mardi, août 3, 2021

La Chute de l’empire Industrielle National Algérien

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Préambule
Il n’est pas dans mon intention de faire, par nostalgie diront certains, dans l’apologie d’une période passée, que beaucoup aujourd’hui, veulent voir définitivement enterrée. Pourtant elle ne cessera pas de hanter nos esprits jusqu’à la disparition de plusieurs générations, celles qui l’ont vécue profondément.
C’est cette génération à laquelle j’appartiens et je le revendique avec beaucoup de fierté. Non ! Ce n’est pas du populisme encore moins une ambition quelconque de me replacer car je suis, malheureusement en retraite, déjà, et je n’ai pas eu le choix.Je ne suis ni Boumediene -iste, ni berbériste, ni « PAGS -iste », et d’aucun bord politique.

Je suis tout simplement de cette génération post indépendance à qui l’on a demandé de verser le tribut de la sueur et nous l’avons fait pour la plupart sans compter.

Nous l’avons fait parce que nous croyions au rêve de faire de l’Algérie une nation en développement. Chacun a apporté sa pierre dans la construction de cet édifice économique, qui, nous le disait-on, visait à atteindre le niveau de l’Espagne.

Par le sacrifice de tout le peuple d’énormes efforts ont été consentis et des investissements gigantesques ont été réalisés. L’Algérie était classée parmi les tous premiers pays dans l’accumulation de capital. Au bout du chemin un tissu industriel presque complet et intégré a été constitué et devait permettre un développement harmonieux de tous les secteurs, du secteur primaire au secteur des services.

Une industrie lourde, de la sidérurgie à la construction mécanique, une industrie de transformation d’inputs nationaux dont les produits étaient destinés à la satisfaction des besoins des populations, jusqu’à l’industrie de production de produits de confort (meubles, produits électroménagers), sans oublier même les services de loisirs (tourisme).

Qu’en reste –t-il aujourd’hui ?

Un véritable tsunami, une catastrophe a tout détruit ou presque. Ce séisme s’appelle tout simplement le train de réformes engagées depuis 1980. C’est un véritable crime contre le peuple qui a été commis.

Un crime double dans le sens où, les efforts d’investissements ont été consentis sur le Trésor Public et les conséquences des réformes ne sont subi que par cette frange de la population la plus laborieuse et la moins consultée.

Aujourd’hui les richesses de la nation sont réparties entre une minorité constituée par la bourgeoisie compradore aux ordres des puissances piliers des institutions internationales qui dictent leurs injonctions au nom de la sacro sainte mondialisation, et nous ne sommes pas le seul pays, bien que nous fassions partie de ce groupe de pays qui a facilement accepté les conditionnalités du FMI et de la Banque Mondiale.

Dans ces pays sont nées des classes de nouveaux riches nés du recyclage politique ou militaire(Russie) ou qui ont exploité la brèche de l’ultra libéralisation du commerce extérieur profitant de la faiblesse, voire de l’inexistence de l’Etat.

Il est difficile de comprendre que d’éminents économistes nobélisés, des chefs d’Etat dénoncent cette mondialisation et que chez nous, par contre on en fait une fatalité qu’il faut absolument subir : c’est comme ça ou bien l’Irak ! Avait déclaré le Président de la République un certain 24 Février pour faire la promotion de la Loi sur les hydrocarbures, ensuite annulée.

Devant la crise, qui n’est pas encore derrière nous, nous cherchons des solutions et des moyens de nous en sortir.

Le débat politico-économique est concentré sur des mesures accessoires en oubliant le cœur du problème, qui ne peut être que la production pour échapper aux tenailles de cette mondialisation qui va faire de nous une simple caisse et des tubes digestifs.

Il ne sera plus possible de continuer à nous croire en sécurité grâce à cette manne financière qui s’épuisera très rapidement, de surcroît avec des réserves en pétrole et en gaz qui s’épuiseront, elles aussi, plus vite que nous le croyions.

Il est encore temps de mettre en œuvre les programmes de relance véritable qui doit ne compter que sur nos moyens et cesser de faire dans cette politique narcissique faisant croire que nous sommes plus intelligents et plus forts que tout le monde.

Nous sommes classés bons derniers sur tous les indices. Même l’équipe nationale de Foot Ball qui fut notre fierté il y ‘a quelques semaines recule déjà dans le classement de la FIFA.

Rétrospective sur un contexte politique

Avertissement

Pour éviter toute polémique, il sera évacué toute considération idéologique autour du modèle de développement choisi. L’essentiel est de tenter de démontrer que les plans de développement, au demeurant applaudis par la presque totalité du peuple, y compris son intelligentsia, ont été conçus et mis en œuvre dans le souci de la promotion de l’économie nationale.

Ce qui, par contre, est discutable est la forme de gestion mise en place.

La gestion étant une science expérimentale qui n’a aucune nationalité ni aucune teinte politique, pour peu que nous nous accordons et convenons que l’entreprise économique est un lieu de production de richesses et ne doit servir en aucun cas d’appareil de propagande et d’outil au service du pouvoir politique.

Quelque soit la forme de propriété des capitaux, le management répond aux mêmes critères de rentabilité et de performance, la différence est dans la forme et le modèle de répartition des valeurs ajoutées dégagées.

Nous essayerons donc de retracer l’historique et les fondements du modèle de développement choisi, sur la base de notre expérience et de notre vécu.

Au lendemain de l’indépendance se posait le problème crucial du genre de développement à mettre en œuvre, pour un pays qui sort d’une guerre meurtrière et d’une longue nuit coloniale de près d’un siècle et demi de durée.

Nous nous accorderons que le colonialisme d’occupation a détruit toutes les structures sociales, culturelles, cultuelles dans sa tentative de déculturation et d’acculturation, allant jusqu’à des opérations de génocide et de réduction des populations en hordes indigènes abandonnées aux fléaux y compris les épidémies, espérant une extinction progressive.

Pour rendre justice aux initiateurs de la révolution, ils ont eu le mérite dans la plate forme lors du congrès de la Soummam, de jeter les bases de l’Etat post indépendance, qui est un Etat républicain, démocratique et social, sur les bases des principes de l’Islam.

Au recouvrement de l’indépendance politique se posait se posait la question cruciale :

― Faut-il laisser l’initiative de développement à la population sous la forme libérale, la liberté d’initiative selon les règles exclusives du marché ?

― Ou bien, faut-il « forcer » le développement par l’encadrement de l’Etat, qui, même naissant secoué et meurtri par les luttes claniques a pour mission de parachever l’indépendance politique par l’indépendance économique ?

Trois années d’égarement, de bricolage, et de luttes fratricides ont ajouté en acuité au problème.

Ces trois années ont vu des conflits armés internes, avec nos voisins, des luttes pour le pouvoir adoubées de comportements des plus autarciques, un pouvoir à la recherche d’obédience politique, de pays tuteurs devant l’inexpérience, d’abord du chef de l’Etat grisé par le poste et son charisme hérité de la guerre grâce à toutes ces actions de promotion en sa faveur.

Socialisme russe, chinois, cubain, yougoslave ? L’Algérie opte pour un socialisme « spécifique ».

Les nationalisations massives, l’autogestion des domaines agricoles, après les départs des colons ont fini l’œuvre de la guerre dont les cicatrices ne se sont pas encore fermées.

Pendant trois longues années, le pouvoir occupé dans ses règlements de comptes a oublié le peuple, ses souffrances et ses exigences. Il est abandonné à son sort allant jusqu’à se poser les questions sur ses sacrifices dont les fruits s’estompaient rapidement : La désillusion gagnait du terrain, surtout que les formes de relation Etat- Peuple n’avaient pas changé en grand-chose sa situation.

Le 20 Juin 1965, le peuple se réveille abasourdi par la nouvelle du coup d’Etat contre « son idole », mené par feu Houari BOUMEDIENNE, alors ministre de la défense.

La forme de la prise de pouvoir est discutable, voire condamnable, mais en son temps ce genre d’acte était considéré comme œuvre révolutionnaire lorsque les intentions du conseil de la Révolution institué a dévoilé ses arguments et ses intentions.

En tous les cas, quelques soient les intentions des auteurs de la prise du pouvoir déclarées à postériori, cet acte sans se référer à la volonté populaire est annonciateur d’une volonté d’instaurer un pouvoir dictatorial, puisqu’aucun engagement clair avec des échéances fixées n’a été pris. Mais la conjoncture à l’échelle mondiale faisait de ce genre d’opération des actes révolutionnaires salutaires lorsqu’il faut écarter d’autres dictateurs ne répondant pas aux objectifs des puissances économiques, qui, en ces temps là, se souciaient plutôt de maintenir leurs zones d’influence.

Mais, encore une fois nous ne voulons pas verser dans des analyses historiques, laissant cela aux spécialistes, les historiens.

Cette date fut le point de départ de toute la politique économique, une politique réfléchie, qui a au moins le mérite d’avoir existé et d’avoir été déroulée.

Loin de verser dans la nostalgie, le rêve venait d’être émis clairement, le rêve de faire de l’Algérie un pays industrialisé, cultivé, dont les richesses allaient profiter à tout le peuple.

Un projet de Nation est né et nous voulons profiter pour citer un Grand Homme d’Etat, Ferhat ABBAS pour le nommer :

― Les grandes idées naissent dans des moments de rêve ; le temps et la persévérance les font fructifier ;

― Loin du triptyque classique d’unicité de territoire, de langue et de religion, un projet de société en formation peut se construire autour d’un rêve partagé.

(La reprise des citations n’est pas intégrale, le lecteur est prié de m’en excuser)

Malgré les oppositions latentes, quelques fois timidement exprimées, sournoises, pernicieuses, le peuple n’a pas mis beaucoup de temps pour saisir le message, l’importance du projet qui lui a été proposé pour enfin l’adopter.

Plusieurs plans de développement ont été mis en œuvre : premier triennal, premier et deuxième plan quadriennaux, etc.

Ces plans ambitieux ont valu à l’Algérie un classement des plus honorables, parmi les pays à plus fort taux d’accumulation de capital, par sa politique d’investissement dans la production de valorisation de ses ressources et la production de biens d’équipement et de consommation, qui constituent les véritables richesses.

Les détracteurs d’aujourd’hui rétorqueront que ces plans furent une erreur, l’Algérie faisant dans le gigantisme de vitrine, avec un modèle de développement centré sur le seul Etat, oubliant le secteur privé considéré comme parasitaire.

Sur ce point beaucoup de débats ont eu lieu durant la période 1979/1982, débats qui ont servi à amorcer un train de réformes dont nous parlerons plus loin.

Ces plans étaient conçus autour de grands axes :

― Une industrie industrialisante ;

― Un secteur industriel de transformation destiné, en plus de la satisfaction des besoins essentiels de la population, à fixer les populations et à résorber le chômage ;

― Une agriculture moderne.

Ces plans visant la modernisation du pays étaient soutenus par des réformes de l’éducation, de la santé donnant accès à toute la population aux bienfaits de la vie, après l’austérité.

C’est une véritable course contre la montre qui est engagée. Les programmes d’investissement sont lancés simultanément tous secteurs confondus.

Etat puissance publique, Etat propriétaire, Etat gestionnaire se confondent (et c’est là l’essentiel de l’erreur considérant le peuple comme simple pupille), pour mettre en place, d’autorité, une base industrielle, économique qui, aujourd’hui devaient faire de l’Algérie une puissance régionale, à l’image des pays asiatiques dont l’histoire moderne est récente.

L’inventaire exhaustif des réalisations serait fastidieux.

Nous nous contenterons d’énoncer en termes de réalisation les grands schémas et essayerons de souligner la cohérence du modèle de développement.

Modèle de développement

L’héritage laissé par le colonialisme, hormis les frontières tracées et reconnues par les chartes de l’ONU et de l’OUA, permettant à l’Algérie d’être à l’abri, des convoitises des voisins par la force du droit international, n’est pas reluisant.

Fallait-il s’attendre à autre chose lorsque, sous la bannière de la politique d’occupation et d’annexion du territoire, le développement du pays était orienté vers les besoins de la seule Métropole, excluant la population indigène ?

Au sortir de la guerre :

― Une éducation insignifiante et une population analphabète ;

― Une industrie presque inexistante, les seules activités étant des activités embryonnaires dont les productions étaient orientées à la satisfaction des besoins des européens et du marché de la métropole ;

― Une agriculture extensive de céréales et de vignes vinicoles ;

― Une population meurtrie, exsangue sans formation et réduite à des réservoirs de main d’œuvre exportée vers la métropole, et des ouvriers agricoles ;
― Une armée de chômeurs ;

― Une campagne à la limite de la préhistoire et des villes sans âme peuplées d’habitants sans repères, désorientés par les vides laissés par les quelques industriels qui ont rejoint la France.

Telles sont les données intangibles, qui devaient encadrer les réflexions sur le développement utile et nécessaire à l’Algérie. Que faire maintenant que nous sommes libres et indépendant ? Telle devait être la question qui se serait posée aux responsables de l’époque, je le suppose.

Réaliser l’indépendance économique fait osciller la décision entre deux choix possibles :

― Créer une base industrielle à même de réduire la vulnérabilité de l’économie face au capital international, par des décisions volontaristes ;

― Ou bien s’inscrire dans le mouvement international laissant les forces productives et au capital privé, national et étranger, le soin de prendre en charge le développement selon la force des seules lois du marché.

Il est naturel que le choix penche plutôt pour la première alternative pour au moins deux raisons.

La première dans le respect des aspirations du peuple, qui a pris les armes pour une indépendance totale et pour briser les rapports féodaux de production.

La seconde est constituée par le rêve de vivre enfin dans un pays libéré de l’oppression, à l’abri de toute forme de domination, de toute velléité d’asservissement sous toute forme.

Comme nous l’avons ci avant énoncé, le schéma de développement envisagé, sur la base de toutes ces considérations sociales, historiques avait pour objectifs principaux la mise en place :

― D’une industrie industrialisante (production de biens d’équipement) ;

― Une agriculture moderne performante visant l’autonomie alimentaire ;

― Une industrie de transformation des inputs locaux ;

― Une industrie manufacturière dont les objectifs en plus de la satisfaction des besoins des populations répondait aux soucis d’aménagement du territoire et de résorption du chômage.

Tous ces programmes sont tracés sur la base et le principe guide de l’intégration et du noircissement de la matrice d’échange inter industrielle.

Les réalisations

Il ne nous sera pas possible de faire l’inventaire de toutes les réalisations de ces différents plans, qui serait un travail fastidieux. Nous nous contenterons de décrire seulement les grands ensembles en essayant de démontrer la cohérence de ces conceptions.

Par contre, nous détaillerons un peu plus, ce qui concerne la branche manufacturière et particulièrement, le secteur des textiles, celui que nous maitrisons le mieux, ceci pour le premier argument.

Cette attention particulière sur le secteur des textiles est motivée également la catastrophe qu’elle a subi de plein fouet des le milieu des années quatre vingt dix, par les différents ajustements qui lui sont appliqués.

Les différents plans de développement ont donné naissance à un véritable tissu industriel organisé en ensembles :

― Un pôle sidérurgique et métallurgique pourvoyeur de demi-produits destinés à la transformation ;

― Un ensemble d’industries mécanique, métallurgique, électronique, électrotechnique devant produire les biens d’équipement ;

― Un ensemble chimique et pétrochimique dont l’objectif de valorisation des ressources en hydrocarbures et devant fournir les secteurs et branches de l’agriculture et de la manufacture ;

― Un ensemble industriel devant fournir les intrants des programmes de réalisation de logements (cimenteries, briqueteries, etc.) ;

― Un complexe manufacturier et de production de biens de consommation.

Ces plans de développement annuels et pluriannuels sont soumis à l’analyse et à l’approbation des Comités des Grands Equilibres, pour en assurer la cohérence et la coordination nécessaire dans une économie naissante.

Les projets ont toujours été décidé après étude de marché (qui, en fait étaient des évaluations et des projections des besoins), qui, quelque soit leur qualité ont eu le mérite avoir été faites.

Les méthodes de réalisation ont, elles aussi, permis un transfert de technologie et de savoir faire, au moins dans la fonction engineering.

Les grandes Ecoles d’Ingénieurs et de Techniciens et les Instituts de Technologie ont appuyé cette démarche en fournissant les entreprises publiques en cadres intégrés dans les équipes de développement, qui, en collaboration avec les Sociétés étrangères et les bureaux d’études, ont réussi à capitaliser une expérience et un know how collectif qu’il est difficile d’envisager sans investissement aujourd’hui.

Dans les années soixante dix et quatre vingt il n’existait pas une seule société nationale sans une grande direction Engineering et Développement forte d’équipes pluridisciplinaire qui auraient pu prendre le relève, aujourd’hui.

Pour reprendre le fil de notre idée, nous revenons à la branche textile pour faire la démonstration de cohérence des investissements réalisés.

Ce choix est motivé par plusieurs raisons :

1― Les objectifs qui lui étaient assignés ; satisfaction des besoins « primaires » ;

2― Résorption du chômage ;

3― Aménagement du territoire et fixation des populations ;

4― Facilité de maitrise de la technologie ;

5― Intégration prévue d’intrants nationaux issus des prévisions du développement du secteur agricole.

Beaucoup de pays du niveau de l’Algérie ont réussi l’amorce de leur développement par l’industrie textile : Maroc, Tunisie, Inde, Chine, Thaïlande, Turquie, etc.

Le complexe textile algérien

Une exception à souligner est celle du complexe de Draa Ben Khedda (dans la wilaya de Tizi Ouzou) qui a été réalisé dès les premières heures de l’indépendance. C’est un projet délocalisé de l’Egypte, financé par des institutions internationales pour être implanté en Kabylie en effervescence alors, sauf mauvaise foi de la source d’information.

Ceci dit, le combinat national textile est implanté suivant une logique qui peut se passer de tout commentaire.

1― Les usines de Oued Tlelat, Valmy (dans l’Oranie) et de chabat rsas (Constantine) devaient traiter les productions de coton des plaines de Chleff et de la Seybouse.

Le coton produit dans ces coopératives, jusqu’aux années soixante dix, équivalait en qualité au coton égyptien de Guizèh.

Cette culture est abandonnée et le patrimoine génétique perdu à jamais, les semences étant cédées.

2― Le complexe lainier de Tiaret : sa réalisation est inscrite dans un programme de développement d’ensemble prévoyant le traitement des laines des cheptels des hauts plateaux, dont la croissance projetée permettait d’envisager des récoltes importantes. Ce programme incluait même l’introduction de l’élevage de moutons mérinos pour la laine de haute qualité.

Ces projets ont connu des sorts les plus mystérieux, ou tout simplement abandonné. Le complexe de Tiaret a d’ailleurs acquis une réputation bien triste de projet qui n’a jamais sérieusement démarré. Il devait employer plus de deux mille, personnes.

3― L e complexe soieries de Tlemcen : Il constitue probablement, par sa conception et ses objectifs, un grand défi. Cet immense combinat intégrait même le développement de l’élevage du vers à soie, y compris la culture du murier, bien entendu. Une promotion de cadres a d’ailleurs été formée au Japon. C’est dire que tous les éléments pour la maitrise de ce projet ont été pris en considération.

4― Le complexe lainier de l’Est, comprenant :

― Un lavage peignage à Meskiana ;

― Une filature à Ain Beida et une autre à Tébessa ;

― Trois complexes de tissage finissage à :
• Souk Ahras
• Khenchela
• Biskra

Cet ensemble dont les technologies et les capacités étaient conçues et réalisées dans l’optique d’une intégration avait, à l’instar du complexe de Tiaret, pour objectif, l’absorption de laine dégagée par le cheptel des hauts plateaux de l’est dont projections prévoyaient une croissance pouvant atteindre aisément plus de trente millions de têtes.

5― Les grands ensembles cotonniers :

― Batna- Sebdou-Akbou, spécialisés respectivement dans les toiles coton, le jean et le velours devaient compléter la gamme de produits destinés à l’habillement, l’ameublement ;

― Laghouat- Kherrata, étaient orientés vers la draperie ;

― Barika et Bougaa réservés à la production de filés coton destinés à la transformation (par le tissage dans les ateliers privés) et à la confection et le conditionnement pour les ménages.

6― Tissus en synthétique : l e complexe soierie de Nédromah et une grande partie du complexe de Tlemcen devaient être le réceptacle des outputs des complexes de transformation à partir des dérivés du pétrole.

Ces complexes pétrochimiques dont, toutes les études ont été réalisées, et même des promotions entières d’ingénieurs et de techniciens formées, qui devaient produire une grande variété de fibres (polyesters, polyamide, polyacrylique, polypropylène) n’ont jamais vu le jour pour des raisons difficiles à admettre la matière première étant disponible et nationale.

7― L’ensemble couvertures constitué des usines de Bab Ezzouar, Tissemsilt, Ain Djasser devait lui également utiliser les fibres produites par le secteur de l’industrie pétrochimique.

Il faudrait tout de même signaler que des discussions du secteur à qui devait être dévolues les missions de production des fibres synthétiques n’ont pu aboutir et ces complexes ont fini par démarrer en utilisant des fibres d’importation au bonheur des grandes sociétés européennes.

Cet ensemble industriel devant employer au minimum cinquante mille travailleurs était accompagné d’une quarantaine de petites unités de confection pour la transformation en aval, d’une partie des produits issus de la branche textile, avec le secteur privé de la confection.

En conclusion, nous pouvons affirmer que cet ensemble industriel, n’a à aucun moment était pensé au hasard, mais bien conçu pour répondre à des besoins clairs et à des objectifs de développement harmonieux et réfléchi.

L’industrie textile offre l’avantage de la facilité de maitrise technologique. Si tous les secteurs avaient suivi le rythme du développement industriel, cette industrie aurait pu se libérer depuis longtemps des contraintes liées aux importations de la matière première.

Pendant la période de réalisation de tous ces complexes, qui n’a pas été longue de vastes programmes de formation de Techniciens Supérieurs et d’Ingénieurs ont vu le jour et des promotions de cadres par centaines ont été livrées à l’industrie.

Ces formations ont été également accompagnées de la formation de cadres moyens et d’agents de maitrise dans les centres professionnels spécialisés, en plus des formations dans les centres des sociétés de réalisations des usines(en Europe), pour encadrer les démarrages des projets.

C’est dire que rien n’a été laissé au hasard. Tout a été réfléchi et bien réfléchi.

Il faut également ne pas oublier de dire que le même schéma de développement et d’investissement a prévalu dans les autres secteurs.

Ces derniers ont pris en considération les soucis de doter le pays de moyens de développement, qui, s’il n’est pas tout à fait autonome, répond à tout le moins aux besoins urgents de la nation.

Ainsi le secteur des IMME devait prendre en charge la production de biens d’équipement, de la machine outil au véhicule industriel, le tracteur agricole, l’engin de travaux public, etc.

Cet ensemble industriel a subi bien des réformes, en différentes circonstances et pour différents motifs, pour en faire ce qu’il en est advenu aujourd’hui, c’est-à-dire un ensemble d’entreprise désignées du doigt comme des gouffres budgétivore puisant dans le Trésor public pour de successifs assainissements financiers dont les résultats, ne nous cachons pas la face, ne peuvent pas être autre chose, à la manière dont sont conduites les réformes.

Dans le contexte de compétition et de concurrence à la faveur de la mondialisation, les recapitalisations ne mènent à rien, si nos entreprises restent ce qu’elles furent il y’ a vingt années.

Les entreprises avaient besoin de mise à niveau sur les plans techniques et technologique, mise à niveau accompagnée du recyclage et du perfectionnement des managers.

Ce travail aurait mérité également une clarification des missions de ces entreprises , du statut des cadres et des responsables managers, ainsi que l’encadrement juridique de la gestion mettant hors de danger les actes de gestion, soutirant de la pression les cadres qui prennent des initiatives, pressions exercées par les différents appareils administratifs, juridiques, sécuritaires.

Il est bien entendu que les actes de mauvaise gestion, clairement établis selon les canons de l’orthodoxie du management doivent être sévèrement réprimés et « abolir » l’impunité.

Les grandes étapes des reformes et leurs résultats

A la fin des années soixante dix les sociétés nationales atteignent des dimensions dignes des multinationales qui dominent le marché mondial.

Certaines pouvaient envisager de rivaliser, chacune dans son domaine avec les grandes entreprises de renom, pour peu que le pouvoir politique l’inscrive comme objectif ou, plutôt comme étape dans le développement.

Mais les programmes, après une « pause » de deux années, 1979 et 1981/82, décident autrement.

La réforme commença par la restructuration organique de ces géants pour en faire des sociétés, plus petites, issues des entreprises « mères ».

Cette opération ne fut qu’une entreprise de chirurgie et de découpage.

En son temps beaucoup de spécialistes et de managers de renom ont tiré des conclusions qui n’agréaient pas le pouvoir, et c’est au forceps que la mise en œuvre a eu lieu. Le premier ministre de l’époque a usé de menaces et utilisé des moyens de persuasion, a l’exemple de cité d’accompagnement et de primes d’installation pour convaincre l’encadrement de rejoindre les nouveaux sièges des nouvelles sociétés.

Les changements ne sont pas énormes à l’exception du nombre d’entreprise qui a été multiplié par dix au moins.

Si nous faisons abstraction des avantages directs récoltés par les seuls cadres qui ont bénéficié de promotions et de quelques avantages matériels insignifiants, cette restructuration ne présentait que des dommages.

En effet toute l’expérience collective acquise tout le long des années soixante et soixante dix, a été détruite par son éclatement, sa parcellisation par les affectations des éléments la constituant.

En plus, le maintien de la forme de gestion nécessitait au lendemain de cette opération beaucoup plus d’efforts d’harmonisation, de coordination et de cohérence : ce qui se faisait dans une structure centrale doit se faire pour la même branche dans dix, voire plus, de structures de même importance, avec en plus le besoin d’analyse de cohérence.

L’opération, est suivie d’une étape, nécessaire de toilettage des bilans, opération qui a pris beaucoup de temps. Il était indispensable aux entreprises nouvellement créées de disposer de leurs propres bilans, après répartition des dettes, créances et autres découverts y compris leurs services.

Les entreprises naissent donc avec de gros boulets aux jambes, les rendant incapables d’envisager un quelconque investissement, en raison de leur « bancabilité » largement affectée.

Les entreprises étant constituées sur emprunt bancaires auprès de la BAD, il a fallu attendre la consolidation et le rachat par le Trésor des dettes BAD, pour que ces dernières soient enfin dotées de capital social, condition sine qua none, donnant naissance à la personne morale.

Ces opérations ont duré prés de cinq années, ce qui nous amène aux années 86/87, qui coïncident avec le choc pétrolier qui a vu l’effondrement des prix du baril de brut, ôtant du coup les capacités de l’Etat à recourir aux mesures de dopage.

Après la restructuration donc, vint l’AUTONOMIE

Les réformes de 1988

Les réformes envisagées par l’équipe des réformateurs auprès de la Présidence jetèrent beaucoup de troubles dans les esprits.

Il y’eut d’abord beaucoup de résistance des partenaires sociaux, le Syndicat qui voyait s’effondrer tout les pouvoirs qu’il détenait dans les processus institués par la GSE (Gestion Socialiste des Entreprises) par sa participation au sein des différentes commissions, particulièrement celles de la formation et du personnel, des affaires économiques et financières.

Dans son premier article la Loi d’Orientation gardait à l’entreprise son qualificatif de Socialiste, une aberration de plus si ce n’est que pour faire des concessions sans valeur aucune, l’entreprise ne pouvant être qu’économique.

L’abrogation de tout le dispositif de la GSE devait donner au manager tout les pouvoirs les plus étendus pour gérer l’outil qui lui est confié dans le seul objectif de créer des richesses.

Mais encore une fois, les réformes ont occulté la véritable force de production qui est la ressource humaine, indispensable quelque soit le degré de technologie, ou l’organisation.

En gros, tout l’arsenal juridique, des conseils d’administration aux Fonds de Participation et de gestion des portefeuilles, a été mis en place.

Une nouvelle classe de managers venait d’être créée.

La création de cette classe a été précédée de débats très controversés autour des profils exigés.

La Présidence engage la conception d’un fichier national de cadres et de compétences très vite remis en cause et abandonné au profit de nomination des administrateurs par cooptation une fois les Directeurs Généraux reconduits en qualité de Présidents Directeurs Généraux, à telle enseigne que toutes les aberrations sont vite apparues dans la structure des différents conseils d’administration où l’on vit des participations croisées conçues dans le seul souci de constituer des majorités confortables pour les résolutions.

L’autonomie conféra beaucoup de liberté aux seuls PDG, qui, heureux de ne plus avoir de tutelle de contrôle, s’accordent toutes les facilités et les privilèges, au demeurant insignifiants devant les responsabilités dont ils ont été chargés, l’exception de ceux qui en profitèrent ne devant pas être érigée en règle.

Le hasard et le malheur ont voulu que cette situation ne dure pas longtemps.

A peine deux années après le pays s’engouffre dans le cycle de la violence, après Octobre 1988.

Les grèves de 1988, 1989 déclenchées sans aucun fondement et d’une manière des plus anarchiques, souvent pour demander le départ des cadres accusés de tous les torts, ont fait plier les jambes aux entreprises qui ne se relèveront pas de si tôt.

Avec le terrorisme de 1991/1992 et les grèves « politiques » les entreprises arrivent très vite au bord du gouffre.

Le contexte socio politique, la situation financière du pays, conjugués ensemble finirent l’œuvre de déstructuration et de destruction des entreprises.

De 1988 à 1995 la gestion ne consistait qu’à passer les écueils en n’ayant pour naviguer dans ce brouillard que la règle « éviter le pire ». Peu importe la performance qui n’est d’ailleurs exigée par personne, seul était exigée de la résistance.

Sur le plan macroéconomique, le débat était centré sur la situation financière du pays qui n’était pas du tout reluisante, il faut en convenir.

Surendettement, poids du service de la dette, trop faible couverture des approvisionnements se comptant en jours, handicapaient sérieusement les capacités de réflexion des gouvernants.

Prise entre les mâchoires du terrorisme et de la situation financière l’Algérie céda trop facilement aux injonctions des institutions financières mondiales, le FMI et la BM.

Ajustement structurel et privatisation :

L’économie algérienne est passée sur le divan pour diagnostic par les bureaux d’études et d’ingénierie financière souvent recommandés par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International.

L’examen a été strictement une analyse de rentabilité financière excluant de leurs champs d’analyse toute autre considération.

Arguant la situation sécuritaire ces analyses et autres études se sont déroulées pour la plupart dans des bureaux cossus d’Alger ou même de Paris et des autres capitales ou sont installés les sièges et filiales d’Ernst and Yong, d’Andersen, KPMG, KOHL Consultants, etc.

Le problème se posait en termes d’équilibre entre le niveau d’activité des entreprises et le niveau de leurs charges.

Cette analyse, située dans son contexte, juste après la suppression des monopoles du commerce extérieur et ouvert le marché à la concurrence libre, ne pouvait pas aboutir à d’autres constats.

Sur les conseils de ces bureaux, le recours au rééquilibrage a utilisé la réduction des charges les plus faciles à tailler. Après l’externalisation des activités accessoires, l’essaimage des fonctions de soutien considérées comme secondaires c’est la coupe dans les effectifs dits pléthoriques.

La grande porte est ouverte aux départs « volontaires » à coup d’indemnisation, au chômage et aux préretraites. Ces opérations menées tambour battant ont vidé les entreprises de leur substrat en expérience acquise et c’est la crème des ressources humaines qui a quitté l’entreprise, mais pour tenter ailleurs.

Pendant ce temps le marché est envahi par les produits d’importation, venus de partout sans aucune mesure de protection du consommateur, encore moins de la production nationale, ce qui nous fut interdit, mondialisation oblige.

De recul en recul, abandonnées par le Propriétaire, les entreprises sombrent rapidement dans la déliquescence progressive pour fermer l’une derrière l’autre.

Dans le désarroi, d’autres reformes sont engagées, de la réorganisation des sociétés de gestion des participations, passant des Fonds de Participation, aux Holding, aux SGP et maintenant des Pôles de compétences et voire quoi d’autres. En somme des mesures de réorganisation plutôt que des actions de réhabilitation des entreprises.

Le Ministre des Participations très prolifique en dossier n’arrive pas en plus de dix années à redonner l’espoir, ni aux entreprises publiques, ni aux entreprises privées, ni encore moins aux investisseurs étrangers.

Pendant ce temps la polémique s’installe entre les ministres et leur chef autour de la stratégie industrielle et sur les grandes questions d’ordre national et économique, ce qui n’est pas pour rassurer, bien au contraire.

L’ultime étape dans ces réformes est la filialisation des unités qui consiste à ériger en société par action les unités quelque soient leurs tailles pour en faire des entités qui peuvent faire faillite plus facilement ou être privatisées sans de gros problèmes, parce que à la portée des investisseurs privés nationaux et/ou étrangers.

Vint donc l’étape privatisation autour de laquelle grand bruit a été entretenu pour aboutir aux résultats que nous connaissons, c’est-à-dire quelques cessions d’unités à rentabilité immédiate et la constitution de quelques entreprises par les travailleurs(RES), qui ont connu des sorts dont personne ne veut en parler.

Pour être un peu plus précis la cession a concerné quelques usines de biscuiterie, de limonade et autres boissons, une ou deux minoteries, de briqueteries, quelques hôtels de second ordre.

Le bilan du Ministre, au lieu de faire le point sur les investissements réalisés par les repreneurs, les emplois créés, comme stipulé dans tous les cahiers des charges s’est contenté de nous faire les comptes sur ce que le Trésor a engrangé.

Stratégie industrielle

Il y’a quelques semestres déjà que Mr le Ministre de participation et de l’industrialisation a fait la promotion de sa Stratégie Industrielle dans un salon regroupant un parterre de journalistes et d’industrielle.

A sa nomination, le Premier Ministre a écarté d’un revers de main cette prétendue stratégie, qui, semble-t-il n’a a aucun moment été examinée par le conseil des ministres.

A nouveau, nous passons de l’organisation par pôle de compétence à une organisation par région où l’on verrait la constitution de méga entreprises régionales par spécialité.

La confusion totale et un sujet à multiples interprétations n’ajoutent qu’obscurité aux programmes, qui n’offrent déjà aucune clarté ni lisibilité.

L’Etat est donc prêt à soutenir et relancer les entreprises disposant d’un potentiel à développer, sans préciser ce qu’est cette définition.

Après avoir été interdit d’intervention dans la sphère économique nous voilà sur le point de mettre la main à la poche pour sauver notre production nationale : à la bonne heure, pourvu que cela soit vrai.

Pourquoi ne pas y croire puisque les puissances qui dictaient la politique au FMI et la BM, l’ont fait, au lendemain de la crise financière. La différence est que, eux, ils l’ont fait très vite. KEYNES n’est donc pas mort.

Nous pouvons croire effectivement à cette relance si la volonté politique existe car nous disposons d’un tissu industriel, qui, malgré les dommages et les dégâts subits depuis sa remise au grenier, peut être relancé. Le sphinx peut renaître de ses cendres.

Arezki Maouche

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