{"id":287,"date":"2012-09-07T10:57:17","date_gmt":"2012-09-07T10:57:17","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=287"},"modified":"2020-06-17T14:08:18","modified_gmt":"2020-06-17T14:08:18","slug":"ce-que-yasmina-khadra-doit-a-youcef-dris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/ce-que-yasmina-khadra-doit-a-youcef-dris\/","title":{"rendered":"Ce que Yasmina Khadra doit \u00e0 Youcef Dris"},"content":{"rendered":"<p>Au mois de septembre dernier je re\u00e7ois dans ma bo\u00eete aux lettres une enveloppe qui contient un roman. L\u2019auteur : Youcef Dris, alg\u00e9rien, inconnu en France et m\u00eame dans son propre pays, est un \u00e9crivain touche \u00e0 tout : r\u00e9cit, roman, po\u00e9sie; il est \u00e9galement journaliste.<\/p>\n<p>Roman ? D\u00e8s la 4<sup>\u00e8me<\/sup> de couverture, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s surpris par la pr\u00e9sentation du livre qui me rappelait l\u2019histoire de ces deux amants (Jonas &amp; Emilie) dans le dernier roman de Yasmina Khadra, <strong><em>Ce que le jour doit \u00e0 la nuit<\/em><\/strong>. Mais je suis rest\u00e9 prudent. Je me suis dit que ce n\u2019est pas possible&nbsp;: un homme aussi int\u00e8gre et connu que Yasmina Khadra ne peut pas faire une chose pareille. A ce moment-l\u00e0, j\u2019ignorais encore qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 contraint de retirer un de ses romans des librairies, et que ce premier plagiat \u00e9tait inscrit sur le <a title=\"Ce que Yasmina Khadra doit \u00e0 Youcef Dris\" href=\"http:\/\/karimsarroub.com\/2010\/04\/10\/ce-que-yasmina-khadra-doit-a-tahar-ouettar\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">site d\u2019une encyclop\u00e9die<\/a>.<\/p>\n<p>Parce que j\u2019ai eu un d\u00e9bat avec lui l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, c\u2019est donc \u00e0 moi de faire le sale boulot. Depuis septembre dernier, j\u2019avais dans ma biblioth\u00e8que deux romans qui contiennent la m\u00eame histoire et je ne le savais pas. Yasmina Khadra est dot\u00e9 d\u2019un culot ph\u00e9nom\u00e9nal. A ma connaissance, il est le seul romancier, dans l\u2019histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, \u00e0 avoir r\u00e9clam\u00e9 aussi stupidement un prix litt\u00e9raire pour un livre qui n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un plagiat caract\u00e9ris\u00e9.<\/p>\n<p>Pire que le plagiat, le pillage. Son dernier roman est une p\u00e2le copie d\u2019un r\u00e9cit paru en 2004, une histoire <strong>v\u00e9ridique<\/strong> d\u2019un amour impossible entre une pied-noir et un alg\u00e9rien, une histoire qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e, photos \u00e0 l\u2019appui, quatre ans auparavant, par l\u2019\u00e9crivain alg\u00e9rien <strong>Youcef Dris<\/strong> dans un livre de 142 pages&nbsp;: <strong><em>Les amants de Padovani<\/em><\/strong>, un excellent r\u00e9cit, sans dialogues superficiels ni niaiseries, un r\u00e9cit publi\u00e9 aux \u00e9ditions <a href=\"http:\/\/www.dalimen.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">Dalimen<\/a>, et uniquement en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Sur plus de 400 pages, Yasmina Khadra&nbsp;a, d\u00e8s la fin de la premi\u00e8re centaine, repris \u00e0 son compte tout le r\u00e9cit de Youcef Dris pour en faire un m\u00e9diocre roman de gare, une histoire \u00e0 l\u2019eau de rose, digne des pires romans d\u2019amour, une histoire sans queue ni t\u00eate qui a d\u00fb faire pouffer de rire l\u2019auteur des \u00ab&nbsp;amants de Padovani.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Voici ce qu\u2019en dit un lecteur troubl\u00e9, Abdallah, au mois de sep. 2008 :<\/p>\n<p>\u201cCe roman de Yasmina Khadra (2008) me fait penser \u00e9trangement a du d\u00e9j\u00e0 vu ou lu. En effet, l\u2019histoire ressemble \u00e9trangement \u00e0 celle d\u2019un autre roman <strong>LES AMANTS DE PADOVANI<\/strong> de l\u2019auteur alg\u00e9rien Youcef Dris paru en mars 2004 et pr\u00e9sent\u00e9 au Salon du livre \u00e0 Paris o\u00f9 je l\u2019ai achet\u00e9. Le h\u00e9ros de Khadra d\u00e9barque \u00e0 Oran, celui de Dris \u00e0 Alger. De modeste condition, ils sont tous deux scolaris\u00e9s&nbsp;; chose pas ais\u00e9e en cette p\u00e9riode coloniale pour des indig\u00e8nes. Ils tombent amoureux tous deux d\u2019une europ\u00e9enne, Emilie pour Khadra et Am\u00e9lie pour Dris. Ils assistent tous deux au d\u00e9part massif des fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie et tous deux vont se recueillir sur la tombe de leur dulcin\u00e9e \u00e0 Aix en Provence pour Khadra et \u00e0 Saint-Rapha\u00ebl pour Dris. Et les co\u00efncidences sont l\u00e9gion dans les deux textes. Qui s\u2019est \u201cinspir\u00e9\u201d de l\u2019autre&nbsp;?\u201d<\/p>\n<p>Les mots \u00ab coincidence \u00bb et \u00ab inspiration \u00bb qu\u2019emploie Abdallah sont de faibles litotes pour&nbsp;d\u00e9crire l\u2019ampleur du plagiat. Plus que des similitudes, l\u2019auteur de <em>Ce que le jour doit \u00e0 la nuit<\/em> n\u2019a rien fait d\u2019autre que r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire de ces deux amants, en prenant soin d\u2019y injecter&nbsp;sa propre histoire.<\/p>\n<p>Qqs ressemblances qui sautent aux yeux :<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019\u00e9poque o\u00f9 commence l\u2019histoire, dans les deux livres, ce sont les ann\u00e9es trente.<\/li>\n<li>Le lieu : l\u2019Alg\u00e9rie.<\/li>\n<li>Dans les deux livres, il est question de deux Arabes qui tombent amoureux d\u2019une europ\u00e9enne.<\/li>\n<li>Dans le livre de Youcef Dris, les amoureux s\u2019appellent d\u2019abord Am\u00e9lie et Dahmane. Dans celui de Yasmina Khadra, Emilie et Younes.<\/li>\n<li>Le h\u00e9ros de Youcef Dris d\u00e9barque \u00e0 Alger, celui de Yasmina Khadra \u00e0 Oran.<\/li>\n<li>Dans les deux livres, les deux Arabes changeront ensuite d\u2019identit\u00e9, troquant leur pr\u00e9nom arabe contre un pr\u00e9nom chr\u00e9tien pour l\u2019un, h\u00e9bra\u00efque pour l\u2019autre. Chez Youcef Dris, Dahmane devient D\u00e9d\u00e9, chez Yasmina Khadra, Younes devient Jonas.<\/li>\n<li>C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention directe de l\u2019Europ\u00e9en que le petit arabe est scolaris\u00e9, dans les deux livres<\/li>\n<li>Dans les deux livres, l\u2019arabe est emp\u00each\u00e9 de vivre son amour avec la jeune Am\u00e9lie\/Emilie.<\/li>\n<li>Dans les deux livres, leur union est emp\u00each\u00e9e par la volont\u00e9 des parents de la fille : le p\u00e8re d\u2019Am\u00e9lie dans le livre de Dris, la m\u00e8re d\u2019Emilie dans le livre de Khadra.<\/li>\n<li>Apr\u00e8s cet interdit, dans les deux livres les deux amoureux sont s\u00e9par\u00e9s durant de longues ann\u00e9es.<\/li>\n<li>Dans les deux livres, ils assistent au d\u00e9part des Fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie.<\/li>\n<li>Et pendant ce temps, les deux Arabes dans les deux livres sont victimes de racisme.<\/li>\n<li>Outre la s\u00e9paration forc\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un tiers, dans les deux livres ils sont rejet\u00e9s parce qu\u2019Arabes : \u00e0 l\u2019\u00e9cole, par les copains pour l\u2019un, par les filles pour l\u2019autre.<\/li>\n<li>Dans les deux livres, la fin se passe dans le sud de la France : \u00e0 Aix dans le livre de Yasmina Khadra, o\u00f9 l\u2019auteur a v\u00e9cu, \u00e0 Saint-Rapha\u00ebl dans le livre de Youcef Dris, qui a respect\u00e9 la vraie histoire de son cousin.<\/li>\n<li>Dans les deux livres, Am\u00e9lie et Emilie accouchent.<\/li>\n<li>Dans les deux livres, Am\u00e9lie et Emilie meurent, mais pas l\u2019enfant.<\/li>\n<li>Dans les deux livres, les deux Arabes retrouvent le fils d\u2019Am\u00e9lie\/Emilie \u00e0 la fin.<\/li>\n<li>Dans les deux livres, l\u2019Arabe ne sera pas le p\u00e8re.<\/li>\n<li>Dans les deux livres, Am\u00e9lie et Emilie ont \u00e9crit une lettre \u00e0 D\u00e9d\u00e9 et \u00e0 Jonas.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Et les ressemblances ne s\u2019arr\u00eatent pas qu\u2019au texte. A la fin du r\u00e9cit <em>Les amants de Padovani<\/em>, il y a quatre photos, des daguerr\u00e9otypes que Youcef Dris avait retrouv\u00e9s chez sa m\u00e8re dans une vieille caisse, dont celle de la femme au chapeau:<\/p>\n<p>Yasmina Khadra est un auteur qui puise sans vergogne dans le fond commun des id\u00e9es et des faits divers. Il n\u2019y a aucune limite, pour lui, entre l\u2019emprunt servile et l\u2019emprunt cr\u00e9atif. Dans <em>Ce que le jour doit \u00e0 la nuit<\/em>, le petit Younes fait comme l\u2019auteur du livre&nbsp;: d\u00e8s la page 70 il change d\u2019identit\u00e9 et devient Jonas, un fran\u00e7ais qui vivra en Alg\u00e9rie parmi les Fran\u00e7ais, isol\u00e9 des \u00ab&nbsp;siens \u00bb, tr\u00e8s poli, non violent, en plus un vrai beau gosse avec des yeux bleus. Un gar\u00e7on \u00e0 croquer. Tout un fantasme qu\u2019on va s\u2019abstenir de rappeler tellement c\u2019est gros. Quant \u00e0 Emilie, c\u2019est la m\u00eame : dans le r\u00e9cit de Youcef Dris (2004), elle s\u2019appelle Am\u00e9lie et, comme l\u2019autre, accouchera, puis mourra en France apr\u00e8s avoir \u00e9crit une lettre \u00e0 Jonas.<\/p>\n<p>Yasmina Khadra a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 l\u2019arm\u00e9e alg\u00e9rienne par son p\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e2ge de neuf ou dix ans, comme le jeune Younes. Comme le jeune Jonas, c\u2019est une nouvelle famille que Yasmina Khadra avait retrouv\u00e9e au sein de l\u2019arm\u00e9e, une \u00ab&nbsp;famille&nbsp;\u00bb avec laquelle il vivra plusieurs d\u00e9cennies. Ce n\u2019est pas le plus g\u00eanant mais on aurait aim\u00e9 ne pas y penser, car il est impossible de ne pas faire le parall\u00e8le, durant la lecture, entre le personnage du roman principal confi\u00e9 \u00e0 une famille de pied noir \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix ans,&nbsp;avec&nbsp;la vraie vie de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Bernard Barrault, l\u2019\u00e9diteur de Yasmina Khadra (Julliard), a-t-il lu \u00ab&nbsp;Les amants de Padovani&nbsp;\u00bb&nbsp;? J\u2019en doute. De m\u00eame qu\u2019il n\u2019avait jamais lu, du moins avant sa publication, <a title=\"Yasmina Khadra Frenchy\" href=\"http:\/\/livre.fnac.com\/a1551641\/Benjamin-Cros-Frenchy#reviews\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><strong>Frenchy<\/strong><\/a>, le roman que Yasmina Khadra avait publi\u00e9 aux \u00e9ditions Fayard en 2004 sous le nom de Benjamin Cros, une charge sournoise et scandaleuse qui vous instillera l\u2019envie de d\u00e9tester les Am\u00e9ricains sans aucune culpabilit\u00e9. Un roman vendu heureusement \u00e0 460 (quatre cent soixante) exemplaires. Tant mieux pour l\u2019Am\u00e9rique. Un important \u00e9diteur parisien m\u2019avait dit \u00e0 propos de Yasmina Khadra&nbsp;: \u00ab&nbsp;Chez Julliard, ils disent qu\u2019ils ne font que le corriger. Mais on sait qu\u2019on lui r\u00e9\u00e9crit ses livres.&nbsp;\u00bb Sur France Culture, en 2007, l\u2019excellent Tewfik Hakem \u00e0 qui je r\u00e9pondais que je n\u2019avais rien lu de Yasmina Khadra, m\u2019a recommand\u00e9 dans un \u00e9clat de rire de lire au moins un de ces roman.<\/p>\n<p><strong>Rappel :<\/strong><br \/>\nParce qu\u2019il ne figurait sur aucune liste de prix, furieux et se croyant peut-\u00eatre en Alg\u00e9rie, voici ce qu\u2019il d\u00e9clara au Parisien en 2008&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab Toutes les institutions litt\u00e9raires se sont ligu\u00e9es contre moi \u00bb L\u2019auteur d\u00e9nonce ainsi le fait que son best-seller \u00ab&nbsp;<em>Ce que le jour doit \u00e0 la nuit<\/em> \u00bb soit absent de la liste des prix. \u00ab \u00c7a n\u2019a pas de sens, dit-il, ces aberrations parisiennes. Les gens pensent que \u00e7a a \u00e9t\u00e9 facile pour moi de devenir \u00e9crivain. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 soldat \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 9 ans. J\u2019ai \u00e9volu\u00e9 dans un pays o\u00f9 l\u2019on parle de livres mais jamais d\u2019\u00e9crivains et dans une institution [l\u2019arm\u00e9e] qui est aux antipodes de cette vocation.&nbsp;\u00bb Le romancier n\u2019accepte pas ce rejet d\u2019autant plus qu\u2019il est plut\u00f4t convaincu de la qualit\u00e9 de son \u0153uvre puisqu\u2019il d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab Je ne pense pas pouvoir \u00e9crire un livre meilleur que celui-l\u00e0.&nbsp;\u00bb Et il pr\u00e9cise aussi ceci&nbsp;: \u00ab&nbsp;On devrait me saluer pour \u00e7a : <strong>j\u2019\u00e9cris dans une langue qui n\u2019est pas la mienne<\/strong>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Si l\u2019occasion se pr\u00e9sente, un jour, je ferais une note rien que sur cette derni\u00e8re d\u00e9claration : <em>\u201cJ\u2019\u00e9cris dans une langue qui n\u2019est pas la mienne.\u201d<\/em><\/p>\n<p><strong>Photos publi\u00e9es dans <em>Les amants de Padovani<\/em> :<br \/>\n<a href=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat2.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"yasmina khadra plagiat\" src=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat2.jpg?w=500\" alt=\"\"><\/a>.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat3.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"yasmina khadra plagiat\" src=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat3.jpg?w=500\" alt=\"\"><\/a>.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat4.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"yasmina khadra plagiat\" src=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat4.jpg?w=500\" alt=\"\"><\/a><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Photos re\u00e7ues de Youcef Dris :<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat5.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"yasmina khadra plagiat\" src=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat5.jpg?w=500\" alt=\"\"><\/a>Am\u00e9lie Lemoigne sur le bateau en partance vers Marseille,<br \/>\nphotograpi\u00e9e par Dahmane<br \/>\n.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat6.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"yasmina khadra plagiat\" src=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat6.jpg?w=500\" alt=\"\"><\/a>Jeunes pieds-noirs \u00e0 la plage de Padovani<br \/>\n.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat7.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"yasmina khadra plagiat\" src=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat7.jpg?w=500\" alt=\"\"><\/a>Am\u00e9lie Lemoigne et Dahmane avec les soeurs d\u2019am\u00e9lie \u00e0 la Pointe Pescade<br \/>\n.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat8.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"yasmina khadra plagiat\" src=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra-plagiat8.jpg?w=500\" alt=\"\"><\/a>Am\u00e9lie Lemoigne, sa cousine et Dahmane \u00e0 Saint-Rapha\u00ebl<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p><strong>Les amants de Padovani <\/strong><\/p>\n<p>Pr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9diteur:<br \/>\nSi les deux amants ne s\u2019\u00e9taient pas tromp\u00e9s d\u2019\u00e9poque, leur idylle aurait \u00e9t\u00e9 toute de lumi\u00e8re. Mais dans l\u2019Alg\u00e9rie des ann\u00e9es 30, lorsqu\u2019on s\u2019appelle Am\u00e9lie et Dahmane, les histoires d\u2019amour n\u2019ont pas droit de cit\u00e9. Et ce sont les pages d\u2019une vraie trag\u00e9die qui composent ce roman qui n\u2019en est pas un. La fille de D\u00e9mont\u00e8s mourra d\u2019avoir \u00ab&nbsp;p\u00each\u00e9&nbsp;\u00bb avec un indig\u00e8ne; le petit-fils de Fatma paiera d\u2019une vie de malheur une passion qu\u2019il n\u2019a pas su esquiver. Il y a dans \u00ab&nbsp;Les amants de Padovani&nbsp;\u00bb, outre le souffle d\u2019un grand drame sentimental, l\u2019\u00e9vocation douloureuse d\u2019une Alg\u00e9rie accabl\u00e9e par l\u2019apartheid colonial.<br \/>\n.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/les-amants-de-padovani.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"les amants de padovani\" src=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/les-amants-de-padovani.jpg?w=500\" alt=\"\"><\/a><br \/>\nN\u00e9 \u00e0 Tizi-Ouzou le 25 octobre 1945, Youcef Dris a fait ses premiers pas dans la litt\u00e9rature en 1972, en publiant des nouvelles dans les pages culturelles d\u2019\u201dEl Moujahid\u201d, \u00e0 l\u2019\u00e9poque seul quotidien national de langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Directeur de publication de l\u2019hebdomadaire oranais \u201cC\u00f4t\u00e9 Ouest\u201d et auteur de dossiers de soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019articles politiques et sociaux dans de nombreuses publications, il a dirig\u00e9 pendant deux ans \u201cHebdo Rama\u201d, un p\u00e9riodique culturel.<\/p>\n<p>En 1993, Youcef Dris a publi\u00e9 un recueil de po\u00e8mes intitul\u00e9 \u201cGrisailles.\u201d<\/p>\n<p>___________<\/p>\n<p><strong>Yasmina Khadra<\/strong><\/p>\n<p>Un mot sur l\u2019auteur de <em>Ce que le jour doit \u00e0 la nuit<\/em>. Et je ne vais pas \u00eatre tendre. S\u2019il y a bien une chose que Yasmina Khadra n\u2019a toujours pas int\u00e9gr\u00e9, qu\u2019il ignore compl\u00e8tement, c\u2019est bien la libert\u00e9. Des d\u00e9cennies au sein de l\u2019arm\u00e9e alg\u00e9rienne lui ont fait perdre toute notion de libert\u00e9. Si je le souligne, c\u2019est parce qu\u2019il ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter partout le contraire. D\u2019ailleurs, le mot libert\u00e9 est inexistant dans le roman. Sur plus de quatre cent pages, l\u2019unique fois o\u00f9 je l\u2019ai lu, c\u2019est lorsqu\u2019il \u00e9crit ceci, page 262&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Dans ses lettres, pas une fois il n\u2019avait laiss\u00e9 transpara\u00eetre les frustrations qui l\u2019avaient amen\u00e9 \u00e0 renoncer \u00e0 sa libert\u00e9, \u00e0 sa famille, \u00e0 son village pour se livrer pieds et poings li\u00e9s aux r\u00e8glements militaires et au travail de la d\u00e9personnalisation consentante et de la soumission. \u00bb<\/p>\n<p>En tant qu\u2019ex militaire, c\u2019\u00e9tait donc un homme soumis. Mais il l\u2019est toujours. Il a juste l\u2019impression de ne plus l\u2019\u00eatre parce qu\u2019aujourd\u2019hui il peut l\u2019\u00e9crire. S\u2019il est vrai que l\u2019on ne sait pas grand-chose sur le romancier (avec d\u00e9j\u00e0 deux pseudos \u00e0 son actif), une chose est certaine&nbsp;et sur laquelle on ne devrait plus s\u2019interroger&nbsp;: Yasmina Khadra est, ou \u00e9tait, bien un militaire. Le livre est truff\u00e9 d\u2019allusions ou de m\u00e9taphores prenant pour r\u00e9f\u00e9rence l\u2019Arm\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je d\u00e9fis le papier d\u2019emballage avec les pr\u00e9cautions d\u2019un artificier<\/em> \u00bb (p. 278)&nbsp;; \u00ab&nbsp;<em>Tu me pr\u00e9sentes un profil \u00e0 d\u00e9bander un tank&nbsp;\u00bb<\/em> (p. 275), et des dizaines d\u2019autres exemples du m\u00eame acabit. Une plume form\u00e9e donc \u00e0 l\u2019Ecole des Cadets, la St-Cyr alg\u00e9rienne. Son \u00ab&nbsp;ancienne&nbsp;\u00bb vie d\u2018officier est bien la cause de cet emprisonnement mental qui lui a fait perdre toute autonomie, y compris aujourd\u2019hui puisque sur ce point-l\u00e0 manifestement rien n\u2019a boug\u00e9. D\u2019o\u00f9 son silence et sa langue de bois \u00e0 faire sourire quand il s\u2019agit de la censure et la libert\u00e9 d\u2019expression en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Les rares fois o\u00f9 j\u2019ai entendu Yasmina Khadra parler \u201ccourageusement\u201d et d\u2019une fa\u00e7on claire, cela a \u00e9t\u00e9 contre la \u00ab <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lobby_juif\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">finance internationale<\/a> \u00bb, autrement dit&nbsp;: les juifs. Chose qu\u2019il r\u00e9p\u00e8te de fa\u00e7on obsessionnelle depuis 2006. La \u201cfinance internationale\u201d, cette formule qu\u2019on retrouve dans <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Protocole_des_Sages_de_Sion\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">Les Protocoles des Sages de Sion<\/a>, devient avec Yasmina Khadra une sorte de n\u00e9buleuse terroriste qui finance, \u00e0 son insu, les films adapt\u00e9s de ses romans \u00e0 Los Angeles et \u00e0 Paris.<\/p>\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Bouteflika m\u2019a donn\u00e9 une v\u00e9ritable le\u00e7on de d\u00e9mocratie.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>En revanche, pas une seule fois je ne l\u2019ai entendu s\u2019indigner contre l\u2019incarc\u00e9ration des journalistes et des intellectuels en Alg\u00e9rie, la saisie des journaux, <a href=\"http:\/\/www.lepost.fr\/article\/2008\/11\/14\/1325818_parution-du-journal-d-un-homme-libre-de-mohamed-benchicou.html\">la censure des livres carr\u00e9ment dans les imprimeries<\/a>, ou encore contre la <a href=\"http:\/\/www.lepost.fr\/article\/2008\/11\/21\/1333586_bouteflika-un-vulgaire-dictateur-dilem.html\">\u00e9ni\u00e8me \u00e9lection<\/a> , en 2009, du pr\u00e9sident Bouteflika, \u00e0 l\u2019instar des r\u00e9publiques banani\u00e8res (<strong>90,24%<\/strong>). Ce m\u00eame pr\u00e9sident qui l\u2019a nomm\u00e9 au Centre Culturel Alg\u00e9rien \u00e0 Paris, une \u00e9ni\u00e8me \u00e9lection que le romancier avait trouv\u00e9e d\u2019ailleurs \u00ab&nbsp;<strong>naturelle<\/strong> \u00bb, alors qu\u2019en 2007, voici ce qu\u2019il d\u00e9clarait \u00e0 propos des \u00e9lections dans son pays : \u00ab&nbsp;Hypocrites, ils s\u2019\u00e9vertuent \u00e0 nous casser les oreilles \u00e0 coups de slogans creux, nous infantilisant, nous abrutissant d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, d\u2019\u00e9lections bidons en \u00e9lections contre nature, jusqu\u2019\u00e0 nous rendre compl\u00e8tement fous. \u00bb Malgr\u00e9 ses diff\u00e9rents pseudos, c\u2019est bien le m\u00eame homme qui parle. Ce m\u00eame homme qui d\u00e9clara en 2009 : \u00ab&nbsp;Bouteflika m\u2019a donn\u00e9 une v\u00e9ritable le\u00e7on de d\u00e9mocratie.&nbsp;\u00bb<br \/>\n.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"yasmina khadra\" src=\"http:\/\/karimsarroubdotcom.files.wordpress.com\/2009\/11\/yasmina-khadra.jpg?w=500\" alt=\"\"><\/a><br \/>\nIl n\u2019a pas honte du tout. Je connaissais d\u00e9j\u00e0 ses crises de m\u00e9galomanies durant la p\u00e9riode des prix litt\u00e9raires o\u00f9, parce que non s\u00e9lectionn\u00e9, il s\u2019est mis \u00e0 accuser les jurys de racisme. Des crises aigu\u00ebs que je me suis farcies aussi durant ce <a href=\"http:\/\/www.lepost.fr\/article\/2008\/10\/18\/1291578_video-debat-houleyx-entre-yasmina-khadra-et-karim-darroub-concernant-la-censure-qui-frappe-mohamed-benchicou.html\">d\u00e9bat<\/a>, monopolisant la parole pour nous parler de sa fortune et de son courage. M\u00eame les soupires des gens dans la salle n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 l\u2019arr\u00eater, jusqu\u2019\u00e0 ce que je prenne le micro et lui demande si vraiment \u00ab&nbsp;il s\u2019entendait parler.&nbsp;\u00bb Mais je ne connaissais pas l\u2019ampleur de son culot. Quand je lis Yasmina Khadra en train de proclamer&nbsp;\u00e0 un journaliste : \u00ab&nbsp;Il est grand temps pour les intellectuels arabes et musulmans de sortir un peu des sentiers battus&nbsp;\u00bb, lui qui est proche de Bouteflika, je ne peux m\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 cette le\u00e7on de courage et de r\u00e9volte que lui a servie chez lui, en Alg\u00e9rie, le plus grand po\u00e8te arabe vivant&nbsp;: <a href=\"http:\/\/karimsarroub.blog.lemonde.fr\/2009\/12\/06\/adonis-aux-intellectuels-arabes-vous-etes-des-laches\/\">Adonis<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Ce que le jour doit \u00e0 la nuit<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Pas assez moderne dans l\u2019\u00e9criture&nbsp;\u00bb<\/em>, reproche-t-on parfois \u00e0 Yasmina Khadra, \u00e9crit le magazine <strong>Lire<\/strong>. Que vaut l\u2019Antigone de Sophocle r\u00e9duit \u00e0 l\u2019histoire de deux fr\u00e8res ennemis dont la s\u0153ur veut donner une s\u00e9pulture au fr\u00e8re \u00e0 qui on la refuse&nbsp;? Que serait cette querelle de palais si ne s\u2019\u00e9levait derri\u00e8re les \u00e9clats de voix et les claquements de porte la protestation d\u2019Antigone qui, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e au visage d\u2019Ism\u00e8ne, continue de l\u2019\u00eatre \u00e0 celui de l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re [\u2026] \u00bb Etc.<\/p>\n<p>Excellente question en effet&nbsp;: que vaut l\u2019Antigone de Sophocle. Face \u00e0 de telles b\u00eatises, je comprends que le magazine <strong>Lire<\/strong> l\u2019ait \u00e9lu meilleur livre de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>En plus du plagiat, je ne crois pas exag\u00e9rer en qualifiant le dernier roman de Yasmina Khadra de sous litt\u00e9rature. La construction du roman, une confiture. Sur 400 pages, les 70 premi\u00e8res tenaient \u00e0 peu pr\u00e8s la route&nbsp;: on se dit qu\u2019un gosse de dix ans qui voit le champ de patates de son p\u00e8re partir en fum\u00e9e dans un pays colonis\u00e9 ne peut \u00eatre qu\u2019int\u00e9ressant \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>Durant la lecture, premi\u00e8re chose qui saute aux yeux&nbsp;: les contradictions. Il est impossible d\u2019y \u00e9chapper. Vous avez beau les ignorer, elles reviennent sans cesse, vous sautent aux yeux. Les sentiments du narrateur ne sont plus cr\u00e9dibles car dans la m\u00eame page, on peut s\u2019attendre \u00e0 lire tout et son contraire. On n\u2019ose plus continuer la lecture, car on sait qu\u2019il risque de dire l\u2019inverse quelques lignes plus loin ou la page d\u2019apr\u00e8s. Un exemple caract\u00e9ristique parmi d\u2019autres, et non des moindres : ainsi, parlant de sa petite s\u0153ur et de sa m\u00e8re qui lui manquent, il dit (p. 271) : \u00ab&nbsp;Je pensai \u00e0 relancer de fa\u00e7on concr\u00e8te les recherches pour retrouver ma m\u00e8re et ma s\u0153ur. Dieu&nbsp;! qu\u2019elles me manquaient. J\u2019\u00e9tais infirme, sans elles, et inconsolable&nbsp;\u00bb, alors que cent pages avant, le narrateur disait le contraire : \u00ab&nbsp;Je commen\u00e7ais \u00e0 trouver le temps long. Jean-Christophe \u00e9tait partie avec une \u00e9norme rombi\u00e8re, Joe avec deux filles et Andr\u00e9 s\u2019\u00e9tait \u00e9clips\u00e9.&nbsp;\u00bb (p. 157)<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre dix ans sont pass\u00e9s depuis qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9 de sa famille, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de neuf ans. Mais un beau jour elles lui manquent, il s\u2019est senti tout \u00e0 coup infirme et inconsolable sans elles. Et pour qu\u2019on le comprenne bien, il a fait, sur des dizaines de pages, tout un foin pour nous convaincre que c\u2019est bel et bien \u00e7a et rien d\u2019autre. Mais on apprendra, seulement une page plus loin, que c\u2019est plut\u00f4t parce que ses amis se sont mari\u00e9s et \u00ab volatilis\u00e9s \u00bb, le \u00ab village vid\u00e9 \u00bb, qu\u2019il s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 rechercher sa s\u0153ur et sa m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je pensais donc que la reprise des recherches me soustrairait au tourment qui me malmenait apr\u00e8s ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 avec Jean-Christophe, aux absences \u00e0 travers lesquelles je m\u2019effilochais, \u00e0 la peine insondable qui me terrassait.&nbsp;\u00bb (p. 272)<\/p>\n<p>Sur ses peines et sa solitude, il en remet une couche deux cent pages plus loin lorsque le narrateur retourne \u00e0 son ancien village, et nous donne la version finale&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;En r\u00e9alit\u00e9, je cherchais Hadda. Comme \u00e7a, d\u2019un coup, elle m\u2019importait. Je voulais la retrouver, savoir si elle se souvenait de moi, si elle pouvait m\u2019\u00eatre utile de quelque chose, \u00e0 remonter jusqu\u2019\u00e0 ma m\u00e8re \u2013 l\u00e0 encore, je n\u2019\u00e9tais pas sinc\u00e8re avec moi-m\u00eame&nbsp;: Hadda avait quitt\u00e9 Jenane Jato avant le drame qui avait endeuill\u00e9 notre patio; elle ne m\u2019aurait \u00e9t\u00e9 d\u2019aucune aide dans cette histoire. Mais c\u2019\u00e9tait ce que je m\u2019\u00e9tais pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 lui dire pour l\u2019attendrir. J\u2019avais besoin de quelqu\u2019un, d\u2019un confident ou d\u2019une vieille connaissance aupr\u00e8s de laquelle puiser un semblant de complicit\u00e9, \u00e9tablir un rapport de confiance puisque celle de mes amis de Rio s\u2019\u00e9tiolait\u2026&nbsp;\u00bb (p. 317)<\/p>\n<p><strong>Mots forts et expressions oiseuses<\/strong><\/p>\n<p>Des expressions et des mots forts tels des mantras reviennent sans cesse, comme&nbsp;: <em>abjuration<\/em>, <em>l\u2019enfer<\/em>, <em>profanation<\/em>, <em>blasph\u00e8me, sortil\u00e8ge, sacril\u00e8ge<\/em>. Le mot <em>taillad\u00e9<\/em>, lui, est partout, tout est <em>taillad\u00e9<\/em> : \u00ab&nbsp;il avait extirp\u00e9 son calepin et, les yeux pliss\u00e9s, griffonnait un po\u00e8me qu\u2019il tailladait de ratures&nbsp;\u00bb (p. 213), ou \u00ab&nbsp;cette montagne taillad\u00e9e par les vents&nbsp;\u00bb, ou son synonyme&nbsp;: \u00ab&nbsp;s\u2019\u00e9tait lac\u00e9r\u00e9 le visage avec ses ongles&nbsp;\u00bb (p. 299), \u00ab&nbsp;les traits de son visage taillad\u00e9 au front&nbsp;\u00bb (p. 341).&nbsp; Ainsi que <em>farniente<\/em>, <em>destin<\/em>, <em>d\u00e9sint\u00e9grer<\/em>, <em>terrasser<\/em>, <em>t\u00e9taniser<\/em>, <em>coupe-gorge<\/em> (pp 361 &amp; 362) ou encore le mot <em>trancher<\/em>, tr\u00e8s cher au membre du GIA, qu\u2019on peut par moment lire \u00e0 plusieurs reprises dans un m\u00eame paragraphe page 264&nbsp;: \u00ab&nbsp;mon inaptitude \u00e0 trancher&nbsp;\u00bb ; \u00ab&nbsp;Comment trancher sans me d\u00e9capiter, sans perdre la t\u00eate&nbsp;?&nbsp;\u00bb ; ou carr\u00e9ment dans la m\u00eame phrase, comme ici&nbsp;: \u00ab y trouva une tranche de pain&nbsp;; ensuite, avec son canif qu\u2019il sortit de la poche arri\u00e8re de son pantalon, trancha quelques rondelles&nbsp;\u00bb (p.226). Les mots <em>\u00e9ternit\u00e9<\/em> et <em>frustration<\/em> sont peut-\u00eatre les plus nombreux. Pour comprendre certains passages, il faut souvent relire, mais c\u2019est pour se retrouver face \u00e0 des phrases creuses, ou vides de sens (p. 219)&nbsp;: \u00ab&nbsp;chaque instant que l\u2019on volait au temps nous livrait une part d\u2019\u00e9ternit\u00e9&nbsp;\u00bb (instant, temps, \u00e9ternit\u00e9.) Des mots violents, sanguinolents, \u00e0 la pelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;une absence me mutilait&nbsp;\u00bb (p. 385)&nbsp;; \u00ab&nbsp;des appels mutil\u00e9s&nbsp;\u00bb (p. 406)&nbsp;; \u00ab&nbsp;je sentis la pi\u00e8ce, les murs se d\u00e9sint\u00e9grer&nbsp;\u00bb (p.256), \u00ab&nbsp;ce fut comme si sa robe s\u2019\u00e9tait d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9e&nbsp;\u00bb (p. 174), \u00ab&nbsp;Mon reflet sur la baie vitr\u00e9e tenait le coup, mais int\u00e9rieurement, je m\u2019\u00e9tais d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 276), \u00ab&nbsp;Je me sentais glisser quelque part, me d\u00e9sint\u00e9grer lentement&nbsp;\u00bb (p. 354)&nbsp;; \u00ab&nbsp;qui faillit me terrasser quand la main d\u2019Emilie glissa sous la table&nbsp;\u00bb (p. 229), \u00ab&nbsp;La m\u00e8re de Simon, terrass\u00e9e, pleurait sur une chaise&nbsp;\u00bb (p. 322), \u00ab&nbsp;la peine insondable qui me terrassait&nbsp;\u00bb (p 272), \u00ab&nbsp;l\u2019inconnue nous regarda, nous t\u00e9tanisant tous les trois&nbsp;\u00bb (p.209).<\/p>\n<p>Et puis, l\u2019<em>\u00e2me<\/em>. C\u2019est sans aucun doute ce qui m\u2019a le plus impressionn\u00e9 dans ce roman, l\u2019utilisation du mot <em>\u00e2me<\/em>. Je pensais avoir compris quelque chose \u00e0 l\u2019\u00e2me, depuis toutes ces ann\u00e9es \u00e0 pratiquer la psychanalyse. En refermant <em>Ce que le jour doit \u00e0 la nuit<\/em>, j\u2019ai tout d\u00e9sappris. Il n\u2019en reste plus rien. Chez Yasmina Khadra, l\u2019\u00e2me est pr\u00e9sente partout, tout est expliqu\u00e9 ou d\u00e9crit \u00e0 travers et \u00e0 partir de l\u2019\u00e2me, les visages, les meubles, la pens\u00e9e, la nature, le ciel, les animaux. L\u2019\u00e2me chez Khadra, c\u2019est un peu <em>l\u2019Aleph<\/em> de Borges&nbsp;: c\u2019est le lieu o\u00f9 se trouvent, sans se confondre, tous les lieux de l\u2019univers, vus de tous les angles.<\/p>\n<p>M\u00eame les fous n\u2019\u00e9chappent pas aux niaiseries. Yasmina Khadra fait dire \u00e0 un fou, qui est <em>cens\u00e9<\/em> annoncer la bonne parole dans les souks (p. 282) : \u00ab&nbsp;Le malheur est un cul de sac. Il m\u00e8ne droit dans le mur. Si tu veux t\u2019en sortir, rebrousse chemin \u00e0 reculons. De cette fa\u00e7on, tu croiras que c\u2019est lui qui s\u2019\u00e9loigne pendant que tu lui fais face.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>On se dit qu\u2019il est vraiment fou, ce fou. Quel dommage. Car d\u2019habitude, en litt\u00e9rature, les fous ne disent pas que des b\u00eatises. Dans tous les styles, les romanciers ont toujours essay\u00e9 de les habiller d\u2019un peu de bon sens et de raison, quand cela arrive \u00e0 faire d\u00e9faut chez les gens dits \u00ab&nbsp;normaux.&nbsp;\u00bb Mais les fous chez Khadra, ils n\u2019ont pas de chance car ils ne sont pas fous, mais cons.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre pas avec la maroquinerie ou la litt\u00e9rature, mais il me semble que pour devenir pharmacien, il faut faire des \u00e9tudes \u00ab&nbsp;pouss\u00e9es.&nbsp;\u00bb Or, on ne sait pas non plus par quel miracle le jeune Jonas devient tout \u00e0 coup pharmacien, puisque il n\u2019a m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fac, ne quitte jamais son village, et pourtant il devient pharmacien&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je repris mon travail en pharmacie.&nbsp;[\u2026] Il m\u2019arrivait de perdre patience quand je ne r\u00e9ussissais pas \u00e0 d\u00e9chiffrer le gribouillage des m\u00e9decins sur les ordonnances&nbsp;\u00bb ; \u00ab&nbsp;Le lendemain, je n\u2019eus pas la force de reprendre mon travail \u00e0 la pharmacie.&nbsp;\u00bb Pharmacien par la gr\u00e2ce de Dieu&nbsp;? Et plus on avance dans le roman, plus il monte en grade&nbsp;: page 332, quelqu\u2019un l\u2019appelle carr\u00e9ment \u00ab&nbsp;docteur.&nbsp;\u00bb Je vous \u00e9pargne les r\u00e9p\u00e9titions, les passages incompr\u00e9hensibles dont est truff\u00e9 le roman, tel ce dialogue o\u00f9 tout finit par s\u2019inverser, de sorte qu\u2019on ne sait plus qui parle \u00e0 qui et qui dit quoi.<\/p>\n<p>Idem pour \u00ab&nbsp;son \u00e2ge finissant&nbsp;\u00bb, que je lis d\u2018abord une premi\u00e8re fois page 165, sans y pr\u00eater attention. Mais page 316, en plein milieu de paragraphe, je reste bouche b\u00e9e en d\u00e9couvrant que le jeune Jonas a vieilli d\u2019un seul coup, passant de la post-adolescence au 3<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e2ge, lorsque je lis ce d\u00e9but de phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il m\u2019arrive encore, \u00e0 mon \u00e2ge finissant\u2026&nbsp;\u00bb, alors qu\u2019il y est toujours question du \u00ab&nbsp;jeune Jonas.&nbsp;\u00bb Que s\u2019est-il pass\u00e9&nbsp;? A partir de l\u00e0, tout s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, \u00e7a va tellement vite, en un tour de paragraphe tout le monde a vieilli, les jeunes femmes sont devenues des \u00ab&nbsp;dames enrob\u00e9es&nbsp;\u00bb, les \u00ab&nbsp;dents tombent.&nbsp;\u00bb Puis il rencontra la guerre \u00ab&nbsp;grandeur nature&nbsp;; le succube de la Mort. \u00bb<\/p>\n<p>Tout le long du roman, tant\u00f4t c\u2019est quelqu\u2019un qui ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 ses amis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas grave&nbsp;\u00bb lorsqu\u2019il n\u2019est pas trop consid\u00e9r\u00e9, ou peu aim\u00e9, tant\u00f4t c\u2019est ce m\u00eame homme qui \u00ab&nbsp;n\u2019arrive pas \u00e0 dig\u00e9rer la ti\u00e9deur&nbsp;\u00bb de ses amis lorsqu\u2019il est ignor\u00e9, au point de ne plus remettre les pieds chez eux. \u00ab&nbsp;La rancune serait-elle plus assidue que le bon sens&nbsp;?\u2026&nbsp;\u00bb s\u2019interroge-t-il enfin vers la fin du roman (p. 405.)<\/p>\n<p>De ce p\u00e8re orgueilleux, rancunier, schizophr\u00e8ne, et qui ne pense qu\u2019\u00e0 \u00ab&nbsp;sauver son \u00e2me&nbsp;\u00bb, ce p\u00e8re que personne ne voudrait avoir, qui a rat\u00e9 sa vie de A \u00e0 Z et ruin\u00e9 celle de sa famille parce que ne sachant jamais quoi faire ni quelle d\u00e9cision prendre, voici ce qu\u2019en dit le narrateur&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il savait exactement ce qu\u2019il avait \u00e0 faire et ce dont il avait besoin.&nbsp;\u00bb (p. 15)<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie du livre n\u2019est pas mauvaise, mais pire. Le plus troublant, c\u2019est cette diff\u00e9rence qu\u2019il y a entre la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du livre. Tout y est diff\u00e9rent, le style, la narration, m\u00eame les niaiseries sont diff\u00e9rentes. L\u2019apparition d\u2019Emilie (p. 124, 199 &amp; 201) est d\u2019une platitude et d\u2019un ennui \u00e0 tel point qu\u2019on aura du mal \u00e0 ne pas se demander s\u00e9rieusement si c\u2019est bien la m\u00eame main qui \u00e0 \u00e9crit tout le roman.<\/p>\n<p>Autre chose qui m\u2019a interpell\u00e9, et sur laquelle je n\u2019arrive d\u2019ailleurs toujours pas \u00e0 \u00ab&nbsp;trancher&nbsp;\u00bb comme l\u2019aurait \u00e9crit Yasmina Khadra. Il s\u2019agit de cette phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les hommes n\u2019ont invent\u00e9 Dieu que pour distraire leur d\u00e9mons.&nbsp;\u00bb (p. 20) Pour Yasmina Khadra, Dieu a <em>donc<\/em> bien \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 par un po\u00e8te tourment\u00e9.<\/p>\n<p>Comment un type qui r\u00e9p\u00e8te \u00e0 qui veut l\u2019entendre (m\u00eame \u00e0 moi durant le d\u00e9bat) qu\u2019il est un fervent croyant peut-il \u00e9crire une telle phrase \u00e0 des lecteurs dont beaucoup sont d\u2019ailleurs musulmans&nbsp;? Et dire que c\u2019est ce m\u00eame homme qui d\u00e9clara en 2006 \u00e0 un journaliste&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu est beaut\u00e9 et g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Il est la cl\u00e9mence et la mis\u00e9ricorde.&nbsp;\u00bb On croirait entendre le pape. Ou est-ce peut-\u00eatre son double qui, de temps en temps, prend la parole \u00e0 sa place.<\/p>\n<p><strong>Du Pascal Bruckner \u00e0 la puissance<\/strong> <strong><em>n<\/em><\/strong><\/p>\n<p>On a beau lire et relire, on peine \u00e0 comprendre pourquoi le jeune Jonas ne \u00abpeut\u00bb pas avec la jeune Emilie, alors qu\u2019avec sa m\u00e8re (p. 180), Mme Cazenave, il ira m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la harceler&nbsp;devant la porte de chez elle,&nbsp;fou d\u2019impatience pour la baiser. Depuis le d\u00e9but, Emilie est \u00e0 ses pieds, mais Jonas reste \u00abimpuissant\u00bb, \u00ab muet \u00bb devant les supplications de la jolie jeune femme en larmes. Quand on aime trop, on ne peut pas honorer&nbsp;? Chez Yasmina Khadra, du moins dans ce livre, ce sont toujours les femmes qui d\u00e9cident \u00e0 la place du personnage principal et qui le \u00ab secouent.&nbsp;\u00bb Les femmes d\u2019un certain \u00e2ge bien s\u00fbr, m\u00eame si elles sont plus laides et plus sales que la ravissante Mme Cazenave (voir couv. du livre), comme sa rencontre avec cette femme mi-clocharde mi-prostitu\u00e9e (p. 285)&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Son haleine avin\u00e9e m\u2019assommait. J\u2019\u00e9tais ext\u00e9nu\u00e9, voyais trouble. C\u2019\u00e9tait une femme sans visage tant elle \u00e9tait maquill\u00e9e. Ses yeux disparaissaient derri\u00e8re de grotesques faux cils. Elle avait une grande bouche exag\u00e9r\u00e9ment rouge et des dents rong\u00e9es par la nicotine. \u201c<em>T\u2019as des probl\u00e8mes, mon minet&nbsp;? Eh bien, plus pour longtemps. J\u2019vais arranger \u00e7a. C\u2019est le bon Dieu qui m\u2019envoie \u00e0 ton secours.<\/em>\u201d Son bras glissa sous le mien. D\u2019une secousse, elle m\u2019arracha au comptoir. \u201c<em>Viens\u2026 T\u2019as rien \u00e0 fiche par ici\u2026<\/em>\u201d Elle me s\u00e9questra sept jours et sept nuits.&nbsp;\u00bb Pas six, sept, et il n\u2019a m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 voir les flics.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une lecture ardue, avec ce roman fabriqu\u00e9 comme un rago\u00fbt, o\u00f9 l\u2019auteur se permet en plus d\u2019affirmer des choses sur quasiment tout. Y compris, et c\u2019\u00e9tait je crois le plus dur \u00e0 lire, sur les sentiments humains. A part \u00e7a, le texte est rempli de conseils \u00e9touffants de niaiserie&nbsp;:<\/p>\n<p>Sur les sentiments&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab Il ne faut pas avoir honte de ses sentiments quand ils sont beaux, m\u00eame lorsqu\u2019ils nous semblent injustes.&nbsp;\u00bb (p. 213)<\/p>\n<p>\u00ab En amour, toutes les chances se valent et on n\u2019a pas le droit de ne pas tenter la sienne. \u00bb (p. 213)<\/p>\n<p>\u00ab Si l\u2019amour rend aveugle, Chris, la jalousie donne la berlue. \u00bb (p. 196)<\/p>\n<p>A propos de cette femme (la m\u00e8re d\u2019Emilie) qu\u2019il a harcel\u00e9e pour coucher avec elle&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Simon exag\u00e9rait. Ce n\u2019\u00e9tait pas de l\u2019amour&nbsp;; j\u2019avais pour Mme Cazenave une profonde admiration. Mes pens\u00e9es pour elles \u00e9taient saines. \u00bb<\/p>\n<p>Ou lorsque le narrateur s\u2019interroge sur les sortil\u00e8ges et les sacril\u00e8ges :<\/p>\n<p>\u00ab Quelle mutation \u00e9tait en train de s\u2019op\u00e9rer en moi&nbsp;? Pourquoi m\u2019en voulais-je d\u2019\u00eatre <em>quelqu\u2019un de cens\u00e9<\/em> ? (soulign\u00e9 en italique par l\u2019auteur) La correction devrait-elle primer la sinc\u00e9rit\u00e9&nbsp;? A quoi servirait l\u2019amour s\u2019il ne supplantait pas les sortil\u00e8ges et les sacril\u00e8ges, s\u2019il devait s\u2019assujettir aux interdits, s\u2019il n\u2019ob\u00e9issait pas \u00e0 sa propre fixation, \u00e0 sa propre d\u00e9mesure&nbsp;?\u2026 \u00bb (p. 263)<\/p>\n<p>Ou alors son hommage aux femmes, un hommage vertigineux mais qui m\u2019a donn\u00e9 \u00e0 moi plut\u00f4t l\u2019envie de divorcer. On croirait entendre l\u2019ange Gabriel s\u2019adresser au proph\u00e8te Mahomet dans la grotte Hira&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Tu m\u2019arr\u00eateras quand tu veux, mon gar\u00e7on.<br \/>\nIl s\u2019assit sur le banc et commen\u00e7a par consid\u00e9rer ses doigts les uns apr\u00e8s les autres, ensuite, la nuque ploy\u00e9e, il dit d\u2019une voix lointaine&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019homme n\u2019est que maladresse et m\u00e9prise, erreur de calcul et fausse man\u0153uvre, t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 inconsid\u00e9r\u00e9e et objet d\u2019\u00e9chec quand il croit avancer vers son destin en disqualifiant la femme\u2026 Certes, la femme n\u2019est pas <em>tout<\/em>, mais <em>tout<\/em> repose sur elle\u2026 Regarde autour de toi, consulte l\u2019Histoire, attarde-toi sur la terre enti\u00e8re et dis-moi ce que sont les hommes sans les femmes, ce que sont leur v\u0153u et leurs pri\u00e8res quand ce ne sont pas elles qu\u2019ils louent\u2026 Que l\u2019on soit riche comme Cr\u00e9sus ou aussi pauvre que Job, opprim\u00e9 ou tyran, aucun horizon ne suffirait \u00e0 notre visibilit\u00e9 si la femme nous tournait le dos. \u00bb (p. 266)<\/p>\n<p>Parfois le narrateur fait partie de la race ferroviaire, de celle qui regarde passer les vaches&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;La vie est un train qui ne s\u2019arr\u00eate \u00e0 aucune gare. Ou on le prend en marche, ou on le regarde passer sur le quai, et il n\u2019est pire trag\u00e9die qu\u2019une gare fant\u00f4me. \u00bb (p. 385)<\/p>\n<p><em>\u201cCe que le jour doit \u00e0 la nuit est mon meilleur livre\u201d<\/em>, a d\u00e9clar\u00e9 Yasmina Khadra.<\/p>\n<p><strong>Qqs perles&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>Le ciel broyait du noir \u00e0 ne savoir comment s\u2019en sortir. (p. 66)<\/p>\n<p>Ici, le temps tournait en rond. Sans suite dans les id\u00e9es. (p. 85)<\/p>\n<p>Longtemps, j\u2019avais cru que c\u2019\u00e9taient ses yeux qui remplissaient mon \u00e2me d\u2019une tendre qui\u00e9tude. Aujourd\u2019hui, je me rends compte que ce n\u2019\u00e9tait pas ses yeux, mais son regard. (p. 116)<\/p>\n<p>Les yeux peuvent mentir, pas le regard. (p. 240)<\/p>\n<p>Comme bonhomme, il n\u2019est pas clair, mais son esprit l\u2019est. (p. 192)<\/p>\n<p>L\u2019hiver 1960 fut si rude que nos pri\u00e8res gelaient (p. 353)<\/p>\n<p>Ils roulaient le \u00ab&nbsp;r&nbsp;\u00bb comme on roule le couscous. (p. 380)<\/p>\n<p>J\u2019ai voulu, plus que tout au monde, extraire un \u00e0 un tous mes souvenirs avec un arrache-clou comme on se d\u00e9faisait jadis d\u2019une molaire cari\u00e9e. (p. 400)<\/p>\n<p>Certes, la femme n\u2019est pas <em>tout<\/em>, mais <em>tout<\/em> repose sur elle. (p.266)<\/p>\n<p>Le commentaire d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 d\u2019une internaute (Farida Oue) :<br \/>\n[Yasmina Khadra \u00e9crit : \u201cCertes, la femme n\u2019est pas tout, mais tout repose sur elle.\u201d<br \/>\nDans l\u2019esprit de ce b\u00e9douin, comme dans l\u2019esprit d\u2019une majorit\u00e9 d\u2019Alg\u00e9riens, il faut comprendre, chers lecteurs, que quand il dit que \u201cla femme n\u2019est pas tout\u201d, \u00e7a veut dire qu\u2019elle n\u2019est rien.<br \/>\nEt quand il continue : \u201cmais tout repose sur elle\u201d, il faut entendre par l\u00e0 qu\u2019elle doit se farcir le m\u00e9nage, la vaisselle, le linge, la bouffe, les enfants, les courses, quoi. Tout repose sur elle qu\u2019il a dit. Ca promet.]<\/p>\n<p>Cependant, elle avait beau s\u2019int\u00e9resser \u00e0 autre chose, fixer le parterre ou un bout du ciel, je d\u00e9celais nettement la braise qui couvait au fond de ses orbites, semblable aux laves oc\u00e9anes que ni les milliards de tonne d\u2019eau ni les t\u00e9n\u00e8bres abyssales n\u2019\u00e9toufferaient. (p. 273)<\/p>\n<p>L\u2019hiver se retira un soir sur la pointe des pieds. (p. 191)<\/p>\n<p>L\u2019automne se d\u00e9bina sur la pointe des pieds. (p. 276)<\/p>\n<p>Le printemps gagnait du terrain. (p. 219)<\/p>\n<p>Je d\u00e9fis le papier d\u2019emballage avec les pr\u00e9cautions d\u2019un artificier. (p.278)<\/p>\n<p>Un \u00e9clair illumina les t\u00e9n\u00e8bres. La pluie tombait doucement. Les carreaux \u00e9taient en larmes. Je n\u2019avais pas l\u2019habitude de voir <em>pleurer<\/em> les vitres. (p.280)<\/p>\n<p>Ma chambre eut du mal \u00e0 me dig\u00e9rer. (p. 280)<\/p>\n<p>J\u2019avais un compte \u00e0 r\u00e9gler avec moi-m\u00eame. On ne fuit jamais soi-m\u00eame. (p. 282)<\/p>\n<p>En tout cas, il a l\u2019air apais\u00e9 de quelqu\u2019un qui vient de r\u00e9gler ses comptes avec lui-m\u00eame. (p. 397)<\/p>\n<p>Son onde de choc se r\u00e9percuta \u00e0 travers mon corps comme une d\u00e9tonation souterraine \u00e0 travers les douves d\u2019une forteresse. (p. 305)<\/p>\n<p>La nuit me trouva assis sur le perron de la pharmacie. (p. 310)<\/p>\n<p>Je glissais vers quelque chose que j\u2019\u00e9tais incapable de d\u00e9finir et qui m\u2019\u00e9tirait dans tous les sens en d\u00e9formant mon discernement, mes fibres, mes rep\u00e8res, mes pens\u00e9es, pareil \u00e0 un lycanthrope abusant des t\u00e9n\u00e8bres pour na\u00eetre \u00e0 sa monstruosit\u00e9. (p. 314)<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait s\u00fbrement pas Lucette&nbsp;; elle aurait situ\u00e9 mon sourire, d\u00e9cel\u00e9 un rivage \u00e9vocateur dans le bleu de mes yeux. (p. 317)<\/p>\n<p>Adieu Lucette&nbsp;! (p. 116)<\/p>\n<p>Une larme profita d\u2019un moment d\u2019inattention et parvint \u00e0 se faufiler \u00e0 travers mes cils et \u00e0 rouler sur ma joue. Je n\u2019eus pas le courage ni la force de l\u2019intercepter. (p. 330)<\/p>\n<p>Chaque soir, dans mon lit, je redoutais de me r\u00e9veiller au c\u0153ur des absences. (p. 316)<\/p>\n<p>Je m\u2019essuyai la figure et quittai la librairie avec le sentiment qu\u2019une brume \u00e9manant de nulle part \u00e9tait en train de supplanter la lumi\u00e8re finissante du jour. (p. 330)<\/p>\n<p>Et ces yeux, mon Dieu&nbsp;! qui me d\u00e9visagent, qui me devinent. Comment a-t-il pu m\u2019identifier parmi tous ces gens alors que nous ne nous sommes jamais rencontr\u00e9s&nbsp;? (p. 386)<\/p>\n<p>Pauvre fou, ne sais-tu pas que, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, tout rescap\u00e9 d\u2019une guerre est un traitre&nbsp;? (p. 393)<\/p>\n<p>Andr\u00e9 est bourr\u00e9 comme une pipe, mais il tient le coup. (p. 399)<\/p>\n<p>Chaque instant que l\u2019on volait au temps nous livrait une part d\u2019\u00e9ternit\u00e9. p. 219)<\/p>\n<p>A quatre-vingt ans, notre avenir est derri\u00e8re. Devant, il n\u2019y a que le pass\u00e9. (p. 403)<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai entendu sa voix, j\u2019ai cru que c\u2019\u00e9tait Jean-Christophe qui rappliquait, et \u00e7a m\u2019a insuffl\u00e9 une bonne dose de je ne sais quoi qui m\u2019a revigor\u00e9&nbsp;; cette m\u00eame force m\u2019a abandonn\u00e9 illico quand je me suis aper\u00e7u que ce n\u2019\u00e9tait pas lui. (p. 403)<\/p>\n<p>Il est des jours que les saisons renient. La fatalit\u00e9 s\u2019en pr\u00e9serve, et les d\u00e9mons aussi. (p. 66)<\/p>\n<p>Et l\u2019\u00e9ternit\u00e9 avait rompu comme s\u2019\u00e9clipsent les lampes quand on appuie sur le commutateur, si vite que j\u2019en fus pris de court. (p. 89)<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 que la mis\u00e8re ne relevait pas de la fatalit\u00e9, qu\u2019elle s\u2019inspirait exclusivement des mentalit\u00e9s. Tout se fa\u00e7onne dans la t\u00eate. (p. 90)<\/p>\n<p>La guerre \u00e9clata en Europe. Tel un abc\u00e8s. (p. 108)<\/p>\n<p>Le soleil oranais se surpassait. (p. 111)<\/p>\n<p>Parce qu\u2019il ne supportait pas d\u2019\u00eatre l\u2019objet d\u2019une telle infamie, il en perdit plusieurs fois la raison. (p. 114)<\/p>\n<p>Les vergers reprirent leur d\u00e9fil\u00e9. Les orangeraies et les vignes se donnaient du coude pour conqu\u00e9rir les collines et les plaines. (p. 118)<\/p>\n<p>A un \u00e2ge ou l\u2019\u00e9veil est aussi douloureux que les premiers saignements chez une fille, \u00e7a vous stigmatise au fer rouge. (p. 129)<\/p>\n<p>J\u2019avais pour Mme Cazenave une profonde admiration. Mes pens\u00e9es pour elle \u00e9taient saines. (p. 169)<\/p>\n<p>Mme Cazenave avait toujours l\u2019allure a\u00e9rienne, mais mon c\u0153ur ne bondit pas dans ma poitrine. Etait-ce la pluie qui temp\u00e9rait les passions ou bien la grisaille qui d\u00e9mythifiait les souvenirs&nbsp;? Je n\u2019avais pas cherch\u00e9 \u00e0 le savoir. (p. 194)<\/p>\n<p>Mon c\u0153ur cognait comme un forgeron fou sur son enclume. (p. 249)<\/p>\n<p>(\u2026) semblait jurer de ne plus remettre les pieds dans un bled aussi enclav\u00e9 culturellement qu\u2019un enclos \u00e0 bestiaux. (p. 206)<\/p>\n<p>La main de Lucette avait beau \u00e9treindre la mienne, elle ne parvenait pas \u00e0 m\u2019\u00e9veiller \u00e0 moi-m\u00eame. (p. 111)<\/p>\n<p>Pourquoi moi&nbsp;? hurlais-je en mon for int\u00e9rieur. (p. 240)<\/p>\n<p><strong>&nbsp;Karim Sarroub<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au mois de septembre dernier je re\u00e7ois dans ma bo\u00eete aux lettres une enveloppe qui contient un roman. L\u2019auteur : Youcef Dris, alg\u00e9rien, inconnu en France et m\u00eame dans son propre pays, est un \u00e9crivain touche \u00e0 tout : r\u00e9cit, roman, po\u00e9sie; il est \u00e9galement journaliste. Roman ? D\u00e8s la 4\u00e8me de couverture, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9145,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[],"class_list":{"0":"post-287","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-karim-sarroub"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/287","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=287"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/287\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9145"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=287"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=287"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=287"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}