A Constantine, à moins de 100 mètres de leur hôtel zaama de luxe Novotel et en face du palais de justice, se dresse, enfin s’écroule, l’un des plus anciens et des plus abordables marchés de la ville.

Le marché Boumezzou est aujourd’hui un véritable égout à ciel ouvert, un cloaque au coeur de la ville, une poubelle vivante où transitent des centaines de personnes par jour et presque le même nombre de rats, où marchands et détritus se bousculent un espace digne des hales du moyen âge.

Les rares commerçants qui n’ont pas encore déserté leurs carreaux s’éclairent via des fils de fortune comme on en trouve dans tous les quartiers de bidonvilles.

Rien n’arrête les eaux usées dans ce marché, mais le petit peuple s’accroche à ce rempart par instinct de survie, qu’adviendrait-il de toutes ces familles qui ne vivent que grâce à ce ‘marché’, toute cette tranche qui n’a que ces étales où l’air est irrespirable ou ces cageots à l’entrée qu’il faut à tout prix écouler pour nourrir une, voire, plusieurs familles, des oeufs de ferme, de l’huile d’olive, des fruits de saison parfois fraîchement cueillis, de la coriandre, du pourpier et même la fleur Primevère des Jardins connue sous le nom de زهرة  »البليري »

Comme quoi, le rêve est toujours permis !
Constantine est une ville en escalier, il n’y a pas d’étage plus important qu’un autre, c’est une ville que l’on escaladait tels des des jardins suspendus, les fruits d’El hamma et des vergers d’El ghorab via, des chemins et des gorges que seuls les habitants connaissent, arrivaient frais et parfumés aux étalages du marché.

Hélas, des aveugles zélés et méprisants qui pensent avoir définitivement occupé les cimes de la ville ne savent pas encore que le coeur battant et les fondations y compris puniques n’ont pas dit leur dernier mot.

J’étais tentée d’écrire au Wali pour lu demander si oui ou non il connaissait le marché de la brèche, s’il connaissait l’édifice antique au sous sol du marché et qui sert de poubelle, s’il était fier d’être le Wali de la ville et de ses sous terrains, de ses sous citoyens et des ses égouts à ciel ouvert, mais j’estimais que la république des papiers avaient mieux à faire que de me lire.

Je ne perdrai donc pas mon temps, en espérant tout de même qu’un de leurs invités de la kermesse de Ctn capitale de la culture Arabe, publiera un jour des photos souvenirs du marché de la brèche !

Bien sûr, les promoteurs et autres arrivistes ne rêvent que de s’accaparer du terrain pour y bâtir encore un autre bulding avec vigiles, escalators et boutiques bling bling où fast food et fausses Italiennes s’arrachent les gnous, hélas, le terrain ne s’y prête pas sauf, s’il décident de détruire les gorges du Rhumel.

Z.A.