Par : MAOUCHE Arezki –Ingénieur Manager

Les réformes de l’économie nationale continuent, à un rythme imposé par la situation de crise que vit le pays, crise qui est perçue différemment selon que l’on se trouve dans la sphère dirigeante ou celle de l’exécution et/ou de la consommation.

Pour les premiers, elle est surmontable, discours visant à rassurer. Pour les seconds, elle est porteuse de menaces y compris sur les fondements de l’Etat.

Les réactions du gouvernement attestent que, ce qui est décrié comme malédiction par les opposants politiques et les experts, toujours mal entendus, est une vérité absolue que nous ne pouvons conjurer par les seuls slogans « patriotiques-nationalistes » du « consommer national ».

Ce slogan-injonction est-il réaliste, lorsque nous savons, que, physiquement, la production nationale est réduite à une peau de chagrin, même dans les produits les plus simples.
Il suffit pour cela d’observer la teneur et la composition des étals des supérettes et autres surfaces commerciales pour s’en rendre compte : même les cure-dents, les mayonnaises, les biscuits, et il est difficile d’en arrêter l’inventaire, sont importés en grande majorité.

Pourtant les cahiers des charges des surfaces commerciales imposent un taux (qui est une simple vue de l’esprit, de la simple encre sur du papier) de produits nationaux de 60%.
L’économie de marché prônée par les tenants de l’économie libérale, a transformé le marché algérien en un immense bazar, au point où, même les trottoirs sont devenus des surfaces commerciales. Tout et n’importe quoi se vend à n’importe quel prix, sans aucun contrôle de la qualité et encore moins des prix, de la fiscalisation.

Malgré les assurances déclinées du haut des tribunes officielles, garantissant aux citoyens que la manne financière couvrait cinq années d’importation, voilà que la crise qu’on disait « ne nous concernant pas » frappe à notre porte.

L’actuel Premier Ministre, après quelques hésitations, attendant probablement une « embellie » sur les marchés du brut, et contrairement à son prédécesseur, assène la vérité incontournable : nous sommes en crise et il faut serrer la ceinture.

Du coup, c’est le réveil et, les forums, les associations se jettent dans l’arène pour proposer des mesures, des solutions pour faire face à la crise : IL FAUT COUTE QUE COUTE REDUIRE LA FACTURE DES IMPORTATIONS, REDUIRE LES DEPENSES ET AUGMENTER LES RESSOURCES FISCALES DANS LE SOUCI DE REDUIRE LES DEFICITS DU BUDGET DE L’ETAT.

La sentence est à louer à plus d’un titre. Seulement c’est la méthode et la posologie qui restent à définir.

RÉDUCTION DES IMPORTATIONS :

Quels sont les produits qui devraient être visés par ces réductions et comment mettre en place cette option ?

D’aucuns diront qu’il faut s’attaquer aux produits dits « de luxe ». D’autres préconiseront la remise en place des licences d’importation, ou des autorisations, en fait des euphémismes pour désigner les Autorisation Globales d’Importation, pour appeler les choses par leurs noms.

Le Ministre du commerce cible les véhicules et rassure que « nous consommerons toujours des kiwis et des avocats, représentant une partie infimes des importations.

Comment croire en la faisabilité de cette mesure, alors qu’un cahier des charges visant à mettre en place des barrières de normalisation et de mise en conformité des engins et véhicules a suscité bien des débats et polémiques ?

Quant aux limitations des importations par le biais des « autorisations –licences », le Ministre des Affaires Etrangères a beau frapper du poing sur la table des négociations de l’Union Européenne, n’oublions pas que les accords internationaux signés, ont une force dépassant les lois nationales. Pour illustrer cela rappelons simplement, que l’interdiction d’importation des alcools adoptée par le Parlement a été suspendue d’effet en raison des injonctions de l’OMC et de l’UE.

Réduire d’une manière volontariste les importations en procédant à la mise en place de barrières constituées par des mesures administratives (licences), ou fiscales (taxes spéciales ou additionnelles supprimées d’ailleurs en application des dispositions du traité de partenariat avec l’UE) relève de la gageure.

Il restait une seule alternative, relevant de la souveraineté de l’Etat, qui est celle de la dévaluation de la monnaie nationale.

Elle est mise en œuvre sous des appellations destinées à « égarer » l’opinion, du genre dépréciation face aux monnaies étrangères, ce qui au demeurant est vrai, évitant ainsi d’inquiéter outre mesure les citoyens devant l’érosion de leurs pouvoirs d’achat, une vérité vécue quotidiennement dans des proportions dépassant largement les taux d’inflation « officiels » de 4 à 5 %.

Ces dévaluations successives se traduisent directement par des résultats directs, ô combien attendus et espérés : réduction de la valeur des importations en raison des prix qui seront de plus en plus prohibitifs et augmentation des ressources fiscales alimentant le budget, par le renchérissement de la fiscalité pétrolière par les seules parité Dollar/Dinar.
ORIENTER LES CONSOMMATEURS VERS LES PRODUITS NATIONAUX :

Le gouvernement, s’est rendu compte, que nous disposions d’un outil de production, qui, malgré ses contre performances, a le mérite d’exister.
Constatant que la participation de l’industrie au PIB ne cessait de se dégrader, il faut donc redonner vie à ces entreprises qui étaient, il y a un peu plus d’une décennie, de la vieille quincaillerie.

Il faut encore réformer l’industrie. Après les partenariats autour et dans les complexes avec des sociétés étrangères de renom apportant leur savoir faire et leurs labels, c’est au tour de l’Armée de s’investir dans l’industrie.

Mais ces mesures ne concerneront qu’une part insignifiante dans le tissu industriel. Une fois cette décantation faite le reste du complexe industriel national doit être soumis à la thérapie dans l’objectif de lui redonner vie, lui redonner un profil de rentabilité, de performances.

Le diagnostic qui a conduit à la rédaction de « l’ordonnance » est le même que celui établi il y a de cela plus de trente années : faiblesse des capacités managériales, absence de liberté d’initiative au sein des entreprises, déficits chroniques engloutissant des sommes à donner le vertige dans les assainissements financiers…..etc.

Que visent donc ces réformes objet d’une campagne médiatique ?

Une restructuration de l’industrie, dont le premier constat est de reconstituer les ex Sociétés nationales, appelées « grands groupes industriels ». Elles visent donc à rétablir ces géants qui furent l’objet d’une restructuration organique en raison de leurs tailles en inadéquation avec les capacités managériales.

Après l’émiettement par les restructurations et autres filialisations, voilà que nous nous engageons dans le recollage pour revenir au tout début, mais avec toute la déperdition des, tant soit petites, capacités managériales.

Il est possible de redonner vie à l’industrie. Mais la solution ne demeure pas la seule réorganisation de la gestion des capitaux marchands de l’Etat. Ni encore moins dans les budgets assainissement financiers rognant sur le Trésor Public (même si cela est une obligation de l’Etat propriétaire-gestionnaire).

Se pencher sur le corps du malade qui est notre industrie, nécessite d’appeler à son chevet les spécialistes et les experts.

Les grands maux dont souffre l’Industrie, en plus de l’organisation sont :
• L’entreprise nationale a été coupée du marché depuis plus de deux décennies, reculant inexorablement devant l’avancée des importations de tous les produits, conséquence de l’ouverture et la libéralisation effrénée, pour ne pas dire sauvage.
• Depuis 1986 l’investissement productif a été abandonné (face à la crise de l’époque, qui est en phase de se reproduire) et, technologiquement, l’entreprise nationale a fait du sur-place depuis.
• Les différentes réformes et restructuration, particulièrement depuis 1995/97 ont vidé de leurs substances les entreprises en les livrant à l’improvisation. Les compressions d’effectifs destinées à réduire les charges du personnel ont fait fuir la crème (et le secteur privé s’est servi de cette manne, disposant de cadres et d’agents formés sans débourser).

Relancer la production nationale est possible, à la condition que nous fassions le bon diagnostic pour prescrire le bon remède.

Ce ne seront pas les nominations des organes de gestion, appelons les comme nous voulons, ni encore moins le reprise par des tutelles administratives qui favoriseront un nouvel essor de la production nationale.

L’autonomie de gestion, faut-il le rappeler est un axe solide à l’instar des modèles qui, ailleurs ont réussi. Il faut tout simplement oser mettre en place les structures de gestion indépendantes des formes de propriété des capitaux, publics soient-ils.

La sélection des managers qui auront en charge la gestion de ces capitaux doit être exclusivement basée sur les compétences et non plus la cooptation et l’allégeance. Le contrat de performance doit être le seul outil d’évaluation et seulement lui.

Mais, parallèlement, les statuts de ces managers doivent être clairement définis et les managers protégés devant toute forme d’ingérence et rémunérés en proportions directes de leurs résultats.

De plus, les entreprises, avant qu’il ne soit trop tard, doivent subir des opérations de mise à niveau matérielle et immatérielle.

Quant à la réorganisation « organique », la fusion-acquisition est une forme de développement de l’entreprise, pour peu qu’elle soit réfléchie sur la base de renforcement des capacités de production et surtout d’innovation.

L’Objectif primordial doit rester l’option intégration, substitution aux importations par des produits nationaux en offrant de la qualité et un bon rapport qualité/prix.

La ré-industrialisation ne doit pas être perçue comme un simple slogan de patriotisme économique, mais une option sérieuse, celle de desserrer l’étau des entreprises étrangères qui continuent et continueront à inonder le marché national en l’absence de produits locaux.
Le coût sera probablement lourd et il faudra supporter. Mais les retours sur investissement ne tarderont pas à venir.

Pour terminer, n’oublions pas :

que le monde de l’économie évolue très vite, et qu’il est impérieux de s’investir également dans les nouvelles technologies et la formation des forces managériales.
que l’agriculture doit être vue comme la prunelle de nos yeux et qu’à ce titre, les premiers investissements industriels doivent viser à la soutenir
que le temps presse et que l’économie planétaire ne nous accordera aucun sursis
que nous devons compter d’abord sur nos capacités et l’intelligence de nos cadres avant de chercher ailleurs.

Dans ces conditions, oui, la ré-industrialisation est possible et est dans nos cordes.

MAOUCHE Arezki
Ingénieur Manager
Cadre en retraite