Trois années après, les analystes ne répondent plus à l’appel. Tant le « printemps », soit n’a pas obéit aux règles de la poésie, soit n’a pas donné les fleurs escomptées par le marché. C’est ce dernier cas que nous observons en Tunisie où très vite il est apparu que la dynamique ne donnait pas du tout le tableau dressé. Celui-là dont le directeur du centre arabe des études politiques et sociales à Genève, Riadh Sidaoui, a parlé dernièrement.

Les Etats-Unis voulaient implémenter leur propre exemple, mais ils auraient été surpris par l’échec des Frères musulmans en Tunisie et en Egypte. Il faut dire que les Frères étaient les mieux placés pour symboliser et concrétiser la rupture avec le nationalisme et les velléités souverainistes ou socialisantes.

Plus loin, au sein des peuples, ils devaient théoriquement, comme il était prévu de longue date, semer la résignation et la fatalité en contrepartie d’une « solution » immanente, indépendante des vicissitudes conjoncturelles et bassement matérielles. Leur arrivée au pouvoir, à l’issue d’une longue marche, inaugurait une ère de félicité pour l’alliance atlantiste.

Pour cela, la surprise de s’être trompé a dû certainement s’accompagner d’une terrible déception.

Les Tunisiens et les Egyptiens n’ont pas encore fini leur propre printemps, pas celui que peignaient les « think tanks », sur leurs chevalets. Les Frères ont été remerciés, d’une façon ou d’une autre.

Les Egyptiens d’abord, ce qui a obligé les forces armées à intervenir pour contrer la déferlante populaire.

Les Tunisiens ensuite, qui ont compris qu’ils leur fallait reculer et « dialoguer » pour reporter les échéances, au lieu d’affronter une population qui refuse de comprendre que le « changement » ne doit se limiter qu’à l’éviction du tyran et non à celle du système lui-même.

Un système que les Frères ont reconduit et renforcé, en lieu et place de ce qu’ils promettaient dans leurs prêches. Ils n’ont alors pas pu tromper longtemps un mouvement populaire encore effervescent et ils ont même terriblement déçus une grande partie de leur base sociale. Celle qui vivait de l’illusion que la religion portée par les Frères allait les contraindre à respecter leurs engagements en matière de refonte de la société, sur la base de la justice sociale.

Maintenant, que l’expérience des Frères a été faite, sans discontinuer, la fronde populaire n’est plus dupe de n’importe quelle forme de « démocratie » et ne semble non plus pas croire au « providentiel sauveur » qui devra montrer patte blanche, lui aussi.

Ainsi, le contexte sera plus compliqué à gérer, que d’aucuns puissent le croire, et pour les futurs élus en Tunisie et pour le presque élu, le général Abd el Fattah Al Sissi, en Egypte. Car les causes du printemps ne se situent pas dans les noumènes des « démocrates » mais dans le vécu dramatique des peuples.

A.H