Suite à l’affaire rapportée par les médias des œillères concernant Mr Bouhafs condamné à 3 ans de prison à Sétif pour avoir insulté le prophète sur sa page FB, un appel à solidarité avec cet Algérien de confession chrétienne nous dit-on, est lancé.

Il nous a semblé nécessaire d’exprimer humblement un point de vue sur la question surtout que les logiques dichotomiques et le logos ‘Je suis Charlie’ font trop des ravages parmi nous en vibrant sur le même diapason que celui des injustices, des justiciers sélectifs, des mercenaires et autres aventuriers qui sévissent au nom de l’Islam. Ne dit-on pas que ‘écrire rend justice à la vérité’ ?

Loin de toute idée de cautionner ou même de discuter la justice DZ encore moins répondre à ceux qui appellent cette même justice à rétablir la peine de mort pour soit disant dissuader les tueurs d’enfants et qui sans doute applaudissent les juges de Sétif dans l’espoir, pourquoi pas, d’un retour imminent à l’échafaud et aux supplices publics, il est urgent de donner d’abord un sens politique au terme ‘solidarité’, il est salutaire d’en définir les contours et les buts pour ne pas se retrouver à jouer dans la cour des bourreaux en pensant défendre des victimes.

Nous ne savons pas ce que Mr Bouhafs a écrit ou dit et la presse savante n’a pas jugé utile de nous en dire plus, juste insister sur le fait que l’inculpé est chrétien comme si le christianisme avait pour pilier et pour chapelle Charlie Hebdo ! Soyons clairs, peu nous importe que Mr Bouahfs soit musulman ou pas, Ouled Dadda, ce père de 5 enfants qui est ce qu’il y a de plus musulman -puisqu’il faut rappeler la confession des gens- écope d’une peine de deux ans de prison pour avoir repris via son compte FB une VO montrant des hommes en tenue de policiers en train de piller des magasin à Ghardaia, et nous n’avons pas souvenir à ce sujet d’une quelconque solidarité ni d’une quelconque médiatisation de la part de la presse dite ‘républicaine’. Il ne s’agit pas de régler ses compte, loin de là, mais juste essayer d’expliquer les limites des solidarités quand il n’y au aucun projet sérieux derrière.

La liberté de conscience ne signifie pas la liberté d’insulter et là dessus, rappelons aussi qu’au nom de l’Islam des faussaires et des pervers vilipendent et menacent tout ce qui bouge et tout ce qui est différent, ils blasphèment même en pleine rue en toute impunité, mais ce registre ne fait pas partie des priorités du pouvoir qui tient, pour son image, à offrir épisodiquement à la foule, un chrétien, un Mozabite du MAK ou encore le cadavre dénudé et mutilé d’un terroriste dont on ne saura jamais le nom.

C’est pourquoi se contenter d’exprimer sa solidarité avec LE chrétien mis en prison pour avoir insulté le prophète Mohamed (SAWS) est sans portée et s’apparente à une solidarité de réaction, clanique, voire idéologique plus qu’à une volonté réelle d’en découdre avec les ripoux dont l’un des boucliers, que dis-je, l’un des plus efficaces Taser contre les Algériens est justement cette justice, et ce, après en avoir soit disant fini avec les visiteurs de minuit, les détentions secrètes et les disparitions forcées. La république des juges collabore enfin avec celle du DRS et les mêmes cadres continuent de protéger le même système. Réagir au coup par coup finira par nous noyer et nous diviser davantage et penser s’opposer au pouvoir de l’intérieur est un leurre qui a déjà donné trop de victimes et brisé trop d’espoirs.

La voyoucratie a plus d’un tour dans sa poche, rappelons qu’après le énième scandale du BAC des innocents sont en prison juste pour faire plaisir et conforter Mme Benghebrit, et encore une fois, la presse peu bavarde à ce sujet a pourtant tout dit ; parmi ceux accusés d’avoir fait sortir les sujets à partir de l’ONEC et pendant trois jours affilée , on trouve des inspecteurs de l’éducation ! Est-ce bien utile de se souvenir qu’ avant même toute enquête, le mot ‘arabo-islamiste’ avait été lâché pour désigner les coupables.

Afin d’ éclairer davantage sur les solidarités sélectives qui ne sont pas le propre d’un courant ou d’une presse dite républicaine, souvenons nous du combat de Mr Arezki Ait-Larbi pour les jeunes de Thkouk (Aures) qui ont subi la pire répression en ce Mayu Aberkane, et dont beaucoup de donneurs de leçons de morale se sont détournés avec une lâcheté légendaire, sous le scandaleux prétexte que le problème était purement berbériste quand il était question de jeunes sodomisés, torturés et brisés. C’est pourquoi nous disons BASTA !

S’il y a mouvement pour la justice dans ce pays il ne peut se payer le luxe de trier au cas par cas, nous traînons près de 200 Mille morts et plus de 20 Mille disparus, nous ne savons toujours pas combien d’Algériens sont devenus fous et estropiés des suites de la torture et des camps du sud, des suites de la révolte d’Octobre 1988 et la liste est longue à propos des expéditions punitives et des manifestants accueillis avec des balles explosives ; des avocats sont criminalisés pour avoir dénoncé les conditions de détention, des procureurs dégommés du jour au lendemain pour avoir nous dit-on mal obéi dans l’affaire Chakib, les Harragas sont traités, avec leurs familles comme des terroristes, l’affaire des moines de Thibehirine étouffe sous l’indifférence et les blocages, les journalistes reviennent au cahier de charge et vous pensez que nous avons encore le droit de dire ‘NON’ à la justice sur telle ou telle affaire ?

Comme tant d’autres que nous avons cités et pas cités tels Hassan Bouras ou Tamalt mourant, OUI ! Ce chrétien est injustement incarcéré !!! Nous le disons haut et fort et c’est une humiliation pour nous tous de subir, impuissants un pouvoir, qui en notre nom, car les jugements se prononcent au nom du peuple, se permet de châtier qui il veut pour paraît-il défendre l’Islam !

S’il y a un mouvement de solidarité, il doit s’exprimer au nom de TOUTES les victimes et se diriger contre le pouvoir. S’indigner au rythme des événements dont seuls les prestidigitateurs connaissent les calendriers, pour défendre de temps en temps soit un chrétien soit un haut fonctionnaire relève aujourd’hui presque du figurisme, et ce, même si de tous les points de vue, et ne nous voilons pas la face à ce sujet, qu’il s’agisse du chrétien ou du haut fonctionnaire du ministère, le peuple n’est pas sans les honnir, mais évitons juste pour le moment de faire le procès su Ghachi, le jour où la liberté d’expression aura sa place, les lumières éclaireront tous les esprits y compris à propos de ces Fetwa du ministère de l’intérieur à propos des non jeûneurs et Tutti Quanti.

Dans un pays qui se respecte j’aurais le droit de déposer plainte contre celui qui appelle à égorger, celui qui applaudit les massacres d’islamistes comme l’a fait récemment un journaliste d’El Watan, celui qui insulte le prophète ou encore celui qui fait l’apologie de la torture et des massacres d’ici ou même d’ailleurs.

Tout le monde a droit un procès équitable, public et surtout respectueux des lois votées et non des fetwas improvisés par des ripoux.
“La justice, cette forme endimanchée de la vengeance” disait Robert Heinlein.

Z.A