« C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches » Victor Hugo

Un baril à moins de 80 dollars nous y sommes déjà. Selon les experts, on est déjà dans le rouge. « La capacité de l’Algérie à maintenir ses équilibres budgétaires et ses engagements sociaux, soit assurer la paix sociale et politique reste de fait très incertaine ». Tant 98 % de nos exportations tiennent des hydrocarbures.

La hantise de l’Algérie et sûrement celle de nous tous est que le prix du baril continue à baisser. J’en avais fait part à un ami médecin de mes inquiétudes. Et pour lui, à l’aise et à l’abri du besoin, il n’y a pas à trop dramatiser, « nous emprunterons de nouveau de l’argent ».

Effectivement, nous serons de nouveau obligés de solliciter les banques mondiales, dont le FMI, front monétaire international. Mais c’est connu là où passe le FMI c’est toujours désastreux, nous en avons d’ailleurs fait l’amère expérience en 1994 de ses conditions draconiennes, qui sont privatiser toujours et réduire les dépenses publiques.

Je me souviens que pour faire baisser juste la dette algérienne de 19 milliards ont 15 milliards de dollars, il fallait rembourser 117 milliards de dollars en services de la dette. C’était un véritable racket.

Alors, la perspective d’y aller de nouveau fait si peur. Les conditions de vie des couches défavorisées seront très affectées. L’Islande en disant non au Fmi s’en était brillamment sorti et la Grèce obligée d’accepter le recours au FMI patauge à ce jour dans la crise. 

N’est-il pas temps de penser à des changements salutaires comme le préconisent depuis tant de temps les politiques et les spécialistes ?

Une crise alimentaire est à nos portes. Des pénuries commencent à apparaitre un peu partout dans tout le territoire national.

Des villes comme Tébessa, Souk Ahras, El Oued,  Constantine, Blida, Bouira, et d’autres sont les plus troublées. Cette crise n’est pas uniquement financière, elle est aussi et surtout sécuritaire, car nos produits alimentaires stratégiques comme la semoule, l´huile, le lait, le café et même l’essence de nos voitures subventionnées par l’État sont envoyés en fraude vers la Tunisie et la Libye par des contrebandiers.

À la frontière tunisienne, on peut ainsi voir devant tout le monde des véhicules transportant ces denrées et des bidons d’essence vendus au tiers de leur prix et mélangés à de l’eau ! À notre frontière avec le Maroc, on est dans le transfert des aliments, mais aussi des drogues pour tuer nos enfants. Pire, on ne peut le dire au Maroc, plaque tournante de la drogue en Afrique, sinon il va crier au complot algérien !

Rappelons les émeutes de la faim dans le monde arabe. En plus, l’état ne peut continuer à subventionner ces denrées alimentaires sans fin par le pétrole qui lui a une fin. On ne peut vivre a 99% de nos recettes du pétrole, ceci est une malédiction que l’état incapable de produire de la richesse n’a pu relever.

La faute de cette crise sociale est aussi celle du peuple qui s’est conforté dans l’assistanat de l’état, dans toutes ces activités sociales (santé, éducation, logement. ) sans penser à produire lui-même sa propre richesse. En plus de la corruption qui gangrène toutes les couches sociales !

Comment alors créer un équilibre budgétaire et un développement innovants et concurrentiels à cause de ce marché ouvert à ces nouvelles sociétés de savoir nano,bio et info- technologies qui nous concurrencent ?

Parions que l’état et la société ne vont pas se réveiller ; ils vont juste avoir recours aux dettes et aux banques étrangères qui vont nous inonder de produits de consommation avec prêt bancaire de banques occidentales qui s’installent lentement mais surement; on aura des maisons, des voitures, des divertissements, à crédit !

Un temps viendra ou il faut payer la facture, mais qui s’en fout ?

Nourdine Amokrane