Si on se fie à la définition du mot que donne le Larousse de l’observance on déduit  comparativement que ce sont des mœurs diplomatiques au même titre que celle de la quiétude des proches d’un malade à l’hôpital. Mais la différence avec la situation en Algérie est que le président grabataire de son état ne peut pas recevoir personne. Les quelques images choisies soigneusement par les médias officiels ne donnent pas assez de crédibilité sur ses capacités à gouverner le pays.

La question que se pose le journaliste d’Al Watan du 28/03/2014 mérite d’être posée. Eu égard aux us et coutumes diplomatiques qui régissent les relations internationales, vraisemblablement Mr John Kerry sera reçu par son homologue du même rang, par quelques importants responsables et peut-être au vu de la puissante Amérique par le nouveaupremier ministre. Certainement à l’orée de ces futures entrevues que nous pourrions déterminer les objectifs assignés à cette visite. Vraisemblablement deux volets primordiaux de la coopération algéro-américaine seront abordés. L’incontournable problème de la lutte anti-terroriste et les échanges économiques dont le volume s’est beaucoup accru, seront à l’ordre du jour.

A cet effet, au-delà du caractère des échanges bilatéraux, beaucoup d’observateurs y voient en cette visite, l’apport d’un cautionnement ou d’un soutien pour le quatrième mandat du président actuel. Les habitués de la vie politique *algérienne certifient l’exactitude de la position de l’Occident au nom de la stabilité qui est au demeurant, le slogan des sept mercenaires recrutés pour mener la campagne électorale au nom du président.

De la sorte, des contradictions apparaissent entre la Morale et la Real politique. La volonté des pays occidentaux à vouloir exporter leur modèle de la démocratie s’est soldé par de cuisants échecs (l’Afghanistan, l’Irak, et les pays arabes touchés par le’’ printemps arabes).

Un philosophe nous rappelle qu’il n’y a pas ‘’d’Etat démocratique universel seul le capitalisme est universel’’. Et que ce fut le rêve de fondation de la pensée allemande alors que les Etats démocratiques ont toujours coexisté avec les Etats dictatoriaux. Néanmoins, la démocratisation des régimes autoritaires est un juste combat pour la liberté citoyenne. La lucidité s’impose entre l’idéal militant et la réalité historique. Néanmoins, notre abnégation pour la liberté citoyenne nous différencie de l’analyse philosophique dont nous reconnaissons l’exactitude historique.

En ces termes M. Burel fait la critique de ‘’ l’opinion démocratique’, son modèle américain, et les mystifications des droits de l’homme ou de l’Etat de droit international.’’ (1). Alors que Valentine Zuber (2) considère le discours des droits de l’homme comme l’idéologie de la mondialisation.

Depuis les relations internationales se sont heurtées à des confrontations entre les tenants de l’autoritarisme stabilisant et les adeptes de l’affaiblissement d’un régime par la fragmentation territoriale, le cas de la Libye. Pour cause, l’affaire syrienne à redistribuer les cartes, ce qui a contraint les pays occidentaux à réviser leur position.

Du coup c’est le pragmatisme qui prévaut. En ce sens, les déterminants des relations internationales sont les leviers de commande de la stratégie politique poursuivie par les pays occidentaux. L’affaire ukrainienne illustre la confrontation entre l’expansionnisme occidental et la doctrine impériale russe. La confrontation frontale entre deux puissances est la limite de la dissuasion qui a prévalu pendant la guerre froide. On ne fait pas la guerre, on la neutralise, c’est la doctrine de la dissuasion.

Au delà de ces considérations politiques, le repositionnement politique de l’Occident envers les pays arabes favorise la résurgence du conservatisme caractérisé de l’autoritarisme. Certes , l’expérience tunisienne est prometteuse mais reste unique tant que les autres ont échoué. Le cas de l’Egypte est une flagrante régression démocratique. Et pourtant les putschistes ne sont pas inquiétés outre mesure par aucune restriction ou condamnation.

Pour revenir à l’Algérie, le journaliste d’Al Watan nous informe et d’ailleurs ce n’est un secret  pour personne que le dossier médical est gravissime pour la charge présidentielle, que les chancelleries occidentales informées à un détail près de l’état de santé du président.

En définitive cela ne change rien à partir du moment que certains supposent que le blanc seing de la candidature provient de ces même chancelleries qui se gardent de déclarer ouvertement leur position.

Mais ce qui est certain que les autorités françaises ont entre leur main le dossier médical du président algérien et que leur position feutrée, répond plus aux exigences des rapports très tumultueux entre les deux pays. La bienveillante neutralité des pays occidentaux est une adéquation de leur repositionnement géopolitique.

Il reste d’après le journaliste que l’Occident mise sur la capacité de l’armée algérienne à gérer les désordres éventuels. Il croit savoir que l’armée algérienne est disciplinée et solide à toute épreuve. Les pays occidentaux chercheraient à rajeunir les postes de commandement en son sein. L’occident chercherait à promouvoir de jeunes généraux pour chasser la vieille garde et du même coup balayer le puissant conclave des décideurs.

Un tel scénario n’est pas possible parce que le système du clientélisme et les modalités de recrutement des cadres de l’armée répond aux mêmes exigences que ceux de l’administration de l’Etat. Pour le moment nous ne savons pas si la grande muette qui est par ailleurs traversée par de similaires courants de pensée que ceux de la société, puisse échapper au clanisme perpétuel qui cristallisent l’ordre des affiliations.

On est très loin d’une armée au service de l’Etat, elle est l’Etat. C’est la remarquable constatation d’un historien qui utilise la judicieuse formule :’’les Etats ont une armée, en Algérie l’armée a un Etat’’.

 R.B

1-Cité par G. Deleuze, Qu’est ce qu’est la philosophie ? p, 103, Editions de Minuit, Paris, 1991.

2-V. Zuber, le culte des droits de l’homme, Gallimard, Paris, Paris, 2014.