{"id":558,"date":"2012-09-08T13:12:16","date_gmt":"2012-09-08T13:12:16","guid":{"rendered":"http:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/?p=558"},"modified":"2025-12-09T18:53:03","modified_gmt":"2025-12-09T18:53:03","slug":"2-lalgerie-de-boumedienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/2-lalgerie-de-boumedienne\/","title":{"rendered":"2. L\u2019Alg\u00e9rie de Boumedienne"},"content":{"rendered":"<p><strong><br \/>\nAmmar Koroghli<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le violent r\u00e9quisitoire \u00e9tabli \u00e0 l\u2019\u00e9gard du r\u00e9gime de Ben Bella (non exempt d\u2019erreurs, il est vrai) perd au moins partiellement de sa signification au regard m\u00eame des griefs oppos\u00e9s \u00e0 celui-ci. De fait, d\u2019aucuns pensent que la pratique politique suivie par le conseil de la r\u00e9volution, con\u00e7u comme structure gouvernante, fut davantage la repr\u00e9sentation des int\u00e9r\u00eats d\u2019une caste que l\u2019expression de l\u2019int\u00e9r\u00eat national. Ainsi, apr\u00e8s avoir rompu le cours de la l\u00e9gitimit\u00e9 constitutionnelle \u00e9tablie, de fa\u00e7on relative il est vrai, par la Constitution de 1963, ce conseil proc\u00e9da \u00e0 l\u2019institutionnalisation d\u2019un pouvoir central o\u00f9 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du chef se fit sentir d\u2019une mani\u00e8re pesante. Il fut en effet de fait pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du FLN, ministre de la D\u00e9fense nationale et l\u00e9gislateur par voie d\u2019ordonnances. Taill\u00e9 \u00e0 la mesure d\u2019un homme, ce r\u00e9gime s\u2019analyse comme l\u2019expression de la personnalisation du pouvoir, violemment prise \u00e0 partie par la proclamation du 19 juin 1965.<\/p>\n<p>Depuis cette date, cette pratique politique fut m\u00eame constitutionnalis\u00e9e par le texte fondamental de 1976. Une Constitution de la m\u00eame date fut pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par un discours de Houari Boumediene, principal animateur du conseil de la r\u00e9volution o\u00f9 il fut annonc\u00e9 la mise en place d\u2019institutions de l\u2019Etat, de l\u2019\u00e9lection d\u2019un pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et d\u2019une Assembl\u00e9e nationale et de la pr\u00e9paration d\u2019un congr\u00e8s du FLN. Avant son adoption d\u00e9finitive, un avant projet de charte nationale a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 par les m\u00e9dias et sous forme de brochure publi\u00e9e en langue arabe et fran\u00e7aise. Le pouvoir de l\u2019\u00e9poque ne tint nullement compte du taux d\u2019analphab\u00e9tisme encore relativement \u00e9lev\u00e9 pour un texte aussi ardu. Cette op\u00e9ration donna lieu \u00e0 quelques amendements, le texte final \u00e9tant l\u2019oeuvre de MM. Abdesselam, Malek, feu Lacheraf et feu Benyahia, tous ministres alors. Aucun \u00e9l\u00e9ment n\u2019a \u00e9t\u00e9 fourni quant au fonctionnement, aux r\u00e9unions, aux m\u00e9thodes de travail, \u00e0 la proc\u00e9dure et \u00e0 la s\u00e9lection des membres de la commission charg\u00e9e de la r\u00e9daction du texte de r\u00e9f\u00e9rence cens\u00e9 devenir la pierre d\u2019angle de la pens\u00e9e politique alg\u00e9rienne. Suite aux d\u00e9bats instaur\u00e9s, cette charte fut adopt\u00e9e par r\u00e9f\u00e9rendum.<\/p>\n<p>Le socialisme comme \u201ctechnique de modernisation\u201d, l\u2019Islam comme \u00ab source de personnalit\u00e9 alg\u00e9rienne \u00bb et le d\u00e9veloppement comme instrument de la \u201cv\u00e9ritable libert\u00e9 d\u2019un peuple\u201d, telles furent les id\u00e9es de base de la charte nationale propos\u00e9e par le r\u00e9gime du 19 juin 1965. Cet \u00e9clectisme annon\u00e7ait sans doute le d\u00e9chirement que conna\u00eet l\u2019Alg\u00e9rie depuis plusieurs ann\u00e9es dans la mesure o\u00f9 il r\u00e9v\u00e9lait les tendances fortes au sein du r\u00e9gime. La charte se voulait un bilan d\u2019un r\u00e9gime qui a tent\u00e9 de justifier le choix de ses d\u00e9cisions politiques et \u00e9conomiques. De toute \u00e9vidence, elle ne pouvait que transcrire les options du pouvoir. Ainsi, la moiti\u00e9 de ce texte a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 la politique de d\u00e9veloppement ax\u00e9e sur l\u2019industrialisation.<\/p>\n<p>Force est de constater que le r\u00e9gime, ayant succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 celui du conseil de la r\u00e9volution, a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il a qualifi\u00e9 alors d\u2019\u201cenrichissement de la charte nationale\u201d en 1985 ; ce, pour une remise en cause d\u2019une partie de la politique men\u00e9e par le conseil de la r\u00e9volution; en r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agissait de mettre les pendules \u00e0 l\u2019heure du secteur priv\u00e9 dont il se fit l\u2019alli\u00e9 objectif. En tout \u00e9tat de cause, des \u201cr\u00e9unions-d\u00e9bats\u201d eurent lieu \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du territoire national. A cet effet, des commissions charg\u00e9es de l\u2019animation et du suivi de ces r\u00e9unions ont \u00e9t\u00e9 institu\u00e9es au niveau des communes et des wilayas. A l\u2019instar de la commission nationale dont la mission a \u00e9t\u00e9 la \u201csupervision et le suivi de l\u2019enrichissement de la charte nationale\u201d; \u00e0 noter que les commissions locales ont mis sur pied des groupes de travail, non sans opacit\u00e9.<\/p>\n<p>Quatre axes ont constitu\u00e9 cette op\u00e9ration d\u2019 \u00ab enrichissement \u00bb : institutions nationales, d\u00e9veloppement global, information et animation. Ces axes de r\u00e9flexion furent confi\u00e9s \u00e0 des groupes de travail. Le premier fut pr\u00e9sid\u00e9 par Kasdi Merbah, alors membre suppl\u00e9ant du bureau politique du FLN et ministre de l\u2019agriculture et de la p\u00eache (ancien patron de la police politique alg\u00e9rienne, la SM) ; le second le fut par Taleb Ibrahimi, membre du BP du FLN et ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res ; le troisi\u00e8me l\u2019a \u00e9t\u00e9 par Abdelhamid Brahimi, \u00e9galement membre suppl\u00e9ant du BP du FLN et Premier ministre et le quatri\u00e8me fut dirig\u00e9 par Bachir Rouis, membre suppl\u00e9ant du BP du FLN et ministre de l\u2019information. Les entreprises et unit\u00e9s de production ont \u00e9t\u00e9 les lieux du d\u00e9roulement des d\u00e9bats. Selon la presse de l\u2019\u00e9poque, les questions li\u00e9es au d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social ont suscit\u00e9 l\u2019essentiel des interventions, sur la base d\u2019un document octroy\u00e9 par le sommet. Aussi, n\u2019y a t-il pas mati\u00e8re \u00e0 \u00e9tonnement \u00e0 constater que la \u201ccontribution\u201d des citoyens n\u2019a pu se d\u00e9marquer que fort peu du discours officiel et des analyses propos\u00e9es par le texte soumis \u00e0 discussion.<\/p>\n<p>Par ailleurs, il est loisible de relever les effets nuisibles de la strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement entam\u00e9e depuis 1967 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie du pays, \u00e0 savoir : endettement excessif entra\u00eenant une d\u00e9pendance financi\u00e8re certaine (sans effort notable de d\u00e9veloppement de relations \u00e9conomiques avec les pays du Sud, en g\u00e9n\u00e9ral, et du Maghreb, en particulier), tensions sociales \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur (gr\u00e8ves des ouvriers et des \u00e9tudiants), \u00e9conomie gripp\u00e9e (l\u2019agriculture n\u2019ayant pas eu les faveurs du r\u00e9gime et l\u2019industrie n\u2019ayant pas subi les effets d\u2019entra\u00eenement escompt\u00e9s, selon la fameuse th\u00e9orie des \u00ab industries industrialisantes \u00bb) , marasme culturel et interrogations sur l\u2019histoire et l\u2019identit\u00e9 nationale \u00e9vacu\u00e9es sine die en permanence.<\/p>\n<p>De la \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00bb au pr\u00e9sidentialisme<\/p>\n<p>Au demeurant, \u00e0 observer le r\u00e9gime politique de 1965 \u00e0 1978, en tant que complexe d\u2019institutions ayant secr\u00e9t\u00e9 un capitalisme d\u2019Etat p\u00e9riph\u00e9rique dirig\u00e9 par une techno-bureaucratie civile et militaire, on constate l\u2019emprise constitutionnelle du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui est\u00a0 titulaire d\u2019impressionnants pouvoirs. La constitutionnalisation de ce r\u00e9gime ne modifia nullement les donn\u00e9es qui r\u00e9girent le pays depuis l\u2019av\u00e8nement au pouvoir du conseil de la r\u00e9volution. Son ascendant s\u2019\u00e9tendait au del\u00e0 de l\u2019appareil du parti, de l\u2019assembl\u00e9e et du gouvernement puisque les assembl\u00e9es locales, tant au niveau des communes que des wilayas, ne pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es que comme des appendices du r\u00e9gime alors en place, beaucoup plus que comme des acteurs politiques b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une autonomie suffisante vis-\u00e0-vis du pouvoir central qui leur confisqua jusqu\u2019\u00e0 leurs attributions \u00e9conomiques pourtant reconnues par les textes (codes de la commune et de la wilaya).<\/p>\n<p>Au total, l\u2019\u00ab Etat s\u00e9rieux et r\u00e9gi par une morale \u00bb, promis par la proclamation du 19 juin 1965, est malheureusement loin d\u2019\u00eatre \u00e9difi\u00e9. Consid\u00e9r\u00e9 comme une sorte de \u201cd\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence\u201d du r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel, le pr\u00e9sidentialisme se retrouve dans la plupart des pays dits du tiers-monde. Diff\u00e9rent d\u2019un continent \u00e0 un autre, selon divers facteurs tenant \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie, les mentalit\u00e9s des gouvernants, la structure des partis et les m\u00e9canismes du pouvoir, il est caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019alt\u00e9ration de la fonction pr\u00e9sidentielle dont la pr\u00e9pond\u00e9rance consacr\u00e9e par les Constitutions d\u00e9bouche souvent sur l\u2019autoritarisme (sinon sur la dictature) d\u2019un homme ou d\u2019un groupe qui repr\u00e9sente les int\u00e9r\u00eats d\u2019une couche sociale, voire d\u2019un clan. Dans cette perspective, on peut dire que le pr\u00e9sidentialisme constitue une nouvelle donne politique que le constitutionnalisme classique ne peut appr\u00e9hender du fait de l\u2019occultation des r\u00e9alit\u00e9s socio-\u00e9conomiques dans ses analyses.<\/p>\n<p>La pratique politique et constitutionnelle entam\u00e9e depuis le coup d\u2019Etat du 19 juin 1965 jusqu\u2019\u00e0 la promulgation de la Constitution de 1976 montre qu\u2019en Alg\u00e9rie, le pouvoir r\u00e9el est d\u00e9tenu par la direction de l\u2019arm\u00e9e repr\u00e9sent\u00e9e par le Conseil de la r\u00e9volution qui a \u00e9t\u00e9, en apparence, une sorte de chef d\u2019Etat coll\u00e9gial. Dominant les autres institutions -au demeurant, laiss\u00e9es en friche-, ce conseil a \u00e9t\u00e9 le ma\u00eetre-d\u2019\u0153uvre des d\u00e9cisions politiques et \u00e9conomiques les plus importantes et des orientations d\u2019envergure ; ce, sous l\u2019impulsion de Houari Boumediene. Cette d\u00e9marche politique qualifi\u00e9e de pragmatique et de \u00ab voie sp\u00e9cifique \u00bb s\u2019est sold\u00e9e par la constitutionnalisation de la supr\u00e9matie du conseil de la r\u00e9volution qui a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9positaire d\u2019un pouvoir quasi-absolu. Dans la Loi fondamentale de 1976, le constituant alg\u00e9rien a am\u00e9nag\u00e9 de larges pr\u00e9rogatives au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. En effet, disposant en p\u00e9riode normale de la fonction ex\u00e9cutive et l\u2019initiative en mati\u00e8re l\u00e9gislative (\u00e0 ce jour, le pouvoir alg\u00e9rien l\u00e9gif\u00e8re par voie d\u2019ordonnances) et, en cas de crise de pouvoirs exorbitants, il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une autorit\u00e9 sans contrepoids effectif, ni contr\u00f4le.<\/p>\n<p>En sa qualit\u00e9 de chef des forces arm\u00e9es, et \u00e9tant \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Etat et m\u00eame du Parti, pouvait-il \u00eatre int\u00e9ress\u00e9 par le contr\u00f4le institu\u00e9 par la nouvelle Loi ? Ce contr\u00f4le se r\u00e9v\u00e8le, en fait, comme une pure hypoth\u00e8se d\u2019\u00e9cole. Cette observation vaut pour les pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique alg\u00e9rienne, au regard de leurs attributions constitutionnelles, sauf \u00e0 indiquer que les successeurs de Boumediene n\u2019\u00e9taient plus seuls ma\u00eetres du jeu politique d\u00e8s lors m\u00eame qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 choisis par leurs pairs (direction de l\u2019Arm\u00e9e) avant de se voir symboliquement charg\u00e9s de la destin\u00e9e du pays par le corps \u00e9lectoral en mal d\u2019\u00e9lections \u00ab propres et honn\u00eates \u00bb ; ce, d\u2019autant plus que nul d\u2019entre eux ne songea s\u00e9rieusement \u00e0 extirper les germes du pouvoir personnel. En effet, la participation des citoyens au pouvoir fut des plus r\u00e9duites, tant les assembl\u00e9es locales comme l\u2019Assembl\u00e9e nationale furent li\u00e9es au r\u00e9gime en place depuis 1965.<\/p>\n<p>\u00ab Socialisme sp\u00e9cifique \u00bb et mal d\u00e9veloppement<\/p>\n<p>Marqu\u00e9 par un \u00e9conomisme technocratique, le projet de d\u00e9veloppement bas\u00e9 sur la th\u00e9orie des industries industrialisantes et celle de l\u2019introversion appara\u00eet, \u00e0 posteriori, comme une id\u00e9ologie caract\u00e9ris\u00e9e par la mise en place de la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019Etat comme moyen d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une \u201ctransition au socialisme\u201d. Pour le r\u00e9gime issu du 19 juin 1965, l\u2019Etat se r\u00e9v\u00e9la la seule force politique capable de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes qui se posent : industrialiser le pays et garantir l\u2019ind\u00e9pendance nationale. Or, sans doute que la doctrine alg\u00e9rienne, en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement, s\u2019inspira de travaux d\u2019\u00e9conomistes pr\u00e9conisant les \u00ab industries industrialisantes \u00bb qui \u00e9taient cens\u00e9es avoir pour effet d\u2019entra\u00eener dans leur environnement localis\u00e9 et dat\u00e9 un \u201cnoircissement syst\u00e9matique ou une modification structurelle de la matrice interindustrielle\u201d et des transformations des fonctions de la production gr\u00e2ce \u00e0 la mise \u00e0 la disposition de l\u2019enti\u00e8re \u00e9conomie \u201cd\u2019ensembles nouveaux de machines qui accroissent la productivit\u00e9 de l\u2019un des facteurs et la productivit\u00e9 globale\u201d.<\/p>\n<p>Comme n\u2019ont pas manqu\u00e9 de le remarquer certains observateurs, ce mod\u00e8le de d\u00e9veloppement n\u2019int\u00e9grait pas explicitement l\u2019\u00e9tat initial des forces productives. D\u2019autre part, des questions essentielles restaient inexprim\u00e9es : qui \u00e9tait susceptible de mener \u00e0 son terme la transition vers le \u201csocialisme sp\u00e9cifique\u201d ? Avec quels moyens ? Avec quelle marge de man\u0153uvre laiss\u00e9e tant par le pouvoir en place lui-m\u00eame que par le capitalisme mondial (encore que, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, celui-ci \u00e9tait quelque peu contrebalanc\u00e9 par le syst\u00e8me des pays de l\u2019Est) ? Cette probl\u00e9matique a \u00e9t\u00e9 \u00e9lud\u00e9e par la croyance quasi-magique envers le technocratisme et le bureaucratisme avec son pendant : la techno-bureaucratie. Or, l\u2019une des particularit\u00e9s du d\u00e9veloppement du secteur d\u2019Etat est que la perte du financement ext\u00e9rieur tendait \u00e0 devenir pr\u00e9pond\u00e9rante, d\u2019o\u00f9 le probl\u00e8me de la dette dont on sait qu\u2019elle est devenue la priorit\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre, sous peine de condamner irr\u00e9m\u00e9diablement l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne et d\u2019hypoth\u00e9quer lourdement l\u2019avenir du pays et des g\u00e9n\u00e9rations montantes.<\/p>\n<p>En effet, la plus grande partie des projets \u00e0 caract\u00e8re industriel conclu entre 1970 et 1979 furent des projets qui se concr\u00e9tis\u00e8rent en \u00e9troite collaboration avec le march\u00e9 financier international et les soci\u00e9t\u00e9s multinationales; ce qui expliquerait sans doute que le secteur \u00e9conomique d\u2019Etat n\u2019ait pu supprimer, comme il le souhaitait, le caract\u00e8re capitaliste des rapports de production. De fait, entre le choix politico-id\u00e9ologique et sa r\u00e9alisation, il existe toute la distance qui s\u00e9pare le discours de l\u2019action tant les enjeux \u00e9taient importants et les int\u00e9r\u00eats \u00e9normes, d\u2019autant plus qu\u2019il y avait une confusion fr\u00e9quente entre formes juridiques de propri\u00e9t\u00e9 et rapports de production. Et du fait de l\u2019autonomie qui leur \u00e9tait conc\u00e9d\u00e9e, il y a eu consolidation de la bourgeoisie sp\u00e9culative, en collusion avec les divers groupes se trouvant \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Etat en construction, \u00e0 travers le pouvoir central mis en place par le Conseil de la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>L\u2019ach\u00e8vement de la transition vers un capitalisme d\u2019Etat p\u00e9riph\u00e9rique en Alg\u00e9rie devint plus probante, d\u2019autant plus que la cr\u00e9ation de ces soci\u00e9t\u00e9s nationales constitua l\u2019acte de naissance de ce que d\u2019aucuns ont d\u00e9sign\u00e9 sous le vocable de \u201cbourgeoisie d\u2019Etat\u201d qui, pour se justifier au plan id\u00e9ologique, se gargarisa de \u201csocialisme sp\u00e9cifique\u201d et pour leurrer l\u2019opinion publique interne. En tout \u00e9tat de cause, rien qu\u2019\u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer aux textes \u00e0 caract\u00e8re officiel (les diff\u00e9rentes r\u00e9solutions des sessions du comit\u00e9 central du FLN et de la pratique politique et \u00e9conomique), on ne peut manquer d\u2019observer que le r\u00e9gime inaugur\u00e9 par Chadli Bendjedid accentua cette tendance avec un nouveau discours centr\u00e9 sur un lib\u00e9ralisme d\u00e9brid\u00e9. En effet, depuis 1979, le FLN avait tenu plusieurs assises -sessions du comit\u00e9 central et congr\u00e8s- en vue de proc\u00e9der \u00e0 la nouvelle orientation politique de l\u2019Alg\u00e9rie, les r\u00e9solutions et les orientations relatives au d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social faisant \u00e9tat des carences de la politique \u00e9conomique conduite par le r\u00e9gime de Boumedi\u00e8ne.<\/p>\n<p>Succession de Boumediene et rupture avec le \u00ab socialisme sp\u00e9cifique \u00bb<\/p>\n<p>Les circonstances de cooptation de Chadli Bendjedid demeurent floues comme celles de son d\u00e9part du pouvoir ; il a \u00e9t\u00e9 sans doute adoub\u00e9 par les membres les plus influents de la direction de l\u2019Arm\u00e9e (dont Kasdi Merbah) face \u00e0 d\u2019autres pr\u00e9tendants : Yahiaoui pr\u00e9sent\u00e9 alors comme le continuateur de la politique de Boumediene et Bouteflika annonc\u00e9 comme\u00a0 un promoteur d\u2019une politique lib\u00e9rale. Toujours est-il que de l\u2019attitude politique du successeur de Boumediene, il y a lieu de retenir la rupture d\u2019avec le \u201csocialisme sp\u00e9cifique\u201d; celui-ci ne manqua pas d\u2019ailleurs de s\u2019affubler d\u2019un certain lib\u00e9ralisme avec la promulgation d\u2019un nouveau code des investissements donnant la part belle au secteur priv\u00e9 au motif qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 brim\u00e9 par l\u2019ancien r\u00e9gime, alors m\u00eame qu\u2019il n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019utiliser le secteur d\u2019Etat en la personne de ses repr\u00e9sentants pour grossir ses profits. En r\u00e9alit\u00e9, pour l\u2019essentiel, il s\u2019agissait d\u2019organiser l\u2019\u00e9conomie en perdition autour de ces deux secteurs. Ainsi, la doctrine \u00e9conomique des industries industrialisantes \u00e9tait mise au rancart. Au gigantisme industriel, on pr\u00e9f\u00e9ra la \u201crestructuration\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire le morcellement des grandes entreprises d\u2019Etat, type soci\u00e9t\u00e9 nationale. Au slogan\u00a0 \u201cpour une vie meilleure\u201d, le \u201ccompter sur soi\u201d est devenu le leitmotiv du pouvoir, d\u00e9sempar\u00e9 face \u00e0 la chute des cours des hydrocarbures. Le projet de d\u00e9veloppement initi\u00e9 par Boumediene fut mis \u00e0 l\u2019agonie.<\/p>\n<p>Mais, pouvait-il en \u00eatre autrement d\u00e8s lors qu\u2019on a pu observer la concentration des pouvoirs au seul b\u00e9n\u00e9fice du\u00a0 pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, ministre de la D\u00e9fense nationale et chef du Parti ? Ce cumul continua d\u2019\u00eatre flagrant. Faut-il rappeler, pour m\u00e9moire, la r\u00e9solution organique ayant renforc\u00e9 les pouvoirs de Bendjedid qui fut charg\u00e9 de la r\u00e9organisation des instances dirigeantes du parti, d\u2019autant qu\u2019en vertu du fameux article 120 des statuts dudit parti, il s\u2019arrogea le monopole de la vie politique ?<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime alg\u00e9rien, qui a eu \u00e0 synchroniser l\u2019\u00e9lection du pr\u00e9sident avec celle des membres du Parlement, accepta que ce dernier puisse jouer un r\u00f4le dans le renouvellement des \u00e9lites politiques, \u00e0 travers un \u00e9change des emplois publics entre d\u00e9put\u00e9s et ministres. Ainsi, le pr\u00e9sidentialisme alg\u00e9rien, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u2019essence militaire, choisit de se \u00ab civiliser \u00bb par la mise en place d\u2019un bureau politique du FLN aux lieu et place du Conseil de la r\u00e9volution, charg\u00e9 en principe de la direction des affaires du pays. Certes, la succession \u00e0 la pr\u00e9sidence a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e par un congr\u00e8s du FLN, mais la confusion des pouvoirs continua d\u2019avoir la part belle jusqu\u2019\u00e0 la tentative de soul\u00e8vement social \u00e0 l\u2019endroit du politique, un certain octobre 88 (relay\u00e9 par les \u00e9meutes de janvier 2011 ?).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Boumedi\u00e8ne, l\u2019int\u00e9rim fut assur\u00e9 de fait par le conseil de la r\u00e9volution. Officiellement, en conformit\u00e9 avec la constitution de 1976, le pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale de l\u2019\u00e9poque, feu Rabah Bitat, fut formellement chef d\u2019Etat pour une dur\u00e9e de quarante cinq jours, en vue de pr\u00e9parer l\u2019\u00e9lection du futur pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au suffrage universel. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, en la personne de Chadli Bendjedid, ancien chef de r\u00e9gion militaire, comme candidat unique, l\u2019heure fut \u00e0 l\u2019autocritique et \u00e0 la r\u00e9flexion\u00a0 pour la consolidation de l\u2019\u00e9difice constitutionnel et \u201cla mise au net d\u2019un bilan sans complaisance\u201d. L\u2019\u00e9lection d\u2019un Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du FLN et la mise en place d\u2019un Bureau politique, d\u2019un Comit\u00e9 central et de Commissions permanentes, les amendements de certaines dispositions constitutionnelles (la r\u00e9duction du mandat pr\u00e9sidentiel, la nomination d\u2019un Premier ministre et le r\u00e8glement du cas d\u2019emp\u00eachement du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique) n\u2019ont pu camoufler la pratique politique suivie depuis. De m\u00eame, le renouvellement des assembl\u00e9es locales -communes et wilayas- ne pouvaient faire illusion, ne fut-ce qu\u2019au regard de la proc\u00e9dure et des crit\u00e8res utilis\u00e9s pour la d\u00e9signation des candidats.<\/p>\n<p>Sur un autre plan, la presse d\u2019alors tenta d\u2019accr\u00e9diter l\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019appareil de production \u00e9tait \u00e0 l\u2019heure de l\u2019inventaire, au plan de la gestion financi\u00e8re notamment. En fait, les pleins pouvoirs -valant dispositions constitutionnelles instituant les circonstances exceptionnelles- ont \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9s au nouveau pr\u00e9sident par une r\u00e9solution organique du FLN en mai 1981. L\u2019objectif d\u00e9clar\u00e9 d\u2019une telle op\u00e9ration \u00e9tait de mettre sur pied une nouvelle politique \u00e9conomique, au vu du constat de l\u2019\u00e9chec de la strat\u00e9gie d\u00e9veloppementiste entam\u00e9e depuis 1967 ayant abouti \u00e0 un mal d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>La triple d\u00e9pendance technologique, alimentaire et culturelle plane toujours sur la t\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie comme une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s aiguis\u00e9e dans le brasier des contradictions socio-\u00e9conomiques sans dote \u00e0 l\u2019origine des \u00e9meutes devenues cycliques ; ce, avec des retomb\u00e9es draconiennes pour les citoyens sous repr\u00e9sent\u00e9s au niveau des institutions politiques (Assembl\u00e9e nationale et assembl\u00e9es locales) et des structures \u00e9conomiques sous contr\u00f4le permanent du pouvoir alors que les paysans, les travailleurs, les employ\u00e9s et les instituteurs \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s par les textes -charte nationale et constitution- comme les b\u00e9n\u00e9ficiaires et du \u201csocialisme sp\u00e9cifique\u201d et des \u201cnouvelles orientations\u201d.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n<p>Ammar KOROGHLI<\/p>\n<p>* Avocat-auteur Alg\u00e9rien (notamment de : \u00ab Institutions politiques et d\u00e9veloppement en Alg\u00e9rie \u00bb)<\/p>\n<p><strong>Ammar Koroghli Algerienetwork<\/strong><\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=oGva_e2GEHY&#038;list=RDOnWYBVceYmw&#038;index=16<\/p>\n<p><strong><strong>\u00a0<\/strong><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ammar Koroghli Le violent r\u00e9quisitoire \u00e9tabli \u00e0 l\u2019\u00e9gard du r\u00e9gime de Ben Bella (non exempt d\u2019erreurs, il est vrai) perd au moins partiellement de sa signification au regard m\u00eame des griefs oppos\u00e9s \u00e0 celui-ci. 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