L’Islamique en Algérie : les Frères du MSP se ravisent

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Jusqu’ici, il n’était pas question pour Abderazak Mokri, de discuter avec le pouvoir considéré comme « illégitime ». C’était sa marque de fabrique. Il exigeait, à partir de sa « coordination pour les libertés et la transition démocratique » (CNLTD), que l’armée fasse un coup d’Etat et confie la gestion du pays à lui et à ses associés, afin de travailler à asseoir « les libertés et la démocratie ».

La base de toute discussion était l’acceptation d’une plate-forme rédigée, il y a une année, à Zéralda. Toute autre initiative qui vise à associer le pouvoir ou des « partis du pouvoir », comme celle du FFS, sera rejetée. Et voilà que les Frères du MSP se sont redécouvert la « vertu du dialogue », c’est ainsi que leur chef, celui qui se serait toujours opposé à « l’Alliance présidentielle » et qui a opté le moment venu pour « l’opposition », a fini par consentir à demander audience à la présidence de la république.

Il y a été reçu et bien reçu, avec sa délégation, par Ahmed Ouyahia, le directeur de cabinet de Bouteflika, à qui il a remis une « Charte de la réforme politique », « qui sera étudié avec intérêt ».Autant dire que cela ressemble fort à un changement de tactique, voire à un sursaut par rapport au cours choisi depuis l’éviction de Bouguerra Soltani.

Le radicalisme a pris du plomb dans l’aile. Au sein de la CNLTD, ceux qui restent, dont la plupart lui doivent une visibilité médiatique, s’étranglent d’indignation. Mokri ne les aurait pas consultés et aurait dérogé au principe de l’interdiction des initiatives individuelles.

C’est dire le mépris dans lequel il devait les tenir, sachant qu’il est le seul à avoir l’aptitude à remplir les salles et à disposer d’un appareil partisan national.

C’est dire, encore, la naïveté qui prévalait et qui laissait penser qu’un conglomérat aussi disparate pouvait aboutir ou seulement maintenir une cohésion dans ses rangs.

C’est dire, surtout, qu’il était évident que les seuls qui avaient quelque chose à perdre, les Frères, pouvaient réellement lier le sort de leur formation à de simples sigles ou à des personnalités en déshérence. Interrogé sur son initiative par le site TSA, Mokri ne parle plus de la CNLTD, mais de son parti.

« C’est ainsi que nous faisons la politique au MSP. On ne se parle pas par le biais des médias » a-t-il répondu, sur un registre en totale rupture avec l’arrogance affichée auparavant.

Il trouve même que Bouteflika pourrait intervenir auprès du général Al-Sissi, en faveur de l’ex-président Mohamed Morsi, condamné à mort dans le processus de répression que subissent les Frères musulmans en Egypte.

Ouyahia, quant à lui, avait compris l’évolution des sentiments dans le MSP. Il saisi la nuance au vol. Avec un sens assez appréciable de la diplomatie, il « a prié le président du MSP de faire savoir aux autres partis avec lesquels il partage l’appartenance au conclave de l’opposition, qu’ils seront aussi les bienvenus à la Présidence de la République ».

Au cas où il serait entendu, on ne sait pas s’il pense réserver le même protocole à toute la liste.     

A.H