Le paradoxe algérien avec le FMI

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Comment la position de l’Algérie est affaiblie au sein du FMI.

Le Fonds Monétaire International (FMI) n’est pas très populaire auprès du citoyen algérien de base. Le reproche qui est adressé à l’organisme financier est d’avoir démantelé une partie du tissu public déficitaire lors du plan d’ajustement structurel des années 90. L’algérien ignore souvent que si son pays ne s’est pas écroulé économiquement entre 1993-1995, et que si des importations de matières alimentaires et vitales ont pu alors avoir lieu, c’est grâce au FMI. C’est d’ailleurs l’Etat algérien qui a demandé à l’époque l’aide du FMI et non pas le contraire. Un petit rappel nécessaire qui peut expliquer les grandes précautions prises par Alger, par rapport à son opinion intérieure, dans le refinancement actuel du FMI.

Ce refinancement contient deux volets. Le premier concerne la participation de l’Algérie à un emprunt lancé par le FMI avec un montant de 5 milliards de dollars.  A titre indicatif, les autres pays membres du FMI ont promis 456 milliards de dollars pour faire face à la crise internationale. Le prêt algérien s’effectuera sous forme d’accord d’achat de titres libellés en Droits de tirage spéciaux (DTS). Il s’agit là d’une opération comparable à l’achat de bons d’Etat, avec la différence notable que le FMI a une solidité largement supérieure à celle d’un Etat isolé aussi développé soit-il. Ce prêt en lui même est une décision rationnelle prise suivant des critères financiers tout à fait valables. Le FMI étant une institution financière multilatérale de premier ordre, ce qui garantit « un niveau de sécurité élevé des placements« .

Mais sur le deuxième volet, il y a là un paradoxe de la stratégie algérienne qui n’a pas été relevé par la presse économique. En parallèle à l’emprunt, le FMI a décidé de doubler ses quotes-parts  en 2010. De quoi s’agit-il ?

« Chaque pays membre se voit attribuer une quote-part, en principe proportionnelle à son poids dans l’économie mondiale, qui détermine sa contribution maximale au capital du FMI. (Source FMI) »

Depuis 2008, l’Algérie détient 1.254,7 millions de DTS de quotes-parts, soit 0,53% du total. Le renforcement du FMI décidé en décembre 2010 est un doublement des quotes-parts, de 238,4 milliards de DTS à environ 476,8 milliards de DTS (quelque 750 milliards de dollars). Rien que pour conserver le même poids après doublement au sein de l’institution de Pennsylvania Avenue à Washington, Alger aurait du s’engager sur un même montant de 1.254,7 millions de DTS. Surprise avec le décret de Bouteflika publié au dernier journal officiel, l’Algérie augmente sa quote-part au FMI de 705,2 millions de DTS (équivalent de plus d’un milliard de dollars) la portant  à 1.959,9 millions de DTS (près de 3 milliards de dollars). Conclusion, la quote-part algérienne au FMI devient plus faible et ne sera plus que de 0,41% du total !

Attitude paradoxale, Alger n’augmente pas son poids et son influence au sein du FMI. Une position qui ne reflète pas vraiment son poids dans l’économie mondiale. Et en même temps, Alger accorde un prêt important de 5 milliards de dollars à un organisme duquel elle se désengage relativement. Cela ressemble fort à une occasion ratée ou tout du moins à une stratégie mystérieuse!

Quant à l’algérien de base, il critique avec une grande sévérité le fait q’ »un pays avec un peuple pauvre prête son argent à des pays riches« .  Il ignore que l’Algérie est un géant aux pieds d’argile. Qui peut garantir que dans l’avenir Alger n’aura pas de nouveau recours aux services du FMI pour garantir son quotidien, sa baguette de pain et son sachet de lait ?

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