samedi, octobre 23, 2021

Algérie : La Révolution oui, la Chienlit non !

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Abdelouahab Mokhbi

Les émeutes en Algérie et les événements qui ont pour théâtre la paisible Tunisie ne sont peut-être pas tout à fait superposables.

Dans le premier cas, la fronde des laissés-pour-compte de la république a été indubitablement manipulée par les barons du marché de l’informel. Ce conglomérat compradore a paniqué en voyant ses intérêts mercantilistes menacés par les velléités de modernisation de l’économie par un Etat faible d’un pays dont la classe politique est laminée par 19 années d’état d’urgence.

Dans le second cas, la détermination des tunisiens a pris de court tout le monde, le potentat ciblé d’abord, les observateurs visionnaires et les savants analystes ensuite mais surtout les suppôts et autres soutiens du régime Ben Ali à l’Etranger. Ces derniers constatant que le soulèvement prend l’allure d’une véritable révolution et que le tyran est bel et bien destitué, appellent désormais hypocritement à l’instauration de la démocratie en Tunisie.

Les deux cas, algériens et tunisiens, sont porteurs des mêmes espoirs, ceux de tous les arabes qui se surprennent à rêver qu’il leur est possible de ne plus subir leur avenir. Alors l’ode à la liberté et à la dignité du plus moderne et du plus célèbre poète tunisien, Abou El-Kacem Chabbi, chanté par Oum Kaltoum, retentit de nouveau pour remettre les cœurs à l’ouvrage. Si la Tunisie fera des émules et que le poète, qui a toujours raison, n’est-ce-pas?, galvanise l’ardeur des égyptiens,  s’en est fini pour les tyrans, du Maghreb au Machrek, du couchant au levant.
« A vouloir étouffer les révolutions pacifiques,
on rend inévitables les révolutions violentes»
John Fitzgerald Kennedy

Notre titre se réfère aux turbulences qui ont secoué l’Algérie.  Elles posent une question à laquelle les tunisiens sont en passe de lui apporter une bonne réponse.

L’Algérie au cœur et d’abord !

Quand je pense à mon pays, le mot gâchis s’impose à mon esprit.  C’est dire l’état de déprime permanent dans lequel, à l’instar de beaucoup de mes compatriotes, je me retrouve plongé à longueur d’année. Comme vous pouvez le constater sur ce blog, je me suis prescrit des moments récréatifs en portant mon regard, aussi souvent que je le peux, sur le magnifique ciel de Mostaganem, sur les fleurs qui s’y épanouissent et accessoirement sur la politique chez les autres.

L’agitation sociale qui a propulsé l’Algérie au devant de la scène internationale ne crée pas une situation nouvelle dans le pays. Se baser sur les causes immédiates des récentes émeutes pour tenter de comprendre la problématique algérienne c’est tomber dans le même travers que l’idiot du proverbe chinois qui regarde le doigt du sage quand celui-ci lui pointe la lune.

Ces violences sociales faites de saccages de commerces, de détériorations d’édifices municipaux, d’écoles et même d’hôpitaux sont d’une absurdité intolérable.  Les victimes premières en sont les auteurs eux-mêmes. Le côté pervers de ces poussées de fièvres fait dire à ceux qui veulent se faire passer pour des familiers des dieux de l’olympe que ces troubles sont fomentés par le pouvoir lui-même.    Si l’idée est farfelue, elle n’est pas extravagante pour autant.

Les dégradations inutiles sont condamnées par l’opinion publique et discréditent les insurgés. Le pouvoir est complètement immunisé, aguerri pour gérer ce genre d’affrontements. Il ne concède   jamais à en payer le prix politique en revanche mais ne lésine jamais sur le montant de la facture pour acheter la paix sociale en dinars. Elle vaut alors ce que valent les dinars. Désolé de faire de la concurrence à monsieur de Lapalisse ! C’est autant d’occasion pour le pouvoir de colmater les brèches et consolider les digues qui font barrage aux réformes profondes inéluctables qui feraient rentrer l’Algérie dans une ère de liberté et de démocratie réelle.

De la bravitude !

Le pouvoir excelle pour prendre des mesurettes afin de paraitre magnanime.   Ses ministres perpétuels et inamovibles   ont fait de leur mission, non une charge politique exaltante, mais une profession. Une profession qui ne serait adossée à aucune idéologie qui dise son nom ou autre doctrine qui s’afficherait clairement. L’actuel et inusable ministre de l’éducation nationale, Boubekeur Benbouzid, en est l’archétype. Il fait son apparition dans le gouvernement de Mokdad Sifi en mars 1994, sous la présidence de Liamine Zeroual au Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique Boubekeur Benbouzid : Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.

Depuis il apporte une démonstration magistral que moins vous faites de pédagogie et plus   votre avenir vous sourira. Ou plus exactement, votre longévité est inversement proportionnelle aux idées que vous avez à prôner. Il est l’illustration parfaite de ce pragmatisme de l’immédiat institué en mode de gouvernance depuis, déjà, l’avènement de Chadli Bendjedid. Il consiste à n’exiger du décideur, à quelque niveau où il peut se trouver, que de se contenter de la petite trouvaille qui fera marcher le schmilblick sur le moment.

Demain, un autre jour se lèvera, et il faudra l’enfiler dans le chapelet du temps qui passe. Au suivant ! Sorti du minimalisme de cette optique, tout responsable qui porterait son regard au loin se mettrait vite dans une posture vulnérable. Les postulants à l’affut pour son poste sont souvent trop nombreux   et   piaffent d’impatience pour le dégommer ; Un croc en jambe le fera trébucher à la moindre inattention. C’est ainsi que les bonnes idées et les bonnes intentions sont contreproductives pour faire de vieux os dans un poste comme notre Benbouzid national. Rien que pour son stoïcisme face au bateau qui coule, je lui décernerais bien la médaille de la bravitude (sic). Le premier ministre lui-même ne démérite pas.

Ne nous égarons pas, revenons à nos moutons !

Les troubles récents illustrent, encore une fois, le gâchis et révèlent une société désemparée sans avant-garde politique et une élite intellectuelle qui indiqueraient les chemins possibles vers l’espoir pour le pays. Reconnaitre cela ne justifie pas de se précipiter pour caresser la minorité agissante, qui s’en est donné à cœur joie aux destructions aveugles, dans le sens du poil. Le faire trahirait un manque de lucidité ; c’est ouvrir la porte au chaos. Ce populisme de bas étages je le laisse aux gouvernants sur leur trône vacillant qui n’ont d’autres préoccupations que de s’agripper au pouvoir pour continuer à exister. N’eut été la peur de me faire massivement engueuler, je les aurais plaint. Ravager une usine d’embouteillage de Coca Cola n’est porteur d’aucun contenu politique revendicatif de la part de chômeurs laissés-pour-compte.

C’est un déchainement de haines sociales sans perspectives.   Approuver ce déferlement diluvien d’incivisme, c’est ne proposer comme alternative aux privations de liberté et au déficit démocratique criard dans le pays qu’un état d’instabilité permanent antinomique avec l’idée même de tout développement économique et social. William Quandt, universitaire américain, reproche aux algériens, dans un de ses livres consacré à l’Algérie,   leur déficit de patriotisme. Ils auraient, dit-il, la fâcheuse tendance d’assimiler l’autocratie de leurs gouvernants au pays lui-même. Je serais trop malheureux de croire cela. Je suis néanmoins enclin à penser qu’ils mettent plus de passion que de bon sens dans l’amour de leur pays. Ce mauvais dosage est générateur de tous les dérapages.

Le discours généré par ce dilemme cornélien pour justifier le maintien du statu quo politique s’articule autour d’idées simples et simplistes. L’autoritarisme est le rempart contre l’anarchie et toutes les dérives qu’elle engendrerait.  Les algériens ne seraient pas mûrs pour un système démocratique, leurs partis politiques sont là pour la galerie et pour prendre leur part du gâteau, et qu’in fine, le seul patriotisme qui vaille c’est de faire marcher le peuple à la trique.

Certains bien-pensants et surtout bien-intentionnés à l’égard du bon peuple voudraient lui épargner l’inconfort de devoir choisir.  On lui fait cependant la fleur de solliciter son aval pour   l’option unique.   En contrepartie de sa compréhension, le peuple a droit à un sempiternel menu pour sa subsistance. Il ne lui coutera qu’ d’endurer les potentats qui veillent sur son bonheur, un bonheur toujours conjugué au futur et d’accepter avec enthousiasme le monde tel qu’il lui est dicté.  Autrement dit consentir à subir le quotidien et l’avenir. Un tel discours a été entendu à différents moments de l’histoire récente de l’Algérie. Il est tenu par des personnes souvent à l’intelligence indéniable- il en faut pour faire avaler des couleuvres aux gens-.

Cette idéologie sournoise de café du commerce plonge ses racines dans le tempérament excessif des algériens eux-mêmes, attisé par leur propension à l’autoflagelation et au fatalisme. Les politiques, au plus haut sommet de l’Etat, se plaignent de ne pas avoir un peuple à la hauteur de leurs ambitions. On se souvient du mot malheureux de ghâchi lancé par Noureddine Boukrouh, qui fût un brillant chef de parti, le Parti pour le Renouveau Algérien ( P.R.A), pétri de culture et un intellectuel   prometteur. Le dérapage a indéniablement une consonance péjorative insultante et réduisant le peuple algérien à une foultitude.

Par cette réaction impulsive, Noureddine Boukrouh avait exprimait son dépit pour la faible performance électorale de sa formation. Il avait par la suite choisi une carrière ministérielle avant de disparaitre mystérieusement de la scène politique. Le responsable du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), Saïd Saadi, avait, quant à lui, fait un terrible aveu pour faire passer l’amertume de son manque d’envergure nationale sur le plan électorale. Il se serait trompé de peuple, avait-il éructé sans préciser lequel aurait-il dû choisir !  C’était tout de même fort de café !

Le peuple n’est pas en manque ! Aucun homme politique ne trouve grâce à ses yeux. C’est la culture des tous pourris qui prévaut. Des hommes remarquables sont frappés d’ostracisme pour le moindre empiétement sur les lignes continues imaginaires que chaque algérien définit comme il l’entend. L’Algérie d’en bas imite en cela l’Algérie d’en-haut.

Sans exception, chaque président depuis l’indépendance du pays s’est taillé une constitution à sa mesure. Ainsi chacun met du sien pour entretenir une cacophonie qui ne sert que le césar en exercice. Entre un pouvoir autiste, une classe politique qui ne se renouvelle pas, fatiguée par l’âge et laminée par les effets morbides de l’état d’urgence qui vient de franchir son 19ième anniversaire dans une relative discrétion, voire même une bien regrettable indifférence. Une population qui ne met pas les bons titres sur les combats qu’il conviendrait qu’elle mène.

La société algérienne s’achemine ainsi allégrement vers son blocage. Des hommes expérimentés, porteurs d’idées et vision pour leur pays ont été marginalisés et  sont passés subrepticement à la trappe, pour piéger les empêcheurs de gouverner en rond.

Exit Hocine Aït Ahmed avait prêché dans le désert quand il disait que la seule manière d’être patriote c’est d’être démocrate. Exit Abdelhamid Mehri, Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour un patriote de grande valeur s’est égosillé à souligner l’inanité qu’il y a, pour le pouvoir, à ruser avec l’impasse. Exit Mouloud Hamrouche qui a essayé obstinément de garder la tête hors de l’eau pour dire son refus de jouer avec des dés pipés.

Ahmed Benbitour, pourtant auréolé par la témérité dont il fit preuve en claquant la porte du gouvernement continue à égrener les défis à relever pour reprendre le chemin du développement économique et social, survie cahin-caha sur la toile. Les discours les plus pertinents restent vains car inaudibles pour l’écrasante majorité de la population.

Les émeutes et les violences sociales localisées secouent sporadiquement le pays depuis maintenant quelques années. On compterait vite fait les communes qui n’ont pas encore eu droit à leur route nationale coupée ou leur mairie fermée quand elle n’est pas brûlée. L’auteur d’un article de synthèse sur Algérie-dz.com, datant de  mai 2008, se désolait déjà que « Les émeutes et les violences se multiplient en Algérie sans que cela suscite un débat public pour la recherche de solutions ».

La simultanéité des irruptions dans les grandes villes qui a fait l’évenement en donnant des frayeurs au pouvoir. L’odeur de poudre et de mort d’octobre 1988 a fait défiler les grosses huiles du régime sur les plateaux télés pour prendre des décisions quasiment spontanément de dégraisser les prix de quelques denrées alimentaires.  Focaliser des projecteurs sur la baisse du pouvoir d’achat est une manière de stigmatiser des prix dans le déclenchement des événements. C’est presque nier la crise.  C’est une manière tendancieuse de casser le sucre sur le dos   du peuple à bon compte. Zouheir Aït Mouhoub d’el watan en titrant Barons de l’informel : 1 société civile : 0, montre bien les ministres et les analystes indépendants n’ont pas vu le même match.

L’ampleur des   manifestations vient lever le voile sur un paradoxe qui reflète à lui seul la déliquescence de l’Etat. En effet, c’est pour étouffer toute velléité à restaurer un tant soit peu le pouvoir régalien de l’Etat sur l’économie, en la modernisant par l’instauration d’un contrôle minimale, que les pontes et autres magnats du  marché informel sous-tendu par un système d’essence maffieuse ont mis le feu aux poudres.

Ils ont mobilisés tout le luppen prolétariat pour dissuader l’Etat de mettre son nez dans leurs gisements d’oseille. Trop habitués à ne pas payer des impôts pour laisser le trésor public venir les soumettre à un régime amincissant et grever leurs revenus. Même si le timing de certaines décisions, comme le chèque exigé pour les transactions dont le montant dépasse les 500.000 Da et la brutalité de certaines augmentations (+ de 40%) sont discutables, brusques et inopportunes par rapport au contexte, le revirement pitoyable du gouvernement a davantage affaibli l’Etat déjà moribond.

Un Etat entre les mains d’un pouvoir   qui ne fonde sa puissance que sur la démission collective, je paraphrase à peine Maurice Druon [Extrait de Le Pouvoir], et maintenant, sur sa disposition à ménager les forces occultes du marché. Cette légitimation de l’incursion informelle des barons compradores dans l’Etat pour en défaire des décisions est d’une gravité telle qu’elle pourrait avoir des conséquences fâcheuses sur la nation toute entière. Car elle met en exergue une sorte d’interactions positives entre le pouvoir et la maffia politico-financière, que Mohamed Boudiaf avait dénoncée.

Un peu de vulcanologie !

Le volcanisme algérien est imprévisible. Tous ces soubresauts qui secouent le pays sporadiquement sont, peu ou prou, des répliques d’octobre 1988.   Le pouvoir semble essoufflé et manque cruellement d’idées pour démêler l’écheveau   constitué par le mélange détonant de corruption et détournements de fonds publiques, de chômage des jeunes notamment celui des diplômés, de piston et de passe-droits qui régissent la vie sociale et enfin l’inflation qui a souvent bon dos pour être souvent incriminée de servir comme détonateur. La vérité étant plutôt grise, je dirais qu’elle est susceptible de catalyser des réactions en chaines.

Sur tous ces dossiers sensibles, le gouvernement ne donne aucun signe sur sa volonté de désamorcer la bombe économique et sociale.  Corrompus et corrupteurs peuvent dormirent sur leurs deux oreilles, l’état ne veut rien voir. Avec une administration sans vergogne qui a réussi la prouesse de démocratiser la corruption, le ver est donc durablement installé, peinard, dans le fruit. Les gros scandales financiers (Sonatrach, autoroute Est-Ouest) se succèdent à un rythme effréné qu’ils rendent obscènes de s’appesantir sur cette corruption devenue une véritable rente des petits fonctionnaires véreux.

Excédé par l’atmosphère délétère dans laquelle la vie politique est plongé, j’avais publié en 2008   un article, paru en 2008 dans le quotidien d’Oran, intitulé Néo-Harkis, renégats et l’insolence en plus. Bien qu’il soit passé inaperçu, je crois toujours que mon néologisme est pertinent pour désigner ces sangsues qui pompent avec une gloutonnerie de cochons la rente pétrolière pour se payer des petits paradis en Europe. Le tissu socio-économique se gangrène profondément.     Aucun secteur n’est épargné, justice, université, santé et logement. Et comme dirait l’autre, le plus scandaleux, c’est que cela ne choque plus personne, le pays s’y habitue. Certains rêvent même qu’il s’y résigne !

Le travail aux travailleurs, le profit aux profiteurs

Dans la note précédente sur Ferhat Abbas, nous relevions   l’absence de la culture du mérite. L’échelle des valeurs est si inversée que quelqu’un, postulant pour un recrutement ou une promotion, qui commencerait par faire valoir ses compétences et ses mérites au lieu de mettre en avant sa prédisposition à y mettre  le prix, est, balle arrêtée,   disqualifié pour niaiserie !  Que l’on ne méprenne pas. Si le citoyen ne choisi pas, il vote tout de même, et si les représentants du peuple sont élus, les gens au parfum des choses, vous apprendront combien celui pour qui vous n’aviez pas voté a dû débourser pour amadouer les urnes afin qu’elles consentent à le désigner.

La situation est plus transparente dans la sphère économique du secteur privé. Nonobstant le fait qu’il n y a pas, là aussi, de miracle, -faut pas rêver !-, supposons que vous êtes un citoyen algérien décidé à entreprendre et à investir le marché. Une fois que vous êtes trillé sur le volet par le système, si vous étouffez vos scrupules et que vous acceptez de verser les retro commissions substantielles à celui qui vous accordera le crédit, vous accédez au cercle huppé des investisseurs.

A moins que vous ayez déjà un pactole à blanchir, alors il ne vous restera qu’à suivre la procédure, elle est presque fléché : il faut motiver votre percepteur pour votre note d’impôts ne soit pas salée, amadouer qui de droit pour recruter des jeunes au noir et le tour est joué. Bureaucratique l’administration ? Jamais !   Rêvez-le, il y a toujours de bons samaritains pour vous le faire vivre. Vous êtes déjà un acteur économique heureux. Vous pouvez alors inscrire fièrement sur le fronton de votre entreprise florissante : Le travail aux travailleurs, le profit aux profiteurs. C’est le slogan de la justice sociale du pays qui vous fera rallier tous les concitoyens désireux d’arriver en enfer !

Que Faire ?
Les opportunités que le pays n’a pas saisies pour  une refondation de la république sont nombreuses. La dernière fois que l’Algérie a encore raté le coche fut en 2004, à l’occasion de la promulgation de la réconciliation nationale. Ayant cru, que celle-ci ne pouvait pas intervenir sans un débat décisive pour remettre le pays sur les rails et permettre au pays pour un nouvel élan. J’avais très modestement versé dans le dossier une longue reflexion, parue sous le titre Réconciliation sans tabous* dans le Quotidien El Watan. en voilà un extrait : « Si l’amnistie générale est, comme le rappelait tout récemment Abdelhamid Mehri, l’aboutissement de la réconciliation, celle-ci requiert préalablement une confrontation sans haine, mais aussi sans concessions, des analyses et des idées sur les causes profondes de la tourmente.

La décantation des enseignements qui seront alors tirés de notre crise multidimensionnelle par chacun donnera une ampleur historique à un éventuel référendum. On assisterait alors à une réelle fondation d’une république nouvelle, une réécriture souhaitable de la Constitution scellerait ce renouveau. Une Constitution non pas conçue sur mesure pour chaque président qui s’installe dans les meubles de la République, comme ce fut le cas jusqu’à présent, mais une Constitution écrite pour la République par un président qui refuserait d’occuper un strapontin dans l’histoire. »

J’avais vite déchanté, le pouvoir s’est définitivement révélé d’une petite nature, et depuis, il a manifestement confirmé son allergie à tout débat. Il lui est plus loisible d’imposer des solutions que d’en débattre de leur pertinence. Toujours cette culture de l’immédiat, bien emmitouflée dans l’indigence intellectuelle dans laquelle baigne l’exercice du pouvoir.

La leçon tunisienne.

La leçon s’articule autour de plusieurs chapitres intéressants. Les plus remarquables portent sur la rapidité, la détermination,   la vigilance pour ne pas se laisser manipuler par des promesses d’un président aux abois et surtout cette maturité, cette intelligence collective de ne pas s’en prendre à la Tunisie en la défigurant mais au potentat Ben Ali, qui vingt trois ans durant avait cru l’avoir offerte à sa belle famille, lui le boy de sa seconde femme Leila Trabelsi.

La leçon avait a été écrite par l’enfant prodigue, Abou El-Kacem Chabbi, mort en 1934 à la fleur de l’âge. Chantre de l’amour mais pourfendeur sans concessions des tyrans, il a laissé un véritable testament   à l’ensemble du monde arabe. « Quand le peuple se décide un jour d’opter pour la vie… » Un hymne à la vie digne qui se mérite : un poème d’une telle vigueur que seuls le souffle tonique et la puissance de la voix pure et cristalline d’Oum Kaltoum pouvait le porter sans en abimer l’âme.

Il faut solliciter l’autorité littéraire d’un Johann Wolfgang Von Goethe pour en dire la quintessence en une phrase. « Seul est digne de la vie celui qui chaque jour part pour elle au combat. » Les tunisiens, passant de la théorie à la pratique, viennent d’illustrer magnifiquement ce beau poème épique de Chabbi que tous les collégiens arabes connaissent par cœur ! Puisque c’est la révolution, je m’aventurerais à souligner la parenté de Chabbi avec Vladimir Maïakovski dans le rythme électrisant de leur souffle poétique.

« Comment osez-vous vous prétendre poète et gazouiller gentiment comme un pinson ? » S’interrogeait le fougueux Maïakovski. Chabbi a fait le pinson et s’il ne s’est pas armé « d’un casse-tête pour fendre le crâne du monde ! », ça urgeait pour lui de semer les mots qui ramènent, aujourd’hui, le printemps en hiver sur Tunis.

Nombreux sont les enseignements que tous les autocrates du monde arabe et d’ailleurs devraient tirer des récents événements de la Tunisie. Primo, il n’existe pas de peuple docile et corvéable à volonté ad vitam aeternam. Deusio, il y a toujours un moment où la coupe et pleine et malheurs aux despotes qui se font surprendre par la colère de leur peuple. Tertio, Quand les apprentis sorciers mènent un pays à vau-l’eau en ouvrant la boite de pandore,   l’espérance reste. Même les peuples les plus rétifs à l’allumage finissent par dire basta !  Le peuple voit alors rouge, et c’est déjà la révolution !

Abdelouahab Mokbi

Algerie Network

 

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