{"id":9016,"date":"2014-06-11T06:08:42","date_gmt":"2014-06-11T11:08:42","guid":{"rendered":"http:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/?p=9016"},"modified":"2025-12-10T15:36:21","modified_gmt":"2025-12-10T15:36:21","slug":"algerie-ya-t-il-une-vie-apres-le-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/algerie-ya-t-il-une-vie-apres-le-pouvoir\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie ; y&rsquo;a t-il une vie apr\u00e8s le pouvoir ?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/algerie_bouteflika.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7392\" src=\"http:\/\/algerienetwork.com\/algerie\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/algerie_bouteflika.jpg\" alt=\"algerie_bouteflika\" width=\"582\" height=\"326\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ce mardi 17 novembre 1987, Kamel Bouchama, alors ministre de la Jeunesse et des Sports, est en train de boucler sa valise pour s&rsquo;envoler vers Lagos (Nigeria), o\u00f9 il doit repr\u00e9senter son pays lors d&rsquo;un colloque international, quand il est convoqu\u00e9 s\u00e9ance tenante chez le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Chadli Bendjedid. Dans le bureau d&rsquo;El-Mouradia, l&rsquo;ambiance est d\u00e9tendue. Les deux hommes, qui se connaissent fort bien, se tutoient. \u00c0 son ministre, alors \u00e2g\u00e9 de 43 ans, le chef de l&rsquo;\u00c9tat annonce tout de go : \u00ab\u00a0Kamel, tu fais du bon travail, je te l&rsquo;ai toujours r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Mais je dois confier ton portefeuille \u00e0 un autre. Sois patient, tu auras de nouvelles responsabilit\u00e9s dans quelque temps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De retour chez lui, le d\u00e9sormais ex-ministre attend. Les mois passent. Et le pr\u00e9sident, qui d\u00e9missionne en janvier 1992, ne le rappellera jamais. Pas plus que les autres. Alors, Kamel Bouchama mesure le \u00ab\u00a0vide qui [l]&rsquo;entoure\u00a0\u00bb. Il se gave de films, \u00ab\u00a0compte les journ\u00e9es interminables\u00a0\u00bb, entra\u00eene femme et enfants dans une \u00ab\u00a0ambiance neurasth\u00e9nique\u00a0\u00bb, fume beaucoup, souffre de migraines et de lumbago. Il reprend espoir en \u00e9coutant amis et initi\u00e9s du s\u00e9rail lui pr\u00e9dire son retour \u00ab\u00a0imminent\u00a0\u00bb, se console en mariant son fils, replonge dans la d\u00e9prime quand le t\u00e9l\u00e9phone ne sonne pas. L&rsquo;attente durera quatorze ans. Jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 il est nomm\u00e9 ambassadeur en Syrie. \u00ab\u00a0Je m&rsquo;en souviens tr\u00e8s bien, confie Bouchama. C&rsquo;\u00e9tait le samedi 12 mai 2001. Une r\u00e9surrection, apr\u00e8s tant d&rsquo;ann\u00e9es de tourments et d&rsquo;esp\u00e9rances.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De cette exp\u00e9rience, qu&rsquo;il qualifie de purgatoire, Kamel Bouchama tirera un livre cathartique, M\u00e9moires de rescap\u00e9. \u00ab\u00a0Je l&rsquo;ai \u00e9crit pour raconter l&rsquo;affliction et les souffrances de tous les cadres de mon pays, dit-il. D\u00e8s qu&rsquo;ils ne sont plus dans les bonnes gr\u00e2ces des d\u00e9cideurs, ils sont jet\u00e9s sans remords et sans consid\u00e9ration.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il une seconde chance apr\u00e8s la disgr\u00e2ce ?<\/strong><br \/>\nEst-il vraiment si dur de quitter le pouvoir, ses ors, ses avantages et privil\u00e8ges ? Comment passe-t-on du jour au lendemain du statut de pr\u00e9sident, ministre, ambassadeur ou haut cadre de l&rsquo;arm\u00e9e \u00e0 celui de simple quidam ? La rupture est-elle brutale ou, au contraire, le d\u00e9part est-il synonyme de d\u00e9livrance ? Y a-t-il une seconde chance apr\u00e8s la disgr\u00e2ce ? Enfin, est-il vrai que l&rsquo;on quitte le pouvoir riche et fortun\u00e9 ? Et qu&rsquo;en est-il de la reconversion ?<\/p>\n<p>Halim Benatallah, ancien secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat charg\u00e9 de la Communaut\u00e9 nationale \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger et ancien ambassadeur, n&rsquo;a pas eu droit \u00e0 une audience mais \u00e0 un appel : celui du Premier ministre Ahmed Ouyahia. La conversation est br\u00e8ve : \u00ab\u00a0Le pr\u00e9sident a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas vous reconduire dans vos fonctions. Vous \u00eates invit\u00e9 \u00e0 vous mettre en r\u00e9serve de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb Nomm\u00e9 en mai 2010, \u00ab\u00a0d\u00e9gomm\u00e9\u00a0\u00bb en septembre 2012. Ironie du sort, Ahmed Ouyahia, d\u00e9sign\u00e9 chef du gouvernement en juin 2008 sur simple coup de fil du secr\u00e9taire particulier du pr\u00e9sident, sera remerci\u00e9 \u00e0 la m\u00eame date.<\/p>\n<p><strong>La perte du statut de ministre est v\u00e9cue comme une honte<\/strong><br \/>\n\u00ab\u00a0J&rsquo;ai re\u00e7u la nouvelle avec un pincement au coeur, confie Benatallah. Ce n&rsquo;est jamais agr\u00e9able de se faire cong\u00e9dier. Tout s&rsquo;arr\u00eate subitement. Il faut tout de suite pr\u00e9parer un projet de vie, ne pas se laisser aspirer par la vacuit\u00e9 qui s&rsquo;installe apr\u00e8s la fin de fonction.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Quitter le giron du pouvoir est un d\u00e9chirement, ajoute celui qui fut ambassadeur \u00e0 Abidjan et \u00e0 Bruxelles. Certains sont an\u00e9antis, car la perte du statut de ministre est v\u00e9cue comme une honte et une d\u00e9ch\u00e9ance. Ceux qui s&rsquo;accrochent aux privil\u00e8ges d\u00e9priment, divorcent, tournent en rond dans l&rsquo;espoir d&rsquo;\u00eatre rappel\u00e9s. La reconversion est d&rsquo;autant plus difficile qu&rsquo;en Alg\u00e9rie tr\u00e8s peu d&rsquo;occasions se pr\u00e9sentent pour rebondir en dehors du syst\u00e8me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fini donc la voiture avec chauffeur, les collaborateurs, le t\u00e9l\u00e9phone de service et le joli pavillon en bord de mer, \u00e0 la r\u00e9sidence d&rsquo;\u00c9tat du Club des Pins, \u00e0 l&rsquo;ouest d&rsquo;Alger. L&rsquo;ex-secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat d\u00e9m\u00e9nage alors dans une maison en construction. Libre, il peut profiter de son temps pour voir grandir ses trois enfants &#8211; impossible jusque-l\u00e0 -, faire des randonn\u00e9es dans le d\u00e9sert, construire trois bungalows pour les mettre en location et cr\u00e9er un think tank sp\u00e9cialis\u00e9 dans le consulting international. \u00ab\u00a0L&rsquo;opinion croit que, d\u00e8s les portes du pouvoir franchies, on s&rsquo;enrichit et qu&rsquo;en sortant, a fortiori, on est millionnaire, commente Benatallah. Je me suis fait tout petit quand j&rsquo;ai appris que mon neveu percevait 600 000 dinars [5 500 euros] par mois en tant que cadre dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9trang\u00e8re bas\u00e9e en Alg\u00e9rie alors que, membre du gouvernement, je touchais 250 000 dinars par mois.\u00a0\u00bb<br \/>\nLe pouvoir est addictif<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Certains meurent d&rsquo;avoir quitt\u00e9 le pouvoir\u00a0\u00bb, souffle Hocine Senouci, colonel \u00e0 la retraite, ex-pilote de chasse, attach\u00e9 militaire \u00e0 Tripoli, \u00e0 Rome et \u00e0 Bagdad avant de devenir directeur du centre culturel de Riadh el-Feth dans les ann\u00e9es 1980. \u00ab\u00a0C&rsquo;est addictif pour certains, souligne-t-il. Ceux qui sont exclus des centres de d\u00e9cision deviennent invivables, comme s&rsquo;ils \u00e9taient amput\u00e9s d&rsquo;une partie d&rsquo;eux-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lotfi Boumghar, conseiller diplomatique durant trois ans aupr\u00e8s de l&rsquo;ancien chef du gouvernement Ali Benflis, \u00e9voque, lui, cette \u00ab\u00a0sensation de vide\u00a0\u00bb cons\u00e9cutive au d\u00e9part, puis la \u00ab\u00a0red\u00e9couverte\u00a0\u00bb de la vie de famille. \u00ab\u00a0Le p\u00e8re ayant \u00e9t\u00e9 absent du foyer pendant des ann\u00e9es, toute la vie des enfants est b\u00e2tie autour de leur m\u00e8re, insiste Boumghar. Il faut donc \u00e0 la fois se r\u00e9habituer \u00e0 vivre avec les siens et se reconstruire professionnellement. Pour cela, l&rsquo;enseignement offre une chance de rebondir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D&rsquo;autres en ont tout aussi gros sur le coeur, mais pr\u00e9f\u00e8rent garder l&rsquo;anonymat. Comme ce membre du protocole du pr\u00e9sident Liamine Z\u00e9roual entre 1995 et 1999. Lev\u00e9 aux aurores &#8211; Z\u00e9roual est \u00e0 son bureau parfois d\u00e8s 4 heures du matin -, couch\u00e9 tard, il tenait l&rsquo;agenda du chef de l&rsquo;\u00c9tat, pr\u00e9parait ses audiences et ses d\u00e9placements en Alg\u00e9rie et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. \u00ab\u00a0Je voyageais beaucoup, menais une vie tr\u00e9pidante et psychologiquement harassante, confie-t-il. La pression est \u00e9norme quand on g\u00e8re la vie au Palais. La moindre petite d\u00e9faillance peut avoir des r\u00e9percussions tr\u00e8s importantes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Interlocuteur oblig\u00e9 pour avoir acc\u00e8s au ra\u00efs, cet ex-diplomate c\u00f4toie au plus pr\u00e8s ministres, g\u00e9n\u00e9raux, ambassadeurs, pr\u00e9fets, sous-pr\u00e9fets ou hommes d&rsquo;affaires. \u00ab\u00a0Les sollicitations n&rsquo;ont pas manqu\u00e9, confie-t-il. J&rsquo;aurais pu m&rsquo;offrir tout ce que je d\u00e9sirais, mais je n&rsquo;ai jamais profit\u00e9 de ma position. Un ambassadeur s&rsquo;est un jour \u00e9tonn\u00e9 que je ne sois pas devenu milliardaire. Jamais je n&rsquo;aurais pu trahir la confiance que le pr\u00e9sident Z\u00e9roual avait plac\u00e9e en moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Quelques mois pour une r\u00e9adaptation<\/strong><br \/>\nApr\u00e8s sept ann\u00e9es \u00e0 El-Mouradia, il quitte le Palais alors que le pr\u00e9sident Abdelaziz Bouteflika, \u00e9lu en avril 1999, s&rsquo;y installe. \u00ab\u00a0Je suis pass\u00e9 d&rsquo;une p\u00e9riode d&rsquo;hyperactivit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oisivet\u00e9 la plus totale, l\u00e2che-t-il. Certes, il m&rsquo;a fallu quelques mois pour me r\u00e9adapter \u00e0 la vie en dehors du pouvoir, mais j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s content d&rsquo;avoir d\u00e9missionn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;incertitude du lendemain, aux journ\u00e9es languides et au t\u00e9l\u00e9phone qui reste muet s&rsquo;ajoute l&rsquo;humiliation. Pour l&rsquo;obliger \u00e0 quitter sa villa de fonction &#8211; les services de s\u00e9curit\u00e9 l&rsquo;avaient contraint d&rsquo;y habiter en raison de la menace terroriste -, on lui coupe l&rsquo;eau et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, un pied \u00e0 Alger, un autre du c\u00f4t\u00e9 de Barcelone, o\u00f9 il poss\u00e8de un appartement, l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 assure ne pas regretter sa vie d&rsquo;antan.<\/p>\n<p>Pour Noureddine Bahbouh, 65 ans, l&rsquo;entr\u00e9e dans les arcanes du pouvoir commence l\u00e0 aussi par un appel t\u00e9l\u00e9phonique. Nous sommes en avril 1994. Le chef du gouvernement, Mokdad Sifi, l&rsquo;appelle : \u00ab\u00a0Vous allez prendre le minist\u00e8re de l&rsquo;Agriculture. C&rsquo;est l&rsquo;appel du pays, vous ne pouvez pas le refuser.\u00a0\u00bb Bahbouh obtemp\u00e8re, mais se garde d&rsquo;annoncer la nouvelle \u00e0 son \u00e9pouse. Lorsque celle-ci l&rsquo;apprend, elle est sous le choc. \u00ab\u00a0Elle ne voulait pas de ce poste, soupire-t-il. Elle venait de perdre son p\u00e8re, assassin\u00e9 par un groupe terroriste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Profiter de la famille, voyager&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>R\u00e9unions, voyages, visites sur le terrain, Conseil des ministres&#8230; La vie de cet universitaire bascule. \u00ab\u00a0Dans les ann\u00e9es 1990, les ministres ne poss\u00e9daient pas de grands moyens car les caisses de l&rsquo;\u00c9tat \u00e9taient vides, t\u00e9moigne Bahbouh. Ils percevaient un salaire de 56 000 dinars. Une mis\u00e8re par rapport au salaire actuel.\u00a0\u00bb Quand il est \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 du Rassemblement national d\u00e9mocratique (RND) en 1997, Z\u00e9roual lui offre le choix entre si\u00e9ger \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e ou garder son poste de ministre. Il opte pour l&rsquo;h\u00e9micycle et devient chef du groupe parlementaire, qui compte 156 d\u00e9put\u00e9s. \u00ab\u00a0Je suis passionn\u00e9 par la politique, confie l&rsquo;ancien parlementaire. Et ce n&rsquo;est pas dans le gouvernement que l&rsquo;on peut en faire !\u00a0\u00bb Les ennuis commencent en 1998 quand son parti est somm\u00e9 de soutenir la candidature de Bouteflika. Il refuse. \u00ab\u00a0Nous ne sommes pas dans une caserne mais dans un parti politique\u00a0\u00bb, justifie l&rsquo;ex-ministre. C&rsquo;est la disgr\u00e2ce. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 exclu du Club des Pins, r\u00e9v\u00e8le Bahbouh. On m&rsquo;a retir\u00e9 la protection dont je b\u00e9n\u00e9ficiais, ma voiture et mon t\u00e9l\u00e9phone de service. Fort heureusement, j&rsquo;avais pris mes dispositions pour me prot\u00e9ger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Qu&rsquo;en est-il de la vie loin du palais du gouvernement ? Avec son salaire \u00e0 vie de ministre et plus de 4 000 dollars (2 900 euros) de revenu mensuel en tant que consultant international, l&rsquo;ancien homme politique se retrouve \u00e0 l&rsquo;abri du besoin. \u00ab\u00a0Je suis plus \u00e9panoui en dehors du syst\u00e8me que lorsque j&rsquo;\u00e9tais membre de l&rsquo;ex\u00e9cutif ou de l&rsquo;Assembl\u00e9e, soutient Noureddine Bahbouh. Je peux profiter de ma famille, voyager et, surtout, je dispose d&rsquo;une vraie libert\u00e9 de parole. Aujourd&rsquo;hui, ministres ou d\u00e9put\u00e9s ont une mauvaise image dans l&rsquo;opinion. Le citoyen les consid\u00e8re comme des voleurs, des corrompus ou des incomp\u00e9tents.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les hommes du D\u00e9partement du renseignement et de la s\u00e9curit\u00e9 (DRS) n&rsquo;ont pas pour habitude de parler \u00e0 visage d\u00e9couvert. \u00c0 70 ans, Chaabane Boudemagh, colonel \u00e0 la retraite, se sent d\u00e9li\u00e9 de son devoir de r\u00e9serve, m\u00eame s&rsquo;il refuse de d\u00e9voiler ses activit\u00e9s pass\u00e9es. Ing\u00e9nieur en g\u00e9nie m\u00e9canique, il a men\u00e9 des op\u00e9rations clandestines \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger pour le compte des services secrets avant d&rsquo;\u00eatre admis d&rsquo;office \u00ab\u00a0\u00e0 la retraite\u00a0\u00bb en 1996. Alors qu&rsquo;il envisage de cr\u00e9er un institut de renseignement et d&rsquo;intelligence \u00e9conomique, des amis lui sugg\u00e8rent d&rsquo;investir dans la p\u00eache au thon. Avec une mise de 5,6 millions d&rsquo;euros, il acquiert deux thoniers en 2007. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai exerc\u00e9 pendant deux ans avant d&rsquo;\u00eatre exclu de ce milieu par des lobbies li\u00e9s au minist\u00e8re de la P\u00eache, raconte Boudemagh. Aujourd&rsquo;hui, je suis au bord de la faillite.\u00a0\u00bb Piqu\u00e9 par le virus de la politique, le colonel entre dans l&rsquo;ar\u00e8ne. Compte-t-il un jour r\u00e9diger ses M\u00e9moires de baroudeur et de barbouze ? \u00ab\u00a0C&rsquo;est un projet\u00a0\u00bb, r\u00e9pond-il, un sourire \u00e9nigmatique aux l\u00e8vres.<\/p>\n<p><strong>Une enveloppe contenant des liasses de billets<\/strong><br \/>\n\u00ab\u00a0Une vache ne retourne pas deux fois \u00e0 l&rsquo;abreuvoir\u00a0\u00bb, a dit un jour Jacques Chirac, l&rsquo;ancien pr\u00e9sident fran\u00e7ais. Depuis son limogeage en plein Conseil des ministres parce que Abdelaziz Bouteflika lui reprochait d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0l&rsquo;ami de la presse\u00a0\u00bb, Abdelaziz Rahabi, ministre de la Communication, a refus\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de diriger une ambassade \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 ambassadeur au Mexique (de 1991 \u00e0 1994) et en Espagne (de 1994 \u00e0 1998), il se dit totalement indiff\u00e9rent \u00e0 un quelconque maroquin et aux attributs y aff\u00e9rents. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 ministre conseiller aupr\u00e8s du chef du gouvernement apr\u00e8s mon \u00e9viction, mais je n&rsquo;ai jamais mis les pieds dans mon bureau, relate Rahabi. Alors que j&rsquo;\u00e9tais en vacances en Espagne peu de temps apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 mes fonctions, le chef du gouvernement m&rsquo;a fait parvenir une enveloppe contenant des liasses de billets. Je l&rsquo;ai renvoy\u00e9e sans jamais l&rsquo;ouvrir. J&rsquo;imagine que c&rsquo;est une pratique en vogue, \u00e0 laquelle je n&rsquo;adh\u00e8re pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le d\u00e9part est un tremplin pour une nouvelle carri\u00e8re\u00a0\u00bb, poursuit l&rsquo;ex-ministre. Admis \u00e0 la retraite \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 45 ans, il s&rsquo;est reconverti, lui aussi, dans l&rsquo;enseignement, per\u00e7oit une pension de cadre sup\u00e9rieur et distribue l&rsquo;autre salaire aux oeuvres caritatives. Des regrets ? \u00ab\u00a0Je ne regrette pas d&rsquo;avoir quitt\u00e9 le pouvoir, mais plut\u00f4t de ne pas avoir men\u00e9 \u00e0 terme mes projets.\u00a0\u00bb<br \/>\nAu revoir et merci<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un ministre quitte le gouvernement, il a droit \u00e0 un salaire de 320 000 dinars (pr\u00e8s de 3 000 euros) pendant six mois. S&rsquo;il dispose de solides appuis dans le s\u00e9rail, il peut continuer \u00e0 jouir de sa villa au Club des Pins, station baln\u00e9aire r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la nomenklatura. Une, voire deux d\u00e9cennies apr\u00e8s leur d\u00e9part, plusieurs anciens dignitaires y vivent encore. Mais si le \u00ab\u00a0d\u00e9barqu\u00e9\u00a0\u00bb n&rsquo;est plus dans les petits papiers du r\u00e9gime, il peut \u00eatre invit\u00e9 \u00e0 quitter rapidement les lieux, parfois sous la contrainte.<br \/>\nSi un ex-ministre cumule dix ans de fonctions attribu\u00e9es par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel et vingt ann\u00e9es de travail, il b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une retraite \u00e0 vie avec un salaire identique \u00e0 celui d&rsquo;un membre du gouvernement en exercice. En revanche, aucun texte de loi ou r\u00e9glementation n&rsquo;oblige un ancien ministre \u00e0 garder le silence. Redoutant les repr\u00e9sailles, certains prennent leurs distances et attendent un \u00e9ventuel retour en gr\u00e2ce. D&rsquo;autres, rares il est vrai, s&rsquo;\u00e9panchent dans les m\u00e9dias ou basculent dans l&rsquo;opposition. En raison de la nature sensible de ce corps d&rsquo;\u00c9tat, le personnel diplomatique de haut rang est astreint \u00e0 quelques obligations : interdiction de s&rsquo;exprimer publiquement, de publier des ouvrages ou des tribunes et de collaborer avec des organismes \u00e9trangers pendant deux ans.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Article\/JA2786p043.xml0\/?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+jeune_afrique_Politique+%28Jeune+Afrique+Politique%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">source<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce mardi 17 novembre 1987, Kamel Bouchama, alors ministre de la Jeunesse et des Sports, est en train de boucler sa valise pour s&rsquo;envoler vers Lagos (Nigeria), o\u00f9 il doit repr\u00e9senter son pays lors d&rsquo;un colloque international, quand il est convoqu\u00e9 s\u00e9ance tenante chez le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Chadli Bendjedid. 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