{"id":571,"date":"2012-09-08T13:22:04","date_gmt":"2012-09-08T13:22:04","guid":{"rendered":"http:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/?p=571"},"modified":"2025-12-09T18:54:38","modified_gmt":"2025-12-09T18:54:38","slug":"6-lalgerie-de-zeroual","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/6-lalgerie-de-zeroual\/","title":{"rendered":"6. L&rsquo;Alg\u00e9rie de Zeroual"},"content":{"rendered":"<p><strong><strong><strong><br \/>\nAmmar Koroghli <\/strong><\/strong><\/strong>*<br \/>\nLiamine Zeroual qui fut ministre de la D\u00e9fense nationale d\u00e8s juillet 1993, en remplacement de Khaled Nezzar, succ\u00e9da \u00e0 Ali Kafi, apr\u00e8s que le HCE d\u00e9cida de prolonger son \u00ab mandat \u00bb jusqu\u2019au 31 janvier 1994. D\u00e8s son minist\u00e8re, il \u00e9voqua la \u00ab faiblesse globale de l\u2019Etat et de ses institutions \u00bb (1). Son diagnostic s\u2019appuya sur l\u2019existence de causes politiques (faiblesse du syst\u00e8me en place, contradiction entre programmes et id\u00e9es, pr\u00e9dominance de l\u2019esprit partisan sur l\u2019esprit patriotique et d\u00e9sorientation de l\u2019opinion populaire), de causes \u00e9conomiques (mauvaise gestion, perturbation des secteurs de la production, gaspillage destructeur des potentialit\u00e9s du pays en devises, le recours aux cr\u00e9dits \u00e0 court terme et encouragement du ph\u00e9nom\u00e8ne de la contrebande) et de causes sociales (croissance du taux de ch\u00f4mage, abandon par l\u2019Etat de son r\u00f4le social, comportements bureaucratiques, corruption et n\u00e9potisme, r\u00e9partition in\u00e9quitable du revenu national). Des constats sous forme de discours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Discours sur la \u00ab rupture \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Pour lui, la solution devait consister en \u00abla rupture \u00e0 laquelle nous croyons et que nous voulons r\u00e9aliser doit provoquer un changement radical dans les rouages de l\u2019Etat et de ses composantes qui doivent ob\u00e9ir \u00e0 des param\u00e8tres nouveaux \u00bb. Il est vrai que la langue de bois a la vie dure dans la vie politique alg\u00e9rienne. Toujours est-il que, dans son discours en tant que chef de l\u2019Etat, le ma\u00eetre mot c\u2019est le changement \u00ab qui doit constituer la v\u00e9ritable rupture \u00bb. En mati\u00e8re politique, il d\u00e9clare privil\u00e9gier \u00ab la voie du dialogue en tant que m\u00e9thode de prise en charge de la situation actuelle du pays \u00bb car il est convaincu que \u00ab le traitement s\u00e9curitaire demeure \u00e0 lui seul insuffisant pour sortir le pays de la crise \u00bb. En mati\u00e8re \u00e9conomique, il s\u2019agit de \u00ab construire une \u00e9conomie d\u00e9velopp\u00e9e r\u00e9gie par les lois du march\u00e9 et de la concurrence \u00bb d\u2019o\u00f9, selon lui, des \u00ab mutations structurelles n\u00e9cessaires \u00bb ; de m\u00eame, l\u2019endettement ext\u00e9rieur \u00ab trouvera ses solutions ad\u00e9quates dans le cadre des n\u00e9gociations avec les institutions financi\u00e8res internationales \u00bb (2).<\/p>\n<p>Par ailleurs, le nouveau pouvoir se mit en devoir de mettre sur le chantier un projet institutionnel. Ainsi, il pr\u00e9conisa l\u2019installation d\u2019un Conseil national de transition (CNT) o\u00f9, normalement, devaient si\u00e9ger les repr\u00e9sentants des partis politiques et de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Il semblerait que les premiers nomm\u00e9s \u00e0 cette instance aient boud\u00e9 celle-ci, son r\u00f4le \u00e9tant demeur\u00e9 flou et sans poids politique r\u00e9el (sans doute en partie du fait de la cooptation de ses membres). Toujours est-il que, \u00e0 la suite de la d\u00e9mission du gouvernement Malek nomm\u00e9 le 21 ao\u00fbt 1993 et succ\u00e9dant \u00e0 celui de Abdesselam, M. Mokdad Sifi fut d\u00e9sign\u00e9 comme Premier ministre. Le gouvernement\u00a0 Malek est sans doute celui qui s\u2019est le plus inscrit et investi dans le cadre de l\u2019ajustement structurel conforme au programme du FMI, pour \u00e9viter dit-on \u00able cercle infernal de l\u2019endettement \u00bb.<\/p>\n<p>Dans un entretien accord\u00e9 au \u00ab Parisien \u00bb et repris par le journal alg\u00e9rien \u00ab Le Matin \u00bb, M. Sifi, en sa qualit\u00e9 de Premier ministre de Zeroual, a indiqu\u00e9 que : \u00ab La France a int\u00e9r\u00eat \u00e0 aider l\u2019Alg\u00e9rie. Si nous venions \u00e0 conna\u00eetre durablement de graves probl\u00e8mes, cela aurait un impact sur le Maghreb et sur la France. Nos deux pays sont mari\u00e9s historiquement et culturellement \u00bb. Il mentionna les domaines dans lesquels o\u00f9 la France peut intervenir, \u00e0 savoir : l\u2019eau (besoin de 200 barrages), les transports (une autoroute Est-Ouest et une voie ferr\u00e9e Alger-Tamnarasset), l\u2019agriculture (mise en valeur de centaines de milliers d\u2019hectares dans le Sud) et le logement (besoin imm\u00e9diat de 1,2 millions de logements), (3). Certains projets furent repris par Bouteflika, ainsi l\u2019autoroute est-ouest.<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019investiture du CNT, le 18 mai 1994, Zeroual a cru devoir pr\u00e9ciser : \u00ab Nous construirons la d\u00e9mocratie, certes en travaillant \u00e0 la consolidation de la soci\u00e9t\u00e9 politique, mais aussi et au m\u00eame titre&#8230;\u00e0 la cons\u00e9cration de la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00bb, affichant sa d\u00e9termination de bannir le terrorisme et la violence. Sur le CNT, il a indiqu\u00e9\u00a0 qu\u2019il \u201cconstitue aussi un espace\u00a0 de concertation et de d\u00e9bats d\u00e9mocratiques sur les grands dossiers de la vie de la nation\u201d. De m\u00eame, il a r\u00e9affirm\u00e9 sa volont\u00e9 de \u201cpoursuivre les r\u00e9formes structurelles de l\u2019\u00e9conomie nationale et de mettre en place le syst\u00e8me d\u2019\u00e9conomie de march\u00e9; nous la voulons \u00e0 base de concertation et de justice sociale\u201d (nouveau credo en vue de se d\u00e9marquer de l\u2019ancien syst\u00e8me, ou bien concept \u201csp\u00e9cifique\u201d lanc\u00e9 sur le march\u00e9 des id\u00e9es politiques ?), (4).<\/p>\n<p>En derni\u00e8re instance, la doctrine politique demeura floue et continua d\u2019ob\u00e9ir aux imp\u00e9ratifs de la\u00a0 gestion courante des affaires, face aux contradictions accumul\u00e9es par les diff\u00e9rents r\u00e9gimes. Le long terme fut quasiment \u00e9vacu\u00e9 en totalit\u00e9. M\u00eame accul\u00e9 dans ses derniers retranchements, le pouvoir ne chercha plus qu\u2019\u00e0 finaliser des programmes dont il savait, par avance, qu\u2019ils \u00e9taient vou\u00e9s \u00e0 \u00eatre d\u00e9pass\u00e9s (voire rel\u00e9gu\u00e9s au second plan par les tenants du pouvoir qui leur succ\u00e9deraient) tant il est vrai que, depuis octobre 88, la fracture entre gouvernants-gouvern\u00e9s est largement consomm\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9vision constitutionnelle de 1995<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019avant-propos et l\u2019introduction du texte constitutionnel modifi\u00e9 p\u00e8chent par affirmations p\u00e9remptoires qui rappellent les \u201cid\u00e9ologues\u201d du syst\u00e8me de la pens\u00e9e monopartisane, tant la langue de bois, m\u00eame renouvel\u00e9e par endroits, tente de s\u2019appuyer sur une p\u00e9dagogie explicative afin d\u2019emporter l\u2019adh\u00e9sion. A cet \u00e9gard, la lecture des pr\u00e9ambules des diff\u00e9rentes constitutions alg\u00e9riennes est \u00e9difiante en la mati\u00e8re. En effet, ils r\u00e9v\u00e8lent la recherche d\u2019une audience aupr\u00e8s des citoyens alors m\u00eame que ceux-ci, de jure comme de facto, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s de la r\u00e9flexion de ces textes dits fondamentaux ayant cristallis\u00e9 n\u00e9gativement leur devenir. De fait, tout comme les chartes de 1975 (cons\u00e9cration du \u201csocialisme sp\u00e9cifique\u201d) et de 1985 (mise en place d\u2019une pens\u00e9e lib\u00e9rale, non moins \u201csp\u00e9cifique\u201d), le peuple a \u00e9t\u00e9 convi\u00e9 \u00e0 adh\u00e9rer purement et simplement \u00e0 la modification du texte constitutionnel, auquel le pouvoir a pr\u00eat\u00e9, de toute \u00e9vidence, des vertus th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>Toutefois, ce m\u00eame peuple n\u2019a pu d\u00e9l\u00e9guer ses \u00e9l\u00e9ments les plus avertis puis\u00e9s tant dans les partis politiques les plus repr\u00e9sentatifs et les syndicats que dans la soci\u00e9t\u00e9 civile compos\u00e9e de femmes et d\u2019hommes de valeur (comp\u00e9tents, s\u00e9rieux et int\u00e8gres, selon le fameux triptyque en vogue sous le r\u00e9gime de Boumediene) pour susciter un Etat \u201cr\u00e9gi par une morale\u201d et \u201ccapable de survivre aux \u00e9v\u00e9nements et aux hommes\u201d.<\/p>\n<p>A titre comparatif, la Constitution de 1963, plut\u00f4t qu\u2019un texte supra l\u00e9gal organisant les pouvoirs publics, refl\u00e9tait davantage une volont\u00e9 politique dont la philosophie d\u2019angle fut l\u2019autogestion. L\u2019institutionnalisation du parti unique (monocratisme partisan) et la personnalisation du pouvoir ont eu raison du projet de soci\u00e9t\u00e9 v\u00e9hicul\u00e9 par ce texte dont les dispositions essentielles furent arr\u00eat\u00e9es par le B.P. du FLN d\u2019alors et confirm\u00e9es par une conf\u00e9rence des cadres du parti, faisant ainsi un pied de nez \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale constituante pourtant titulaire de la mission d\u2019\u00e9laboration de ce texte.<\/p>\n<p>S\u2019agissant de la Constitution de 1976, il y a lieu de noter que la majorit\u00e9 requise pour l\u2019adoption du projet de loi de la r\u00e9vision constitutionnelle est de trois quart des membres de l\u2019assembl\u00e9e, l\u2019initiative de ladite r\u00e9vision appartenant au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui dispose d\u2019ailleurs, en vertu de cette constitution des pouvoirs exorbitants : une puissance sans commune mesure avec l\u2019absence totale de contrepoids, \u00e0 savoir une opposition suffisamment structur\u00e9e et pr\u00eate \u00e0 exercer l\u2019alternance. Cette constitution a eu davantage pour objectif de l\u00e9gitimer la pratique politique du Conseil de la r\u00e9volution (issu d\u2019un coup d\u2019Etat) que la mise en place d\u2019un syst\u00e8me politique de nature \u00e0 servir de soubassement \u00e0 un Etat moderne, faisant ainsi l\u2019\u00e9conomie du pr\u00e9sidentialisme comme d\u00e9viation du r\u00e9gime de type pr\u00e9sidentiel \u00e0 l\u2019instar du r\u00e9gime am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>La vacance du pouvoir n\u00e9e du d\u00e9c\u00e8s de feu Boumediene (ayant permis la candidature unique \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique de Chadli Bendjedid) a montr\u00e9 les failles de la constitution de 1976 (\u00e0 savoir le d\u00e9faut de normes r\u00e9glant cette question suite au d\u00e9c\u00e8s du chef de l\u2019Etat). Un vide constitutionnel avait alors caract\u00e9ris\u00e9 la vie politique alg\u00e9rienne (notamment du fait de l\u2019absence du couple pouvoir-opposition); ce, d\u2019autant plus que le Parlement \u2013\u00e9lu selon des modalit\u00e9s fort contestables- est plac\u00e9 d\u2019entr\u00e9e de jeu dans un \u00e9tat d\u2019ob\u00e9issance politique face \u00e0 un ex\u00e9cutif ayant une \u201ct\u00eate\u201d aux pr\u00e9rogatives \u00e9normes et sans responsabilisation aucune \u00e0 raison de son action politique.<\/p>\n<p>La Constitution de 1989 qui fait suite au \u201cchahut de gamins\u201d d\u2019octobre 88 ne mit pas fin, de fa\u00e7on radicale, \u00e0 la situation ant\u00e9rieure relativement au pouvoir sans partage du chef de l\u2019Etat (au demeurant sans l\u00e9gitimit\u00e9 certaine), nonobstant la permissivit\u00e9 des \u201cassociations \u00e0 caract\u00e8re politique\u201d comme principale ressource insuffl\u00e9e \u00e0 un syst\u00e8me qui esp\u00e9rait se reconduire par la gr\u00e2ce d\u2019un parti dominant sur l\u2019\u00e9chiquier politique, ses promoteurs s\u2019\u00e9tant consid\u00e9r\u00e9s \u00e0 tort comme des pionniers de la d\u00e9mocratie en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ces conditions d\u2019an\u00e9mie politique car sans perfusion constitutionnelle s\u00e9rieuse et substantielle (avec l\u2019\u00e9tat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de ch\u00f4mage qui dure encore) que le pouvoir a propos\u00e9 une r\u00e9vision de la constitution, dans la foul\u00e9e de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 16 novembre 1995, esp\u00e9rant sans doute d\u00e9barrasser le constitutionnalisme alg\u00e9rien de toutes ses scories. Cette r\u00e9vision fut pr\u00e9sent\u00e9e sous forme de m\u00e9morandum ; le pouvoir pouvait faire preuve de plus d\u2019imagination et surtout d\u2019audace, en \u00e9cartant, par exemple, les r\u00e8gles classiques en la mati\u00e8re : r\u00e9vision par voie de r\u00e9f\u00e9rendum propos\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e9lu ou par le Parlement r\u00e9uni en Congr\u00e8s (cas du bicam\u00e9ralisme). Il aurait \u00e9t\u00e9 possible de mettre en place une instance suffisamment repr\u00e9sentative et compos\u00e9e aussi bien de techniciens av\u00e9r\u00e9s et probes que de politiques \u2013non moins probes- toutes tendances confondues.<\/p>\n<p>Aussi, eu \u00e9gard \u00e0 la situation pr\u00e9valant actuellement en Alg\u00e9rie (outre l\u2019aspect s\u00e9curitaire et la conjoncture internationale pas toujours favorable), pour plus de cr\u00e9dibilit\u00e9 politique, le pouvoir (constituant, en l\u2019esp\u00e8ce) aurait gagn\u00e9 \u00e0 suivre cette d\u00e9marche car, d\u2019\u00e9vidence, les techniciens de la mati\u00e8re constitutionnelle et les analystes de la vie politique ne sont gu\u00e8re \u00e0 l\u2019abri d\u2019erreurs pouvant encore engendrer des difficult\u00e9s suppl\u00e9mentaires \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie. D\u2019ailleurs, d\u2019un point de vue linguistique, il est caract\u00e9ristique de constater que les r\u00e9dacteurs du m\u00e9morandum utilisent davantage la lexicologie de l\u2019obligation (en l\u2019esp\u00e8ce l\u2019utilisation du verbe devoir) et le futur qu\u2019on pourrait appeler \u201cconfirmatif\u201d (exemples : \u201cIl sera institu\u00e9\u201d et \u201cCes principes devront &#8230;\u201d) plut\u00f4t que l\u2019option et le choix. C\u2019est dire, en toute vraisemblance, si la r\u00e9vision dont s\u2019agit relevait d\u2019un choix du pouvoir (sorte de fait du prince) que de la proposition \u00e0 d\u00e9battre, par medias interpos\u00e9s entre autres, par les concern\u00e9s de la vie politique du pays (pouvoir et opposition) plut\u00f4t que de d\u00e9l\u00e9guer \u2013comme ce fut le cas- un conseiller \u00e0 la Pr\u00e9sidence pour donner aux citoyens une le\u00e7on de droit constitutionnel sur l\u2019unique cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision, accapar\u00e9e et instrumentalis\u00e9e \u00e0 souhait par les tenants du pouvoir.<\/p>\n<p><strong>Inflation de propositions d\u2019institutions<\/strong><\/p>\n<p>A ces maladresses, d\u2019ordre s\u00e9mantique et m\u00e9thodologique, est venue se greffer une inflation de propositions d\u2019ordre institutionnel, co\u00fbteuses\u00a0 pour le pays en g\u00e9n\u00e9ral et pour les contribuables en particulier. En effet, du renouvellement du mandat pr\u00e9sidentiel limit\u00e9 \u00e0 une seule fois \u00e0 l\u2019adoption du mode de scrutin de liste proportionnelle, en passant par la mise en place de nouvelles institutions (Conseil de la Nation, Conseil d\u2019Etat et Haute Cour de l\u2019Etat), il y a lieu de s\u2019interroger l\u00e9gitimement sur les v\u00e9ritables mobiles et des tenants et aboutissants de cette r\u00e9vision constitutionnelle ayant certainement co\u00fbt\u00e9 fort cher au Tr\u00e9sor public alg\u00e9rien.<\/p>\n<p>De fait, s\u2019il\u00a0 est admis par la majorit\u00e9 des citoyens qu\u2019il y a n\u00e9cessit\u00e9 de rompre avec l\u2019ancien syst\u00e8me, force est de constater que l\u2019inverse risque d\u2019aboutir \u00e0 l\u2019autre solution inextricable : une inflation d\u2019institutions alors m\u00eame qu\u2019aucun crit\u00e8re d\u2019\u00e9valuation s\u00e9rieux et probant n\u2019a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 pour appr\u00e9cier l\u2019efficacit\u00e9 de celles-ci. En effet, un pays qui souffre d\u2019une situation \u00e9conomique des plus difficiles \u2013dont le d\u00e9veloppement est ob\u00e9r\u00e9 de surcro\u00eet par la dette ext\u00e9rieure et les effets de la \u201crestructuration\u201d (licenciements en masse et fermetures d\u2019entreprises, entre autres) peut-il se permettre d\u2019alimenter litt\u00e9ralement autant de structures d\u2019autant plus qu\u2019elles risquent d\u2019\u00eatre purement et simplement sans pouvoir r\u00e9el ?\u00a0 Par ailleurs, pour autant que la r\u00e9vision propos\u00e9e ait eu pour vertu de consacrer la dualit\u00e9 de juridictions, il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 judicieux de pr\u00e9voir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un Conseil d\u2019Etat, qui coiffe les juridictions administratives, une Cour de cassation qui aurait \u00e0 compl\u00e9ter l\u2019ordre juridictionnel judiciaire.<\/p>\n<p>De m\u00eame, envisager le cas de haute trahison \u00e0 l\u2019endroit du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique\u00a0 et du chef du Gouvernement est une intention louable. Toutefois, ce cas ne rel\u00e8ve t-il pas de la pure hypoth\u00e8se d\u2019\u00e9cole ? Cela est d\u2019autant plus vrai que l\u2019id\u00e9e d\u2019une Haute cour est quasiment abandonn\u00e9e dans les pays \u00e0 haute technologie constitutionnelle. Au surplus, s\u2019imaginait-on s\u00e9rieusement r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de la Nation alg\u00e9rienne en consacrant le principe de la libre entreprise dans les domaines du commerce et de l\u2019industrie, \u201ctout en r\u00e9it\u00e9rant le principe de justice sociale qui fonde notre soci\u00e9t\u00e9\u201d ? Sur le second terme de cette proposition, il est \u00e0 se demander s\u2019il ne s\u2019agissait pas l\u00e0 d\u2019une simple clause de style car la vie politique d\u2019autres peuples \u2013autrement plus outill\u00e9s en exp\u00e9riences d\u00e9mocratiques- montre, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, que la libre entreprise a certes d\u00e9velopp\u00e9 ces m\u00eames peuples, mais elle n\u2019a pu engendrer ipso facto la justice sociale. Les cas des Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, de la France et du Japon sont \u00e9difiants en la mati\u00e8re au vu de la \u201ccohorte\u201d d\u2019assist\u00e9s et autres \u201cnouveaux pauvres\u201d que cette politique a pu susciter.<\/p>\n<p>Enfin, sans doute pour temp\u00e9rer un tant soit peu les pr\u00e9rogatives exorbitantes dont continue de b\u00e9n\u00e9ficier le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, en tant que cl\u00e9 de vo\u00fbte de tout syst\u00e8me institutionnel- et tenter d\u2019\u00e9viter le pr\u00e9sidentialisme, le bic\u00e9phalisme a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9. Toutefois, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, relativement au \u201cdomaine r\u00e9serv\u00e9\u201d (D\u00e9fense nationale et Affaires \u00e9trang\u00e8res) constitue \u00e0 lui seul le pouvoir -en tout cas, d\u2019un point de vue institutionnel- tant il est vrai que, souvent, le jeu politique est fonction de manoeuvres se d\u00e9roulant en dehors des enceintes institutionnelles, fussent-elles \u00e9lues. En Alg\u00e9rie, comme ailleurs, le Premier ministre appara\u00eet beaucoup plus comme un fusible (voire un homme lige du pr\u00e9sident) que comme quelqu\u2019un qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un pouvoir effectif, tant et si bien qu\u2019au lendemain des \u00e9lections l\u00e9gislatives, la pratique politique et constitutionnelle tend \u00e0 d\u00e9montrer la fragilit\u00e9 de ce syst\u00e8me, la \u201ccohabitation\u201d supposant l\u2019existence d\u2019une opposition fortement structur\u00e9e et apte \u00e0 jouer ce r\u00f4le.<\/p>\n<p>Surabondamment, d\u00e8s lors qu\u2019il sera \u00e9tabli que le Gouvernement \u2013et donc le Premier ministre- sera issu de la majorit\u00e9 parlementaire, force sera alors de s\u2019interroger sur les limites des fonctions du Parlement car les d\u00e9put\u00e9s devront une sorte d\u2019all\u00e9geance \u00e0 leurs partis respectifs. En tout \u00e9tat de cause, le pouvoir l\u00e9gislatif alg\u00e9rien devra \u00eatre accru afin d\u2019\u00e9viter d\u2019avoir des d\u00e9put\u00e9s \u201cgodillots\u201d et avoir une vie parlementaire riche en confiant, par exemple, \u00e0 ce pouvoir de r\u00e9elles missions d\u2019enqu\u00eate et de contr\u00f4le; ce, d\u2019autant plus que la r\u00e9vision dont s\u2019agit consacre la s\u00e9paration des pouvoirs et parle de pouvoir judiciaire, et que le citoyen alg\u00e9rien continue d\u2019\u00eatre marginalis\u00e9 sans aucune possibilit\u00e9 pour lui de saisir le Conseil constitutionnel pour une meilleure participation \u00e0 la vie publique de son pays au moment o\u00f9 le terrorisme et la torture sont quasiment devenus des modes d\u2019orientation de la conscience tant individuelle que nationale, devenant m\u00eame l\u2019otage du d\u00e9s\u00e9quilibre politique entre les institutions assurant la p\u00e9rennit\u00e9 du pouvoir. L\u2019accession de Bouteflika \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique a t-elle modifi\u00e9 la donne ?<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n<p>* Avocat-auteur Alg\u00e9rien (notamment de : \u00ab Institutions politiques et d\u00e9veloppement en Alg\u00e9rie \u00bb)<br \/>\nhttp:\/\/koroghli.free.fr<\/p>\n<p>Notes<\/p>\n<p>1\/ El Watan\u201d du 18\/1\/94<br \/>\n2\/ \u201cAlg\u00e9rie actualit\u00e9\u201d du 8\/2\/94<br \/>\n3\/ \u201cLe Matin\u201d du 10\/5\/94<br \/>\n4\/ \u201cEl Watan\u201d du 19\/5\/94<\/p>\n<p><strong>Ammar Koroghli Algerienetwork<\/strong><\/p>\n<p><strong><strong>\u00a0<\/strong><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ammar Koroghli * Liamine Zeroual qui fut ministre de la D\u00e9fense nationale d\u00e8s juillet 1993, en remplacement de Khaled Nezzar, succ\u00e9da \u00e0 Ali Kafi, apr\u00e8s que le HCE d\u00e9cida de prolonger son \u00ab mandat \u00bb jusqu\u2019au 31 janvier 1994. D\u00e8s son minist\u00e8re, il \u00e9voqua la \u00ab faiblesse globale de l\u2019Etat et de ses institutions \u00bb [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":18826,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"tdm_status":"","tdm_grid_status":"","footnotes":""},"categories":[814],"tags":[],"class_list":{"0":"post-571","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-presidents-algeriens-depuis-1962"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/571","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=571"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/571\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18831,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/571\/revisions\/18831"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18826"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=571"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=571"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=571"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}