vendredi, janvier 21, 2022

Le sépulcre du Bey Bouchelaghem (16?? – 1734) : PATRIMOINE EN PÉRIL.

Must Read

Par Mohamed – Senni El M’haji.

Avant d’aller plus loin, je dois dire que j’ai toujours considéré – et je continue à le soutenir – que les 309 années passées par les Ottomans en Algérie ont été une colonisation, avec ses spécificités propres, comme notre pays en a connu durant plus de deux millénaires et sera appelé à  connaître, à l’agonie des représentants de La Sublime Porte dans notre pays, la seule qu’il retiendra. Sur ce sujet, je suis conscient que beaucoup, pour diverses motivations, ne partageront pas mon avis et je reconnais que c’est leur droit. Progressivement, je me fis à l’idée et finis par admettre que la présence ottomane ayant eu beaucoup d’impacts sur les autochtones fait partie intégrante de notre double patrimoine immobilier et intellectuel même si ce dernier est circonscrit à sa proportion congrue.

Il y a un autre aspect qui revêt une importance que je me hasarde à qualifier de capitale : des événements ont eu lieu et, s’ils n’avaient pas été conjurés par les Turcs, bien soutenus par les autochtones parce que la cause était défendable, planerait une très forte probabilité pour que l’Algérie ne soit jamais devenue telle que nous la connaissons aujourd’hui. Et c’est ce qui m’a amené alors à « ouvrir le dossier » du Bey Bouchelaghem.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je rappelle que le beylik de l’Ouest n’existe que depuis 1686. Le dévolu de Husseïn Pacha d’Alger fut jeté sur la ville de Mazouna qui était alors un véritable pôle scientifique.

Mazouna

Pour comprendre le choix du Dey, nous recommandons aux lecteurs de feuilleter les livres suivants pour avoir une idée aussi fine que possible de l’importance de Mazouna sur laquelle nous avons déjà accompli un modeste travail que nous tenons à la disposition de ceux qui le souhaitent:

(1).  l’Histoire d’Ibn Khaldoun (1332-1406), 4 volumes, traduite par le Baron de Slane, librairie Paul  Geuthner (Paris 1978) et plus précisément aux tomes III (pages 314, 319 et 370) et IV (pages 13, 142, 145 et 146).

(2). «  Chroniques d’Oran, d’Alger, d’Espagne et de France jusqu’à la fin du XIXème siècle » dont le titre en arabe est : « طــُلُوعُ سَعْد السٌّعُــود »,  «Tulu’ Sa’d – A’s Su’u’d » de Ben Aouda El M’zari, publié par Dar Algharb Al Islami de Beyrouth en 1990 et où Mazouna est citée dix fois dans le premier tome. Ce livre, dont l’auteur n’est autre que le petit  neveu de Mustapha Ben Smaïl, qui fut tué le 16 mai 1843, sur le territoire des Flitas après avoir participé, aux côtés du Duc d’Aumale, fils du Roi des Français, à la prise de la Smala de l’Emir Abd–El -Kader, doit être lu avec les plus grandes précautions sauf, peut – être, pour les récits anecdotiques.

(3).  La Revue Africaine.

(4). «L’Intérieur du Maghreb au XIVème-XIXème siècle». Jacques Berque. Editions Gallimard. 1978.

C’est  Husseïn Ben Kheïreddine Pacha qui  installa, en 1668,  le premier Bey pour la région Ouest à Mazouna. Neuf autres le suivront. Les habitants  allaient être étranglés par des spoliations immobilières  au profit des familles maraboutiques et par des impôts prélevés par les Turcs. Ce phénomène allait toucher toutes les régions de l’Ouest. Pour celles auxquelles le Beylik ne pouvait pas accéder faute d’effectifs suffisants, la besogne était confiée à des serviteurs zélés qui se recrutaient au sein de factions des Béni Amer qui ont toujours marqué  promptitude et disponibilité à se mettre au service du maître de l’heure

                            2. Le Bey Mustapha Bouchelaghem. Sources : (2) Tome 1, pages 274 et suivantes.

2.1. Origines.  

En examinant ce qui va suivre, on peut affirmer, sans le moindre doute, que notre  Bey est originaire des environs de Mascara et était d’origine arabe. Aucun texte – du moins pour le moment et jusqu’à plus ample informé –  n’aborde son année de naissance pendant que celle de son décès avec la durée de son exercice comme Bey sont parfaitement circonscrites. La durée de son « mandat » est différente de celle affichée par le Professeur Bouaziz Yahya en marge de la source que nous avons utilisée (2).

Cela n’a toutefois pas d’incidence sur ce qui motive notre intérêt pour l’homme : son exceptionnel apport dont profitera essentiellement notre pays…pour l’éternité.

C’était Bouchelaghem Ben Youcef Ben Mohamed Ben Ishak El-Mesrati dont l’ascendance s’était installée à Sidi Rached, construite par le grand-père direct de Bouchelaghem et connue sous d’autres noms tels El-Kalaa, la Casbah El-Mesratia et la Casbah de Béni Youcef, dépendant aujourd’hui de Yellal.

Là est né son père, Youcef. Celui-ci, jeune orphelin de père et de mère,  fut élevé par sa grand-mère maternelle. A l’âge adulte, il rejoignit Alger et s’engagea dans l’armée ottomane.

A cette époque sévissait, à l’Est, un redoutable brigand de grands chemins, prénommé Younes, qui commit tant de méfaits, tant d’agressions et de crimes que de nombreuses plaintes furent élevées au Pacha d’Alger. Celui-ci leva des contingents militaires auxquels il confia la mission de mettre fin aux activités de ce coupe-gorges.

Alors que la troupe s’apprêtait à s’élancer, le Pacha leur dit : « Le mal causé aux Musulmans par ce brigand  est devenu insupportable ; les chemins sont  insécurisés par ses exactions. N’éprouvez-vous aucune honte à me solliciter pour le combattre avec mon armée alors qu’il agit seul ? ».

C’est alors que Youssef Al-Mesrati dit au Pacha : « Maître ! Je peux me charger seul de vous en débarrasser. » Et c’est ce qu’il fit. A son retour à Alger, le Pacha, séduit par sa bravoure, lui proposa de choisir un parmi trois beyliks pour le nommer à sa tête. Il déclina l’offre et demanda simplement à être le khalifat du Bey de Constantine ce qu’il obtint.

Après plusieurs années passées à l’Est, il revint à l’Ouest, commença par s’installer à Mostaganem puis finit par retourner à El – Kalaa, terre de ses ancêtres, en tant que Khalifa et ce jusqu’à sa mort laissant derrière lui une fille et huit garçons : Kharoufa (la fille), Mustapha Bouchelaghem (1), Youcef (2), Mustapha Lahmar (3),  Mohamed Boutaleb Mejaji (4), Mustapha Kaïd (5), Mohamed Zerk Al-Aïn, Mohamed  Ben Zerka et Abed, les cinq premiers, écrits en caractères gras et les chiffres entre parenthèses indiquant l’ordre dans lequel ils se sont succédé au pouvoir.

Mustapha Bouchelaghem fut nommé Bey, à Mazouna, en 1686 et transféra le siège du Beylik de l’Ouest à Mascara puis à Oran. Il fut à sa tête durant 48 ans. Youcef lui succéda en 1735 pour une année seulement. Mustapha Lahmar exerça durant huit ans et est enterré, tout comme son frère Youcef, près de Bouchelaghem. En 1743 lui succéda son frère Mustapha Kaïd  pour une durée de six années. Ainsi donc, cette famille fut à la tête du Beylik de l’Ouest durant  63/64 ans.

Il est admis unanimement que les Beys El- Mesratiyyine furent des dirigeants sages, pieux, particulièrement braves et personnages  de grand mérite. Ils laissèrent une descendance limitée. Bouchelaghem et Kaïd n’eurent que des filles tandis que Mohamed Zerk Al-Aïn, Youcef, Mohamed Abou Taleb Mejaji et Mustapha Lahmar ne procréèrent pas. Seuls Abed et Mohamed Ben Zerka eurent des descendants mâles. On rencontre de nos jours nombre de leurs enfants.

                                        2.2. L’œuvre de Mustapha Bouchelaghem.   

                                                                                                                                                                                                                                       Il est paradoxal que, de toute l’œuvre de ce Bey, ne soit retenue que la bataille pour la reprise d’Oran des Espagnols qu’il mena par de hauts faits d’armes et où il pénétra le 20 janvier 1708 après un siège de 56 jours. Si ce fut une grande victoire il n’en demeure pas moins qu’une année auparavant il en avait signé une autre, autrement plus importante et décisive, contre le troisième Sultan de la dynastie alaouite : Moulay Ismaïl.

Curieusement, et de manière tant inquiétante qu’inexplicable, cette glorieuse page semble totalement ignorée de nos « historiens ». Si cette bataille avait été perdue, non seulement l’Algérie n’aurait jamais connu sa configuration actuelle et Oran serait, selon toute vraisemblance, devenue un préside espagnol au même titre que Sebta et Melilla…ceci étant dit sous toute réserve.

 Examinons les tenants et les aboutissants de cette bataille de près :

La dynastie alaouite vit le jour en 1631 dans le Tafilalet avec, à sa tête Moulay Chérif Ben Ali qui fut le premier à lorgner sur les territoires à l’Est du Maroc après s’être emparé du Sultanat en renversant ses cousins les Saadiens,  incapables de diriger le pays.

Une des grandes figures de cette dynastie fut Moulay Ismail qui succéda à son frère Moulay Rachid en 1672, à l’âge de 25 ans et régna jusqu’en 1727 soit 55 ans, réalisant ainsi le deuxième plus long règne dans le monde arabe après celui d’El Moustansir El Abidi d’Egypte qui détient le record avec 58 ans.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   
                                                                                       Le Sultan du Maroc Moulay Ismaïl.

   Moulay Ismaïl jeta les assises qui constituèrent la configuration pérenne de cette dynastie. Il leva une armée d’esclaves noirs, très dévoués dont le nombre atteindra 150 000 hommes.

Cette armée fut dénommée « Abid El – Boukhari » car tous ses soldats prêtaient serment de fidélité sur le « Sahih d’El Boukhari » auxquels il faut ajouter un corps d’élite dénommé « l’armée oudaïa » constituant la garde rapprochée du Makhzen.

 Ce Sultan fut le troisième à succomber à la tentation  d’annexer les territoires algériens. A ce sujet quelques versions s’affrontent : la première citée par Benaouda El Mzari  nous apprend que «  le Sultan marcha sur Oran, alors aux mains des Espagnols et, après un vain siège, se rendit compte qu’il ne pouvait la prendre » à cause de ses fortifications et son système de défense.

    Il prit le chemin de l’Est, vers Mascara ? Vers Alger ? Nul ne peut le dire quoique… Il dépasse Tlélat de quelques kilomètres vers Sig et tombe sur Bouchelaghem, Bey de Mascara qui anéantit entièrement son armée dans la forêt qui allait porter son nom : Forêt de Moulay Ismail, Zeboudjet El Wasat (غابة مولاي إسماعيل زبوجة الوسط) non loin de l’actuelle « Mare d’eau ».

Une année après, le même Bey assiégera Oran qui capitulera au bout de 56 jours de résistance comme déjà signalé. Benaouda El Mzari situe l’écrasement de Moulay Ismail en 1701. Ce ne peut être possible car c’est au cours de cette année et exactement au même endroit que «  fut battu le marquis de Santa Cruz aux confins du pays des Hchems » (Commandant Derrien).

Nous pencherons davantage pour la deuxième  version, celle de ce Commandant  qui situe l’événement en 1707. Quant au marocain Ahmed Naciri, dans son Istiqsa (كتاب الإستقصى في أخبار دول المغرب الأقصى), sa version est tout autre : Moulay Ismail, avec toutes ses troupes, marcha sur Alger pour en chasser les Turcs. Il  aurait été rejoint par Hmiyane, Béni Amer, El Hchem, Ouled Jerir (du Sud de Mascara) et campa aux  abords de l’Oued Chlef. Il fut surpris par les Turcs venus d’Alger et, toujours selon l’auteur, la défection des Béni Amer créa le désarroi parmi les troupes algériennes, abandonnant le Sultan qui retourna avec son armée intacte à Meknès, sa capitale.

Cette version, fort ubuesque, n’est pas crédible pour au moins trois raisons :

– La première est que le Bey Bouchelaghem avait installé des postes avancés, disséminés autour d’Oran ainsi que d’autres places pour surveiller tous les mouvements des Espagnols. Il est impensable que le passage d’une importante armée ne fût pas remarqué et nous comprenons parfaitement l’assertion de Ahmed Naciri qui était, il ne faut pas l’oublier, historien palatin.

-La deuxième est que le nom de la forêt de Moulay Ismail se retrouve dans beaucoup d’écrits corroborant le fait que c’est bien là que le Sultan fut défait lourdement par le Bey Bouchelaghem malgré l’avantage numérique nettement en faveur du Marocain.

-La troisième est que le Cheikh BOURAS a composé un poème, aisément consultable, qui reprend les détails de la présence du Sultan autour d’Oran et surtout la fameuse phrase qu’il lança du haut d’El Meïda après avoir constaté les fortifications de la ville et dans laquelle il dit : « c’est (Oran) un serpent sous une pierre qui fait mal et à qui on ne peut faire mal ».

هذه أفعى تحت حجر تُضِرُّ و لا تُضَرُّ.

Les Turcs lui signifièrent de respecter les limites frontalières admises déjà par ses prédécesseurs. Comme signalé plus haut, c’est en 1701 que le marquis de Santa Cruz fut défait par le Bey Bouchelaghem.

Le Bey s’installa donc début 1708 à Oran, fit de nouveau face, en 1732, aux Espagnols qui parvinrent à reprendre la ville. Il dut s’installer à Mostaganem où il rendit l’âme deux années plus tard (1734). En septembre 1714, il avait  fait bâtir, à Mostaganem, un mausolée pour y être enterré. De même qu’il acquit un terrain mitoyen sous le statut de « Hbous », bien de mainmorte, pour en faire un cimetière pour sa descendance exclusivement. En rejoignant Mostaganem, il fut accompagné par son fidèle Agha, chef de toutes ses armées, issu d’une grande noblesse d’armes : Al – Bachir Ben Ahmed Ben El – Makhzoumi (des B’haïthiyya البحايثية), descendants des Souyid, faction la plus étendue des Arabes hilaliens.

Les deux hommes érigèrent, chacun, un fort : celui du Bey fut désigné par « le Fort des Turcs » et celui de son compagnon par « Fort de Cantonnement », connu, après l’occupation française par « Le Fort du Génie » qui avait servi aux troupes turques auparavant. L’Agha décéda le 12 juillet 1737 et fut enterré près de son chef.

 

 

                                                              

Le Fort des Turcs (En bon état parce qu’hébergeant le Musée archéologique)  et  vue sur le vieux (XI ème) et le nouveau Mostaganem à partir du Fort.



Le Fort de Cantonnement devenu caserne du génie avec l’occupant français.

Le long de ce mur,  existe une série de portes chacune donnant, comme le montrent les photos qui suivent, accès aux soldats français de divers corps. Au fond se trouvent les mausolées de frères de Bouchelaghem et des membres de leurs familles : un spectacle dantesque que nous aurions souhaité ne jamais voir.

 

                                                                               

De gauche à droite on peut lire sur les frontons des portes : 1er Régiment de ligne, 15 ème Régiment Léger  et  62 ème Régiment de ligne.

Mausolée où est enterré le Bey Bouchelaghem.

 

La porte (ou ce qu’il en reste) du mausolée.

 

Tombes du Bey et de son épouse Aïchouche.

On nous signala à l’intérieur du Mausolée qu’il existe plusieurs autres tombes qui ont été recouvertes de béton donnant le sol tel qu’il apparaît sur la photo. De plus Benaouda Al-M’Zari insiste bien sur le fait que l’Agha du Bey fut enterré près de lui. Le même auteur soutient une autre hypothèse : le Bey aurait été enterré à Matmar ce qui, compte tenu de l’engouement du Bey  pour Mostaganem, son acquisition du terrain sous forme de « Hbous » comme nous l’avons signalé pour en faire un cimetière réservé à sa famille, relativise énormément la thèse de son enterrement en dehors de la Capitale du Dahra.

Il est quasiment sûr que s’il avait eu à choisir un autre lieu pour dernière demeure autre que Mostaganem, il aurait choisi Al-Kalaa, son lieu de naissance et où repose l’écrasante majorité de sa grande famille et particulièrement son père. Les textes que nous avons eu longuement à consulter situent sa tombe en contrebas du Fort des Turcs et le cimetière des siens à quelque deux cents mètres de son mausolée.

Vue plongeante, à partir du Mausolée, sur le vieux Mostaganem et la mer.

Le portique, à gauche, débouche sur un escalier qui permet l’accès à deux jardins en palier. Celui du haut,  présente des sépultures et celui du bas met en relief l’accès d’une « annexe » où les bienfaiteurs versaient leurs oboles pour l’entretien des lieux.

Nous savons, par ailleurs, qu’à l’entrée du Mausolée était scellée une plaque en pierre avec une épitaphe dont le contenu se trouve dans nos sources. Cette plaque est inexistante et pourtant divers sites la montrent sur le Net… ?

Il nous a été pénible de constater, à l’intérieur du Mausolée, des tessons de bouteilles de spiritueux et les restes d’excréments humains. Pourtant cet endroit a fait l’objet d’une restauration de bonne facture. Discutant avec des riverains, ceux-ci nous confirment que l’insécurité totale sévit en ces lieux, de jour comme de nuit, et aucun prétendant à leur gardiennage ne risque d’en faire la demande. Il a été constaté qu’il a servi de lieu de débauche, d’où le cadenassage de ses accès.

Tombe qui serait celle du bey Mustapha Lahmar frère de Bouchelaghem.

Derrière le mausolée qui pourrait être celui de Mustapha Lahmar, 3 ème Bey Mesrati qui n’eut aucune descendance, existe un autre mausolée où est enterré un certain Youcef qui, selon toute vraisemblance, pourrait être le 2 ème Bey de cette famille.

 Les « résidents de ces lieux – plusieurs familles – sont les seuls à connaître l’emplacement des tombes puisque ce sont eux qui les ont bétonnées. Seconde mort de trop. Parmi ces « résidents », celui qui semble avoir le plus d’informations que les autres, nous indiqua l’emplacement où serait enterrée Aïcha, épouse de Mustapha Lahmar.

Il nous raconta que, dans les années soixante, arriva au cimetière une famille venue de Turquie et dont Aïcha serait une ascendante. Effarée – déjà à l’époque – par l’état des lieux, cette famille acheta tout le matériel de nettoyage qu’elle remit au squatteur lui demandant de faire place nette. Une fois le travail bien fait, elle lui demanda de s’occuper de l’entretien du sépulcre moyennant un salaire annuel et il en fut ainsi jusqu’aux années 1990 du siècle dernier où cette famille ne reparut plus, peut-être, selon lui, que ses membres ne font plus partie de ce monde.

3.Conclusion.

C’est le 18 Ramadhan 1435/ 16 juillet 2014 et grâce à l’aimable concours d’un cadre de la Direction de la Culture de la Wilaya de Mostaganem, que je pus rendre visite au mausolée, au cimetière ainsi qu’aux forts. Le spectacle qui s’offrit à moi – et je l’ai noté ci-avant – me glaça. Un pays qui ignore son passé ou le regarde avec tiédeur et détachement, ne pourra jamais prétendre savoir où il va et toute vision qu’il étalera ne pourra qu’émerger de supputations bassement politiciennes : telle est ma conclusion. Pourquoi ?

Comment se fait-il que l’Algérie indépendante, trop prompte à s’octroyer certains faits d’armes opérés par les Turcs, des traités que la Régence d’Alger avait signés notamment avec les U.S.A et qui ont été solennellement repris par l’un de nos Présidents de la République, a – t – elle permis une prédation des vestiges légués par les Turcs qui connurent une détérioration criminelle, en quelques années, autrement plus grave que celle effectuée par la colonisation française en 132 ans de présence.

Le spectacle que nous avons eu sous les yeux traduit la grande faillite culturelle où notre pays a plongé avec le silence complice des Historiens ou, à tout le moins, de l’extrême minorité d’entre eux qui  « savait ». Le tout est de définir et quantifier ce savoir. Un dur exercice !

Les moyens faramineux dont dispose le pays nous laissent dire qu’il  est de première nécessité de déloger les squatteurs, de les reloger dans la dignité, d’opérer le nettoyage des mausolées qu’ils occupent, de les restaurer, de sérier les sépultures, de les identifier, de retrouver les plaques d’épitaphes, de les remettre à leurs places et injecter par cela une image autrement plus humaine que ce qu’il nous a été donné de relever. Chaque jour perdu pour ce faire nous rapprochera dangereusement du point de non retour.

A côté de l’œuvre du  Bey Bouchelaghem ajoutons celles des Beys Moustapha Al-Adjemi (1800) puis  Mohamed Ben Mohamed Ben Othmane dit Al – M’Kallach  (âgé de 18 ans) qui sauvèrent, l’un après l’autre, tout l’Ouest algérien  – et peut-être même toute l’Algérie – de Abdelkader Ben Charif d’Ouled Abi Ellaïl du Sud de Ghriss, adepte et compagnon de Larbi Derkaoui, qui prit sur lui d’amener tout le Beylik de l’Ouest algérien à sa Tariqa, poussé et soutenu par  le Sultan Moulay Slimane qui gouverna le Maroc de 1792 à 1822, celui-là même qui permit l’éclosion de la Tidjania et qui tenta de se dresser contre les Turcs. Mais ça c’est une autre histoire. Pour ces deux derniers Beys, voir notre article intitulé « La Tariqa derkaouia et son ancrage dans l’Ouest algérien.»

La terrible action de  ‘Abdelkader Ben Charif avait ses ficelles tenues par Moulay Slimane. Pour le moment, ces œuvres conjuguées nous interpellent à maints égards  pour restituer au Bey Bouchelaghem-Algérien de père et de mère- un zest de reconnaissance surtout que, pour ce faire, les crédits qui seront appelés à être mobilisés ne s’élèveront  guère au-delà d’une broutille. Et au soir d’une vie finissante, me targuerai-je du droit de rêver que cette opération sera rapidement menée à travers toute notre chère Patrie ? Ma reconnaissance, toute ma reconnaissance ira à tout esprit constructif qui me fera l’honneur de corriger, avec désintéressement et intégrité intellectuelle, mes éventuelles erreurs.

Mostaganem et Sidi – Bel – Abbès, 18 -23 Ramadhan 1435/16-21 juillet 2014.

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