirs d’un monde qui ne leur voudrait pas du bien. Ni les uns ni les autres ne songent un seul instant à offrir au pays un rêve à poursuivre.

L’absence de leader charismatique et d’une avant-garde qui se détacheraient pour tracer le sillon et y semer quelques espoirs pour le peuple fait que gouvernement et une multitude de partis dans une cacophonie que les médias publics tente de policer développent le même syncrétisme  avec en filigrane le slogan que l’on brandit en guise d’argumentaire  irrécusable: « L’Algérie avant tout »

Nous y voilà !

Alors tordons le cou à ce slogan, point d’orgue de cette campagne électoral qui relève d’une entreprise d’abrutissement collectif. Les temps où le parti unique puis ses tentatives  de survivre sous la forme pernicieuse de pensée unique à travers diverses représentations et institutions factices et autres organisations satellites sont révolus ! el-gat m’dégouti de slim le sait, Fakou !

les arguments plus que douteux avec qu’ils ont longtemps assener au peuple  sont obsolètes, périmés ;  « Nous avons libéré le pays », Il devient difficile à des hiérarques qui n’ont aucun mérite de part leur âge, de recourir à un tel argumentaire devant une jeunesse qui n’a pas connu la colonisation; comme il est aberrant d’haranguer les contingents de jeunes chômeurs, diplômés ou pas, avec un discours alambiqué et parfois douteux pour les culpabiliser de n’être pas suffisamment reconnaissant à un système qui leur a assuré le pain quotidien et donné de l’instruction.

Après avoir subi, le parti unique, la pensée unique et l’opposition factice  Les algériens sont aujourd’hui résolus pour instaurer une diversité raisonnable d’options pour des politiques économiques et sociales fasse vivre une démocratie authentique propice à la libération des énergies créatrices et productives que recèle le pays. Comme  pour les rustines appliquées au parti unique, personne n’est dupe des velléités des hiérarques du « système » pour   le le sauver par un lifting

L’Algérie avant tout ! Oui, mais !

“L’Algérie avant tout”  disent-ils et dussions-nous commettre un crime de lèse majesté à l’encontre de la personnalité de Mohamed Boudiaf qui en a fait la devise de son passage à la tête de l’Etat, nous dirons que ce slogan est inadéquat. C’est un mélange détonnant qui ne fait pas de nuance entre le nationalisme le plus primaire, le populisme le plus cynique et le patriotisme aussi sincère soit-il.  Celui qui le clame se désigne comme tuteur universel exclusif  et seul habilité à définir ce qui convient ou pas au pays. On peut avoir beaucoup d’ambitions pour le pays mais pas autant de prétentions.

C’est en soi, une entorse à la démocratie qui voudrait que l’on accepte pleinement l’expression libre des opinions d’autrui, sans représailles ni épée de Damoclès suspendu au dessus de la tête des personnes qui n’observeraient pas les restrictions établies en filigrane du politiquement correct algérien.  ” La seule manière d’être patriote est d’être démocrate”, cette profession de Hocine Aït Ahmed sonne plus juste par son contenu et la pertinence  pédagogique qu’elle véhicule. Elle n’a  malheureusement pas fait florès dans le pays.

“L’Algérie avant tout” exclue plus qu’il ne mobilise. Les conditions dramatiques, liées à l’interruption du processus électoral de décembre 1991, qui ont induit l’émergence de ce slogan et les exécrables ostracismes qu’ils ont  généré lui ont enlevé tout attribut républicain.  Et si on se remémore le “Deutschland uber alles” (L’allemagne avant tout) qui colle à la peau d’un Erwin Rommel, on peut y déceler des effluves fascisantes. Ce cri choisi pour insuffler un élan salvateur à la nation renferme les ferments pour des dérives  font peser une grave menace sur l’unité nationale. Inutile de revenir sur les extrémités et horreurs de l’histoire qui se sont réalisées sous la bannière de réclame similaire                                         .


Le cœur, écrin et citadelle inexpugnable pour une Algérie éternelle

Que ceux qui s’offusquent au quart de tour ne dégainent pas ! J’ai naturellement conscience que Mohamed Boudiaf avait incarné l’espoir d’une Algérie retrouvant ses marques pour un nouvel essor. Je n’ai aucun doute sur la sincérité de l’homme ni sur l’authenticité de son patriotisme. Je ne fais donc aucun amalgame entre le rêve suscité par le président désigné à la tête du Haut Comité d’Etat puis trahi et les dérives de quelques nazillons. Cependant la droiture de l’homme ne justifie pas une telle maladresse.

Je préfère donc ” L’Algérie au cœur pour un nouveau cap: l’avenir”. On peut ainsi partager fraternellement et paisiblement le bonheur d’être algérien. C’est aussi, je le crois, la meilleure manière de protéger son pays en le plaçons  dans une forteresse inexpugnable, le cœur de chaque citoyen. C’est le seul écrin digne de la grandeur de l’idée que l’on doit se faire de la destinée d’un pays comme le notre                                               .

Aimer l’Algérie ou les Algériens ? That is the question !

On appartient un peu à son pays comme on appartient à sa mère, a-t-on dit ! Le patriotisme est un sentiment fort honorable tant qu’il ne devient pas prétexte à la haine et à l’exclusion de l’autre. L’Algérie physique est le conceptacle de ce que je suis avec ma culture et ma civilisation.

Ce qui m’importe c’est d’y cultiver la fraternité avec mes compatriotes autour d’ambitions communes pour en faire une destinée. S’il s’agit d’aimer ses maquis et ses déserts, soit ! Mais pas pour eux-même ! Auquel cas je préférerais être ailleurs pour tous vous dire ! Où ça ? Chez Milka, par exemple ; là où des veinards vont, en général, traiter leur addiction à la nicotine!


Histoire de sauveurs!

L’excès d’ardeur et l’impatience qui fait bouillonner la jeunesse algérienne ! Chacun veut sauver l’Algérie! De quoi, comment et pour quelle qibla ? Certains démocrates typiquement de chez nous ne jugent pas utiles de produire les réponses à ces questions pour avancer. Vous ne les désarçonnerez pas en leur rappelant qu’il n’y a jamais de bon vent pour celui qui ne connait pas sa destination.

Il faut sauver l’Algérie ! Au galop, dans le mur ! On se surprend, Alors, à espérer que ces forces mettent un bémol à leurs fougues. Y’a-t-il un plus grand gâchis que de voir cette profusion d’énergies se neutraliser avant même de se mettre en chemin.

J’ai appris à me méfier des sauveurs. En prélude à l’intervention de l’armée pour annuler le premier tour des législatives et la destitution du président en exercice, nous avions vu l’émergence du Comite Nationale de Sauvegarde de l’Algérie (CNSA).

Surgi sur la scène politique bizarrement, certains de ces malheureux sauveurs furent mystérieusement assassinés. Les sauveurs du CNSA furent là pour s’opposer à d’autres sauveurs, ceux du Front Islamique du Salut. Ils ont cautionné ce qui fut appelé pudiquement l’interruption du processus électoral par l’armée du 11 janvier 1992.

Est-ce inutile de rappeler que l’annulation du résultat du premier tour des élections législatives, s’est décidé contre -on a tendance à l’occulter- l’avis des deux autres fronts FLN et FFS. Doctement, nos démocrates autoproclamés nous ont expliqué que le peuple a désigné le mauvais vainqueur. N’étant pas assez mûr, le peuple n’aurait droit qu’à une démocratie sans les urnes.

Résultat, le sauvetage entrepris avait fait faire au pays, pour de vrai le fameux pas en avant de Chadli Bendjedid. « Nous étions au bord du gouffre, et nous avons fait un pas en avant »


Les mauvais tours de l’histoire.

Cent, deux cents milles morts plus loin, les algériens regardent incrédules la Tunisie, réputée dévergondée, désigner Ennahdha de Rashed Ghannouchi, pour le premier rôle dans la nouvelle donne politique dans le pays. Cette redistribution des cartes surprend, autant que la révolution elle-même  avait pris de court les plus vigilants; les experts en étude géostratégiques qui scrutent jusqu’à la ligne d’horizon les cogitations du peuple pour deviner ses intentions ont en pris leur grade.

Ils se sont avérés aussi futés que Michèle-Alliot Marie qui a fait une sortie de route en se mettant à la disposition du dictateur Ben Ali pour mater ce qui lui a paru comme une émeute de la populace contre ceux qui veulent continuer à bronzer gratis. Désormais, il serait presque plus prudent de faire valider les analyses prospectives par des voyantes dans le marc de café.

Les uns et surtout les autres, -qui pensent que le protectorat coure toujours- ruminent, abasourdis, leur déception. Ils reçoivent l’estocade ; 85% des femmes élues appartiennent à la mouvance d’Ennahdha. la femme libérée, de Bourguiba et de Ben Ali, marque de fabrique pour vendre la Tunisie pour une bouchée de pain et un été à Hamamett, se voilerait-elle la face devant les problèmes d’une Tunisie à la croisée des chemins ?

L’histoire s’amuse !

Ce n’est pas une hérésie de faire constater qu’après avoir subi des vagues de gouvernants autoproclamés, la boite de pandore fut ouverte avec la l’annulation de ce premier tour de la première élection pluraliste « propre et honnête » de Mr Ghozali. Depuis le pays  flirte avec le pire. La politique, du coté de chez nous, est une carrière que l’on épouse lorsqu’on ne dispose pas dans sa besace quelques savoirs, connaissances, mérites ou compétences étayées par une expérience probante.

Les algériens le constatent, ils sont représentés ou administrés par des générations spontanées d’ « élus.  Jusque là, le système a fonctionné sur la base d’une démocratie de façade. Le citoyen, selon le distinguo, établi par l’ex-ministre repenti, Mourad Benachenhou, avec son bulletin, ne choisissait pas, il élit ! « A voté » ! Au suivant !

Aujourd’hui l’Algérie est au pied du mur ; si le peuple retourne pour la énième fois à la case départ pour couver sa sempiternelle déception, ses rêves s’effilocheront pour laisser s’exprimer une colère, la mauvaise colère. Ça serait, qu’à Dieu ne plaise, le début de la chienlit (1)

 

Un bulletin pour une sortie honorable !

C’est, je le confesse volontiers, pour conjurer que la populace transforme cette promesse de révolution du peuple en émeute que j’irais voter, j’irai voter pour faire entendre ma voix en faveur de la démocratie.  pour dire qu’en dehors du respect du verdict des urnes point de salut. « Le système » devrait accepter de quitter la scène de l’Histoire par la petite porte ;  sortie honorable, si on la jauge avec les systèmes autocratiques qui ont gouverné contre leurs peuples et qui furent les premiers surpris par la colère de la rue arabe qui les a  broyé.

Je crois fermement que nous ne pouvons pas indéfiniment nous dérober pour faire les choix raisonnables. Il nous faut opter pour le tempo sur lequel nous devrions chanter « Algérie, mon amour. »2.  Se refuser à accompagner loyalement le changement pour que le pays ne subisse plus son avenir en se cachant derrière une phraséologie creuse et en ânonnant des slogans tout aussi creux tel « l’Algérie avant tout », c’est se mettre dans une posture de véritables néo-harkis3.

Un grand pays, une grande nation ne sauraient être indéfiniment sourds à l’appel de l’histoire pour assumer le grand destin qui est le leur. Contrarier cette marche, c’est assumer la politique suicidaire du pire.

1.       Algérie: La Révolution oui, la Chienlit non ! http://algerienetwork.com/info/blog/abdelouahab-mokhbi/
2.       1ier Novembre : Quel tempo pour « Algérie, mon amour » ? http://algerienetwork.com/info/blog/abdelouahab-mokhbi/item/1866-1ier-novembre-quel-tempo-pour-alg%C3%A9rie-mon-amour-?.html
3.       Les néo-harkis, Renégats, l’arrogance en plus !

Abdelouahab Mokhbi