{"id":3116,"date":"2014-04-27T22:13:39","date_gmt":"2014-04-27T22:13:39","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=3116"},"modified":"2018-12-26T13:33:42","modified_gmt":"2018-12-26T13:33:42","slug":"centres-peripheries-et-antisemitisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/centres-peripheries-et-antisemitisme\/","title":{"rendered":"Centres, P\u00e9riph\u00e9ries et Antis\u00e9mitisme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><em>Contre la discrimination, contre l\u2019exclusion, contre l\u2019obscurantisme, contre les identit\u00e9s \u00e9troites, contre la pr\u00e9tendue guerre des civilisations, et aussi contre les perversit\u00e9s du monde moderne, contre les manipulations g\u00e9n\u00e9tiques hasardeuses\u2026 Patiemment, je m\u2019efforce de b\u00e2tir des passerelles, je m\u2019attaque aux mythes et aux habitudes de pens\u00e9e qui alimentent la haine\u2026 C\u2019est le projet de toute une vie, qui se poursuit de livre en livre, et se poursuivra tant que je pourrai \u00e9crire<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>\u00a0&#8211; Amin Maalouf &#8211;<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Fida Dakroub<\/strong><\/p>\n<p><strong>G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Giambattista Vico fait quelque part cette remarque que les soci\u00e9t\u00e9s humaines progressent \u00e0 travers une s\u00e9rie de phases allant de la barbarie \u00e0 la civilisation pour retourner \u00e0 la barbarie, dans un trajet cyclique,\u00a0<em>corsi e ricorsi storici<\/em>. Il en distingue trois :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re phase, l\u2019<em>\u00e2ge des dieux<\/em>, est celle de l\u2019\u00e9mergence de la religion, de la famille et d\u2019autres institutions de base ;<\/p>\n<p>la deuxi\u00e8me phase, l\u2019<em>\u00e2ge des h\u00e9ros<\/em>, o\u00f9 le peuple est maintenu sous le joug d\u2019une classe dominante de nobles ;<\/p>\n<p>la troisi\u00e8me phase, l\u2019<em>\u00e2ge des hommes,<\/em>\u00a0o\u00f9 le peuple s\u2019insurge et conquiert l\u2019\u00e9galit\u00e9, processus qui marque cependant le d\u00e9but de la d\u00e9sint\u00e9gration de la soci\u00e9t\u00e9[1].<\/p>\n<p>Malheureusement, Vico n&rsquo;a pas v\u00e9cu assez longtemps pour en ajouter une quatri\u00e8me, l&rsquo;<em>\u00e2ge des charlatans,\u00a0<\/em>qui pr\u00e9c\u00e8de celle des <em>hommes<\/em>\u00a0et qui marque l&rsquo;\u00e9mergence des d\u00e9put\u00e9s, des consuls, des s\u00e9nateurs, des orateurs, des repr\u00e9sentants du peuple et d&rsquo;autres institutions d&rsquo;escroqueries politiques et discursives, voire des usurpateurs qui, en ma\u00eetrisant la rh\u00e9torique et la propagande, purent maintenir le peuple sous le joug de faux discours et de fausses croyances en lui volant et le savoir et le pouvoir. Partout dans le monde, des dirigeants politiques, suivis d&rsquo;une foule d&rsquo;analystes assidus, d&rsquo;experts diligents, de charlatans et de faux messies, produisent une repr\u00e9sentation erron\u00e9e du monde r\u00e9el, et un discours mensonger qui justifie cette repr\u00e9sentation ; et entre l&rsquo;erreur et le mensonge, la v\u00e9rit\u00e9 se perd.<\/p>\n<p>Pourtant,\u00a0<em>mieux vaut tard que jamais<\/em>\u00a0; et ce que Giambattista Vico, et ult\u00e9rieurement Karl Marx, n&rsquo;a pas eu la long\u00e9vit\u00e9 requise pour \u00e9laborer pendant son \u00ab cycle \u00bb pass\u00e9 peut \u00eatre dit pendant le cycle courant<em>.<\/em><\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p><em>1. Unit\u00e9s d&rsquo;analyse<\/em><\/p>\n<p>Ce travail ne pr\u00e9tend pas fournir une \u00e9tude historique lin\u00e9aire des id\u00e9es et des institutions politiques qui marquent, depuis des si\u00e8cles, la vie politique des hommes ; au contraire, tous les mat\u00e9riaux relatifs \u00e0 ce sujet ont \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9s \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9crivains qui les avaient travaill\u00e9s profond\u00e9ment. Par contre, le d\u00e9fi auquel ce travail se met de faire est d&rsquo;\u00e9tudier, gr\u00e2ce \u00e0 la mati\u00e8re historique disponible, ces moments d\u00e9cisifs dans lesquels certaines\u00a0<em>id\u00e9es<\/em>\u00a0politiques s&rsquo;\u00e9tablirent en tant qu&rsquo;<em>idoles<\/em>\u00a0politiques, voire d&rsquo;\u00e9tudier comment le\u00a0<em>politique<\/em>\u00a0se transforma en\u00a0<em>religieux,<\/em>\u00a0comment des id\u00e9es, qui pr\u00e9tendaient initialement lib\u00e9rer l&rsquo;homme, se finirent, tout en s&rsquo;\u00e9levant au rang des idoles, \u00e0 organiser l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme ; comment donc, la pratique politique devint une adoration rituelle.<\/p>\n<p>Des moments d\u00e9cisifs, certainement, mais aussi illusoires parce que, parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement desdites id\u00e9es, les \u00eatres humains se trompaient eux-m\u00eames sur eux-m\u00eames, et cr\u00e9\u00e8rent par cons\u00e9quent une fausse repr\u00e9sentation de leur monde r\u00e9el et de leur situation concr\u00e8te. S&rsquo;agit-il donc d&rsquo;une critique de la religion ? Pas du tout, ce serait un travail inutile, car la religion est une structure cr\u00e9\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 de classes, et qui \u00e9volue selon ses besoins ; elle se d\u00e9sint\u00e9grera une fois les classes sociales auront \u00e9t\u00e9 abolies. Au fond, la critique ne doit pas porter sur les effets de la probl\u00e9matique, mais sur la probl\u00e9matique elle-m\u00eame qui est ici l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme. Dans sa\u00a0<em>Contribution \u00e0 la critique de la philosophie du droit de Hegel<\/em>, Karl Marx indique l&rsquo;aspect illusoire de la religion :<\/p>\n<p>La religion est en r\u00e9alit\u00e9 la conscience et le sentiment propre de l&rsquo;homme qui, ou bien ne s&rsquo;est pas \u00a0\u00a0\u00a0 encore trouv\u00e9, ou bien s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 reperdu. Mais l&rsquo;homme n&rsquo;est pas un \u00eatre abstrait, ext\u00e9rieur au\u00a0monde r\u00e9el. L&rsquo;homme, c&rsquo;est le monde de l&rsquo;homme, l&rsquo;\u00c9tat, la soci\u00e9t\u00e9. Cet \u00c9tat, cette soci\u00e9t\u00e9\u00a0produisent la religion, une conscience erron\u00e9e du monde, parce qu&rsquo;ils constituent eux-m\u00eames un\u00a0monde faux[2].<\/p>\n<p>Il en va de m\u00eame pour cette \u00e9tude qui ne vise pas \u00e0 critiquer la religion ni \u00e0 \u00e9laborer une analyse politique de l&rsquo;exploitation \u00e9conomique, mais pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 traquer, dans l&rsquo;histoire, les \u00e9v\u00e9nements sociaux et \u00e9conomiques dans lesquels certaines id\u00e9es et pratiques politiques, qui nous dominent encore, s&rsquo;\u00e9merg\u00e8rent pour la premi\u00e8re fois dans la vie des hommes &#8211; des \u00e9v\u00e9nements qui sont, dans leur totalit\u00e9, d&rsquo;une nature de lutte de classes &#8211; et de les red\u00e9finir non dans le contexte de ce qui est <em>dominant<\/em>, la synergie sociale, mais dans le contexte de ce qui est\u00a0<em>d\u00e9terminant<\/em>, l&rsquo;antagonisme social.<\/p>\n<p>Des notions-idoles comme la d\u00e9mocratie, la r\u00e9publique, la corruption, le travail, l&rsquo;exploitation seront soumises \u00e0 l&rsquo;analyse concr\u00e8te de la situation concr\u00e8te. Entre autres, j&rsquo;aborde dans cette \u00e9tude les d\u00e9mocraties bourgeoises, les r\u00e9publiques occidentales, les oligarchies corrompues, l&rsquo;expansion de l&rsquo;Empire am\u00e9ricain et son implication dans des guerres r\u00e9gionales infinies en Syrie, en Irak, en Ukraine ; de la manipulation du peuple par les m\u00e9dias, mais aussi de l&rsquo;antis\u00e9mitisme. Ces th\u00e8mes seront aussi trait\u00e9s parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;histoire de l&rsquo;imp\u00e9rialisme ath\u00e9nien et romain, telle que la guerre du P\u00e9loponn\u00e8se, le renversement de la monarchie romaine et de l&rsquo;\u00e9tablissement de la\u00a0<em>res publica<\/em>, la guerre contre Jugurtha, Rome et les guerres civiles, l&rsquo;exploitation des esclaves et leur \u00e9mancipation, P\u00e9ricl\u00e8s, Gaius Marius, Sulla, mais aussi Abraham Lincoln et George W. Bush.<\/p>\n<p>S&rsquo;agit-il alors d&rsquo;une \u00e9tude de l&rsquo;histoire antique ? Non, il s&rsquo;agit pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;une analyse critique du pr\u00e9sent\u00a0<em>recompos\u00e9<\/em>\u00e0 la lumi\u00e8re du pass\u00e9\u00a0<em>surcompos\u00e9<\/em>\u00a0pour en tirer de nouvelles d\u00e9finitions. Donc, c&rsquo;est un travail de traque et de\u00a0<em>re<\/em>d\u00e9finition.<\/p>\n<p>Pourquoi\u00a0<em>re<\/em>d\u00e9finir ? N&rsquo;est-il pas vrai que les mots perdent, \u00e0 travers des si\u00e8cles d&rsquo;usage, leur propre sens ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, leur sens propre pour en obtenir d\u2019autres ? Notons ici que les mots s&rsquo;\u00e9voluent parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution sociale, ils perdent leurs sens propres pour en gagner de nouveau. \u00c0 l&rsquo;exemple notoire du mot \u00ab cheval \u00bb qui indique en fran\u00e7ais cet animal domestique de la famille des solip\u00e8des. Ce mot d\u00e9rive du latin \u00ab\u00a0<em>caballus<\/em>\u00a0\u00bb qui d\u00e9finissait initialement et exclusivement un \u00ab cheval de travail \u00bb. Par contre, c&rsquo;\u00e9tait le mot \u00ab\u00a0<em>equus<\/em>\u00a0\u00bb qui, en latin, indiquait l&rsquo;esp\u00e8ce des solip\u00e8des ; il a \u00e9t\u00e9 plus tard supplant\u00e9 par le mot \u00ab\u00a0<em>caballus<\/em>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>cheval<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9rivation s\u00e9mantique est commun dans le domaine de langues &#8211; la linguistique diachronique l&rsquo;a travaill\u00e9 profond\u00e9ment et explicitement &#8211; ; il l&rsquo;est encore dans le domaine des pratiques politiques. Pourtant, si la d\u00e9rivation s\u00e9mantique se pr\u00e9sente explicitement dans le domaine de la linguistique diachronique, elle le fait implicitement dans le domaine des sciences politiques. En d&rsquo;autres termes, nous trouvons des milliers de livres, d&rsquo;articles, d&rsquo;analyses sur la d\u00e9faillance de telle ou telle d\u00e9mocratie, de telle ou telle pratique politique ; on sugg\u00e8re des r\u00e9formes, et parfois on appelle aux r\u00e9volutions pour r\u00e9parer la d\u00e9faillance, mais \u00e0 la fin on tombe dans le m\u00eame pi\u00e8ge ; un certain Jules C\u00e9sar, un certain Maximilien Robespierre, un certain Joseph Staline. Tel est le cas par exemple de la d\u00e9mocratie ; n&rsquo;\u00e9tait-elle pas initialement une invention aristocratique ?<\/p>\n<p>P\u00e9ricl\u00e8s, un membre de l&rsquo;aristocratie ath\u00e9nienne, la mit en pratique afin de garantir la place d&rsquo;une certaine classe dominante, l&rsquo;aristocratie ath\u00e9nienne, \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9e par de troubles politiques et sociaux. Aristote d\u00e9termine bien, dans les\u00a0<em>Politiques<\/em>, que la d\u00e9mocratie n&rsquo;est pas seulement le r\u00e8gne de la majorit\u00e9, mais aussi le r\u00e8gne d&rsquo;une certaine classe sociale. Dans ce sens, ces deux crit\u00e8res, celui du nombre et celui de la classe sociale, doivent \u00eatre pris en consid\u00e9ration lorsqu&rsquo;on d\u00e9finit la d\u00e9mocratie. Aristote nous avertit de l&rsquo;erreur d&rsquo;assumer que la d\u00e9mocratie pourrait \u00eatre d\u00e9finie arbitrairement comme une forme de constitution qui m\u00e8ne au r\u00e8gne de la majorit\u00e9. Je cite ici la traduction en anglais parce que je l&rsquo;ai trouv\u00e9e la plus directe dans son traitement du sujet de la d\u00e9mocratie :<\/p>\n<p>It ought not to be assumed, as some people are nowadays in the habit of doing, that democracy\u00a0can be defined, without any qualification, as a form of constitution in which\u00a0\u00a0the greater number\u00a0are sovereign (&#8230;) It is better, therefore, to say that democracy exists wherever the free-born are\u00a0sovereign, and that oligarchy exists wherever the rich are sovereign, though it so happens that the\u00a0former are many and the latter few[3].<\/p>\n<p>Aristote insiste ici sur le crit\u00e8re de libert\u00e9, la d\u00e9mocratie ne peut \u00eatre \u00e9tablie que l\u00e0 o\u00f9 il se trouve de personnes libres qui sont n\u00e9es libres. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce point-ci que l&rsquo;\u00c9tat bourgeois de nos jours manipule. Aristote utilisait le mot \u00ab libre \u00bb par rapport au mot \u00ab esclave \u00bb. Cependant, il sera mieux ici de noter que les mots \u00ab esclavage \u00bb et \u00ab libert\u00e9 \u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;Aristote profitaient d&rsquo;une valeur \u00e9conomique et non pas d&rsquo;une valeur morale. L&rsquo;esclavage \u00e9tait un mode de production, et l&rsquo;esclave constituait, comme l&rsquo;indique Aristote, un outil anim\u00e9 de production par rapport \u00e0 l&rsquo;homme libre qui \u00e9tait libre non dans le monde de vertus et de belles id\u00e9es, mais dans celui du processus de production.<\/p>\n<p>De nos jours, apr\u00e8s que l&rsquo;esclavage fut aboli, ce mot ne porte plus une valeur \u00e9conomique, mais bien une valeur morale. Par contre, nos soci\u00e9t\u00e9s industrielles ne se divisent pas, comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;Aristote, en libres et esclaves, mais en patrons et salari\u00e9s, en capitalistes et prol\u00e9taires, ce qui m\u00e8ne \u00e0 dire que le crit\u00e8re moral des Lumi\u00e8res, celui qui pr\u00e9cise que \u00ab l&rsquo;homme est n\u00e9 libre \u00bb et que la recherche du bonheur individuel est assur\u00e9e par la pratique de la vertu, perd son sens une fois abord\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re des rapports de production qui lient le prol\u00e9taire au capitaliste, le salari\u00e9 au patron.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 dans ce sens est \u00e9conomique. Il ne suffit pas que l&rsquo;\u00eatre humain soit n\u00e9 libre moralement, mais il faut qu&rsquo;il soit n\u00e9 \u00e9conomiquement libre. Tout bien r\u00e9fl\u00e9chi, la d\u00e9mocratie bourgeoise devient, dans ce sens, un syst\u00e8me politique, forme de gouvernement, dans lequel la souverainet\u00e9 \u00e9mane de ceux qui sont \u00e9conomiquement libres, voire de ceux qui poss\u00e8dent la libert\u00e9 \u00e9conomique, le capital. Une\u00a0 analyse approfondie sur ce sujet sera faite plus tard dans les chapitres \u00e0 suivre.<\/p>\n<p><em>2. Espace d&rsquo;analyse<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir trait\u00e9 de la question des unit\u00e9s d&rsquo;analyse, passons \u00e0 la question de l&rsquo;espace d&rsquo;analyse. O\u00f9 est-ce qu&rsquo;il se situe cet espace, en Occident ou en Orient, au Nord ou au Sud, aux Centres ou aux P\u00e9riph\u00e9ries ? Si dans ces deux derniers, comment les d\u00e9finir donc, g\u00e9ographiquement ou discursivement ? Notons que l&rsquo;espace d&rsquo;analyse est vaste, d&rsquo;o\u00f9 se pr\u00e9sente la n\u00e9cessit\u00e9 m\u00e9thodologique de le limiter. En plus, je tends \u00e0 \u00e9viter l&rsquo;usage de la rh\u00e9torique, devenue archa\u00efque, de \u00ab nous et eux \u00bb, de \u00ab Occident et Orient \u00bb, de \u00ab Nord et Sud \u00bb, et je penche pour l&#8217;emprunt du vocabulaire de Samir Amin[4], \u00ab Centres \u00bb et \u00ab P\u00e9riph\u00e9ries \u00bb, pour les appliquer non dans le domaine de l&rsquo;analyse \u00e9conomique, mais dans le domaine de l&rsquo;analyse discursive.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie majeure de Samir Amin est celle du d\u00e9veloppement in\u00e9gal diff\u00e9renciant les centres du capitalisme, o\u00f9 l&rsquo;appareil de production s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 et o\u00f9 le prol\u00e9tariat peut acc\u00e9der au statut de classe moyenne consommatrice, et leurs p\u00e9riph\u00e9ries, o\u00f9 sont produits ou extraites les mati\u00e8res premi\u00e8res transform\u00e9es et valoris\u00e9es dans les centres et o\u00f9 le prol\u00e9tariat ne peut acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;autonomie mat\u00e9rielle. Or, cette dichotomie, m\u00eame si elle nous para\u00eet pertinente sur le plan de l&rsquo;analyse \u00e9conomique, elle ne manque pas de fracture imaginaire sur le plan de l&rsquo;analyse discursive.<\/p>\n<p>N&rsquo;est-il pas vrai que les centres capitalistes, comme les d\u00e9mocraties occidentales, se marquent aussi par une pluralit\u00e9 discursive gr\u00e2ce \u00e0 un certain degr\u00e9 de tol\u00e9rance, au contraire des autres pays totalitaires o\u00f9 l&rsquo;on risque une peine de mort si l&rsquo;on exprime des id\u00e9es alternatives au discours dominant ? Cette pluralit\u00e9 discursive qui marque les d\u00e9mocraties occidentales nous m\u00e8ne ici \u00e0 dire que l&rsquo;Occident, donc le Centre, ne constitue pas un domaine discursif monolithique tel qu&rsquo;il est pr\u00e9sent\u00e9 dans le discours des P\u00e9riph\u00e9ries anticoloniaux, postcoloniaux et parfois antioccidentaux, mais un domaine discursif pluraliste.<\/p>\n<p>Au grand dam du discours des P\u00e9riph\u00e9ries, l&rsquo;Occident reste la seule oasis o\u00f9 l&rsquo;on peut profiter d&rsquo;un degr\u00e9 avanc\u00e9 de d\u00e9mocratie, de droits de la personne et de libert\u00e9 de l&rsquo;expression ; ailleurs, le jeu des id\u00e9es et de l&rsquo;expression pourrait \u00eatre tr\u00e8s co\u00fbteux ; le monde arabe et musulman, dans ce sens, constitue l&rsquo;exemple le plus notoire. En Occident, la d\u00e9mocratie, dans certains domaines, pourrait prendre l&rsquo;aspect d&rsquo;une fa\u00e7ade, mais aux P\u00e9riph\u00e9ries, la terreur devient une norme, d&rsquo;o\u00f9 vient la difficult\u00e9 de prendre parti, de choisir entre la fa\u00e7ade de la d\u00e9mocratie bourgeoise des Centres et la terreur qui domine les P\u00e9riph\u00e9ries, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des droits de la personne et de libert\u00e9 de l&rsquo;expression.<\/p>\n<p>Pour toutes ces raisons, je tends, dans cette \u00e9tude, \u00e0 me d\u00e9tacher d&rsquo;abord des\u00a0<em>a priori<\/em>\u00a0du discours des P\u00e9riph\u00e9ries sur l&rsquo;Occident, puis des idoles de l&rsquo;Occident, donc des Centres, sur les P\u00e9riph\u00e9ries. Il reste \u00e0 dire que cette \u00e9tude d\u00e9nonce explicitement l&rsquo;imp\u00e9rialisme, la guerre et l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme, elle d\u00e9nonce la brutalit\u00e9 isra\u00e9lienne contre le peuple palestinien, mais elle d\u00e9nonce aussi, et fortement, le discours antis\u00e9mite, explicite ou sous-entendu, incarn\u00e9 dans certains discours alternatifs et anti-imp\u00e9rialistes qui se veulent lib\u00e9rateurs, socialistes, progressistes et anticoloniaux ; des discours qui, sous pr\u00e9texte de condamner l&rsquo;injustice isra\u00e9lienne, incitent \u00e0 la haine contre le Juif en tant que juif. \u00c0 plus forte raison, le crit\u00e8re le plus capital pour ce d\u00e9tachement discursif reste toujours la d\u00e9nonciation explicite de l&rsquo;antis\u00e9mitisme.\u00a0\u00a0<em>( \u00c0 suivre )<\/em><\/p>\n<p><strong>Fida Dakroub, Ph.D<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p>[1]\u00a0Vico, Giambattista.\u00a0<em>New Science<\/em>. Trad. de l&rsquo;italien par David Marsh. London : Penguin Classics, 2013, 521 p.<\/p>\n<p>[2]\u00a0Marx, K. (1998). Contribution \u00e0 la critique de la philosophie du droit de Hegel. (J. Molitor, Trad.) Paris : \u00c9ditions Alla. Consult\u00e9 le avril 20, 2014, sur L&rsquo;Archive Internet des Marxists: http:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/1843\/00\/km18430000.pdf<\/p>\n<p>[3]\u00a0Aristotle.\u00a0<em>Politics.<\/em>\u00a0(E. Barker, Trad.) Oxford University Press, 1998, 423 p., p. 140<\/p>\n<p>[4] Amin, Samir.\u00a0<em>Le D\u00e9veloppement in\u00e9gal. Essai sur les formations sociales du capitalisme p\u00e9riph\u00e9rique<\/em>. Paris : \u00c9ditions de minuit, 1973, 384 p.<\/p>\n<p>[5]\u00a0Le Nouveau Petit Littr\u00e9. Paris : \u00c9ditions Garnier, 2009, 2280 p.<\/p>\n<p>[6]\u00a0Le Nouveau Petit Robert. Paris : Dictionnaires Le Robert, 2001, 2841 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contre la discrimination, contre l\u2019exclusion, contre l\u2019obscurantisme, contre les identit\u00e9s \u00e9troites, contre la pr\u00e9tendue guerre des civilisations, et aussi contre les perversit\u00e9s du monde moderne, contre les manipulations g\u00e9n\u00e9tiques hasardeuses\u2026 Patiemment, je m\u2019efforce de b\u00e2tir des passerelles, je m\u2019attaque aux mythes et aux habitudes de pens\u00e9e qui alimentent la haine\u2026 C\u2019est le projet de toute [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8057,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"class_list":{"0":"post-3116","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-fida-dakroub"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3116","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3116"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3116\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8057"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3116"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3116"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3116"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}