{"id":1285,"date":"2013-08-22T01:55:59","date_gmt":"2013-08-22T01:55:59","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=1285"},"modified":"2013-08-22T01:55:59","modified_gmt":"2013-08-22T01:55:59","slug":"erdogan-pacha-ou-la-fin-dune-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/erdogan-pacha-ou-la-fin-dune-republique\/","title":{"rendered":"Erdogan Pacha ou la fin d&rsquo;une r\u00e9publique"},"content":{"rendered":"<p><strong>par Fida Dakroub<\/strong><\/p>\n<p><strong>G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Nous n\u2019avons cess\u00e9 d\u2019attirer, d\u00e8s le d\u00e9but de la guerre contre la Syrie, l\u2019attention de nos lecteurs sur les intrigues du Parti pour la justice et le d\u00e9veloppement (AKP) incarn\u00e9 par Erdogan Pacha \u00e0 r\u00e9tablir le califat ottoman sur les cendres des villes syriennes. Nous avons suivi les chemins d\u00e9tourn\u00e9s par lesquels monsieur Erdogan cherche \u00e0 s\u2019emparer des bains de sang en Syrie. Nous avons indiqu\u00e9 en m\u00eame temps comment les ambitions califales d\u2019Erdogan Pacha sur le plan de la politique \u00e9trang\u00e8re \u2013 r\u00e9tablir le califat ottoman dans les anciennes provinces arabes de l\u2019Empire ottoman \u2013 entra\u00eenent des mesures aussi \u00ab califales \u00bb sur le plan de la politique int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Quelques faits prouvent de fa\u00e7on frappante \u00e0 quel point les libert\u00e9s civiles en Turquie souffrent des politiques du Parti pour la justice et le d\u00e9veloppement, maintenant confondu avec le personnage de monsieur Erdogan.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision de ce dernier \u00e0 construire un centre commercial au parc de Gezi avait soulev\u00e9 une temp\u00eate de manifestations, dans les villes turques, et de critiques, de la part des partis de l\u2019opposition. Berfu Kiziltan, collaborateur du quotidien turc Hurriyet, s\u2019opposa aux rh\u00e9toriques sourdes de monsieur Erdogan, et lui demanda de s\u2019excuser aupr\u00e8s du peuple turc. Serkan Demirtas donna l\u2019alarme de la fin de la r\u00e9publique en Turquie. Son article publi\u00e9 dans Hurriyet d\u00e9montre comment la Turquie est devenue un pays o\u00f9 le parti au pouvoir exerce la force d\u2019\u00c9tat policier dans sa forme la plus brutale. Le leader du Parti du Peuple (CHP), Kemal K\u0131l\u0131\u00e7darol, avait fustig\u00e9, plusieurs mois auparavant, monsieur Erdogan en disant que le premier ministre avait l\u2019intention d\u2019opprimer les gens et de restreindre la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Mais cela ne suffit pas \u00e0 monsieur Erdogan. Une des premi\u00e8res d\u00e9marches qu\u2019il a entam\u00e9es est une d\u00e9marche de restriction des libert\u00e9s civiles et de r\u00e9duction de la vie d\u00e9mocratique, d\u00e9marche contre la d\u00e9mocratie et la la\u00efcit\u00e9, contre les fondements de la r\u00e9publique, voire la Turquie moderne k\u00e9maliste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Erdogan doit s\u2019excuser<\/strong><\/p>\n<p>Dans un article intitul\u00e9 \u00ab Liste de besoins d\u2019Erdogan : tol\u00e9rance, compromis et excuse [1]\u00bb, publi\u00e9 dans le quotidien turc, Hurriyet, Berfu Kiziltan s\u2019oppose aux rh\u00e9toriques sourdes du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, et lui demande de s\u2019excuser aupr\u00e8s du peuple turc. Kiziltan montre que les forces d\u00e9mocratiques et la soci\u00e9t\u00e9 civile se sont descendues dans les rues pour prot\u00e9ger la d\u00e9mocratie et la r\u00e9publique, pour protester contre la r\u00e9duction de la libert\u00e9 de la presse et de l\u2019expression, pour faire face aux arrestations arbitraires de dizaines de journalistes libres, mais aussi pour exprimer leur m\u00e9contentement envers les mesures antid\u00e9mocratiques du gouvernement Erdogan, telles que la censure d\u2019Internet, la criminalisation de l\u2019avortement, la croissance des actes de violence contre les femmes, le m\u00e9pris des arts et de la culture, et r\u00e9cemment les restrictions sur la consommation d\u2019alcool. En un mot, les Turcs protestaient contre l\u2019insistance du gouvernement Erdogan \u00e0 contr\u00f4ler chaque aspect de leur vie quotidienne, voire \u00e0 assassiner la r\u00e9publique.<\/p>\n<p>Berfu Kiziltan critique l\u2019argument du premier ministre concernant les r\u00e9sultats des votes en indiquant que les cinquante pour cent des votes ne veulent pas dire que le premier ministre, Erdogan, est libre \u00e0 n\u00e9gliger l\u2019autre moiti\u00e9 du peuple turc ni \u00e0 la d\u00e9nigrer [2]. Pour rappel, les autorit\u00e9s turques ont d\u00e9sign\u00e9 les manifestants des vandales, des marginaux, des s\u00e9paratistes, des provocateurs, des alcooliques et finalement des \u00e7apulcu [3] ; or ceux-ci sont en r\u00e9alit\u00e9 plus \u00e9duqu\u00e9s et plus form\u00e9s que les \u201ch\u00e2bleurs\u201d du gouvernement. Kiziltan montre comment les manifestants avaient r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er, \u00e0 la place Taksim et au parc de Gezi, un environnement remarquable d\u2019unit\u00e9, malgr\u00e9 le discours de division et de polarisation de monsieur Erdogan. \u00c0 preuve, des activistes avaient pu cr\u00e9er un march\u00e9, une clinique et une biblioth\u00e8que et avaient utilis\u00e9 l\u2019humour comme l\u2019arme la plus efficace contre l\u2019oppression des autorit\u00e9s. Les jeunes manifestants avaient cr\u00e9\u00e9 le rire, et avaient trouv\u00e9 de nouveaux moyens pour d\u00e9velopper la lutte. Ils avaient appris d\u2019une fa\u00e7on remarquable \u00e0 survivre l\u2019atrocit\u00e9 de la matraque polici\u00e8re. La plupart d\u2019eux avaient \u00e9t\u00e9 sauvagement battus par les policiers qui tiraient des centaines de bombes lacrymog\u00e8nes. Pourtant, les manifestants avaient r\u00e9sist\u00e9 sur la place Taksim et partout dans les villes turques. Tout cela a pouss\u00e9 Kiziltan \u00e0 demander au premier ministre Erdogan de s\u2019excuser aux manifestants, car selon elle gouverner n\u2019est pas terrifier le peuple. Pour elle, un vrai gouverneur c\u2019est celui qui gagne le respect des citoyens, non leur peur : \u00ab La moiti\u00e9 du peuple attend \u00e0 ce que le premier ministre s\u2019excuse sinc\u00e8rement avant qu\u2019on lui redonne sa l\u00e9gitimit\u00e9 ; car parfois, il vaut mieux faire un pas en arri\u00e8re, mais dans la bonne direction que d\u2019en faire un en avant, mais dans la mauvaise direction [4] \u00bb, indiqua Kiziltan.<\/p>\n<p><strong>Erdogan et l\u2019\u00c9tat policier<\/strong><\/p>\n<p>Pour sa part, Serkan Demirtas donne l\u2019alarme de la fin de la R\u00e9publique en Turquie. Son article publi\u00e9 dans Hurriyet et intitul\u00e9 \u00ab Bienvenu \u00e0 la R\u00e9publique turque d\u2019\u00c9tat policier [5]\u00bb d\u00e9montre comment la Turquie est devenue un pays o\u00f9 le parti au pouvoir exerce la force d\u2019\u00c9tat policier (m\u00eame militaire si n\u00e9cessaire), dans sa forme la plus brutale, contre l\u2019autre moiti\u00e9 des \u00e9lecteurs qui ont d\u00e9clench\u00e9 une r\u00e9volte massive, pour freiner les penchants autoritaires croissants de monsieur le premier ministre :<\/p>\n<p>Turkey has become a country where the ruling party representing half of the country\u2019s electorate is exercising the state\u2019s police (and military if needed) force in the most brutal way on the other half of electorate, who launched a massive uprising against the government\u2019s growing authoritarian inclinations [6].<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les pratiques antid\u00e9mocratiques du gouvernement turc se trouve la rh\u00e9torique \u00ab nous et eux \u00bb de monsieur Erdogan ; ces pratiques-ci discriminent contre les personnes qui ne suivent pas un mode de vie conservateur digne pour ainsi dire \u00e0 un musulman pieux.<\/p>\n<p>At the core of this behavior lies the \u201cus and them\u201d policy\/rhetoric of Prime Minister Recep Tayyip Erdoan, whose purpose is to discriminate against those who do not share the conservative lifestyle of a pious Muslim and create a sort of \u201cneighborhood pressure\u201d on them. But this oppression is not limited to the scope of the secular-conservative debate in Turkey as the trend of this behavior is to expand its influence on different segments of the society through intimidation [7].<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la Turquie se dirige vers un r\u00e9gime d\u2019\u00c9tat policier. Il suffit de consid\u00e9rer la brutalit\u00e9 utilis\u00e9e par les policiers contre les manifestants \u00e0 Taksim et au Gezi. \u00c0 titre d\u2019exemple, apr\u00e8s deux mois au commencement du mouvement Taksim, les Turcs se sont descendus le 2 ao\u00fbt \u00e0 la place Taksim pour protester contre la violence de la police envers les jeunes. Il s\u2019agit ici d\u2019un jeune gar\u00e7on de 14 ans, Berkin Elvan, qui avait \u00e9t\u00e9 battu sauvagement par des policiers, le 15 juin, alors qu\u2019il \u00e9tait sorti de la maison de ses parents pour acheter du pain ; Berkin Elvan lutte toujours contre la mort aux soins intensifs [8].<\/p>\n<p>Selon Elvan, la raison pour laquelle les Turcs avaient protest\u00e9 dans les rues n\u2019\u00e9tait pas seulement la construction d\u2019un centre commercial dans le parc de Gezi, mais bien le rejet des politiques du gouvernement Erdogan qui visent \u00e0 r\u00e9duire la vie d\u00e9mocratique et \u00e0 limiter les libert\u00e9s publiques, comme premi\u00e8re \u00e9tape vers l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un r\u00e9gime islamique califal. Autrement dit, la soci\u00e9t\u00e9 civile, les forces d\u00e9mocratiques et les partis politiques la\u00efcs \u00e9taient partis d\u2019une conviction tout \u00e0 fait justifi\u00e9e selon laquelle les dangers qui mena\u00e7aient \u2013 et menacent encore \u2013 la Turquie \u00e9taient les politiques antid\u00e9mocratiques de monsieur Erdogan. De m\u00eame, une partie de la soci\u00e9t\u00e9 turque s\u2019est rendu compte du conflit actuel qui se d\u00e9roule entre ceux qui tendent \u00e0 pr\u00e9server les piliers de la R\u00e9publique moderne, reposant sur la l\u00e9gitimit\u00e9 populaire, la citoyennet\u00e9, l\u2019alternance du pouvoir, la justice sociale et la dignit\u00e9 humaine, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et ceux qui tendent d\u2019abord \u00e0 contrecarrer la R\u00e9publique, puis \u00e0 la bouleverser, pour \u00e9tablir ensuite, sur ses cendres, un r\u00e9gime califal fond\u00e9 sur la doctrine des Fr\u00e8res musulmans ; un r\u00e9gime sous lequel les forces la\u00efques et d\u00e9mocratiques seraient enfin an\u00e9anties, et les minorit\u00e9s ethniques et religieuses, telles que les chr\u00e9tiens, les al\u00e9vis, les juifs, les Kurdes et les Arm\u00e9niens, perdraient leurs droits de citoyens de la R\u00e9publique turque pour en devenir des sujets du nouveau califat turc.<\/p>\n<p><strong>Fin d\u2019une r\u00e9publique<\/strong><\/p>\n<p>Quelques mois avant le d\u00e9clenchement des manifestations dans le parc de Gezi, le leader du Parti du Peuple (CHP), Kemal K\u0131l\u0131\u00e7darol, avait fustig\u00e9 le premier ministre Erdogan en disant que le premier ministre avait l\u2019intention d\u2019opprimer les gens et de restreindre la d\u00e9mocratie : \u00ab Si un premier ministre se plaint de la s\u00e9paration des pouvoirs, ce qui signifie se plaindre de la d\u00e9mocratie, il ne peut servir de premier ministre. Cela signifie que sa vie politique est termin\u00e9e en mati\u00e8re de d\u00e9mocratie. Il ne peut pas parler de d\u00e9mocratie et de libert\u00e9. Il ne peut pas \u00eatre per\u00e7u comme le premier ministre d\u2019un pays moderne. Il est un premier ministre qui a l\u2019intention d\u2019\u00e9tablir son sultanat, pour opprimer son peuple et restreindre la d\u00e9mocratie \u00bb, avait d\u00e9clar\u00e9 K\u0131l\u0131\u00e7darolu lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse le 19 d\u00e9cembre 2012 [9].<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la l\u00e9gitimit\u00e9 populaire, la citoyennet\u00e9, l\u2019alternance du pouvoir, la justice sociale, la libert\u00e9 de la presse, la libert\u00e9 d\u2019expression, la vie priv\u00e9e et la dignit\u00e9 humaine, telles sont les piliers de la soci\u00e9t\u00e9 moderne en Turquie qui sont en passe d\u2019\u00eatre d\u00e9truits au profit d\u2019une id\u00e9ologie religieuse caress\u00e9e par le r\u00eave califal qui fait partie des vestiges des si\u00e8cles pass\u00e9s. Une id\u00e9ologie qui fait tout pour saper l\u2019\u00e9difice r\u00e9publicain moderne et qui aurait pour mot d\u2019ordre la tyrannie, non seulement en Turquie, mais aussi en \u00c9gypte, en Tunisie, en Libye, et partout dans le monde musulman o\u00f9 les Fr\u00e8res musulmans et leurs \u00ab coreligionnaires \u00bb salafistes pourraient r\u00e9ussir un jour \u00e0 prendre le pouvoir \u2013 que le bon Dieu nous \u00e9pargne d\u2019une telle catastrophe !<\/p>\n<p>Or, quelles sont les mesures que monsieur Erdogan et son parti politique, le Parti de la justice et du d\u00e9veloppement (AKP), prennent pour contrecarrer la r\u00e9publique ? Et dans quel but ?<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, sur le plan de la libert\u00e9 de la presse et de l\u2019expression, il n\u2019est que de constater le dernier classement de la Turquie sur l\u2019\u00e9chelle de la libert\u00e9 de la presse, tel que pr\u00e9sent\u00e9 dans le rapport de l\u2019organisation \u00ab Reporters Without Borders \u00bb (RWB), pour savoir le degr\u00e9 des menaces contre la r\u00e9publique et la d\u00e9mocratie dans ce pays. Pour preuve, l\u2019organisation RWB a indiqu\u00e9 que la Turquie est devenue actuellement la plus grande prison pour les journalistes [10], occupant la position 154 parmi les pays du monde en mati\u00e8re de la libert\u00e9 de la presse, soit un recul de six positions du rapport de 2012 [11]. En plus, le rapport de ladite organisation critique la parano\u00efa des autorit\u00e9s turques qui assimilent toute accusation contre elles \u00e0 un complot tram\u00e9 par un groupe d\u2019organisations ill\u00e9gales. En plus sur le m\u00eame plan, l\u2019Union europ\u00e9enne a critiqu\u00e9 les autorit\u00e9s turques de museler les libert\u00e9s de l\u2019expression, en r\u00e9ponse \u00e0 la destitution du journaliste Yafuz Bidar [12] du journal turc Sabah. La commission europ\u00e9enne a insist\u00e9 dans un communiqu\u00e9 sur l\u2019importance de certaines questions li\u00e9es \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019expression, soulignant que \u00ab l\u2019ind\u00e9pendance de la politique \u00e9ditoriale, la transparence et le refus de toute ing\u00e9rence politique sont les piliers essentiels qui assurent la libert\u00e9 des m\u00e9dias \u00bb. Ladite commission s\u2019est dite \u00ab inqui\u00e8te quant aux mesures prises envers certains journalistes turcs, telles que les destitutions et les sanctions p\u00e9nales \u00bb [13].<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, sur le plan des droits de l\u2019homme, la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (CEDH) a rendu, en mois de juillet, plusieurs arr\u00eats concernant des cas de violations des droits de l\u2019homme en Turquie ; nous en mentionnons l\u2019arr\u00eat du 16 juillet en l\u2019affaire Abdullah Yasa et autres c. Turquie, sur lequel la CEDH a dit, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019il y a eu \u00ab violation de l\u2019article 3 (interdiction de la torture et des traitements inhumains et d\u00e9gradants) de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme [14] \u00bb.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, sur le plan de la citoyennet\u00e9, le quotidien turc, Hurriyet, un document officiel \u00e9crit par la direction de l\u2019\u00c9ducation provinciale d\u2019Istanbul a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les minorit\u00e9s ethniques et religieuses d\u2019origines juive, grecque, anatolienne et arm\u00e9nienne sont classifi\u00e9es par l\u2019administration de la population de la Turquie selon un \u00ab code de race \u00bb secret, entr\u00e9 en vigueur en 1923, l\u2019an de la fondation de la R\u00e9publique turque. Par cons\u00e9quent, les citoyens turcs d\u2019origine grecque sont identifi\u00e9s par le code 1, ceux d\u2019origine arm\u00e9nienne par le code 2, et ceux d\u2019origine juive par le code 3, a indiqu\u00e9 le quotidien Hurriyet [15]. Altan Tan, un d\u00e9put\u00e9 du Parti pour la paix et la d\u00e9mocratie, a d\u00e9clar\u00e9 que de pareilles all\u00e9gations se trouvent depuis longtemps, mais elles \u00e9taient toujours rejet\u00e9es par les autorit\u00e9s. Tan a ajout\u00e9 qu\u2019une \u00ab telle pratique, si elle existe vraiment, est une grande catastrophe. Les autorit\u00e9s classifient secr\u00e8tement et ill\u00e9galement les citoyens selon un profilage racial et religieux. C\u2019est une grande catastrophe \u00bb[16].<\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, sur le plan de la justice sociale, la Prof. Yasemin Nceolu, lectrice \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Galatasaray \u00e0 Istanbul, a donn\u00e9 l\u2019alarme sur la croissance des discours de haine et de discrimination dans les m\u00e9dias turcs. Nceolu parlait dans un panel de discussion organis\u00e9 par l\u2019Association des journalistes turcs \u00e0 Istanbul[17]. Selon elle, les m\u00e9dias font recours \u00e0 une id\u00e9ologie, devenue dominante dans le discours quotidien, qui se base sur une rethorique de \u00abnous et eux\u00bb ; ceux qui ne r\u00e9pondent pas \u00e0 la description du \u00ab nous \u00bb sont consid\u00e9r\u00e9s comme \u201cautres\u201d. Nceolu ajoute que dans le discours quotidien des m\u00e9dias, \u00ab on trouve aussi l\u2019homophobie, l\u2019antis\u00e9mitisme, l\u2019anti-al\u00e9visme, ainsi qu\u2019une certaine opposition aux non-musulmans [18] \u00bb (TDA). Pour sa part, l\u2019avocat Nazan Morolu, qui participait au panel de discussion, a d\u00e9clar\u00e9 au quotidien Hurriyet que la discrimination contre les femmes avait augment\u00e9 en Turquie pendant les derni\u00e8res ann\u00e9es. Il a indiqu\u00e9 que \u00ab les femmes qui \u00e9taient arr\u00eat\u00e9es pendant les manifestations du parc de Gezi ont \u00e9t\u00e9 harcel\u00e9es et elles n\u2019ont pu rien dire [19] \u00bb. Il a ajout\u00e9 qu\u2019auparavant \u00ab nous pouvions parler de tels sujets \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, il y a quelques ann\u00e9es, mais maintenant nous ne pouvons plus, toutes les cha\u00eenes t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es sont bloqu\u00e9es, nous ne pouvons pas faire entendre notre voix [20] \u00bb.<\/p>\n<p>Cinqui\u00e8mement, sur le plan de la vie priv\u00e9e et de la dignit\u00e9 humaine, le pr\u00e9sident turc Abdullah G\u00fcl avait promulgu\u00e9 une loi controvers\u00e9e voulue par le gouvernement Erdogan qui restreint la consommation, la vente et la publicit\u00e9 des boissons alcoolis\u00e9es, en d\u00e9pit des manifestations qui secouaient le pays. La vente de boissons alcoolis\u00e9es est d\u00e9sormais interdite entre 22 heures et 6 heures. Vot\u00e9 le 24 mai au terme d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019une rare c\u00e9l\u00e9rit\u00e9, le texte a \u00e9t\u00e9 violemment d\u00e9nonc\u00e9 par l\u2019opposition la\u00efque qui l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 un texte liberticide. Tout au long des d\u00e9bats parlementaires, l\u2019opposition la\u00efque a violemment d\u00e9nonc\u00e9 un texte liberticide, pr\u00eatant au r\u00e9gime la volont\u00e9 de vouloir r\u00e9gir les comportements priv\u00e9s de la population et d\u2019islamiser la soci\u00e9t\u00e9 turque. Ce tour de vis a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 inqui\u00e9tant par les la\u00efcs qui voyaient dans cette d\u00e9cision une preuve de l\u2019islamisation de la politique du Parti de la justice et du d\u00e9veloppement (AKP), au pouvoir depuis plus de dix ans [21].<\/p>\n<p>Selon plusieurs partis de l\u2019opposition, les mesures de monsieur Erdogan constituent une attaque contre la base m\u00eame de la d\u00e9mocratie et de la r\u00e9publique en Turquie.<\/p>\n<p><strong>Fida Dakroub, Ph.D<\/strong><\/p>\n<p><em>Site officiel de l&rsquo;auteur : www.fidadakroub.com<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1]Kiziltan, Berfu. (18 juin, 2013). \u201cErdoan\u2019s needs list: Tolerance, compromise and apology\u201d. In : Hurriyet. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 18 juin 2013.<\/p>\n<p>[2] loc. cit.<\/p>\n<p>[3] \u00c7apulcu est un substantif turc signifiant, vandale, canaille, racaille ou encore vermine. Cette qualification est utilis\u00e9e notamment par le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoan pour d\u00e9signer les personnes prenant part au mouvement de protestation en Turquie de 2013. Le qualificatif est par la suite utilis\u00e9 par les manifestants et les sympathisants eux-m\u00eames qui se d\u00e9finissent comme \u00e7apulcu, et l\u2019adaptent notamment en anglais chapuller ou chapulling, ou en fran\u00e7ais chapulleur.<\/p>\n<p>[4] Kiziltan, op.cit.<\/p>\n<p>[5] Demirtas, Serkan. (18 juin 2013). \u201cWelcome to the Turkish Republic of Police State\u201d. In : Hurriyet. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 18 juin 2013.<\/p>\n<p>[6] loc. cit.<\/p>\n<p>[7] loc. cit.<\/p>\n<p>[8] Russia Today. (2 ao\u00fbt 2013). \u201cIstanbul police use tear gas to break up protest over critically injured teenager\u201d. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 5 ao\u00fbt 2013.<\/p>\n<p>[9] Birand, Semih. (20 d\u00e9cembre 2012). \u00abFin de la \u00ab d\u00e9mocratie \u00bb en Turquie: Erdogan veut \u00e9teindre la s\u00e9paration des pouvoirs\u2026\u00bb. In : JSS News. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 20 ao\u00fbt 2013.<\/p>\n<p>[10] Hurriyet. (24 juillet 2013). \u201cTurkey now 154th in world press freedom index\u201d. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 31 juillet 2013<\/p>\n<p>[11] Reporters Without Borders. (sans date). \u201cPress Freedom Index 2013\u2033. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 3 ao\u00fbt 2013.<\/p>\n<p>[12] Yafuz Bidar, journaliste turc de renomm\u00e9e, avait re\u00e7u une invitation de la commission europ\u00e9enne pour prononcer un mot dans un congr\u00e8s tenu fin juin dernier \u00e0 Bruxelles. Il avait alors critiqu\u00e9 le gouvernement turc et les grands hommes d\u2019affaires qui s\u2019ing\u00e8rent politiquement dans les affaires du journalisme.<\/p>\n<p>[13] Suzan Fraser. (26 juillet 2013). \u201cTurkey Criticized After Journalist Yavuz Baydar Fired For New York Times Op-Ed\u201d. In : The Huffington Post. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 31 juillet 2013.<\/p>\n<p>[14] Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme. (16 juillet 2013). Requ\u00eate no 44827\/08, \u00ab Affaire Abdullah Yasa et autres c. Turquie \u00bb. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 31 juillet 2013.<\/p>\n<p>[15] Hurriyet. (1 ao\u00fbt 2013). \u201cMinorities in Turkey tagged by \u2018race codes,\u2019 official document reveals\u201d. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 2 ao\u00fbt 2013.<\/p>\n<p>[16] loc. cit.<\/p>\n<p>[17] Hurriyet. (30 juillet 2013). \u201cTurkish journalists discuss hate speech in media\u201d. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 5 ao\u00fbt 2013.<\/p>\n<p>[18] loc. cit.<\/p>\n<p>[19] loc. cit.<\/p>\n<p>[20] loc. cit.<\/p>\n<p>[21] Oberti, Charlotte. (27 mai 2013). \u00ab La Turquie poursuit sa croisade contre l\u2019alcool \u00bb. In : France 24. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 18 ao\u00fbt 2013.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Fida Dakroub G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s Nous n\u2019avons cess\u00e9 d\u2019attirer, d\u00e8s le d\u00e9but de la guerre contre la Syrie, l\u2019attention de nos lecteurs sur les intrigues du Parti pour la justice et le d\u00e9veloppement (AKP) incarn\u00e9 par Erdogan Pacha \u00e0 r\u00e9tablir le califat ottoman sur les cendres des villes syriennes. 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