Le poème ci-après, intitulé « la valse des partis politiques » a été rédigé en 1991, au lendemain de l’avènement du pluralisme politique en Algérie, subséquent aux évènements d’Octobre 1988, appelés à tort ou à raison: « les émeutes du ras-le-bol », au cours desquels, des centaines d’émeutiers ont été tués par les forces de l’ordre, des biens publics saccagés…etc.

Le nouveau paysage politique augurait de la sortie définitive du pays du tunnel totalitaire, car l’effervescence était grande , et la société algérienne, emportée par l’euphorie d’une liberté longtemps confisquée, exultait. Elle s’émancipait, se définissait et se regroupait chacun selon ses convictions. Le clairon de la fête de l’inauguration d’une nouvelle ère politique en Algérie, porteuse de grands espoirs et de visions d’avenir prospères, retentissait partout, et on hissa les pionniers du multipartisme au rang de martyrs, car d’aucuns qualifiaient l’évènement de « nouvelle indépendance ».

Et donc, la perspective d’une Algérie débarrassée de la politique tribale,du régionalisme, du clanisme d’intérêt, et d’une démagogie acérée entretenue par les lois d’une « légitimité historique » qui se voulait éternelle,pour fusionner dans une identité citoyenne que différencierait uniquement les opinions politico-idéologiques, se profilait à l’horizon.Et pour bien asseoir ces nouveaux acquis, des élections pluralistes, accomplies dans une transparence incontestable ont été organisées, mettant en joute des dizaines de partis, et les résultats, confortant une démocratie naissante d’une part, mais frustrant le pouvoir, d’autre part, qui se voyait menacé de déchéance, furent affichés dans une atmosphère tendue. Et, ne pouvant gober sa destitution certaine, pourtant décidée par le couperet des urnes,il recourut à des manigances pour ne pas lâcher les rênes.

Et voilà que, oh rage!, oh désespoir!, oh déraison!, on signa l’arrêt de mort du processus électoral, au grand dam du peuple, le premier acte démocratique depuis l’indépendance, sous prétexte de sauver l’Algérie de l’obscurantisme. Quelle prémonition, pour quels devins! les putschistes qui se proclamaient « Sauveurs de l’Algérie » en anticipant ,à priori, sur les événements futurs !. Et les obscurantistes présumés, venaient-ils d’une autre planète, en envahisseurs? (Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage).

Cette bourde historique, qu’il eut été plus sage d’éviter en respectant le choix du peuple qui a tant souffert et enduré, ayant d’abord subi les affres d’un colonialisme farouche, puis le poids de moult privations et restrictions qui affectèrent sa fibre nationaliste et le menèrent droit à une forte explosion d’où jaillit un souffle politique nouveau qu’il huma goulûment en s’exprimant démocratiquement, et, au lieu de célébrer sa victoire, il se retrouva, nageant encore une fois dans le sang, envahi de toutes parts par la peur, l’insécurité, sans parvenir à saisir , dans l’immédiat, la portée d’un tel retournement de situation, cette bourde historique, disais-je, entraina les Algériens, des lustres durant, dans la spirale d’une violence indescriptible.

Des atrocités traumatiques, qu’on n’est pas prêt d’oublier, ont été commises; des milliers de disparus, qu’on cherche toujours, le coeur en pleurs, ont été recensés, des édifices soufflés, des estropiés, des exilés; bref, des exactions qui n’ont rien à reprocher à celles perpétrées par le colonialisme, ont mis à nu le degré de sauvagerie que peuvent atteindre les Algériens , et la liste n’est pas close.

Et vint Bouteflika, le messie. Le père de la paix civile et de la concorde nationale, les deux oeuvres les plus remarquables de son règne, auquel nous rendons quand même hommage, en vieux briscard de la politique, d’avoir quelque peu redéfini l’Algérie, en la replaçant sur l’échiquier international, et rétabli l’ordre, nonobstant la persistance de soubressauts de mécontentement tous azimuts, dûs essentiellement à une injustice sociale tenace, véhiculée par de lourds fléaux, tels le népotisme, la corruption… qu’il est difficile de déraciner, tant ils sont profondément ancrés dans les moeurs algériennes, a failli à sa tâche,dans la mesure où il a ,reconnaissons-le,négligé la promotion de la démocratie qu’il laissa végéter,sans daigner répondre aux aspirations des Algériens concernant ce volet.

Et là,revers de la médaille,ceux qui se massèrent après le premier tour des élections législatives de 1991,brandissant les slogans « sauvons la démocratie  » , »la démocratie est en danger »,ont fait les frais de leur randonnée, puisque,peine perdue,ils ne sont pas parvenus au degré de démocratie escomptée.Une démocratie de façade,restée sur le bout des lèvres,sans impact socio-politique clair ,et dont le carillon ,de plus en plus frêle,résonne uniquement sur les pages d’une presse qui s’essouffle seule ,en tant que quatrième pouvoir,à sensibiliser et à réveiller les consciences, les partis politiques étant en train d’être phagocytés.

Et depuis qu’on a,comme prétendu,sauvé le pays de l’obscurantisme et des forces du mal qui diabolisaient la démocratie,croyait-on,on n’arrête pas,ironie du sort,de préparer le cercueil à cette même démocratie,qui n’a pas dépassé les limites du babil,et on est constamment à l’oeuvre,à la recherche de son talon d’Achille pour signer son arrêt de mort, comme pour le processus électoral.Et ce sera alors la pérennité de l’oligarchie qui,peu à peu,au regard de la nouvelle dialectique matérialiste qui progresse,charriant tout sur son passage,cédera la place sans doute à la ploutocratie.Et les signes avant-coureurs y sont peut-être,car on a appris,rapporté par un quotidien arabophone il y a seulement trois jours,que l’état a lancé un s.o.s. aux crésus du pays pour le renflouer,car les banques se trouvent dans l’incapacité d’assurer le financement des institutions!

Et pour conclure,je dirai qu’à l’instar de l’insurrection de Novembre 1954,qui suscita une grande admiration aux quatre coins du monde,faisant des émules,le premier test démocratique,si on l’avait laissé poursuivre son chemin sans entraves,eut fait de même,et eut peut-être évité au pays le bain de sang qui l’a stigmatisé,en ce sens qu’il appartient au peuple de sanctionner ses mandataires ayant prévariqué et fait preuve de laxisme,par le biais des urnes.Et alors l’Algérie,avec,à l’affiche ,une révolution inscrite en lettres d’or,et une démocratie montante, la première dans le monde arabe, aurait eu une place de choix dans le concert des nations, et servi de leadership, ne serait-ce que dans le monde précité.

LA VALSE DES PARTIS POLITIQUES.
Au premier temps de la valse,
Du sang jaillit à outrance,
De ce sang naquit un ange,
Qui conforte et qui dérange.
Le vent de la démocratie,
A balayé toute inertie,
Et c’est peut-être la fin de l’ère,
Du dur régime totalitaire.
Le F.I.S. est né et c’est l’aînée,
Qui passe pour être forcené,
Récalcitrant,intolérant,
L’islam,lui,est rassurant.
Le P.S.D. eut ,matinal,
Une grande tare congénitale,
Travail,progrès et liberté,
Appellent certaines stabilités.
Il a raison le P.R.A.,
De traiter la masse comme cela,
Une pétaudière ayant besoin,
De renouveau et de grands soins.
Avec l’extension dans les dunes,
Du grand royaume de Neptune,
L’honneur est au P.N.S.D.,
Quand le réel supplante l’idée.
A toute culture on est ouvert,
Maya,aztèque ou bien berbère,
Mais veillons tous à l’unité,
Du peuple et à son entité.
Le F.F.S. surgit de l’ombre,
D’un pouvoir aux idées sombres
Après l’exil et l’ostracisme,
Place désormais au pluralisme.
L’enfant prodige est de retour,
Arborant de nouveaux atours,
Politiques, c’est le M.D.A.,
A la reconquête de l’état.
Faisons de l’histoire un grand phare,
Qui guide nos pas tel un sirdar,
Elles sont là les témérités,
D’elles on attend toute vérité.
Et vinrent d’autres groupuscules,
Chacun, bien sûr, est une émule,
De Trotski les uns ont l’âme,
De Marx les autres se réclament.
Trotski est mort assassiné,
L’idée de Marx Calcinée,
Et de Lénine et de Staline,
Toute séquelle dégouline.
Ces concepts trouveront-ils refuge,
En Algérie où le déluge,
De l’opulence à bon marché,
Charrie l’être, ne cesse d’allécher?
Sa majesté le F.L.N.,
Patriarche du haut de la scène,
Regarde éclore ces engeances,
Fruit de son insouciance.
Au deuxième temps de la valse,
Les crises pleuvent dans tout sens.
Crises qui s’avèrent fort délétères,
Pour nous, déjà patibulaires.
Les pénuries et les carences,
Ont mis en branle les errances,
D’un peuple au passé glorieux,
Proie d’un présent injurieux.
Dans un pays digne de Golconde,
La paupérisation abonde,
Fait d’un immense désarroi,
Héritage d’une mauvaise foi.
Au troisième temps de la valse,
Les partis chantent leur romance,
Dans un théâtre où le tragique,
Domine la scène avec sa trique.
Chacun use de thaumaturgie,
En débitant sa liturgie.
Hélas! le miracle ne s’arrache,
Que d’un labeur sans relâche.
La rhétorique et l’éloquence,
N’ont désormais aucune chance,
D’avoir raison sur une faune,
Blasée abattue et atone.
Les beaux mots ne font plus recette,
Dans le creux profond des assiettes,
Du peuple qui les veut mués,
En miches dorée et en bon lait.
Au quatrième temps de la valse,
Dieu fasse qu’on garde l’espérance;
Une espérance velléitaire,
Tribut d’esprits atrabilaires.
(- JANVIER 1991-)

Belgacem Majid Hamdoudi