Mourad Boukhelifa: La Marche de l’Espoir pour la Présidentielle 2019

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« Quand le prophète montre la lune avec son doigt, l’imbécile regarde le doigt ».

La marche, que je suis en train de préparer, pour aller à la rencontre des gens n’est qu’un moyen pour :
– comprendre les préoccupations de chaque catégorie sociale et socioprofessionnelle dans les différentes régions du pays,

-débattre des solutions que les uns et les autres ruminent dans les cafés et les endroits publics à toute heure et tous les jours que Dieu fait,

– présenter notre approche et notre vision de ce que doit être notre pays et de ce que chacun attend de la politique et de ce chacun de nous doit apporter à la croissance et au développement du pays

En tant qu’intellectuel, nous n’avons pas le droit dans ces temps troubles de nous morfondre, de critiquer tout ce qui bouge et de rester dans un café ou devant le clavier en considérant que « ce n’est pas nous mais les autres qui sont responsables», « Qu’Allah Ghaleb » et que la politique « Khatini ».

Certains choisissent la grève pour se faire entendre, d’autres la grève de la faim, d’autres la participation à des élections même si elles sont truquées, ou encore d’autres le suicide, l’immolation, la violence ou les manifestations qui sont autant de forme de refus et de contestation de la politique subie.

A travers la marche, dans l’Algérie profonde, que j’ai déjà visité plusieurs fois dans le cadre de mon travail et lors des élections présidentielles de 2014, une marche que je compte faire avec ma femme et ma fille, sans moyen de locomotion propre, je veux parler des solutions possibles pour apporter le plein emploi, réduire le désarroi et la lassitude des jeunes, réveiller les consciences et expliquer ma vision.

Le pétrole, et maintenant le Gaz de schiste, ne sont pas la solution. Leurs extractions-extinctions ne vont pas faire de nous des gens riches, heureux et dignes. Par contre ils feront de nous, ce que nous sommes pour certains déjà actuellement, des assistés, des belliqueux, des prétentieux, des assoiffés d’argent et de pouvoir.

Nous avons besoin d’être des gens sages, travailleurs, propres, qui vivent tranquilles et dans l’humilité et la paix avec eux-mêmes et avec les autres, qui acceptent de partager et qui ont l’ambition et la volonté d’atteindre l’excellence dans les différents axes, cycles et secteurs de l’économie.

Nous avons besoin de reconnaître que nous sommes mal partis et que l’issue peut nous être fatale comme elle l’a été pour les pays du front du refus, à savoir l’Irak, La Lybie, le Yemen et la Syrie. Ces pays ont explosé et sont soumis à toutes les convoitises, l’Algérie peut imploser à tout moment, car plus que les autres elle est un pays continent qui vit en jachère et dans le déni de soi.

« Li tag aalla khouh ..», est devenu la règle et « elkfaza » est devenu la norme. Pourtant les mosquées ne désemplissent pas et les biens matériels s’affichent partout jusqu’au dégout. Nos poubelles ne sont plus contenues et les chaines satellitaires les montrent avec ostentation.

Nos dirigeants ont donné des logements neufs, des crédits pour des projets très souvent contestables, parfois fictifs, ils ont organisé des élections communales, wilayales, législatives et présidentielles, ils ont construit une autoroute, mis en œuvre des tramways, démocratisé Internet mais ils n’ont pas su préserver la dignité de chacun et protéger certains citoyens de la descente aux enfers. Ils n’ont pas su tirer profit de leur politique, car leur politique n’est pas consistante. Elle est sans projet et sans vision. Elle produit l’effet contraire de ce qui est attendu et ils se retrouvent en face d’un mécontentement incroyable qui touche toutes les catégories de citoyens et toutes les régions. Peut être n’entendent-ils rien comme Marie Antoinette qui « demandait à ses valets de donner des croissants » à des citoyens en colère qui réclamaient du pain ? Peut être que les courtisans sont plus forts et pratiquent à la perfection la fable « du corbeau et du renard » ?

Réveillons nous. Est-ce que c’est pour cela que nos ainés sont morts ? Est-ce que c’est pour devenir propriétaire « de la gare », « de la poste », ou du « bar » du coin que les Moudjahidines sont montés au charbon ?

Est-ce qu’il est difficile de gérer les poubelles ou les locations d’appartements qui n’obéissent à aucune règle ? Est-il difficile de gérer ces motocyclistes qui se pavanent avec des bébés devant des policiers hagards ? Est-il difficile de créer des emplois alors que nos villes, villages et cités sont devenus des dépotoirs ? Est-il difficile de créer des emplois alors que nos villes, villages et cités s’endorment à 17h ? Est-il difficile de créer des emplois alors que nos maisons sont affreusement barreaudées ? Est-il difficile d’organiser la gestion de ces bus bourrés d’hommes et de femmes otages du bon vouloir du chauffeur de bus ? Est-il difficile de créer des emplois alors que nous avons un pays vierge plus grand que les dix pays de la communauté Européenne ?

La liste est longue de toutes les occasions ratées alors que nous récoltons chaque année des milliers d’universitaires, qui ont normalement appris à analyser, synthétiser, réfléchir. Pourtant nos politiques préfèrent donner le pouvoir de décision à des gens, certes loyaux envers le système, mais qui ne brillent pas par leurs compétences et qui sont en déficit d’imagination.

Tout le monde a remarqué la bourde du SG du FLN, qui a lancé à la journaliste qui l’interrogerait au sujet de la place du FLN dans le futur gouvernement qu’elle ne devait pas « lui enlever sa GHOBZA » et que dans le partage des rôles rien n’était plus important que le pouvoir du Président et l’application de son programme.

Que pourra penser le jeune universitaire en chômage, l’entrepreneur en faillite, le médecin qui se déplace en bus, le retraité-malade qui n’a pas sa carte chiffa et tous ceux que la machine est en train de broyer pendant que le chef du parti majoritaire pense plus à sa GHOBZA qu’aux prochaines années inquiétantes ?

Je ne peux pas croire à un avenir paisible quand je vois partout des dysfonctionnements criants et quand je vois un peuple mal habillé comme du temps du début de la colonisation.