Entretien avec Paul Eric Blanrue par Rachid Guedjal (partie III)

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R.S : Cette année Louis XIV, Napoléon ou encore Richelieu, autant de personnages qui ont construit la France et participent encore à son rayonnement, ont été supprimés du programme scolaire. Tu as enseigné l’Histoire, qu’en penses tu concrètement? Quelles conséquences cela peut avoir sur les futures générations? Y a t il moyen d’améliorer le programme d’après toi?

P.E.B. : L’enseignement de l’histoire tel qu’on le pratiquait lorsque j’étais prof, il y a 20 ans, était déjà très mal en point. C’est pourquoi j’ai claqué la porte ! Je voyais bien que ce n’est pas de l’intérieur qu’on changerait les choses. Dans nos cours, on insistait par exemple sur l’histoire moderne et contemporaine en délaissant l’époque médiévale et l’antiquité ou encore les civilisations anciennes dont, pourtant, les élèves étaient de grands fans. Sans oublier que l’enseignement se faisait déjà sans le moindre recul critique : c’était la « voix de son Maître » ! Maintenant, c’est cent fois pire : on supprime des pans entiers de notre passé pour faire avaler aux élèves un « digest » qui doit se plier à l’idéologie du moment.

C’est déplorable. L’histoire est assassinée. Je parle bien sûr de l’histoire, et pas de la fumeuse « Mémoire », qui n’est que l’un des tentacules de l’idéologie de l’hyper-classe mondialisée. Pour comprendre le présent, il faut d’abord avoir saisi le passé : or là, on déconstruit notre connaissance pour propulser sur orbite des générations d’abrutis, qui ne sauront pas dans quel monde ils évoluent, parce qu’ils seront démunis de références. L’atomisation des corps, préparée de longue date par le capitalisme et poursuivie par le néo-libéralisme, attaque désormais les cerveaux. Les cerveaux tournent en rond, ils ne sont plus connectés à rien, sauf… à la Matrice ! C’est-à-dire à la Mémoire ! Des moyens pour en sortir ? Vu la situation présente, je n’en vois pas d’académiques. Faites lire à vos enfants de bons livres d’histoire, faites-leur regarder de bons films historiques et des documentaires à visée critique. Et surtout, surtout : faites-les voyager ! Apprenez-leur très tôt à aller voir en 3-D ce que leurs camarades ne distinguent qu’à plat. Sur le forum romain, ils sentiront peut-être, enfin, avec chance, les parfums de l’antique Rome…

R.G : Quel est selon toi le principal devoir d’un historien?

P.E.B. :Transmettre à l’élève des connaissances que celui-ci peut immédiatement s’approprier pour comprendre le monde qui l’entoure.

R.G : Pourrais tu développer un peu plus ce que tu entends par « civilisations anciennes »?Tu as sans doute entendu parler de l’Archéologie interdite, celle qui remet en cause les principales thèses défendues par la plupart des chercheurs. Des pyramides au disque de Nebra, en passant par les merveilles d’Amérique du sud. Comment l’Histoire officielle explique t elle ça? Est ce cohérent selon toi?

P.E.B. : J’évoque évidemment cette « histoire d’avant l’histoire », celle dont ne sait pas grand chose, mais qui fait rêver, surtout quand on est jeune et qu’on a vu « Indiana Jones » ! D’où les Égyptiens des Pyramides tenaient-ils leur savoir, et pourquoi leurs monuments n’ont-ils fait que décroître par la suite? Pourquoi le symbolisme de la Croix se retrouve-t-il dans des cultures les plus éloignées ? Quelle est la signification du site de Stonehenge ? Ce n’est pas dans les manuels d’école d’aujourd’hui que nous allons trouver la réponse à ces questions passionnantes ! Le problème, c’est que la vision de l’histoire qu’ont les historiens dépend de l’idéologie d’aujourd’hui : ceux qui font les programme scolaires ont eux aussi une « vision de histoire » qu’ils cherchent à imposer ! Or l’histoire, aujourd’hui, a pour fondement, d’abord, l’histoire judéo-chrétienne. Avant, c’est le grand zéro ! Ou alors ça se trouve dans les films et les ouvrages spécialisés… Autre fondement sacré : 1789. Avant, c’est la barbarie généralisée, le règne du droit de cuissage et des mystico-dingos !

L’histoire doit être celle du Progrès. Mais de quel progrès ? Il y eut jadis des civilisations bien plus évoluées que les nôtres sur de nombreux points : du coup, les mettre en évidence, ce serait comme insister en philo sur les pré-socratiques au détriment de Platon, alors qu’il s’agit de tout faire reposer sur Platon pour que le cours puisse démarrer comme on l’a décidé. Bref, la construction des pyramides, qui passionne les jeunes élèves, passe à l’as. De même, les hauts faits militaires. Cette fois, il s’agit de « décharner » l’histoire, d’en faire quelque chose d’extérieur à nous. As-tu étudié de près une seule bataille lorsque tu étais en classe ? Non ! Pourtant, toute l’histoire est une suite de guerres ? Lorsque j’étais prof, je consacrais une heure de mon temps à expliquer aux troisièmes tous les enjeux et la stratégie de Napoléon Ier lors de la bataille d’Austerlitz. Une heure entière, tandis que mes collègues se contentaient de dire à leurs élèves de jeter un oeil sur les vignettes du manuel à la maison, s’ils en avaient le temps…

Or dès que je faisais ce cour « illégal », si on veut, c’était à chaque fois pareil : les élèves montaient sur les tables tellement ils étaient passionnés par le déroulement des événements ! Qu’allait-il se passer si telle division se déplaçait vers tel bosquet ou si Napoléon faisait battre ses troupes en retraite après avoir fait brûler son camp ? C’était passionnant, vivant ! J’ai recroisé, bien des années plus tard, d’anciens élèves devenus des cadres dynamiques ou des avocats se souvenant très bien des conseils stratégiques que je leur avais délivrés d’après Napoléon, pour remporter la bataille des trois empereurs. C’était encore ancré dans leur tête, car, en supplément gratuit, il y avait une morale à l’histoire : se méfier de celui qui paraît trop faible. Mais pour la comprendre, il fallait avoir pris le temps de s’immerger dans une époque pour tenter d’en comprendre la psychologie. Je dis souvent que pour savoir ce qu’est le baroque, et la mentalité des hommes de la contre-réforme catholique, il faut se rendre à Rome et faire le tour du « Rapt de Proserpine » du Bernin, à la Villa Borghèse. Vas-y, tu comprendras pourquoi…

R.G : En 2005 tu t’es intéressé de près au suaire de Turin allant jusqu’à reproduire une réplique avec les moyens du moyen âge. Penses tu qu’il y a eu d’autres reliques de Jésus et d’autres saints qui s’avèrent être des supercheries? Comment expliques tu cet attachement des chrétiens aux reliques?

P.E.B. : Je m’y suis intéressé depuis l’adolescence, et j’ai tout vu, tout lu, tout étudié au sujet du pseudo-suaire de Turin. J’en ai retiré deux lives et puis un jour la revue « Science et Vie » m’a demandé d’en faire un exemplaire au Museum d’histoire naturelle de Paris. Je me suis exécuté devant un public international composé de journalistes, en compagnie de scientifiques. Il y a eu un petit scandale, comme il fallait s’y attendre. Je me suis rendu un matin, sur K-T0, la télé catholique française, pour une heure entière d’entretien en direct. J’ai répondu à toutes les questions sans insulter personne. J’y ai expliqué que si ce linge n’était pas l’authentique linceul de la Passion du Christ, c’est parce que des savants religieux, trois évêques et le pape de l’époque avaient les premiers dénoncé cette supercherie et interdit l’ostension de la pièce, sauf à dire qu’il s’agissait d’une reproduction et d’une peinture, ce que la science d’aujourd’hui confirme ! Il n’y avait pas de blasphème dans ce que je disais, puisque je prenais comme référence une bulle papale. Cette émission s’inscrivait dans un cycle et devait être multirediffusée dans la semaine. Mais le lendemain j’appris que cette émission ne passerait qu’une seule fois, qu’elle serait déprogrammée les fois suivantes et que la simple mention de mon passage avait disparu des grilles du programme sur le net. Amusant…

Je me suis bien sûr intéressé à d’autres reliques chrétiennes, comme le sang de saint Janvier, à Naples, ou comme la sainte Croix, retrouvée au IVe siècle. Il y en a de très distrayantes, comme le cordon ombilical de Jésus, son prépuce, etc. À Notre-Dame, on peut voir, quelques jours dans l’année, la couronne sans épines de Jésus. D’autres sont plus politiques : c’est sur le corps de saint Marc que c’est élevé Venise, par exemple. L’intérêt des chrétiens pour les restes de leurs grands hommes, et surtout du plus grand d’entre eux, Jésus, s’explique selon moi par le phénomène de l’Incarnation : pour un catho, Dieu s’est fait homme. Le sang de Jésus que tu pourrais trouver sur le saint suaire de Turin, ne serait pas seulement le sang d’un homme lambda, voire d’un Prophète, mais aussi celui de Dieu ! Ceci dit, c’est comme dans le monde des antiquités : 80% des objets y sont faux. Quant à moi, j’avoue être plus intéressé par le vrai, l’authentique. Mon ami l’historien Philippe Delorme, de la revue « Point de vue », a eu de la chance et a ainsi retrouvé le vrai coeur du petit roi Louis XVII, qui, grâce à lui, repose à présent avec les restes de ses parents dans la basilique Saint-Denis. Plus difficile, le cas de la tête d’Henri IV : sur cette affaire, les historiens ne sont pas d’accord avec les scientifiques…

R.G : Justement, la suite est sur Louis XVII. Tu as répondu apportant une résolution finale, à la question des circonstances de la mort de Louis XVII(le fils de Louis XVI). Pendant des décennies, la rumeur courrait qu’il avait survécu et avait été fait évadé par des royalistes. Certains charlatans avaient même usurpé l’identité du jeune prince afin de pouvoir en tirer des bénéfices. Tu veux bien en quelques lignes nous expliquer comment as tu procédé pour mettre un point final à cette affaire.

P.E.B. : J’ai travaillé avec les matériaux classiques mis à ma disposition : les archives de l’époque, pour me garantir les dates et l’authenticité de certains documents, et l’étude critique des livres des différents prétendants, qui se disaient tous « Louis XVII », ainsi que de la documentation mise à ma disposition par leurs « supporters ». C’était un travail énorme. Au minimum 5 ans d’enquête à ne faire que ça. Le plus coriace était le dénommé Naundorff, car il avait presque réponse à tout. Et surtout d’anciens de la Cour de Louis XVI le reconnaissaient… À quoi, tout de même, je me disais : comment peut-on « reconnaître » un gamin qu’on n’a pas vu depuis 30 ans ?

Comment en être sûr à 100% comme ils le clamaient tous ? Et pourquoi Naundorff ne répondait-il juste qu’aux questions auxquelles la presse ou les mémoires des serviteurs de la Cour avaient déjà répondu à sa place… Et pourquoi se contredit-il gravement dans ses Mémoires ? Et pourquoi ceux qui le reconnaissent disent-il aussi qu’il ressemble… à Napoléon ? Il serait de sang Bourbon, mais non un napoléonide ! Qui sont ces gens étranges qui le suivent…. ? Bref, il a fallu faire un travail de police : mettre les témoignages les uns en face des autres et observer ce qu’il se passe. Au bilan, j’ai découvert qu’il était un imposteur comme les autres, et en un sens pire que les autres, car doté d’un tel culot qu’il avait presque réussi à convaincre des princes. Quelques années après la publication de mon livre, un examen scientifique a démontré que j’avais raison. Je n’en suis pas mécontent. Pas seulement d’avoir eu raison. Mais d’avoir démontré qu’au siècle de l’atome, l’histoire « pure » peut encore devancer la science « dure » !

R.G. : Il y a la dernière question historique que je comptais évoquer avec toi. Celle justement de certains événements qui se sont déroulés il y a plus d’un demi siècle. Ces évènements ont été depuis sacralisés, cristallisés, consignés à l’encre rouge dans les manuels d’Histoire. A un tel point que ces derniers se sont spécialisés à ce sujet. Des gens remettent ouvertement en cause ces « faits ». Ils sont alors plus poursuivis que des criminels quand ils ne sont pas enfermés injustement. Quelque chose ne tourne assurément pas rond dans cette affaire. Y a t il selon toi un travail de recherche sérieux de la part des historiens sur ces faits? Ou bien la « Mémoire » y a définitivement remplacée la réalité des faits? Les arguments des personnes remettant en cause ces évènements ne semblent pas si incohérents après tout. De même que la première personne à remettre en cause ces évènements était pourtant aux premières loges de ceux çi(si je puis me permettre l’expression).

P.E.B. : Si tu parles de « la destruction des juifs d’Europe », selon l’expression du regretté Raul Hilberg, expert en la matière, il est évident que, si Dieu est mort comme disait Nietzsche, nous vivons à l’époque de la religion de la Shoah, puisque toute critique de l’histoire officielle sur ce point est considérée comme une hérésie et se voit très sévèrement punie, alors qu’il ne s’agit que d’histoire, je le rappelle ! Personne n’interdit de dire que le suaire de Turin est vrai ou faux… Nul n’a songé à faire une loi sur le cas Louis XVII : on peut encore aujourd’hui, écrire des livres affirmant le contraire de ce que la science et l’histoire ont démontré, et heureusement. Mais dans le cas précis que tu soulèves, c’est interdit, il existe la loi Gayssot, votée en 1990. On nous dit : c’est une loi destinée à lutter contre l’antisémitisme. Mais une telle loi existait déjà avant la loi Gayssot, et elle avait déjà permis de condamner des révisionnistes ! Donc, pourquoi une nouvelle loi, mais cette fois de nature historique? Ce n’est pas aux députés ni aux juges de faire l’histoire, pourtant, chacun le sait ! Ayant quelque peu étudié le problème, je puis te dire ceci : la loi Gayssot a été conçue pour brider les magistrats.

Pourquoi ? Parce que Pierre Vidal-Naquet, Georges Wellers, le Grand Rabbin Sirat et d’autres ne voulaient pas voir se renouveler l’hommage rendu par la première chambre de la cour d’appel de Paris, section A (président Grégoire), à Robert Faurisson pour la qualité de ses recherches sur le « problème des chambres à gaz ». Le 26 avril 1983, ladite cour avait prononcé 1° qu’il n’y avait dans les recherches de ce professeur aucune trace de légèreté, de négligence, d’ignorance délibérée, de mensonge ; 2° qu’en conséquence tout le monde (les experts, les historiens, le public) devait se voir reconnaître le droit d’exprimer librement son opinion sur « le problème des chambres à gaz ». Vidal-Naquet et Wellers ont, à l’époque, rendu publique leur déception devant cette décision judiciaire. Le premier a notamment écrit :  » La répression judiciaire est une arme dangereuse et qui peut se retourner contre ceux qui la manient. Le procès intenté en 1978 à Faurisson par diverses associations antiracistes a abouti à un arrêt de la cour d’appel de Paris en date du 26 Avril 1983, qui a reconnu le sérieux du travail de Faurisson, ce qui est un comble, et ne l’a, en somme, condamné que pour avoir agi avec malveillance en résumant ses thèses en slogans » (Les Assassins de la Mémoire, La Découverte, 1987, p. 182). De son côté, le second a notamment écrit : « En appel, la cour a reconnu qu’il [Faurisson] s’était bien documenté. Ce qui est faux. C’est étonnant que la cour ait marché » (Le Droit de vivre, juin-juillet 1987, p. 13). Je ne te fais pas un dessin !

Rania Saoudi et Rachid Guedjal pour Algerienetwork

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