Descente dans le trou noir qui a mené à la victoire de Trump

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Il y a plusieurs raisons principales pour lesquelles Donald Trump l’a emporté, par exemple il a remporté une victoire populaire avec une avance de 1 405 004 sur l’ensemble de tous les États sauf la Californie, où il a perdu par une énorme marge de 4 260 978 voix à Hillary Clinton (ainsi Hillary l’a battu dans l’ensemble des États de 2 855 974 voix), mais le Collège électoral représente les 50 États, et pas seulement un.

Toutes les raisons ne peuvent pas – comme celle-là – être comprises que par les chiffres. Mais une raison particulièrement importante de sa victoire a trait au niveau le plus profond auquel le peuple américain analyse ce qu’il lit, voit et entend dans la presse nationale, et donc interprète, à partir de la presse, ce qui se passe dans son pays. Ce sera le sujet de l’article.

Je vous invite donc à me suivre maintenant dans le trou noir des média américains, afin de mettre l’accent sur les zones sombres du gouvernement des États-Unis. En chemin, vous rencontrerez différentes personnes et leurs équipes qui luttent pour le pouvoir et qu’il est essentiel de connaître, afin de comprendre le niveau inférieur suivant à travers ces passages souterrains, au fond desquels gît la preuve qui pourrait aider à expliquer pourquoi Trump a été effectivement élu président.

Au début – à l’entrée de ce trou – se trouve un rapport inhabituellement honnête qui provient de l’agent dissident de la CIA, Philip Giraldi, et qui s’intitule « La guerre bipartisane : une nouvelle étude appelle à plus d’interventions américaines ». Il résume un document de recommandation politique récemment publié par le principal responsable de la propagande de l’OTAN, le Conseil atlantique. Le 25 juillet 2016, le blog de Paul Craig Roberts a opportunément fait sa manchette sur l’organisation en question : « Conseil atlantique de l’OTAN : le bras commercial du complexe militaire et de sécurité », et il a lié cela à ce qui était alors leur dernier « succès de vente d’armes US à la Pologne », comme étant un exemple typique de connivence – ce que c’était effectivement.

Le document auquel ce réfère Giraldi dans son rapport (mais sans lien ni même mention de son titre) émane du Conseil atlantique le 1er décembre 2016 intitulé « Une stratégie américaine à deux volets pour le Moyen-Orient ». Il pompe et fait des liens vers le document complet de 66 pages de propagande de l’OTAN intitulé « Groupe de travail sur la stratégie pour le Moyen-Orient : Rapport final des coprésidents ». Ces deux coprésidents sont deux puissants opposants haïssant la Russie (plus simplement appelés néocons), l’équipe Clinton-Madeleine K. Albright, et l’équipe Bush-Stephen J. Hadley. Puisque les équipes de Clinton et de Bush y sont représentées, le document d’orientation est qualifié de bipartisan, malgré le fait qu’il soit rageusement néocon et reflète des points de vue que les sondages révèlent être très éloignés de ceux du public américain que le gouvernement est censé représenter. Quiconque affirmerait que le néoconservatisme représente le public américain au lieu de l’aristocratie américaine serait, au choix, un fou ou un menteur, parce qu’il ne représente que l’aristocratie.

Les deux coprésidents ont consacré leur carrière à isoler et à affaiblir la Russie et l’Iran en détruisant leurs alliés, et à faciliter l’armement d’Israël et de l’Arabie saoudite par les États-Unis, de sorte que le gouvernement américain a été un agent servant l’aristocratie israélienne, mais surtout la famille Saoud. Ces Saoud sont les propriétaires royaux de l’Arabie saoudite et les principaux bailleurs de fonds d’al-Qaïda et des attaques du 11 septembre 2001 qui ont donné un énorme coup de pouce aux fabricants d’armes américains. À savoir les entreprises d’armement, qui servent les pays de l’OTAN et qui perçoivent donc des revenus des contribuables, non seulement aux États-Unis, mais aussi en Arabie saoudite et chez les autres alliés américains, en particulier les pays membres de l’OTAN, et les pays membres du Conseil de coopération du Golfe composés des royaumes pétroliers fondamentalistes sunnites qui ont fourni le reste (la partie non saoudienne) du financement à al-Qaïda et à d’autres groupes djihadistes internationaux, comme ISIS.

En outre, Israël est allié et aide militairement les familles royales sunnites fondamentalistes des royaumes pétroliers arabes, qui peuplent le Conseil de coopération du Golfe (CGC) en les aidant à renverser le gouvernement laïque de la Syrie. Le CGC est dirigé par la famille Saoud, dont la foi sunnite fondamentaliste condamne les chiites, l’Iran étant la principale nation chiite, désignée à la fois par les Saoud royaux et par les aristocrates d’Israël comme une « menace existentielle » à la prolongation de leurs règnes dans leurs pays respectifs. Ainsi, aujourd’hui, le gouvernement des États-Unis sert les aristocraties d’Israël et de l’Arabie saoudite. Le document que Giraldi résume est un énoncé sur la politique de l’OTAN – techniquement un document du Conseil atlantique – qui est politiquement bipartisan et représente la vision aristocratique, partagée par les Démocrates et les Républicains, de ce que doit faire, au Moyen-Orient, le club militaire anti-russe que représente l’OTAN.

Bien que le Moyen-Orient soit en dehors de la zone de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, l’aristocratie américaine veut clairement étendre au Moyen-Orient la guerre de l’OTAN – froide et / ou chaude – contre sa cible, l’ennemi qu’elle s’est désigné, la Russie. Cela inclurait la guerre contre les alliés de la Russie au Moyen-Orient : l’Iran et la Syrie.

À l’origine, l’OTAN était l’équipe des États-Unis, et le Pacte de Varsovie était l’équipe soviétique, de sorte que l’OTAN était anti-soviétique et anticommuniste par construction. Mais, en 1991, l’Union soviétique, son communisme et son Pacte de Varsovie ont tous disparu. Pourtant l’OTAN a continué, mais spécifiquement contre la Russie. Sous Obama, l’organisation est devenue extrêmement hostile envers la Russie, à la fois au sujet de l’Ukraine, à la frontière de la Russie, et de la Syrie au Moyen-Orient. Ce document politique particulier, venant du Conseil atlantique, aurait été, probablement immédiatement, la feuille de route de la politique gouvernementale américaine si Hillary Clinton avait remporté la course à la présidentielle de 2016. Mais, bien sûr, cela ne s’est pas produit. Il y a maintenant un énorme conflit au sein de l’aristocratie américaine quant à savoir si, oui ou non, ce document deviendra la politique du gouvernement américain au Moyen-Orient.

Ce document d’orientation de l’OTAN est résumé avec précision par Giraldi comme étant « une maigre pitance à utiliser comme justification pour aller en guerre contre la Syrie et éventuellement la Russie ». La Syrie est un allié de la Russie et de l’Iran, donc l’aristocratie américaine veut l’envahir, mais Hillary n’a pas été élue, et ce document politique est maintenant dans les limbes.

Giraldi précise que le rapport, écrit avant le résultat de l’élection présidentielle de 2016, est devenu public à une époque où l’on s’attendait à ce que Hillary Clinton soit élue :

Écrit avant l’élection présidentielle, les co-auteurs ne pouvaient pas anticiper une victoire de Donald Trump, mais ils pouvaient espérer que cela servirait de guide pour la nouvelle administration. Espérons qu’ils auront tort dans cette attente, mais il est difficile à ce stade de voir où la prochaine Maison Blanche va se diriger dans sa politique au Moyen-Orient.

Les politiques proposées par Hillary Clinton pour le Moyen-Orient étaient, en fait, identiques à celles qui sont énoncées dans ce document néoconservateur et qui a été bien résumé ici par Giraldi.

Ce dernier a cependant manqué de noter que le Conseil atlantique est le principal bras de propagande de l’OTAN et que les publications du Conseil sont 100% néoconservatrices, hostiles à la Russie et fortement en faveur des Saoud – et aussi de l’aristocratie d’Israël – contre l’Iran. Peut-être a-t-il supposé que ses lecteurs savaient déjà tout cela. Mais tant que cela n’est pas pointé du doigt, il est impossible de continuer à creuser dans le trou noir, ce qui sera fait ici.

La partisanerie extrême et l’hostilité réciproque qui existent maintenant entre l’équipe Clinton-Bush-Obama et l’équipe Trump sont intimement liées au fait que Clinton était la candidate de l’OTAN, et que Trump avait contesté la pertinence de l’OTAN pour les intérêts réels de la sécurité nationale des États-Unis. Il avait, de plus, suggéré que la menace principale pour la sécurité nationale de l’Amérique venait du « terrorisme radical islamique » – c’est sa vague expression – qui, dans les esprits endoctrinés depuis des décennies par la CIA, se réfère à des alliés de la Russie, y compris l’Iran chiite, mais qui, dans le monde réel, se réfère uniquement aux fondamentalistes sunnites et autres alliés islamiques de l’Amérique (tous les fondamentalistes sunnites, pas tous les fondamentalistes chiites)

Trump s’est présenté à l’élection contre la candidate de l’OTAN, de la CIA, et du Conseil atlantique : Hillary Clinton.

Par exemple : Hillary Clinton a toujours été une fervente partisane de la création d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie par le gouvernement américain et ses alliés, ce qui signifierait que les États-Unis seraient des envahisseurs de la Syrie – contrairement à la Russie, invitée par le gouvernement légitime, et internationalement reconnu, de la Syrie et donc intervention purement défensive du gouvernement actuel plutôt qu’une invasion impérialiste pour le renverser et le remplacer, ce qui est le but de l’implication américaine. Dans cette hypothèse, les États-Unis abattraient à la fois des avions syriens et des avions russes. Une zone d’exclusion aérienne signifierait une guerre conventionnelle entre les États-Unis et la Russie sur le territoire syrien. C’est ce que la présidence d’Hillary Clinton aurait impliqué et ce à quoi elle s’était constamment engagée.

Le perdant de cette guerre conventionnelle entre la Russie et les États-Unis aurait alors le choix entre accepter la défaite, ou lancer une guerre éclair nucléaire pour envahir l’autre, ce qui serait le seul moyen d’éviter cette défaite. Hillary, avec Joe Biden, étaient en première ligne avec les conseils du président Obama exhortant celui-ci à établir une zone d’interdiction de vol sur la Libye, ce qui aurait permis la conquête de ce pays, bien que ni les États-Unis ni aucun autre envahisseur n’aient réussi à contrôler la Libye, sauf une partie de Tripoli. La différence entre la Libye et la Syrie est que la Libye n’était pas défendue par la Russie, mais la Syrie l’est maintenant. C’est pourquoi le résultat serait probablement la troisième guerre mondiale, alors que l’invasion libyenne était garantie (bien qu’infernale pour les Libyens, ce dont les Américains se fichaient éperdument et dont ils n’ont jamais parlé).

Voici la façon euphémique sous laquelle ce document du Conseil atlantique – l’OTAN – dans sa version complète de 66 pages, apporte cette recommandation insensée et vraiment vicieuse :

Là où les combattants n’accepteront pas simplement un cessez-le-feu ou ne suivront pas les règles et les normes de la guerre qui les obligent à protéger les civils – comme en Syrie – il n’y a pas d’autre choix que de créer des zones de sécurité humanitaire.

Ces zones peuvent être mises en place par divers moyens. Tandis que les zones d’exclusion aérienne et les cordons humanitaires sécurisés sont les plus connus, ils ont besoin de ressources importantes. Donc, si les acteurs internationaux décident de mettre en œuvre ce type de zone de sécurité traditionnelle, il faut disposer de ressources suffisantes pour les défendre. Une zone sûre bien protégée peut créer les conditions pour le rétablissement et le développement, comme l’opération Provide Comfort en 1990-1991, réalisée pour les Kurdes d’Irak qui sont à l’avant-garde de la lutte contre Daesh. Cependant, une zone sûre qui n’est pas suffisamment défendue peut avoir des conséquences désastreuses, y compris le génocide, comme avec la tragédie de Srebrenica.

Dans d’autres cas, des zones sûres peuvent être créées par défaut, en améliorant les capacités des résidents à se défendre. Si l’on attribue à des groupes d’opposition contrôlés, et non extrémistes, en Syrie un nombre limité d’armes antiaériennes portables, par exemple, cela leur permettrait de se protéger contre les attaques de l’armée de l’air de Assad.

Ces « zones de sécurité humanitaire » sont une sinistre plaisanterie pour protéger [des Russes] les parties de la Syrie contrôlées par les djihadistes fondamentalistes sunnites que les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie avaient armés et infiltrés en Syrie sous l’appellation obamaesque de « rebelles modérés » pour renverser et remplacer le gouvernement laïque, non confessionnel, en Syrie, dirigé par Bashar al-Assad et soutenu par l’Iran et la Russie. Ce que disent Albright et Hadley, c’est que les militaires américains doivent abattre des avions russes qui bombardent ces djihadistes. Lorsque les civils sont blessés et tués dans ces bombardements russes, le régime américain dit que c’est de la « barbarie » russe contre les civils, et que les États-Unis entendent protéger les civils – ou agir comme gendarmes du monde. Tout ce que le régime américain fait réellement est la guerre pour conquérir d’autres pays et y imposer ses dirigeants fantoches dociles – comme il essaie encore de le faire en Libye.

Le reporter du New York Times Ben Hubbard a rapporté ceci le 13 avril 2013, en se démarquant remarquablement, et donc de façon choquante, des us et coutumes standards des principaux médias américains consistant à cacher les faits incompatibles avec la propagande du gouvernement américain :

Nulle part dans la Syrie contrôlée par les rebelles on ne trouve de force de combat séculière […] « Mon sentiment est qu’il n’y a pas de laïcs », a déclaré Elizabeth O’Bagy, de l’Institut pour l’étude de la guerre, qui a fait de nombreux voyages en Syrie ces derniers mois pour interviewer les commandants rebelles […] Dans les provinces riches en pétrole de Deir al-Zour et Hasaka, les combattants de Nusra ont saisi les champs de pétrole du gouvernement, en mettant certains sous le contrôle des milices tribales et en dirigeant d’autres eux-mêmes. « Ils sont la force militaire la plus efficace dans la région », a déclaré le commandant d’une brigade rebelle à Hasaka par l’intermédiaire de Skype. « C’est indéniable ».

Donc, même un journaliste qui embouche les trompettes de la propagande de la Maison Blanche, du style « Assad est un leader illégitime » qui « déploie des armes chimiques, franchissant une ligne rouge », savait – mais n’a jamais dit – que le président américain mentait comme un arracheur de dents. Le 4 avril 2014, Seymour Hersh a rapporté dans la London Review of Books (parce qu’il ne pouvait pas trouver un éditeur américain), que l’administration Obama – y compris Hillary Clinton – envoyait les armes de Mouammar Kadhafi, depuis la Libye, via le Consulat des États-Unis à Benghazi, jusqu’en Turquie et en Syrie, pour les rebelles là-bas, qui essayaient de renverser et de remplacer le gouvernement syrien.

Poursuivant la descente dans le trou noir, il faut noter que Giraldi ne fait pas le lien directement au document lui-même, mais il renvoie à l’opéra-bouffe du Conseil atlantique : http://mest.atlanticcouncil.org/

Notez alors les commanditaires : Politico, CBS This Morning, et RealClear World. En faisant des dons à l’OTAN (au Conseil atlantique), ils se présentent eux-mêmes comme lobbyistes au service des propriétaires d’entreprises qui bénéficient d’une augmentation des dépenses des États-Unis en matière de défense. Il s’agit de publicité pour les annonceurs. Il s’agit d’une opération interne, visant à accroître le volume d’affaire des initiés.

Ensuite : la [grotesque] vidéo d’équipe, pour leurrer les jeunes en les poussant à se joindre aux efforts héroïques de cette équipe pour protéger les Syriens (voir la vidéo à 1′:19 ») « D’abord ils ont bombardé avec des produits chimiques et maintenant, avec des bombes-baril !!! ».

L’accusation d’Obama selon laquelle l’attaque chimique du 21 août 2013 contre Ghouta, en Syrie avait été commise par le gouvernement d’Assad plutôt que par les rebelles aidés par les États-Unis (al-Qaïda en Syrie appelé al-Nusra), cette célèbre attaque au gaz sarin en Syrie qui aurait ainsi franchi la « ligne rouge » d’Obama et justifié une invasion américaine, était un mensonge flagrant. Cela n’a pas été suivi d’une invasion américaine parce que le propre service de renseignement britannique MI6 a informé le Parlement anglais qu’Assad n’avait rien à voir avec cela, et ainsi le Parlement a bloqué le désir du Premier ministre David Cameron de servir de caniche à Obama pour une invasion de la Syrie, comme Tony Blair l’avait fait avec George W. Bush pour envahir l’Irak. Obama se serait alors trouvé seul – avec Erdogan, le roi Saoud et l’émir Thani du Qatar, 100% d’alliés sunnites –, une voie impossible pour la réputation d’Obama [prix Nobel de la paix, n’oublions pas].

Ou, comme le relate Christof Lehmann le 7 octobre 2013 :

« En conclusion, les principales « forces d’opposition » soutenues par l’étranger en Syrie depuis juillet 2013 sont des brigades al-Qaïda soutenues par les États-Unis. Les plus importants parmi eux sont Jabhat al-Nusrah et Liwa-al-Islam, tandis que la FSA [l’armée syrienne d’opposition créée par l’alliance américaine] bénéficie toujours d’un soutien qui est principalement accordé pour donner à la Maison Blanche la possibilité de maintenir un récit sur le soutien aux « forces modérées ». Les États-Unis et l’Arabie saoudite coopèrent étroitement avec Jabhat al-Nusrah, le Liwa-al-Islam et d’autres brigades d’al-Qaida, y compris les brigades qui étaient responsables du lancement de l’arme chimique le 21 août pour changer le cours des événements après une défaite militaire stratégique catastrophique ».

Mais avant cela, le 29 août 2013, Mint Press News avait titré : « EXCLUSIF : les Syriens accusent les rebelles aidés par l’Arabie saoudite d’avoir réalisé les attaques chimiques à Ghouta », Yahya Ababneh et Dale Gavlak ont ​​commenté :

« Après de nombreux entretiens avec des médecins, des résidents de Ghouta, des combattants rebelles et leurs familles, une image différente émerge. Beaucoup pensent que certains rebelles ont reçu des armes chimiques par l’entremise du chef du renseignement saoudien, le prince Bandar bin Sultan, et ont été chargés de mener l’attaque.

« Mon fils est venu me voir il y a deux semaines pour me demander ce que je pensais de la nature des armes qu’on lui avait demandé de transporter », a déclaré Abu Abdel-Moneim, le père d’un combattant rebelle voulant renverser Assad, qui vit à Ghouta.

Abdel-Moneim a déclaré que son fils et douze autres rebelles ont été tués à l’intérieur d’un tunnel utilisé pour stocker les armes fournies par un militant saoudien, connu sous le nom Abu Ayesha, qui dirigeait un bataillon de combat. Le père a décrit les armes comme ayant une « structure en forme de tube », tandis que d’autres étaient comme une « énorme bouteille de gaz ».

Les gens de ville de Ghouta ont dit que les rebelles utilisaient des mosquées et des maisons privées pour dormir en stockant leurs armes dans les tunnels.

Abdel-Moneim Fils a dit que son fils et les autres sont morts pendant l’attaque aux armes chimiques. Le même jour, le groupe militant Jabhat al-Nusra, qui est lié à Al-Qaida, a annoncé qu’il attaquerait de la même façon les civils dans le cœur du régime d’Assad à Lattaquié, sur la côte occidentale de la Syrie, en prétendue représailles.

« Ils ne nous ont pas dit ce qu’étaient ces armes, ni comment les utiliser », se plaignait une femme combattante appelée K. « Nous ne savions pas que c’étaient des armes chimiques. Nous n’avons jamais imaginé qu’il s’agissait d’armes chimiques. » […] Plus d’une douzaine de rebelles interrogés ont reconnu que leurs salaires provenaient du gouvernement saoudien.

Ce n’était pas la première fois que l’équipe d’Obama était derrière l’utilisation du gaz sarin en Syrie. Le 6 mai 2013, le Washington Times – le seul journal à avoir écrit, en 2002, que George W. Bush mentait en affirmant que l’AIEA avait trouvé que Saddam Hussein était seulement à six mois d’avoir une bombe nucléaire – titrait « Les rebelles syriens ont utilisé le gaz sarin, pas le régime d’Assad selon un officiel de l’ONU ». Le journal ajoutait : « Le témoignage des victimes suggère fortement que ce sont les rebelles, et non pas le gouvernement syrien, qui ont utilisé du gaz sarin lors d’un incident récent dans la nation dévastée par la révolution, a déclaré lundi un haut responsable diplomatique de l’ONU. »

Le régime américain a simplement envie de renverser Assad, et les « bottes sur le terrain » pour le faire ont été al-Nusra et les autres groupes djihadistes importés qui ont été dirigés par al-Nusra, armés et infiltrés en Syrie par le régime américain et ses alliés : Saoud, Qatar et Turquie. Il s’agissait d’une opération occidentale contre un allié de la Russie et de l’Iran : Assad.

Ensuite : en cliquant sur le lien RealClearWorld ici, et sur le lien Forbes là, le lecteur sera dirigé vers des annonces promouvant les entrepreneurs des monarchies arabes alliées aux États-Unis. Ce sont des annonces des Rois arabes, vantant, auprès des aristocrates de l’Amérique, les ressources en capital humain de leurs sujets, en tant que futurs employés ou contractants des entreprises internationales américaines.

Ensuite : en cliquant sur le lien Politico, on aboutit à un article publié par le trio Albright, Hadley et Nancy Lindborg – cette dernière étant cheffe d’un organisme américain au nom orwellien d’Institut US de la Paix – intitulé « Oui, une politique étrangère bipartisane est possible – même maintenant ». Le message étant que « une approche bipartisane de la politique étrangère est réalisable et reste essentielle pour notre sécurité domestique et la stabilité dans le monde », et « nos propres travaux récents suggèrent qu’un point de départ pour bâtir un nouveau bipartisme est en fait l’une des crises les plus épineuses du monde : le chaos à travers le Moyen-Orient ». Donc : l’OTAN fait de la publicité dans Politico, avec un article de propagande qui n’est pas appelé une publicité. Et il vient de l’« Institut US de la paix » .

En voici donc un peu plus sur les CV de ces trois personnes :

Stephen J. Hadley a porté le chapeau pour l’erreur de George W. Bush dans son discours sur l’État de l’Union du 28 janvier 2003, pour avoir introduit dans le discours les quelques mots célèbres : « Le gouvernement britannique a appris que Saddam Hussein avait récemment cherché des quantités importantes d’uranium en provenance d’Afrique. » Hadley a démissionné une fois que l’erreur a été révélée, mais Bush a rejeté sa démission. Et la réalité était qu’il n’y avait pas d’erreur du tout – c’était bien pire qu’une erreur. Comme Craig Unger l’a publié dans sa manchette du numéro de juillet 2006 de Vanity Fair titrée « La guerre qu’ils voulaient, les mensonges dont ils avaient besoin » :

« Pour moi, il n’y a pas d’interprétation bénigne de cela », a dit Melvin Goodman, l’ancien analyste de la CIA et du Département d’Etat. « Au plus haut niveau, on savait que les documents étaient des faux. Stephen Hadley le savait. Condi Rice le savait. Tout le monde au plus haut niveau le savait. »

Des criminels de guerre de cet acabit continuent à co-présider de grotesques articles de propagande pour l’OTAN.

Madeleine K. Albright est la fille d’un diplomate tchèque fortement anti-russe et anticommuniste qui était ambassadeur en Yougoslavie. Dans cet environnement, elle était entourée par des aristocrates qui méprisaient les Russes. Étant donné que les Serbes étaient culturellement proches des Russes, elle avait aussi des préjugés contre les Serbes. Lors d’un événement de signature de livre, on lui a présenté des photos de Serbes bombardés par les États-Unis dans la guerre du Kosovo de 1999 et elle a dit « Serbes dégoûtants, sortez ! » Après avoir été secrétaire d’État des États-Unis ayant plaidé pour le bombardement de la Serbie en 1999, elle a également été lapidée par les Serbes en Slavonie. Elle et son frère étaient en possession de tableaux précieux qui avaient été volés par les nazis à un juif tchèque dont une descendante a découvert que les œuvres appartenaient à sa famille et a essayé de récupérer les tableaux, en disant : « Il ne fait aucun doute que son père a tout volé ». Mais le frère de Madeleine a porté la question devant les tribunaux, et, comme cela arrive souvent dans de tels cas, la descendante a perdu.

Quand elle était secrétaire d’État US sous Bill Clinton, elle a fait pression, et gagné, pour la première expansion de l’OTAN après 1991, ce que l’on appelle la fin de la guerre froide, rapprochant ainsi les missiles américains de Moscou. Elle a également soutenu l’idée, en 1998, avec deux autres néocons, Sandy Berger et William Cohen, que le président Bill Clinton devrait lancer une campagne de bombardement contre l’Irak de Saddam Hussein, un autre pays ayant des relations amicales avec la Russie. Les réactions négatives du public contre leur proposition ont amené le président Clinton à limiter l’invasion seulement à une attaque aérienne, et seulement pendant quatre jours. Albright a toujours été une néocon et une championne des bombardements, mais jamais, avant les attentats du 11 septembre, le public américain n’avait appuyé un bombardement général et une invasion de l’Irak – qui n’avait par ailleurs rien à voir avec le 11 septembre. Le 30 novembre 2009, le magazine Investisseur institutionnel a titré « Soros, Albright, et Rothschild passent un accord de 359 millions de dollars » pour « lancer Helios Towers Africa afin de percevoir des revenus provenant du trafic téléphonique mobile des Africains ».

Nancy Lindborg, avant de diriger le soi-disant Institut US pour la paix, avait été employée par la fameuse organisation USAID, qui est l’une des principales agences du gouvernement américain qui travaille en collaboration avec la CIA pour préparer des coups d’État.

Ceux-ci, et leurs semblables, sont des fonctionnaires qui ont été payés par les contribuables américains pour représenter et défendre leur pays mais ont plutôt choisi de servir ce que le président Eisenhower en 1961 a appelé « le complexe militaro-industriel » pour représenter l’aristocratie américaine aux frais du public et surtout des millions de victimes de cette aristocratie à l’étranger qui remplissent les cimetières et les centres de réfugiés. Les conflits entre l’aristocratie et ses nombreuses victimes sont déséquilibrés dans une mesure obscène. Par exemple, alors que Albright a fièrement aidé à lancer de nombreuses bombes contre les Serbes, ceux-ci ne pouvaient jamais lui répondre avec autre chose que quelques tomates et des pierres – et, dans la mesure où de telles infimes représailles étaient couvertes par la presse occidentale, les reproches étaient outrageusement dirigés contre les manifestants serbes, et non contre le représentant de l’aristocratie américaine. C’est un monde moralement renversé, où la lie, pas la crème, s’élève et reste au sommet.

***

Et maintenant, nous approchons du fond de ce trou noir. C’est lorsque l’article de Giraldi dit : « Troisièmement, quand le rapport [du Conseil atlantique] a été publié, Stephen Hadley s’est référé à un reportage de Reuters… », et il a mis un lien sur un article de yahoo.com qui ouvre les commentaires au public. En voici un typique :

Barbara Colvin-Kerr, il y a 2 mois

La sorcière va-t-en-guerre Madeleine et le menteur Hadley qui était l’instigateur principal dans le scandale du Yellow Cake de Wilson pendant le règne Bush Jr. peuvent garder pour eux-mêmes leurs opinions. Envoyez la grosse Mad et le douteux Hadley faire de la reconnaissance en Syrie. Ils peuvent être parachutés là-bas.

En d’autres termes : même sur ce site Web principal, Yahoo News, les commentaires des lecteurs indiquent qu’ils étaient en quelque sorte généralement conscients que le gouvernement fédéral des États-Unis est un agent criminel, qui non seulement contrôle le pouvoir exécutif, mais contrôle aussi le pouvoir législatif, qui rédige et applique les lois pour que le gouvernement soit immunisé contre ses actes criminels. Il est si diabolique qu’il ne devrait pas être autorisé à envahir n’importe qui, du moins pas dans sa composition actuelle, où il est contrôlé par les néocons, des idéologues dont le grand public ne partage certainement pas les opinions. Ce gouvernement ne représente pas le public américain. Il ne représente que l’aristocratie américaine.

Voilà quelle était la réponse des lecteurs sur un site d’actualité. Pas sur le site que vous lisez maintenant, mais sur Yahoo ! (c’est un reportage de Reuters).

Et c’est donc très pertinent – peut-être même crucial – de répondre à la question de savoir pourquoi Trump a été élu.

Peut-être que le public américain en a compris beaucoup plus sur son gouvernement et ses prétendus médias d’actualité que ceux-ci ne le pensent. Peut-être que l’opération de propagande mensongère de l’establishment a été beaucoup moins réussie que ses puissants menteurs ne l’espéraient.

Peut-être une méfiance généralisée et profonde à l’égard des médias de la nation a-t-elle été sous-estimée par les oligarques américains et les a laissés stupéfaits et incrédules, au matin du 9 novembre 2016.

Pour le public américain, ils sont confus, encore plus qu’ils ne sont trompés. La raison en est que le mensonge de la presse a tout simplement trop duré. Les Américains soupçonnent que les dernières décennies de l’histoire des États-Unis – comme les assassinats de Kennedy et King, et le 11 septembre – sont des fraudes, pas de l’Histoire.

Quiconque veut avoir les détails complets, véridiques et authentiques, de la récente histoire américaine, après la Première Guerre mondiale, peuvent voir en ligne gratuitement « Untold of the United States ». Les deux premiers épisodes de ce chef-d’œuvre du cinéma documentaire et de l’histoire écrite, sont présentés ici en deux vidéos de 58 minutes.

La série entière est trop bonne pour les Pulitzer et les Oscars qu’elle mérite mais n’a jamais reçue, et elle a été attaquée par de nombreux experts pontifiants. Ses allégations spécifiques ne sont cependant pas attaquées, car la documentation, pour eux tous, est trop solide pour l’être. Donc au lieu de cela, les gens qui n’aiment pas ces faits condamnent le travail par des hypothèses non fondées comme celle-ci : « Le nombre de vies qui auraient été perdues pendant une invasion [du Japon en 1945] aurait très probablement dépassé celles perdues dans les deux villes [Hiroshima et Nagasaki] en raison de l’utilisation de bombes atomiques » malgré la documentation solide opposée.

Il y aura toujours des gens qui préfèrent les mythes. Mais une chose dont personne n’accuse Donald Trump, c’est qu’il n’aurait pas compris cela. Cependant, beaucoup de gens (le présent écrivain inclus) pensent qu’il est probablement l’un de ces individus lui-même. On dit qu’il ne lit pas de livres, mais, à tout le moins, il devrait voir ce documentaire entier en dix parties. Ce serait le meilleur cours intensif pour tout président entrant qui veut accomplir le travail qu’il est légalement tenu de réaliser au mieux de ses capacités. Si un président veut que son serment soit un mensonge, alors voir cette série ne lui servirait à rien, sinon, ce serait essentiel. C’est l’histoire réelle – et celle-ci est, dans l’ensemble, ignorée ou bien grossièrement déformée dans les prestigieux livres d’histoire américains. C’est la démythification de l’histoire américaine, de l’époque de Woodrow Wilson jusqu’en 2012. Et aucun président décent des États-Unis, à notre époque, ne peut l’ignorer, sinon il sera indécent.

Eric Zuesse

Article original en anglais :

Traduit et édité par jj, relu par Catherine pour le Saker francophone