Colonialisme, clientélisme et censure : l’autre visage de la Mission laïque française

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la MLF m’a attaqué en diffamation en Référé, procédure d’urgence, demandant une censure TOTALE des articles incriminés et 12 500 euros d’amende. J’ai dû à nouveau constituer avocat et présenter mon dossier dans des délais drastiques, un marathon aussi épuisant que ruineux qui relève une nouvelle fois de l’intimidation et de la censure. Cf. ci-dessous le commentaire de la MLF et ma réponse. 

Une décision du Tribunal des Référés du 8 décembre 2015 m’a condamné à une censure partielle de quelques termes et 2 500 euros d’amende au total pour diffamation – sans parler des frais engagés pour ma défense qui s’élèvent à un peu plus. La Mission laïque poursuit ses manoeuvres de harcèlement judiciaire.]

Par Sayed Hasan

En annexe, sont jointes les mises en demeure de la MLF adressées à Google et à moi-même.

Le 19 septembre 2015, j’ai publié la première partie d’un article intitulé « Les marchands de soupe de la Mafia laïque française », où je fais le récit détaillé d’une affaire qui m’oppose à la Mission laïque française (MLF) via un de ses établissements depuis 2013 (la MISR Language Schools, au Caire), et pour laquelle j’ai saisi les Prud’hommes. J’y dénonce notamment les procédés mafieux d’une institution sans scrupules et plus avide de lucre que de dispense d’une instruction et d’une éducation dignes de ce nom.

Soucieuse de maintenir sa réputation éthérée et mensongère, la Mission laïque française intimide aujourd’hui les hébergeurs Internet et me menace moi-même de mesures de rétorsion pour censurer toute publication de l’affaire. Une excellente raison pour rappeler les faits et surenchérir en creusant plus avant dans l’histoire, le rôle et les valeurs authentiques de la Mission laïque française, en attendant la suite du récit et des événements.
Mission laïque française : slogans et réalité
Synthèse de l’affaire Sayed Hasan / Mission laïque française

J’ai été recruté à Paris en novembre 2012 par Frédéric TUMPICH, Proviseur de la MISR Language Schools – agissant au nom de la Mission laïque – pour exercer en tant que Professeur de Français dans cet établissement du réseau MLF situé en Egypte. Dès ma prise de fonctions, j’ai été confronté à des conditions de chaos inconcevables. Les enseignants étaient traités comme du rebut par l’administration, méprisés, lésés, menacés, et même agressés par des élèves impunis, pour complaire à des parents fortunés qui paient des droits d’inscription faramineux, et sont donc choyés, ainsi que leur progéniture, par la plus vile démagogie. « Clientélisme et enfants-rois » étaient les maitres-mots, un kit de survie tenant lieu et place d’un quelconque projet pédagogique. J’ai eu le plus grand mal à prendre la main sur mes classes, et seules ma détermination, ma jeunesse et ma connaissance de la langue et de la culture arabe m’ont permis de ne pas rejoindre à toutes jambes le cortège des enseignants démissionnaires – pour ne pas dire déserteurs.

Je me suis ensuite confronté à l’administration en protestant contre des ponctions indues et de fausses déclarations sur mes salaires, en venant en aide à un collègue menacé d’agression par ses lycéens – il fut effectivement agressé quelques jours après qu’on m’ait formellement interdit de l’assister et exerça son droit de retrait durant une semaine – et en prenant directement l’attache des parents d’élèves pour me protéger face à l’hostilité de la direction. Celle-ci a considéré ces actions comme une ingérence inacceptable et un dangereux précédent qui rompait avec l’attitude docile des personnels, et elle a décidé de me neutraliser et de faire un exemple pour rappeler l’ensemble de la communauté éducative à de meilleurs sentiments. Fin mars 2013, j’ai donc été violenté par des vigiles sous les yeux de mes élèves, exclu manu militari sans notification écrite faute de motif valable, diffamé auprès des enfants et parents, et même menacé de rapatriement forcé par un représentant de l’Ambassade de France (Paul PETIT, Attaché Culturel) si je menais une quelconque action visant à faire valoir mes droits, au prétexte qu’elle pourrait « nuire à l’image de la France ».

La MLF est en effet « Partenaire des ministères français de l’Éducation nationale [qui délivre des diplômes français] et des Affaires étrangères », et a prétendument pour objectif « de diffuser à travers le monde la langue et la culture françaises par un enseignement de qualité, respectueux de la liberté de conscience et de la diversité culturelle. À ce titre, elle participe de la politique éducative et culturelle développée par les postes diplomatiques dans le monde.[1] » Et la section française de la MISR Language Schools est l’un des établissements les plus réputés d’Egypte, vitrine de l’excellence « à la française… » Mais derrière l’omerta, la réalité est tout autre : l’instruction et l’éducation prodiguées sont désastreuses et corruptrices tant pour les personnels que pour les élèves. Un bulletin syndical SGEN-CFDT de 2008 évoquait déjà des conditions d’exercice inacceptables dans cet établissement, dénonçant une atmosphère de non-droit, le manque chronique de personnels titulaires, et des modalités d’homologation douteuses : de fait, les enseignants compétents et consciencieux sont brimés, sacqués et « viennent et s’en vont », tandis que les personnels moins qualifiés sont « à la merci de la direction égyptienne[2] ». En plus de maints documents et rapports internes édifiants, j’apportais notamment des échantillons de notations qui révolutionnent littéralement l’arithmétique[3], le tout visant à donner une fausse apparence de réussite. La MLF, une véritable « imposture » en somme, pour reprendre le mot d’une collègue dans son rapport rédigé à la fin de l’année scolaire 2012-2013[4].

Ayant refusé de céder aux pressions, menaces et tentatives de subornation visant à m’imposer le silence, j’ai dû faire face à une plainte judiciaire calomnieuse auprès de la justice égyptienne : accusations d’agressions verbales et physiques contre élèves et personnels, de diffamation, etc., une mesure visant à me neutraliser et à justifier rétroactivement mon exclusion. J’ai subi une arrestation musclée qui m’a laissé des contusions durant plusieurs jours, un placement dans une cellule d’un mètre carré, et j’ai été déféré au Parquet. Mais cette plainte grotesque a été déboutée en un temps record, tant l’injustice dont j’étais victime était manifeste et soutenue par maints documents et témoignages de parents, d’élèves, et, dans une moindre mesure – les menaces de l’administration étaient très efficaces –, de personnels.

Après bien des péripéties que je rapporterai dans les 2e et 3e parties du récit, j’ai dû quitter l’Egypte en septembre 2013 faute de moyens de subsistance. Du fait de l’ostracisme des services de l’Ambassade de France qui m’empêchait de retrouver un travail en Egypte (Paul PETIT a mis ses menaces à exécution), j’avais été réduit, des mois durant, à un état de dénuement total, en plein coup d’Etat, et tout cela aurait pu me coûter la tête, tant au sens propre qu’au sens figuré. Un enseignant Français, Eric Lang, est mort dans un commissariat du Caire à ce moment-là dans des conditions suspectes (avec un mutisme tout aussi suspect des autorités diplomatiques françaises), et avant que son identité ne soit révélée, des proches informés de l’affaire ont cru que c’était moi. Cela aurait tout à fait pu être le cas.

Tout au long de l’affaire, la MLF, notamment via son Directeur Général Jean-Christophe DEBERRE et son Président Yves AUBIN DE LA MESSUZIERE, a pleinement cautionné les agissements de son représentant, Frédéric TUMPICH, ignorant mes sollicitations et « accréditant une version des faits qu’[elle] sa[va]it entièrement fausse » auprès d’élus des Français de l’Etranger intervenus en ma faveur – Alain MARSAUD, Député, et Joëlle GARRIAUD-MAYLAM, Sénatrice. Mon avocat d’alors avait établi « qu’il existe autour de cet établissement une véritable culture de l’impunité et que l’agression, comme l’attitude de l’administration, repose sur la conviction que [j’allais] être broyé par la machine, préférant vite quitter l’Egypte en demandant [mon] compte. […] Cet établissement joue sur [cette] impunité en pensant que s’il existe un litige avec un salarié, il sera traité par la juridiction égyptienne, et avec une efficience toute relative et un impact très réduit en France ». Il préconisa la conduite d’une action « pour fragiliser tout ce système qui, ignorant la loi, fonctionne finalement comme un système mafieux, au sens opaque et privilégiant des intérêts particuliers ».

Frédéric Tumpich, Jean-Christophe Deberre et Yves Aubin de la Messuzière, personnages publics

Déterminé à mener une telle action, j’ai saisi la justice prud’homale contre la Mission laïque française, mon employeur, et la procédure est en cours. Bien que la MLF nie son statut d’employeur, elle se définit ainsi tant dans ses Contrats de travail que dans sa Charte des personnels où il est spécifié explicitement que les personnels doivent rendre compte de leurs actions « à la Mission laïque française, qui est leur employeur », ce qui donne une garantie de sécurité aux enseignants recrutés en France, et envoyés au casse-pipe dans des pays où les droits les plus élémentaires peuvent être bafoués impunément. Mais lorsqu’ils s’avisent de se défendre, ils sont accablés par les instances qui sont censées les protéger.

Ces faits sont effectivement très préjudiciables à la France, à son image et aux ressortissants français à l’étranger. Ceux-ci devraient être protégés de tels agissements, surtout lorsqu’ils sont recrutés en France pour travailler dans une institution française, sous la tutelle de deux ministères, et sont ensuite complètement abandonnés. Bien plus, les enfants qui sont placés dans ces établissements par leurs parents, confiants dans la réputation d’excellence de la France, sont à mon sens les principales victimes de cette situation. Leur potentiel est dilapidé par les conditions extrêmes qui règnent dans ces établissements de la Mission laïque française. Cette situation ne permet nullement la transmission d’une instruction et d’une éducation décentes à des enfants qui sont, de par leur statut social, l’avenir de leurs Nations, qui est par conséquent compromis.

 

Afin de dénoncer cette « imposture MLF » et de contribuer à informer les parents et à protéger les élèves et personnels de ces établissements, j’ai entrepris de publier cette affaire sur Internet, en plusieurs langues (Français, Anglais, Arabe). J’ai également republié sur mon blog une pétition des parents d’élèves du Grand Lycée Franco-Libanais, un établissement de la MLF au Liban, qui dénonçait des procédés similaires (cf. Malversations et néo-colonialisme : la Mission laïque française au Liban). Ces articles ont circulé sur plusieurs sites internet (Tlaxcala, Agoravox, Alterinfo, Néoprofs, etc.), et mes actions se poursuivent.

Réaction de la Mission laïque française

Le 5 octobre 2015, la MLF a adressé à Google France par courrier recommandé avec AR (« par précaution » – sic) une mise en demeure (cf. Annexe) lui intimant de retirer mon article « Les marchands de soupe de la Mafia laïque française[5] » de sa plate-forme Blogger au prétexte qu’il porte « des accusations extrêmement graves à l’encontre de [la MLF] » et serait « diffamatoire en ce qu’il la compare publiquement à ‘la mafia[6]’ ». « Sa seule finalité », selon les dires de la MLF, « est de tenter d’interférer dans un litige actuellement pendant devant le Conseil de prud’hommes de Paris, saisi par l’auteur de cet ‘article’ [sic] qui se prétend, à tort, salarié de la MLF. » Il s’agirait d’un contenu « manifestement illicite et préjudiciable aux intérêts de [la MLF] au sens de l’article 6-I de la loi 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance sur l’économie numérique. » Si Google n’obtempérait pas à cette injonction « sans délai », la MLF se verrait contrainte « d’entreprendre [à l’encontre de Google] toute procédure judiciaire à cette même fin. »

Bien entendu, Google n’a nullement accédé à cette requête infondée et abusive, qui ne constitue qu’une tentative d’intimidation prétendant se substituer à un verdict de Cour de justice, seule instance pouvant ordonner le retrait d’un tel article. Résolue à imposer cette censure malgré la fin de non-recevoir de Google – et, probablement, des autres hébergeurs –, la MLF m’a donc adressé cet ultimatum laconique et jargonnant le 14 octobre 2015, toujours par lettre recommandée AR (« par précaution » – re-sic) :

« Monsieur,

Vous trouverez, ci-après, une copie de la mise en demeure adressée à Google et relatif [sic] à votre blog diffamatoire à l’encontre de notre cliente.

Je vous précise que votre avocat a été rendu destinataire de la lettre susvisée.

Si l’article incriminé devait être maintenu en ligne, la MLF nous a demandé de saisir la juridiction répressive [sic].

Je vous prie de croire, Monsieur, à l’assurance de ma considération distinguée. »

Ainsi donc, après tous les événements qui ont eu lieu en Egypte et en France depuis mars 2013, et au cours desquels les menaces, violences, calomnies, plainte judiciaire et ostracisme visant à me faire renoncer à faire valoir mes droits ont lamentablement échoué, la MLF croit encore pouvoir m’intimider dans ce qui reste, a priori, un Etat de droit, alors que même la justice égyptienne a débouté les accusations de diffamation qui ont été portées contre moi. Là où les coups et blessures et autres agressions acharnées contre mon intégrité physique et morale ont été vains, la « juridiction répressive » française – que j’ai moi-même saisie – aurait des chances de réussir ? Il est vrai qu’en France, il n’est pas aussi aisé de faire rosser les employés récalcitrants et autres « gêneurs » ou de les faire licencier sans raison, ce qui doit être regrettable du point de vue de la MLF, qui n’a pas d’autre recours que la voie légale. Mais au vu des faits, il est difficile de voir là autre chose que l’arrogance, la condescendance du dominant face au dominé présumé (institution vs. particulier, etc.), qui croit qu’indépendamment des faits, une simple menace de recours – clairement illégitime voire illégale[7] – à l’autorité judiciaire amènera l’indigène illettré à se soumettre servilement, louant le Ciel de s’en tirer à si bon compte.

Le fait que la Mission laïque française croie pouvoir donner de telles directives comminatoires et infondées à Google – ou, en l’occurrence, à moi-même – n’est qu’un coup d’esbroufe assez pitoyable, effet de cette arrogance, de cette suffisance coloniales qui la caractérisent depuis sa naissance en 1902, en tant que bras armé « culturel » de l’impérialisme et du colonialisme français qui imposait alors son joug un peu partout dans le monde, et dont tant la gestion de mon affaire que ses agissements récents au Liban sont des stigmates révélateurs. Un bref coup d’œil à l’histoire de la MLF – qu’il sera toujours temps de compléter par la suite – suffit à donner un aperçu éloquent de ses valeurs.

Mission laïque française : réalité et marketing

Mission laïque et colonialisme français

Pierre Deschamps, fondateur de la Mission laïque française, a été exalté à l’occasion du centenaire de la MLF comme « un esprit éclairé, pénétré d’un grand idéal humaniste[8] » dans l’ouvrage La Mission laïque française à travers son histoire, 1902-2002, paru aux éditions Mission laïque française. Après la « pacification » de Madagascar, Pierre Deschamps fut chargé par le général Gallieni d’y organiser un système éducatif servant pleinement « l’œuvre colonisatrice de la France[9] ». Et, toujours selon la brochure apologétique de la MLF, empli de ce rôle de « missionnaire », Pierre Deschamps releva le « défi… de vivre et de travailler dans un milieu entièrement nouveau, de voyager seul, en filanzane (sorte de chaise à porteurs, capable d’avancer partout), sur de longues distances au seul contact des indigènes[10]. » Il mit ensuite cette expérience à profit pour fonder la MLF et propager la « mission civilisatrice » de la France auprès de toutes les « races inférieures », pour reprendre les mots de Jules Ferry[11].

En filanzane de Madagascar au Congo : « L’Homme Blanc ne rechigne pas à porter son fardeau, selon l’expression de Kipling ; il travaille avec zèle à l’élévation des peuples de couleur. » (Pierre Deschamps[12])

Tout au long de cette hagiographie, on verserait des larmes d’émotion face au « désintéressement » et à l’ « apostolat » encensés des pionniers laïques, présentés comme des bienfaiteurs à la Savorgnan de Brazza et non des agents de l’impérialisme conquérant, avec tout ce que cela implique en fait de condescendance, de violence et d’avidité. A plus d’un égard, cet ouvrage auto-congratulateur de la MLF constitue un hymne enthousiaste au colonialisme français. On se persuaderait presque qu’il ne consista pas tant en massacres, pillages et rapines des ressources du Tiers Monde au profit d’intérêts particuliers qu’en une œuvre bienfaitrice et civilisatrice plaçant les intérêts des populations indigènes avant ceux de la métropole et respectant pleinement leurs us et coutumes.

L’ « idéal désintéressé » des missionnaires laïques

Dès les origines, la MLF ne fut bien évidemment qu’un outil de contrôle et de domination visant à « formater » les élites indigènes, à les transformer en relais occidentalisés et dociles au service des intérêts coloniaux. L’idéal de « grandeur civilisatrice » n’était qu’un prétexte destiné à « vendre » la colonisation à une opinion publique française dont le sang et les impôts devaient préalablement être versés pour la conquête et la mise en valeur des nouveaux territoires, sans la moindre contrepartie[13], les dividendes étant ensuite accaparés par une étroite minorité de grands affairistes de l’industrie et de la banque. Jules Ferry lui-même recourut, pour convaincre l’auditoire qu’il servait véritablement, à savoir les intérêts économiques, essentiellement à un vocable sonnant et trébuchant[14], et c’est sur le terrain de l’humanisme authentique que Jules Vallès ou Jean Jaurès le combattirent[15]. Les futurs cadres de la Mission laïque française, qui participèrent pleinement à ce projet colonial, n’étaient certainement pas dupes : la « pacification » de Madagascar (et du Tonkin), acte de naissance de la MLF, fut notamment prônée par Eugène Etienne, figure majeure du colonialisme français, homme des intérêts industriels, qui deviendra, de manière prévisible, Président de la MLF de 1903 à 1905, instance où il a pu mettre à l’œuvre son « humanisme désintéressé[16] ». On retrouve cet esprit tout au long de son histoire, avant, pendant et après la décolonisation, au point qu’on peut se demander pourquoi les peuples n’ont pas bouté ces écoles d’Etat françaises hors du territoire après leur indépendance, la MLF constituant un instrument du néo-colonialisme jusqu’à ce jour[17].

Elèves de CM1 et CM2 d’Alexandrie faisant allégeance à la MLF en formant son sigle, prosternés de manière humiliante devant le « Maître Blanc » (1931). Leçon bien apprise !

Une telle expulsion a eu lieu en Egypte et en Syrie en 1956 : après l’agression franco-britannico-israélienne à Suez et suite à la rupture des relations diplomatiques, les écoles françaises ont été « nationalisées » par l’Etat, et ses personnels français exclus. L’Assemblée Générale de la MLF de 1957 évoqua largement ces faits. Son Président, Emile Bollaert, a déploré « le coup vraiment trop injuste que nous portent les événements », affirmant que la civilisation et l’intérêt même des populations locales exigeaient la réouverture des établissements de la MLF[18]. Il rappela que « La France, depuis deux cents ans, ne s’est jamais cantonnée dans la seule perspective de ses intérêts commerciaux ou économiques : elle a, je crois, suffisamment montré au monde l’idéal désintéressé qui l’anime pour qu’on respecte au moins sa vocation enseignante… Nous n’avons jamais séparé le Service de la France du Service de l’Humanité, de la Pensée libre et de la Paix[19] ». Des propos d’une remarquable impudence au moment des guerres coloniales françaises de Suez, d’Indochine et d’Algérie.

De l’Algérie au Cameroun, le « Service de l’Humanité, de la Pensée libre et de la Paix »

Cependant, la MLF ne s’inquiétait pas outre mesure de ce refroidissement des relations de ces pays avec la France, persuadée que les affaires reprendraient bientôt. Pas tellement car « les relations d’un caractère culturel sont les plus difficiles à détruire et les plus faciles à renouer entre gens qui se comprennent et qui s’estiment[20] », simple boniment commercial défendant l’image de marque de la MLF. Ni parce que « l’Egypte sait bien qu’elle ne peut songer à éliminer la culture française, le meilleur véhicule entre ces pays méditerranéens[21] », pure morgue coloniale niant l’histoire et l’identité de ces pays. Mais par la certitude que la France ne permettrait pas de voir son influence s’estomper auprès de ces pays, ni n’abandonnerait des « placements [si] rentables[22] », substituant le néo-colonialisme au colonialisme. Quant au fort sentiment anti-français des populations arabes, nulle inquiétude à avoir de ce côté pour les cadres de la MLF qui déclaraient : « [il] ne faut pas oublier que les questions politiques sont des questions qui, sur le moment, impressionnent beaucoup les foules, mais il ne faut pas perdre de vue que les pays d’Orient sont des pays où le phénomène du mirage existe toujours et que là-bas ce qui provoquait la passion d’une foule est bien vite oublié. » Telle fut la conclusion de ces discussions, qui exprimaient pleinement la condescendance de la MLF pour les peuples arabes, celle-ci se persuadant que « nos professeurs pourront reprendre leur magnifique apostolat, qu’ils mènent depuis tant d’années dans ce merveilleux pays » (l’Egypte). Et force est de constater que les événements lui ont donné raison, que les établissements MLF ont repris du service et se sont même propagés, et que la présence impérialiste française en Afrique et au Proche-Orient reste forte.

Colonialisme culturel : la MLF face au « mirage » de la civilisation arabo-musulmane

Mais il n’est pas dit que les peuples du Tiers Monde seront toujours dirigés par des marionnettes au service de l’Occident, qui permettront indéfiniment à la Mission laïque française et à ses agents de bafouer et de piétiner leur souveraineté et leurs intérêts (en ignorant la loi locale comme au Liban, ou en menaçant de kidnapper des ressortissants français sur leur territoire comme en Egypte) et de dilapider les capacités de leur jeunesse (en leur dispensant une instruction et une éducation de pacotille et corruptrices vendues à prix d’or). Déjà, en 2012, le Qatar a expulsé la MLF pour des malversations financières – rapportées dans la presse française comme une censure médiévale[23] –, et on peut espérer que ce n’est qu’un début.

De même, il n’est pas dit que la « juridiction répressive » française permette indéfiniment à la Mission laïque française, qui brasse annuellement des dizaines de millions d’euros en eaux troubles, de salir l’image de la France et de piétiner ainsi la législation du travail et les droits de ses ressortissants en France et à l’étranger. La vérité finira par être connue, et justice sera faite.

Réponse à la MLF

Pour conclure, la MLF n’ayant jamais répondu à mes sollicitations par courriel et par courrier recommandé, il est hors de question pour moi d’échanger avec eux. L’article incriminé est étayé par des preuves matérielles multiples et concordantes, citées à foison et ne représentant qu’un échantillon des documents existants et en ma possession, tout comme cet article qui peut être ajouté au dossier. Il y a un intérêt public manifeste à dénoncer les faits en question. Je ne redoute donc nullement un procès en diffamation de leur part. Si, après avoir été déboutés en Egypte, ces Messieurs veulent se faire débouter en France et ainsi donner un plus grand retentissement encore à l’affaire, grand bien leur en fasse. Puisque j’étudie actuellement L’Affaire Dreyfus et J’accuse avec mes élèves, je me contenterai de reprendre les mots d’Emile Zola à leur intention :

« En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose. (…) 

Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! 

J’attends. »

A bon entendeur.

Sayed Hasan

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