{"id":4181,"date":"2015-03-26T11:07:04","date_gmt":"2015-03-26T11:07:04","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=4181"},"modified":"2015-03-26T11:07:04","modified_gmt":"2015-03-26T11:07:04","slug":"le-noeud-gordien-algerien-quatrieme-partie-un-systeme-opaque-et-corrompu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/le-noeud-gordien-algerien-quatrieme-partie-un-systeme-opaque-et-corrompu\/","title":{"rendered":"Le n\u0153ud gordien alg\u00e9rien ; Quatri\u00e8me partie : Un syst\u00e8me opaque et corrompu"},"content":{"rendered":"<h1>Le n\u0153ud gordien alg\u00e9rien<\/h1>\n<p><em>Mustapha Benchenane, politologue, Universit\u00e9 Paris-Descartes Sorbonne<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0Brahim Senouci, physicien, Universit\u00e9 de Cergy-Pontoise<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Quatri\u00e8me partie\u00a0: Un syst\u00e8me opaque et corrompu<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Un pouvoir opaque et inefficace<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il est abondamment question du \u00ab\u00a0pouvoir\u00a0\u00bb dans ce qui suit: L\u2019usage du singulier est probablement infond\u00e9. Il semble bien qu\u2019il y ait plusieurs centres de d\u00e9cision et donc, des rapports de force qui se traduisent par des mont\u00e9es de fi\u00e8vre \u00e9pisodiques, des d\u00e9missions, des disparitions. Ceci \u00e9tant pos\u00e9, et pour ne pas alourdir la lecture, nous nous en tiendrons \u00e0 ce vocable pour d\u00e9signer la n\u00e9buleuse qui nous gouverne. Par ailleurs, si nous portons un regard sans concession sur le pouvoir, nous restons n\u00e9anmoins persuad\u00e9s qu\u2019en son sein, il y a des patriotes int\u00e8gres qui souffrent de la situation du pays. Certains lancent \u00e0 intervalles r\u00e9guliers des signaux d\u2019alerte. De la m\u00eame mani\u00e8re, nous ne c\u00e9dons pas \u00e0 la facilit\u00e9 d\u2019opposer un r\u00e9gime absolument mauvais \u00e0 un peuple qui serait totalement vertueux. Les pratiques du r\u00e9gime, faites d\u2019arbitraire et de passe-droits, ont largement d\u00e9teint sur la population et sont devenues quasiment devenues la norme.<\/p>\n<p>Le pouvoir est exerc\u00e9 dans une totale opacit\u00e9. Ses tenants sont fid\u00e8les en cela \u00e0 une longue tradition du secret dont les racines plongent dans la p\u00e9riode de clandestinit\u00e9 qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et accompagn\u00e9 la guerre de lib\u00e9ration. Tout comme il y a plusieurs d\u00e9cennies, le r\u00e9gime pr\u00e9sente une fa\u00e7ade parfaitement lisse qui cache de plus en plus mal les conflits et les tractations permanentes entre les diff\u00e9rents centres de d\u00e9cision.<\/p>\n<p>L\u2019objet de ces tractations est de parvenir \u00e0 des arrangements de nature \u00e0 permettre aux acteurs de trouver des modus vivendi et de prosp\u00e9rer de concert. De temps \u00e0 autre, des signaux traduisant des phases de crise sont re\u00e7us par le public, sous la forme d\u2019un mouvement inopin\u00e9 de hauts fonctionnaires, de mises \u00e0 la retraite de g\u00e9n\u00e9raux ou de mesures de disgr\u00e2ce brutales inflig\u00e9es \u00e0 des hommes politiques que l\u2019on croyait intouchables.<\/p>\n<p>Le peuple est totalement mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Tout se passe comme s\u2019il n\u2019existait pas, sinon comme une source de nuisance potentielle qu\u2019on d\u00e9samorce \u00e0 intervalles r\u00e9guliers \u00e0 coups d\u2019augmentations de salaires, d\u2019attributions de logements ou de pr\u00eats g\u00e9n\u00e9reux (remboursables mais g\u00e9n\u00e9ralement non rembours\u00e9s) \u00e0 de jeunes ch\u00f4meurs sur pr\u00e9sentation de dossiers d\u2019investissement squelettique. A intervalles r\u00e9guliers, le peuple est convoqu\u00e9 pour des scrutins destin\u00e9s \u00e0 donner une caution \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb aux d\u00e9cisions prises dans le secret des conciliabules obscurs. Parfois, on laisse se d\u00e9ployer des mini guerres civiles qui font des victimes, comme \u00e0 Gharda\u00efa ou \u00e0 Constantine. On n\u2019a pas su emp\u00eacher les stades de devenir des volcans o\u00f9 la haine s\u2019\u00e9panouit \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut. L\u2019\u00e9pisode Eboss\u00e9, du nom de ce footballeur camerounais tu\u00e9 dans l\u2019enceinte du stade de Tizi Ouzou, officiellement par un \u00ab\u00a0projectile tranchant\u00a0\u00bb lanc\u00e9 des tribunes, en a \u00e9t\u00e9 le point culminant.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e, troupe et services de s\u00e9curit\u00e9, \u00e9pine dorsale du r\u00e9gime depuis l\u2019ind\u00e9pendance, est une \u00e9nigme. Sans oublier le r\u00f4le qu\u2019elle a jou\u00e9 \u00e0 des moments cl\u00e9 de la vie de la Nation, notamment durant la d\u00e9cennie noire, ou au moment de l\u2019assaut terroriste sur la base d\u2019In Am\u00e9nas.<\/p>\n<p>A propos de ce dernier, si on peut avoir une appr\u00e9ciation positive du r\u00f4le de l\u2019arm\u00e9e apr\u00e8s que les terroristes l\u2019aient investi, on peut s\u2019\u00e9tonner que cette base si importante, vitale m\u00eame, ait pu \u00eatre attaqu\u00e9e et occup\u00e9e par des dizaines d\u2019hommes, arm\u00e9s jusqu\u2019aux dents, ayant travers\u00e9 un d\u00e9sert au relief uniform\u00e9ment plat, \u00a0n\u2019offrant aucune cachette possible, juch\u00e9s sur des dizaines de quatre-quatre. Cela d\u00e9note \u00e0 tout le moins une tr\u00e8s grave d\u00e9faillance des services de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>De m\u00eame, nos montagnes continuent d\u2019abriter des bandes arm\u00e9es qui kidnappent, terrorisent, assassinent. Sans doute l\u2019institution militaire, d\u00e9laissant ses missions constitutionnelles dont elle est distraite par le fait qu\u2019elle exerce une influence d\u00e9terminante sur la politique de la Nation, est-elle moins performante dans la protection des siens\u2026 La violence n\u2019est pas seulement politique. Elle est aussi ordinaire. A la nuit tomb\u00e9e, les rues de nos villes deviennent des coupe-gorge. Les agressions, les atteintes aux biens et aux personnes, sont monnaie courante. Des querelles de voisinage d\u00e9bouchent r\u00e9guli\u00e8rement sur des batailles rang\u00e9es pouvant se solder par des morts. Une tension permanente, presque palpable, fait partie int\u00e9grante de nos paysages urbains. On ne peut que constater l\u2019inefficacit\u00e9 du pouvoir dans l\u2019une de ses missions principales, celle qui consiste \u00e0 garantir la s\u00e9curit\u00e9 de sa population.<\/p>\n<p><em><strong>Et pourtant, il dure\u2026<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Il faut reconna\u00eetre au pouvoir une certaine intelligence qui lui permet de survivre. Il a su l\u00e2cher du lest apr\u00e8s les \u00e9meutes d\u2019octobre 1988, en octroyant certaines libert\u00e9s. Dans l\u2019Alg\u00e9rie d\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019expression est \u00e0 peu pr\u00e8s libre, tant qu\u2019elle s\u2019exerce dans un\u00a0 cadre qui ne le menace pas. \u00a0On peut ainsi critiquer des personnalit\u00e9s du r\u00e9gime sans encourir la prison. En fait, nos gouvernants ont compris que cette libert\u00e9, loin de constituer un danger pour eux, joue en fait le r\u00f4le d\u2019une soupape de s\u00e9curit\u00e9. Ils savent en effet que la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas suffisamment m\u00fbre pour utiliser cette libert\u00e9 pour construire une alternative cr\u00e9dible, parce qu\u2019elle ne la souhaite pas\u00a0!<\/p>\n<p>Le changement en Alg\u00e9rie lui semble en effet plus lourd de menaces que le maintien du syst\u00e8me actuel, pourtant en \u00e9tat d\u2019\u00e9chec patent, ce qui en dit long sur l\u2019\u00e9tat de notre soci\u00e9t\u00e9, gouvern\u00e9e par la peur, la peur du d\u00e9sordre, la peur d\u2019elle-m\u00eame, qui se souvient des monstruosit\u00e9s de la d\u00e9cennie noire. En fait, la supr\u00eame habilet\u00e9 du pouvoir a \u00e9t\u00e9 de d\u00e9l\u00e9guer l\u2019\u00e9touffement de toute vell\u00e9it\u00e9 de changement \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame qui fait montre, en la mati\u00e8re, d\u2019une tr\u00e8s grande efficacit\u00e9\u00a0! Alors, la libert\u00e9 de la presse, l\u2019ouverture de ses colonnes aux expressions les plus diverses, sont anecdotiques, en l\u2019absence de la possibilit\u00e9 d\u2019une agr\u00e9gation des m\u00e9contentements et leur traduction en une offre politique de nature \u00e0 inqui\u00e9ter le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Celui-ci continue de trafiquer les \u00e9lections, d\u2019afficher un pseudo pluralisme politique, de fouler aux pieds la constitution qu\u2019il ajuste \u00e0 ses besoins propres, d\u2019instrumentaliser la justice. La \u00ab\u00a0nomination\u00a0\u00bb pour un quatri\u00e8me mandat d\u2019un pr\u00e9sident malade, absent, a eu un effet plus pervers qu\u2019un simple discr\u00e9dit de la politique. Il ne faut point se cacher en effet que le pr\u00e9sident disposait d\u2019une vraie assise populaire et que ses supporters ne lui en ont pas voulu d\u2019avoir tortur\u00e9 la constitution, d\u2019abord en la modifiant pour lui permettre d\u2019exercer un troisi\u00e8me mandat, ensuite en ignorant l\u2019un de ses articles qui aurait pu lui valoir un emp\u00eachement, eu \u00e9gard \u00e0 son \u00e9tat physique.<\/p>\n<p><em><strong>Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0\u00a0?<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Quel contraste entre l\u2019Alg\u00e9rie d\u2019aujourd\u2019hui et celle des deux premi\u00e8res d\u00e9cennies de l\u2019ind\u00e9pendance\u00a0! Forte d\u2019un capital symbolique inestimable, notre pays a alors un r\u00e9el rayonnement dans le monde et joue un r\u00f4le de premier plan dans le soutien aux peuples opprim\u00e9s, en Palestine, en Afrique du Sud\u2026 .<\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie est encore dans la dynamique de la guerre de lib\u00e9ration nationale. Apr\u00e8s avoir gagn\u00e9 la bataille de l\u2019ind\u00e9pendance politique, elle fait plier une deuxi\u00e8me fois l\u2019ancienne puissance coloniale en nationalisant d\u2019autorit\u00e9 ses richesses p\u00e9troli\u00e8res et mini\u00e8res. C\u2019est aussi le temps de l\u2019illusion lyrique, celle d\u2019un puissant mouvement de pays non align\u00e9s faisant face aux nations imp\u00e9rialistes. C\u2019est l\u2019\u00e8re de la lib\u00e9ration des peuples et le style autoritaire de Boumediene, dont la stature se confond avec l\u2019Etat, est accept\u00e9 parce qu\u2019il pr\u00e9lude, croyait-on, \u00e0 des lendemains qui chantent.<\/p>\n<p>Dans ce contexte historique favorable, l\u2019Alg\u00e9rie a une place de choix sur la sc\u00e8ne internationale. Revers de la m\u00e9daille, c\u2019est aussi le temps des p\u00e9nuries, des \u00e9tals d\u00e9serts et des march\u00e9s clandestins de fruits et l\u00e9gumes, cons\u00e9quence d\u2019une politique int\u00e9rieure marqu\u00e9e par un volontarisme voisin de l\u2019ent\u00eatement qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 une \u00ab\u00a0industrialisation\u00a0\u00bb factice, accoucheuse d\u2019\u00e9l\u00e9phants blancs, qui ruine l\u2019agriculture et pr\u00e9figure l\u2019\u00e8re renti\u00e8re. Un vieux dessin de Slim montre un travailleur d\u2019une des innombrables soci\u00e9t\u00e9s nationales de l\u2019\u00e9poque, disant \u00e0 son patron\u00a0: \u00ab\u00a0Je touche 5.000 Dinars par mois. Combien m\u2019ajoutes-tu pour que je travaille\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La mort de Boumediene laisse un pays d\u00e9senchant\u00e9 mais riche en devises. Son successeur, Chadli Bendjedid, lance un vaste programme anti p\u00e9nuries, le fameux PAP. Du jour au lendemain, les magasins d\u2019Etat regorgent des marchandises les plus vari\u00e9es, des produits les plus improbables, des raquettes de tennis aux pianos \u00e0 queue. La diversit\u00e9 des fromages de France se d\u00e9cline \u00e0\u00a0l\u2019infini jusque dans les r\u00e9gions les plus recul\u00e9es du pays.<\/p>\n<p>Chadli signe ainsi la fin de l\u2019\u00e9conomie administr\u00e9e au profit, non d\u2019une \u00e9conomie lib\u00e9rale au sens classique, mais d\u2019une \u00e9conomie de bazar consistant \u00e0 utiliser la rente p\u00e9troli\u00e8re pour satisfaire les besoins d\u2019une population dispens\u00e9e de travailler. La chute brutale des prix du p\u00e9trole signe la fin de cette prosp\u00e9rit\u00e9 artificielle. L\u2019endettement ext\u00e9rieur explose. Le service de la dette ponctionne 90% des recettes d&rsquo;exportation. Le pays est contraint de passer sous les fourches caudines du FMI. L'\u00a0\u00bbEtat\u00a0\u00bb alg\u00e9rien, contraint \u00e0 un r\u00e9\u00e9chelonnement humiliant, cesse de jouer son r\u00f4le d\u2019Etat strat\u00e8ge. La faillite sur les plans \u00e9conomique et social s\u2019est traduite par l\u2019instauration d\u2019un climat d\u2019anarchie et d\u2019\u00e9meutes, d\u00e9bouchant sur la trag\u00e9die de la d\u00e9cennie noire.<\/p>\n<p>Ostracis\u00e9e dans le monde, baignant dans la terreur et le sang, l\u2019Alg\u00e9rie s\u2019est retrouv\u00e9e dans une situation de solitude quasi-totale apr\u00e8s le d\u00e9tournement de l\u2019Airbus d\u2019Air France, en d\u00e9cembre 1994. Le gouvernement de l\u2019\u00e9poque a d\u00fb ravaler quelques mis\u00e9rables reliefs d\u2019une fiert\u00e9 hors d\u2019\u00e2ge en acceptant que l\u2019avion, avec plusieurs centaines de passagers alg\u00e9riens \u00e0 son bord, quitte Alger pour Paris, permettant ainsi \u00e0 des forces fran\u00e7aises de d\u00e9nouer la crise. D\u00e8s lors, les compagnies a\u00e9riennes \u00e9trang\u00e8res d\u00e9sertent le pays qui entame une longue p\u00e9riode de mise en quarantaine. Bouteflika est \u00e9lu pour son premier mandat en 1999, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une campagne marqu\u00e9e par des irr\u00e9gularit\u00e9s telles que ses six adversaires ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 abandonn\u00e9 une partie dont le terme \u00e9tait connu. Le nouveau pr\u00e9sident s\u2019est donn\u00e9 comme principal imp\u00e9ratif de briser cette quarantaine par tous les moyens.<\/p>\n<p>La remont\u00e9e des prix du p\u00e9trole l\u2019y a aid\u00e9. Il a de plus choisi de renoncer \u00e0 la singularit\u00e9 de l\u2019Alg\u00e9rie sur la sc\u00e8ne internationale en adh\u00e9rant au dialogue m\u00e9diterran\u00e9en de l\u2019OTAN et d\u2019engager une coop\u00e9ration tous azimuts avec les Etats-Unis apr\u00e8s les attentats du 11 septembre 2001. L\u2019Alg\u00e9rie n\u2019est plus isol\u00e9e mais son poids sur l\u2019\u00e9chiquier international est \u00e0 peu pr\u00e8s nul. Le culte du secret est la seule caract\u00e9ristique qui a surv\u00e9cu au grand chambardement. Le pouvoir est devenu de plus en plus ind\u00e9chiffrable.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il y a un gouvernement, un premier ministre, des assembl\u00e9es (mal) \u00e9lues. Ils ne constituent que la partie visible de l\u2019iceberg. Ils sont l\u00e0 pour la galerie et ils re\u00e7oivent des r\u00e9tributions pour ce r\u00f4le, sous la forme d\u2019indemnit\u00e9s d\u00e9lirantes et de sin\u00e9cures confortables \u00e0 l\u2019\u00e9tranger une fois leurs mandats accomplis.<\/p>\n<p>Ils n\u2019ont aucun pouvoir de d\u00e9cision. Qu\u2019en feraient-ils, du reste\u00a0? Ils auraient pu peut-\u00eatre donner un semblant de d\u00e9but de cr\u00e9dit \u00e0 leurs proclamations nationalistes en exigeant de la France le rapatriement des t\u00eates de r\u00e9sistants Alg\u00e9riens, entrepos\u00e9es dans les caves du Mus\u00e9e de l\u2019Homme \u00e0 Paris apr\u00e8s\u00a0 y avoir \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es pendant plus d\u2019un si\u00e8cle\u00a0! Ils auraient pu froncer un quart de sourcil quand le pr\u00e9sident qui les a nomm\u00e9s a pass\u00e9 une longue convalescence dans un monument parisien qui abrite les cendres de Saint-Arnaud, de Bugeaud, de P\u00e9lissier\u2026, soit les pires massacreurs, enfumeurs et emmureurs du peuple alg\u00e9rien. Le pouvoir de d\u00e9cision s\u2019exerce ailleurs, derri\u00e8re le rideau, dans le secret des r\u00e9unions de cabinets noirs dans des villas discr\u00e8tes. A l\u2019abri des regards, pendant que le bon peuple ironise sur les saillies involontaires du premier ministre de la R\u00e9publique, se joue le sort de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p><em><strong>La corruption, une maladie end\u00e9mique<\/strong><\/em><\/p>\n<p>L\u2019abandon officiel des valeurs proclam\u00e9es du tiers-mondisme, corollaire des nouvelles r\u00e9alit\u00e9s politiques, n\u2019a pas seulement pour effet un chamboulement de la diplomatie alg\u00e9rienne. Elle en a \u00e9galement\u00a0 sur la politique int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>La corruption, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente avant l\u2019intronisation de Bouteflika, est devenue criante, galopante. Elle se d\u00e9veloppe \u00e0 la faveur de l\u2019ouverture totale au march\u00e9 mondial. D\u2019innombrables soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00ab\u00a0import-import\u00a0\u00bb se cr\u00e9ent, captant des parts de plus en plus importantes de la rente p\u00e9troli\u00e8re.<\/p>\n<p>Une faune d\u2019interm\u00e9diaires tire \u00e9galement parti de cette situation en jouant les \u00ab\u00a0facilitateurs\u00a0\u00bb int\u00e9ress\u00e9s. Des richesses colossales s\u2019\u00e9difient en quelques mois. Les devis s\u2019envolent. L\u2019Alg\u00e9rie a le triste privil\u00e8ge d\u2019avoir fait construire l\u2019autoroute la plus ch\u00e8re du monde et pas n\u00e9cessairement la plus s\u00fbre. En d\u00e9pit de son prix trois fois plus \u00e9lev\u00e9 que la moyenne internationale, elle commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 pr\u00e9senter des malfa\u00e7ons qui augurent mal de sa p\u00e9rennit\u00e9.<\/p>\n<p>Les in\u00e9galit\u00e9s sociales explosent. Pas un seul secteur de la vie quotidienne ne lui \u00e9chappe. L\u2019organisation Transparency International classe l\u2019Alg\u00e9rie au 100\u00e8me rang sur 175 pays \u00e9valu\u00e9s dans le monde, \u00e0 la 24\u00e8me place sur 54 pays not\u00e9s en Afrique, \u00e0 la 10\u00e8me place sur 18 pays not\u00e9s dans le monde arabe, derri\u00e8re la Tunisie et le Maroc. Elle recule d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e dans ce classement et figure pour la onzi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive parmi les pays les plus corrompus du monde\u2026<\/p>\n<p>La corruption ne concerne pas que les margoulins du pouvoir ou ceux qui gravitent autour du pouvoir. Elle gangr\u00e8ne la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne dans son ensemble. Tous les Alg\u00e9riens ne sont certes pas corrompus mais cette donn\u00e9e a pris une telle importance qu\u2019elle structure les relations sociales. En fait, les plus t\u00e9m\u00e9raires, les moins scrupuleux, reproduisent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9, les m\u0153urs du pouvoir. Tout se monnaie, un extrait de naissance, un emploi, un sujet d\u2019examen, un dipl\u00f4me universitaire.<\/p>\n<p>La corruption est devenue une dimension pathologique de la soci\u00e9t\u00e9. A tous les \u00e9chelons, il existe des postes qui fournissent des rentes. Le sentiment national r\u00e9gresse au profit de sentiments d\u2019appartenance \u00e0 des structures r\u00e9duites, r\u00e9gion, ethnie, puisque personne ne peut vivre sans une affiliation qui le rassure. La notion de citoyennet\u00e9 n\u2019existe pas. Les comportements de nos compatriotes sont loin d\u2019en relever. L\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 d\u2019entre eux ne sont pas engag\u00e9s dans la vie publique, n\u2019ont pas le souci du bien commun, ne privil\u00e9gient pas leurs devoirs sur leurs droits.<\/p>\n<p>Cela dit, le miracle est permanent. Nous y sommes confront\u00e9s chaque jour. Des gens ordinaires se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre p\u00e9tris de qualit\u00e9s. Ils nous surprennent par leur int\u00e9grit\u00e9, leur abn\u00e9gation, comme si, au-del\u00e0 des vicissitudes du quotidien perdurait cette tradition bien alg\u00e9rienne de chaleur humaine et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Le r\u00e9gime a \u00e9t\u00e9 incapable d\u2019aider la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 se constituer. Sans doute n\u2019en a-t-il pas le d\u00e9sir. Une population d\u00e9structur\u00e9e est tellement plus facile \u00e0 contr\u00f4ler et, au besoin, \u00e0 r\u00e9duire, qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e et solidaire\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/brahim-senouci\/\">Brahim Senouci<\/a><\/p>\n<p><em>Brahim.senouci@<span class=\"skimlinks-unlinked\">hotmail.fr<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le n\u0153ud gordien alg\u00e9rien Mustapha Benchenane, politologue, Universit\u00e9 Paris-Descartes Sorbonne \u00a0Brahim Senouci, physicien, Universit\u00e9 de Cergy-Pontoise Quatri\u00e8me partie\u00a0: Un syst\u00e8me opaque et corrompu &nbsp; &nbsp; Un pouvoir opaque et inefficace Il est abondamment question du \u00ab\u00a0pouvoir\u00a0\u00bb dans ce qui suit: L\u2019usage du singulier est probablement infond\u00e9. 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