{"id":215,"date":"2012-09-02T15:21:50","date_gmt":"2012-09-02T15:21:50","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=215"},"modified":"2012-09-02T15:21:50","modified_gmt":"2012-09-02T15:21:50","slug":"ali-boudoukha-on-lappelait-bab","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/ali-boudoukha-on-lappelait-bab\/","title":{"rendered":"Ali Boudoukha : On l&rsquo;appelait BAB"},"content":{"rendered":"<div><a href=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/ali_boudoukha.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-216\" title=\"ali_boudoukha\" src=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/ali_boudoukha-300x224.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"224\" \/><\/a>dis \u00e0 ma m\u00e8re et surtout pas \u00e0 mon p\u00e8re \u00e0 quel point je les aimais. J\u2019aurais d\u00fb. (\u2026) Ayez piti\u00e9 de moi. Denys Arcand, cin\u00e9aste qu\u00e9b\u00e9cois, in Pr\u00e9face des Invasions barbares, sc\u00e9nario,\u00a0 Les \u00e9ditions du Bor\u00e9al, Qu\u00e9bec, 2003\u00a0\u00a0 )<\/div>\n<div>Cette phrase mise en exergue ici, on pourrait se la dire aussi pour un ami ou une amie qui nous sont chers. Oui, pourquoi ne pas dire \u00e0 un ami ou \u00e0 une amie qu\u2019on l\u2019aime, qu\u2019on l\u2019appr\u00e9cie pendant qu\u2019il ou qu\u2019elle est en vie? Question de pudeur? Sans doute. Je n\u2019ai pas os\u00e9 moi aussi, je dois l\u2019avouer,\u00a0 \u00e0 prononcer ces deux simples mots \u00e0 des \u00eatres qui m\u2019\u00e9taient chers et qui avaient quitt\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9ment ce monde de la manifestation. Voil\u00e0 encore une fois, le destin vient de m\u2019enlever un ami.<\/div>\n<div>Ali Boudoukha est parti. Il a quitt\u00e9 son corps malade pour suivre un autre destin. Sur d\u2019autres \u00e9toiles.<\/div>\n<p><strong>Ali \u00e9tait journaliste.<\/strong><br \/>\nPendant pr\u00e8s de 20 ans, nous avions chemin\u00e9 ensemble. Nous avions fait notre entr\u00e9e \u00e0 la Cha\u00eene III, la radio alg\u00e9rienne francophone, la m\u00eame ann\u00e9e,\u00a0 fin 1970, une semaine ou deux de diff\u00e9rence. Nous avons pr\u00e9sent\u00e9 notre premier journal parl\u00e9, celui du 22h. Comme d\u00e9butants du direct, nous avions le trac. Et cette information sportive illisible qui nous a donn\u00e9 un moins et qui, le lendemain, devant notre directeur Rachid Boumedi\u00e8ne, s\u00e9v\u00e8re, mais bienveillant\u2026 Bref! Nous avions malgr\u00e9 tout r\u00e9ussi notre passage \u00e0 l\u2019antenne. Les journaux vont se succ\u00e9der et l\u2019assurance se renforcer. Ce n\u2019est pas simple de parler \u00e0 des millions d\u2019auditeurs au pays et sans doute \u00e0 d&rsquo;autres qui nous \u00e9coutaient sur la Rive-Nord de la M\u00e9diterran\u00e9e. C\u2019est vrai qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y avait pas la parabole pour capter les cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision \u00e9trang\u00e8res. La radio \u00e9tait reine.\u00a0 Et nous \u00e9tions, reconnaissons-le, comme des \u00eatres omnipr\u00e9sents qui entraient dans les foyers intimes pour les informer de la situation du pays et de la plan\u00e8te.<br \/>\n<strong>Nous \u00e9tions alors de jeunes journalistes<\/strong><br \/>\n\u00c0 quoi pensait-il, sur son lit, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, quand les r\u00eaves s\u2019amenuisaient.\u00a0 Lorsqu\u2019il n\u2019y avait aucun mot \u00e0 dire parce que la maladie rongeait le corps qui nous est pr\u00eat\u00e9? Sans doute d\u2019abord \u00e0 ses enfants, \u00e0 sa femme et puis, \u00e0 cette Alg\u00e9rie, ce grand et immense pays\u00a0 mythique qui nous a vus na\u00eetre et que nous esp\u00e9rions voir ressurgir d\u2019entre les nations mourantes. L\u2019histoire imm\u00e9diate nous donnera sous peu la r\u00e9ponse. Inqui\u00e9tante ou joyeuse? Cela ne nous appartient plus. Le monde est entr\u00e9 dans l\u2019\u00e8re du changement et nul, pays, famille ou individu, n\u2019est d\u00e9sormais une \u00eele. Un nouveau monde est en train d\u2019\u00e9merger dans le silence ou le fracas d\u2019une guerre mondiale non dite. Cela ne nous appartient plus et rel\u00e8ve du Destin de l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\n<strong>On l&rsquo;appelait BAB. Et c\u2019est ainsi qu\u2019il signait ses articles dans les journaux.<\/strong><br \/>\nPour Latifa Madani, Ali demeure \u00ab un monument de la cha\u00eene III, du journalisme, du syndicalisme, de la fraternit\u00e9 et la solidarit\u00e9; il fut notre mentor! Gentillesse bien s\u00fbr, clairvoyance, engagement, t\u00e9nacit\u00e9, int\u00e9grit\u00e9, humour, finesse: difficile de trouver des d\u00e9fauts chez Ali BAB. Quelle tristesse! Et que de souvenirs en partage! Celui du temps des luttes et de l&rsquo;amiti\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Thouraya Ayed, elle, se questionne : \u00abencore une des voix de la radio et de la cha\u00eene III qui s\u2019\u00e9teint.Sans vouloir faire dans le d\u00e9compte macabre, je trouve que le bilan est tr\u00e8s lourd. Ali Boudoukha \u00e9tait un homme affable, au sourire permanent. Cela fait quelque temps que je ne l&rsquo;ai pas vu. Je garde donc pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 cette image de lui. J&rsquo;esp\u00e8re que l\u00e0 o\u00f9 il est, il ne souffrira plus. Que Dieu vous garde tous de la maladie, car elle est pire que la mort. Je n&rsquo;ai pas besoin de vous voir ni d\u2019\u00eatre en contact permanent avec vous. Cela me suffit de vous savoir heureux et en bonne sant\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour Zine Ben Badis, \u201cce d\u00e9c\u00e8s (&#8230;) nous instruit de l\u2019inanit\u00e9 des ambitions d\u00e9mesur\u00e9es des hommes notamment dans notre pays .Des personnes comme Ali, que Dieu ait son \u00e2me, sont parties pr\u00e9matur\u00e9ment, mais auront marqu\u00e9 leur passage sur terre par une probit\u00e9 intellectuelle rare. Ali s&rsquo;ouvrait ces jours-ci \u00e0 un de nos amis communs en lui confiant \u00ab\u00a0tu sais, on doit partir un jour , moi ce qui me r\u00e9conforte, c&rsquo;est que je pars propre \u00ab\u00a0. C&rsquo;est bien cela Ali. Que Dieu ait son \u00e2me!\u201d<\/p>\n<p>Kader Brahimi ne veut pas revenir sur \u201csur ce parcours et cette vie exemplaires et irr\u00e9prochables de journaliste, syndicaliste, r\u00e9sistant, militant pour la paix, le droit et la d\u00e9mocratie. Il est \u00e0 mes yeux quelque chose de plus essentiel : il \u00e9tait un ami comme on les aime, un coll\u00e8gue auquel on tient, une compagnie extraordinairement agr\u00e9able. Et cette fa\u00e7on qu&rsquo;il avait d&rsquo;\u00eatre pour quelques-uns d&rsquo;entre nous, cette petite lumi\u00e8re dans les t\u00e9n\u00e8bres ou au milieu de l&rsquo;ouragan. Il revenait souvent \u00e0 Paris. Il aurait pu n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un souvenir, un ex-coll\u00e8gue avec qui on prend rapidement un caf\u00e9 par politesse&#8230; Et m&#8230; ! M\u00eame dans un autre contexte, dans une autre ville, Ali \u00e9tait toujours Ali : un ami comme on aimerait en revoir plus et plus souvent \u00e0 Paris, un ex-coll\u00e8gue qu&rsquo;on retient jusqu&rsquo;au bout de la nuit, une pr\u00e9sence d\u00e9licieusement agr\u00e9able.<\/p>\n<div>On s&rsquo;est pay\u00e9 des ballades inou\u00efes, des restaurants, des verres, des promenades, des parcs, des monuments, des heures et des heures de discussion dans cette ville qu&rsquo;il aimait de plus en plus et dont je sentais bien qu&rsquo;elle lui permettait de souffler un peu. Bien avant sa maladie, le pays l&rsquo;avait \u00e9puis\u00e9, min\u00e9. Ici, il soufflait, il se permettait d&rsquo;aimer enfin la vie, de la trouver belle et d&rsquo;en profiter. (\u2026). Et puis il avait cette fa\u00e7on unique d&rsquo;\u00e9voquer les autres, de s&rsquo;en soucier ou de s&rsquo;en sentir fier, sa famille, ses amis, ses coll\u00e8gues. Je ne sais pas ce qu&rsquo;il a eu comme temps ou l&rsquo;occasion de dire \u00e0 son fils et \u00e0 sa fille, \u00e0 son jeune fr\u00e8re et \u00e0 ses s\u0153urs, mais, \u00e0 moi, ici, il m&rsquo;a dit maintes fois combien il les aimait et combien il se souciait de leur avenir et de leur bien-\u00eatre. Je ne sais pas ce qu&rsquo;il a eu le temps ou l&rsquo;occasion de dire \u00e0 ses amis, ses coll\u00e8gues ou \u00e0 ses vieux compagnons, mais, devant moi, ici, il \u00e9voquait souvent, sans la pudeur qu&rsquo;on lui conna\u00eet, l&rsquo;immense affection qu&rsquo;il avait pour son vieux compagnon Nourredine Inoughi, l&rsquo;immense amiti\u00e9 qu&rsquo;il avait pour Toufik bien s\u00fbr, mais aussi pour Cherif Ben Ali, Sole\u00efman, Kamel Benyahia, Zine, Jimmy, Khaled, Mouloud, Sa\u00efd, Luc, Nacera, Djahida, Ihsene et j&rsquo;en oublie de ceux qui ont marqu\u00e9 sa vie et son histoire tout comme il a marqu\u00e9 les n\u00f4tres.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>Voil\u00e0, Ali. Il ne me reste plus aucune larme ce soir, mais encore un peu de foi. J&rsquo;ai envie de croire que la vie ne meurt pas, qu&rsquo;elle est \u00e9ternelle et qu&rsquo;elle se renouvelle sans cesse. J&rsquo;ai envie de croire qu&rsquo;un jour ou l&rsquo;autre, tu reviendras.\u201d<\/div>\n<div>Ali\u00a0 \u00e9tait mari\u00e9 et p\u00e8re; je souhaite \u00e0 ses enfants beaucoup de courage et qu\u2019ils prennent exemple de leur p\u00e8re.<\/div>\n<div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>dis \u00e0 ma m\u00e8re et surtout pas \u00e0 mon p\u00e8re \u00e0 quel point je les aimais. J\u2019aurais d\u00fb. (\u2026) Ayez piti\u00e9 de moi. 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