Le vote par l’assemblée nationale de la loi sur les hydrocarbures, marquant son acceptation de l’exploitation du gaz de schiste, s’est fait loin des espaces citoyens. Pourtant la question connaît une levée de bouclier planétaire, pourtant la première compagnie intéressée par le filon, Total, est interdite d’opérer dans son propre pays, sauf si elle et les autres compagnies pétrolières produisent un jour des moyens et des méthodes qui ne portent pas de préjudice au pays et aux populations.
Un journaliste du magazine le Point, a pu écrire en décembre 2012 « les Algériens, eux, ne risquent pas de râler ». Il faut entendre, par là, qu’il y avait à la fois un pied de nez fait aux écologistes français et la certitude d’avoir affaire avec un peuple peu au fait de son environnement naturel. C’est ce qui semblait être le cas, puisque l’agitation était confinée à un cercle restreint de scientifiques, d’intellectuels et de journalistes. L’affaire semblait pliée, rien ne s’opposerait aux appétits voraces des multinationales et à la politique d’alignement, adoptée par l’Algérie sur le néolibéralisme qui la presse. Puis ce fut un silence relatif de deux années.
Brutalement, le prix du baril s’effondre. L’on pouvait s’attendre à ce qu’il y ait une prise de conscience salutaire, qu’il fallait réexaminer le cours suicidaire qui a fait dépendre, plus que jamais, l’économie nationale du sous-sol. Le temps étant venu de conclure qu’il n’y avait rien à attendre d’une libéralisation dont on récolte les dividendes, sous forme de délabrement de notre tissu industriel, de délitement de la valeur travail au profit de l’affairisme et, par-dessus tout, de fragilité extrême en termes de sécurité alimentaire. Sans préjudice des retombées sur l’emploi, quand les demandeurs se feront légions, après que la rente qui irrigue les réseaux informels se sera tarie.
Alors, il faudra faire avec ces millions de jeunes nourris aux petits trafics et habitués, de surcroît, au gain facile et fortement rémunérés. Ce serait donc, naturellement, une remise à plat de cette stratégie de « réformes » qui n’en finissent pas, que l’on devrait constater. Il n’en est rien. Bien au contraire. La fuite en avant ou la persévérance, selon le point de vue où l’on se situe, est à l’œuvre. Le gaz de schiste ressurgit, avec une actualité brûlante. La Sonatrach va injecter « 70 milliards de dollars sur 20 ans pour produire 20 mds de m3 de gaz de schiste par an ». Il y aurait 20.000 milliards de m3 à récupérer. De quoi donner le vertige et conjurer la « fin du pétrole ». Le puits expérimental de In Salah permet tous les espoirs.
Mais, un bémol, les Algériens se sont mis à « râler ». Contre toute attente, ils manifestent leur opposition à ce que toutes les expériences mondiales prouvent la nocivité pour la nature et pour les hommes. Ils ne sont pas très nombreux, quelques centaines qui font du bruit et alertent des villes dans l’extrême sud. On ne sait combien ils vont être, sauf qu’ils constituent une dynamique dont il faut tenir compte, qui pourraient poser les termes d’un débat global, celui-là qui n’a pas eu lieu, il y a deux ans, enrichi des considérants sur l’opportunité de laisser la richesse du sous-sol nourrir la spéculation au lieu d’impulser un développement économique et social, que seul un programme public planifié peut avoir des chances de réussir.
Ahmed Halfaoui