{"id":4188,"date":"2015-03-26T13:48:16","date_gmt":"2015-03-26T13:48:16","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=4188"},"modified":"2015-03-26T13:48:16","modified_gmt":"2015-03-26T13:48:16","slug":"le-noeud-gordien-algerien-sixieme-partie-un-mal-profond-complexe-et-grave","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/le-noeud-gordien-algerien-sixieme-partie-un-mal-profond-complexe-et-grave\/","title":{"rendered":"Le noeud gordien alg\u00e9rien: Sixi\u00e8me partie : Un mal profond, complexe et grave"},"content":{"rendered":"<h3>Le n\u0153ud gordien alg\u00e9rien<\/h3>\n<p><em>Mustapha Benchenane, politologue, Universit\u00e9 Paris-Descartes Sorbonne<\/em><\/p>\n<p><em>Brahim Senouci, physicien, Universit\u00e9 de Cergy-Pontoise<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Sixi\u00e8me partie : Un mal profond, complexe et grave<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le Quotidien d&rsquo;Oran du 22 janvier 2015<\/p>\n<p>Nous abordons la deuxi\u00e8me partie de notre r\u00e9flexion qui va porter sur les causes. Nous consid\u00e9rons que l\u2019identit\u00e9 est au c\u0153ur du questionnement. Le texte ci-dessous constitue le premier volet traitant de l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce mal touche d\u2019abord \u00e0 l\u2019identit\u00e9 qu\u2019il est urgent de clarifier, sinon d e reconstruire.<\/p>\n<p>Une identit\u00e9 \u00e0 reconstruire : Sous la colonisation, l\u2019identit\u00e9 alg\u00e9rienne \u00e9tait v\u00e9cue de fa\u00e7on simple. Elle \u00e9tait en effet en partie induite par le contexte politique marqu\u00e9 par la colonisation et la domination. Il y avait d\u2019abord un fort sentiment d\u2019appartenance \u00e0 un pays, l\u2019Alg\u00e9rie. Il y avait en m\u00eame temps un sentiment d\u2019intensit\u00e9 comparable d\u2019appartenance \u00e0 la religion musulmane.<\/p>\n<p>La pratique de la langue arabe par les uns, du berb\u00e8re par les autres, s\u2019ajoutait aux deux facteurs pr\u00e9c\u00e9dents. Ainsi, au plan de l\u2019identit\u00e9, la contradiction principale se situait entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les Alg\u00e9riens dans leur ensemble \u2013hormis une infime minorit\u00e9 proche de l\u2019administration coloniale- et de l\u2019autre les pieds-noirs, population dont la pr\u00e9sence a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par la force.<\/p>\n<p>Les juifs constituaient une troisi\u00e8me composante de la population. Leur pr\u00e9sence est largement ant\u00e9rieure \u00e0 la colonisation. Une partie d\u2019entre eux sont issus de la vague d\u2019immigration venue d\u2019Espagne \u00e0 la fin du XV\u00e8me si\u00e8cle, chass\u00e9e par Ferdinand et Isabelle la catholique apr\u00e8s la chute de Grenade, dernier bastion de la pr\u00e9sence arabe en Andalousie. D\u2019autres, les plus nombreux, sont pr\u00e9sents au Maghreb avant m\u00eame l\u2019av\u00e8nement de l\u2019Islam.<\/p>\n<p>Ce sont sans doute des berb\u00e8res juda\u00efs\u00e9s. C\u2019est au Sud que leur pr\u00e9sence \u00e9tait la plus importante, comme en t\u00e9moignent le nombre et la taille des Ksours qui en contiennent les vestiges. La majorit\u00e9 de ces juifs se sont convertis \u00e0 l\u2019Islam, \u00e0 l\u2019instar de Mimoun, fondateur de la ville de Timimoun. Apr\u00e8s la conqu\u00eate coloniale, les juifs de France poussent les autorit\u00e9s fran\u00e7aises \u00e0 naturaliser les juifs d\u2019Alg\u00e9rie. Pour la plupart, ils n\u2019avaient gu\u00e8re de consid\u00e9ration pour eux et les traitaient avec un m\u00e9pris teint\u00e9 de condescendance. Ils pensaient que leur naturalisation leur ouvrirait les portes de la civilisation, de l\u2019\u00e9mancipation politique et de l\u2019acc\u00e8s au bien-\u00eatre \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on III r\u00eavait, lui, du royaume arabe qu\u2019il aspirait \u00e0 former et \u00e0 diriger. Il souhaitait ainsi \u00e9tendre le b\u00e9n\u00e9fice de la naturalisation aux indig\u00e8nes musulmans. De fait, il promulgua \u00e0 son retour \u00e0 Paris en 1865 un s\u00e9natus consulte qui autorisait les indig\u00e8nes juifs et musulmans \u00e0 demander \u00e0 titre individuel la citoyennet\u00e9 pleine et enti\u00e8re. L\u2019op\u00e9ration fut un \u00e9chec. Il est notable que le refus des juifs et celui des musulmans furent d\u2019une ampleur comparable. La cause principale fut l\u2019injonction faite aux deux communaut\u00e9s d\u2019abandonner leur statut personnel, un abandon per\u00e7u comme une v\u00e9ritable apostasie.<\/p>\n<p>Furieux, les juifs de France d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019abandonner la d\u00e9marche volontaire pour une option plus autoritaire, limit\u00e9e aux seuls juifs. Ce fut le d\u00e9cret Cr\u00e9mieux, promulgu\u00e9 le 24 octobre 1870, portant naturalisation collective de l\u2019ensemble des juifs d\u2019Alg\u00e9rie, \u00e0 l\u2019exception notable de ceux des confins sahariens qui n\u2019avaient pas encore \u00e9t\u00e9 investis par l\u2019arm\u00e9e coloniale, et qui ne deviendront citoyens Fran\u00e7ais qu\u2019\u00e0 la faveur d\u2019une loi vot\u00e9e en 1961. A la veille de la parution du d\u00e9cret, Cr\u00e9mieux expliquait la d\u00e9marche fort peu respectueuse des libert\u00e9s que constituait son d\u00e9cret en d\u00e9clarant : \u00ab Ne leur dites pas : devenez fran\u00e7ais si vous le voulez, ils n\u2019abdiqueront pas la loi de Dieu. \u00bb<\/p>\n<p>En ce qui concerne la population musulmane, le Gouvernement conserve le droit d&rsquo;option, qui restera parfaitement th\u00e9orique. <a href=\"http:\/\/mjp.univ-perp.fr\/france\/co1943cfln3.htm\">L&rsquo;ordonnance de 1944<\/a> attribuera la citoyennet\u00e9 de plein exercice \u00e0 quelques dizaines de milliers de citoyens jug\u00e9s \u00ab m\u00e9ritants \u00bb, selon des crit\u00e8res que r\u00e9capitule l\u2019article 4 de cette ordonnance : anciens officiers, titulaires de dipl\u00f4mes sup\u00e9rieurs ou \u00e9gaux au brevet d\u2019\u00e9tudes \u00e9l\u00e9mentaires sup\u00e9rieures, fonctionnaires ou agents de l\u2019Etat, bachaghas, ca\u00efds ou aghas, titulaires de la L\u00e9gion d\u2019honneur, compagnons de la Lib\u00e9ration\u2026 L\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 de la population conservera son statut personnel, soit la possibilit\u00e9 de garder des \u00e9l\u00e9ments de droit issus de la religion musulmane et des coutumes berb\u00e8res. Des droits politiques limit\u00e9s lui seront accord\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce m\u00eame article 4 promet en outre la citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019ensemble des musulmans d\u2019Alg\u00e9rie mais remet l\u2019ex\u00e9cution de cette promesse aux bons soins de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale Constituante \u00e0 venir. En attendant, il institue un second coll\u00e8ge, exclusivement musulman. Cette disjonction entre populations musulmane et juive aboutit, tout au long de la p\u00e9riode coloniale, \u00e0 une consid\u00e9rable am\u00e9lioration du sort de cette derni\u00e8re pendant que la seconde sombre dans la mis\u00e8re et le d\u00e9classement. Ils investissent l\u2019espace le temps d\u2019une r\u00e9volte qui se solde invariablement par une r\u00e9pression sanglante.<\/p>\n<p>Entre deux bouff\u00e9es de col\u00e8res, ils vivotent, cach\u00e9s, maintenus \u00e0 l\u2019\u00e9cart d\u2019un monde qui danse le samedi sur les places de leurs villes, un monde qui ne les per\u00e7oit que comme des fant\u00f4mes familiers et qui n\u2019a connaissance de leur existence que par les coupures de presse annon\u00e7ant la \u00ab mise hors d\u2019\u00e9tat de nuire \u00bb d\u2019un groupe de fellaghas. Ils apprennent \u00e0 se faire petits, \u00e0 d\u00e9velopper la ruse pour continuer de vivre, \u00e0 ne jamais manifester bruyamment leur haine de ce qu\u2019ils sont devenus, des serviteurs cauteleux, attach\u00e9s tels des serfs \u00e0 faire grossir par leur sueur les profits gigantesques de colons ventrus\u2026 Maigre revanche sur leurs patrons et sur leurs ex compatriotes juifs : c\u2019est tout naturellement que, nantis des avantages que procurent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la fonction publique et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, ayant fini par prendre en masse fait et cause pour le syst\u00e8me colonial, ils se retrouveront ensemble sur les bateaux de l\u2019exode.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre cette mis\u00e8re si bien \u00ab partag\u00e9e \u00bb a-t-elle maintenu les liens entre les Alg\u00e9riens musulmans. Il ne serait venu \u00e0 l\u2019esprit d\u2019aucun d\u2019eux de se poser des questions sur l\u2019identit\u00e9 alg\u00e9rienne Des intellectuels l\u2019avaient certes soulev\u00e9e. Ferhat Abbas avait m\u00eame ni\u00e9 l\u2019existence d\u2019une Nation Alg\u00e9rienne dans un discours c\u00e9l\u00e8bre. Sans doute pensait-il que cette attitude allait favoriser l\u2019accession des Alg\u00e9riens, non seulement \u00e0 une naturalisation g\u00e9n\u00e9rale, mais aussi \u00e0 la citoyennet\u00e9. Ces deux concepts avaient des significations pr\u00e9cises. On pouvait avoir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise mais pas la citoyennet\u00e9. Cette derni\u00e8re donnait acc\u00e8s aux m\u00eames droits politiques que l\u2019ensemble des Fran\u00e7ais. La nationalit\u00e9 \u00e9tait plus restrictive. C\u2019est cette lecture qui a permis, entre autres, le traitement particulier des musulmans d\u2019Alg\u00e9rie et la s\u00e9gr\u00e9gation institutionnelle qui les frappait. L\u2019instauration des deux coll\u00e8ges en est une illustration. Ferhat Abbas en tira d\u2019ailleurs les conclusions en se rallaint \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode ottomane a certes \u00e9t\u00e9 infiniment moins \u00ab massacrante \u00bb que la pr\u00e9sence fran\u00e7aise. Pour autant, elle n\u2019a pas contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau de vie et du niveau d\u2019\u00e9ducation du peuple. En fait, les Turcs administraient les villes et \u00e9taient tr\u00e8s peu pr\u00e9sents dans les campagnes o\u00f9 le mode de vie n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re affect\u00e9 par leur gouvernance. Il y avait de temps en temps des flamb\u00e9es de col\u00e8re populaires qui s\u2019exer\u00e7aient contre leur autorit\u00e9. C\u2019\u00e9tait au moment du passage des percepteurs venus pr\u00e9lever l\u2019imp\u00f4t exig\u00e9 par la Sublime Porte. Une anecdote tragique : on connait le sort de la tribu des Ouled Riah, enfum\u00e9e par P\u00e9lissier dans la grotte de Ghar Frachih, o\u00f9 elle avait cru trouver refuge. Ce n\u2019est pas par hasard qu\u2019ils avaient choisi ce lieu. Les Ouled Riah utilisaient de longue cet abri s\u00e9culaire qui leur servait \u00e0 \u00e9chapper aux mehallas des deys qui venaient ramasser les lourdes taxes impos\u00e9es \u00e0 la population locale.<\/p>\n<p>\u00d4 paradoxe ! Les Alg\u00e9riens n\u2019ont jamais dout\u00e9 de l\u2019existence de leur identit\u00e9 pendant qu\u2019ils \u00e9taient sous occupation. Le doute les a saisis apr\u00e8s avoir arrach\u00e9 leur ind\u00e9pendance\u2026 Cette question de l\u2019identit\u00e9 est devenue essentielle, vitale.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre Alg\u00e9rien, aujourd\u2019hui ?<\/strong><\/p>\n<p>Emmanuel L\u00e9vinas disait que lorsqu\u2019un peuple s\u2019interroge sur son identit\u00e9, c\u2019est qu\u2019il l\u2019a d\u00e9j\u00e0 perdue. L\u2019Alg\u00e9rie n\u2019en est m\u00eame pas \u00e0 s\u2019interroger. Cette absence de questionnement n\u2019est pas du tout un signe de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Elle est le r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un profond malaise dans ce domaine. L\u2019absence de d\u00e9bat signifie que la question est si importante, ses implications tellement \u00e9normes que l\u2019on refuse de l\u2019engager. C\u2019est le refoulement. Force est donc de constater que l\u2019identit\u00e9 alg\u00e9rienne est si fragment\u00e9e qu\u2019elle donne l\u2019impression d\u2019avoir implos\u00e9. Elle est de produit de l\u2019histoire tourment\u00e9e de notre pays.<\/p>\n<p>Il y a le substrat berb\u00e8re sur lequel sont venus se greffer plusieurs influences de nature diff\u00e9rente, contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirme l\u2019historiographie coloniale et \u00ab pied-noir \u00bb, selon laquelle il n\u2019y a jamais eu de personnalit\u00e9 ni d\u2019identit\u00e9 alg\u00e9rienne et que ce pays n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 autre chose qu\u2019une terre de conqu\u00eate et d\u2019occupation. L\u2019Empire romain a domin\u00e9 le Maghreb comme en attestent les nombreux vestiges dans le Nord du pays, sur la frange c\u00f4ti\u00e8re mais aussi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres. Il n\u2019y pas eu cependant de romanisation des Berb\u00e8res. Il est vrai qu\u2019une minorit\u00e9 d\u2019autochtones a pu acc\u00e9der \u00e0 des fonctions \u00e9minentes, jusqu\u2019au tr\u00f4ne imp\u00e9rial ! Ces privil\u00e9gi\u00e9s ne sont en rien repr\u00e9sentatifs de la population locale. En fait, c\u2019\u00e9tait des pr\u00e9figurations de nos \u00ab colonel Bendaoud \u00bb, des gens qui avaient rompu avec leur peuple, avaient troqu\u00e9 le burnous ancestral contre la toge et \u00e9taient devenus plus romains que les Romains eux-m\u00eames !<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e des Arabes \u00e0 la fin du 7\u00e8me si\u00e8cle et au d\u00e9but du 8\u00e8me va bouleverser l\u2019identit\u00e9 des Maghr\u00e9bins en modifiant profond\u00e9ment leurs croyances. L\u2019arriv\u00e9e de l\u2019Islam, la rapidit\u00e9 de sa propagation et de son assimilation par les autochtones, ajoute un \u00e9l\u00e9ment essentiel \u00e0 l\u2019identit\u00e9 maghr\u00e9bine, l\u2019islamit\u00e9, mais aussi la dimension arabe, non pas de son caract\u00e8re ethnique mais de son attribut de langue du Livre. La controverse actuelle sur l\u2019arabit\u00e9 de l\u2019Alg\u00e9rie s\u2019\u00e9teindrait d\u2019elle-m\u00eame si on s\u2019accorde sur ce fait.<\/p>\n<p>Bien entendu, on n\u2019a qu\u2019une connaissance tr\u00e8s impr\u00e9cise de la taille de l\u2019arm\u00e9e arabe et de la dimension de la population locale. Il est n\u00e9anmoins \u00e9vident que cette derni\u00e8re \u00e9tait bien sup\u00e9rieure aux quelques dizaines de milliers de soldats arabes. Il est donc hors de question d\u2019imaginer un remplacement !<\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie, ethniquement berb\u00e8re, est rest\u00e9e tr\u00e8s largement berb\u00e8re. Elle a simplement assimil\u00e9 cet habit suppl\u00e9mentaire que lui apportait l\u2019Islam. A ce stade de notre pr\u00e9sentation, nous voudrions insister sur le caract\u00e8re mensonger et dangereux de certaines d\u00e9clarations qui mettent l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019Islam au Maghreb sur le m\u00eame plan que les invasions romaine, turque et fran\u00e7aise. L\u2019Islam \u00e9tait porteur d\u2019un message v\u00e9ritablement destin\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble de la population. Elle l\u2019a si bien int\u00e9gr\u00e9 qu\u2019elle a pris le relais et que ses enfants, dont le plus illustre, Tarek Ibn Zyad, se sont charg\u00e9s de prolonger son expansion vers l\u2019Andalousie. A contrario, Romains, Fran\u00e7ais et Turcs ne voyaient dans l\u2019Alg\u00e9rie qu\u2019une terre de rapine. Ils y ont port\u00e9 le fer et le feu pour le plus grand bonheur de leurs souverains respectifs\u2026<\/p>\n<p>Sans doute y a-t-il des sujets de discorde entre berb\u00e9rophones et arabophones. Nous n\u2019oublions pas le printemps berb\u00e8re, le meurtre de Massinissa, les dizaines de civils tu\u00e9s en Kabylie lors des campagnes de protestation qui ont suivi ce meurtre. Y a-t-il pour autant mati\u00e8re \u00e0 un antagonisme irr\u00e9ductible ? La haine entre Kosovars et Serbes date du 14\u00e8me si\u00e8cle, plus exactement d\u2019une d\u00e9faite meurtri\u00e8re de ces derniers devant l\u2019arm\u00e9e ottomane en un lieu qui s\u2019appelle \u00ab le Pr\u00e9 aux Merles \u00bb. Ce lieu est en plein milieu du Kosovo, province par ailleurs peupl\u00e9e \u00e0 une \u00e9crasante majorit\u00e9 de musulmans. C\u2019est ce lieu de m\u00e9moire que les Serbes ne se r\u00e9solvent pas \u00e0 en faire le deuil.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas, il n\u2019y a jamais eu de Pr\u00e9 aux Merles en Alg\u00e9rie. Bien s\u00fbr, il y a eu la r\u00e9sistance berb\u00e8re aux arm\u00e9es arabes, r\u00e9sistance incarn\u00e9e par la princesse Kahina (qui veut dire pr\u00eatresse ou devineresse), Dyhia Tadmut (la belle gazelle en <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Langues_berb%C3%A8res\">tamazight<\/a>). Cette derni\u00e8re est devenue une l\u00e9gende de son vivant en remportant bien des batailles. En fait, elle a \u00e9t\u00e9 vaincue par les divisions des tribus dont la majorit\u00e9 a choisi de se rallier \u00e0 la banni\u00e8re de l\u2019Islam. D\u2019ailleurs, Kahina est devenue un symbole alg\u00e9rien. Elle a sa statue \u00e0 Khenchela et son pr\u00e9nom a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 de tr\u00e8s nombreuses petites filles \u00e0 travers l\u2019Alg\u00e9rie. Il n\u2019y a donc pas dans notre m\u00e9moire collective de sujets de nature \u00e0 nous pousser \u00e0 une guerre fratricide, encore moins \u00e0 une s\u00e9paration.<\/p>\n<p>Le malentendu vient en fait d\u2019une m\u00e9connaissance de l\u2019Histoire qui est source de conflits identitaires. Il faut en finir avec deux tentations extr\u00eames, celle port\u00e9e par un courant berb\u00e9riste heureusement minoritaire qui continue de voir en l\u2019arabe un colon \u00e9tranger, apr\u00e8s 15 si\u00e8cles de pr\u00e9sence, et celle d\u2019un courant arabiste qui voudrait gommer la dimension berb\u00e8re et revenir \u00e0 une sorte de \u00ab puret\u00e9 \u00bb arabe. Il faut souligner que l\u2019arabisation telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 conduite durant des d\u00e9cennies par des dirigeants a contribu\u00e9 \u00e0 braquer bien des berb\u00e9rophones, mais aussi des francophones et qu\u2019on en est venu ainsi, par l\u2019extraordinaire absence de vision dont ont fait preuve nos gouvernements, \u00e0 faire d\u2019une des deux langues du peuple une langue , non seulement \u00e9trang\u00e8re mais encore hostile.<\/p>\n<p>La contradiction arabo-berb\u00e8re a \u00e9t\u00e9 mise sous le boisseau durant la guerre de lib\u00e9ration. La sagesse des dirigeants de l\u2019\u00e9poque les avaient conduits de concert \u00e0 mettre l\u2019id\u00e9al de l\u2019ind\u00e9pendance au-dessus de cet antagonisme. Malheureusement, l\u2019antagonisme a surv\u00e9cu. Apr\u00e8s plus d\u2019un demi-si\u00e8cle de gouvernance marqu\u00e9e par l\u2019incomp\u00e9tence et un g\u00e2chis monumental, aussi bien moral que financier, \u00e9conomique et social, la r\u00e9gression du sentiment national est devenue patente.<\/p>\n<p>On en est revenu \u00e0 l\u2019ethnie, \u00e0 la r\u00e9gion, au clan. Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 tomber dans l\u2019individualisme sans \u00eatre pass\u00e9s par la phase en amont qui est celle de l\u2019\u00e9mergence de l\u2019individu, selon le sch\u00e9ma classique dont l\u2019Occident a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre apr\u00e8s la Renaissance. Cette r\u00e9gression est une dimension essentielle de la crise de l\u2019identit\u00e9 que nous vivons. Dans l\u2019incapacit\u00e9 de savoir d\u2019o\u00f9 nous venons, nous ne savons pas o\u00f9 nous allons.<\/p>\n<p>Nous avons du mal \u00e0 nous percevoir comme une communaut\u00e9, soud\u00e9e par une m\u00e9moire et un devenir communs. La s\u00e9quence coloniale, par sa dur\u00e9e, sa bestialit\u00e9, sa volont\u00e9 absolue de ne laisser aux \u00ab indig\u00e8nes \u00bb aucun espace d\u2019expression, de relative libert\u00e9, y est pour beaucoup. On ne sort pas indemnes de 132 ans d\u2019occupation, d\u2019inf\u00e9riorisation, de d\u00e9possession, d\u2019acculturation\u2026Cette p\u00e9riode a laiss\u00e9 des traces profondes dans l\u2019inconscient individuel et collectif des Alg\u00e9riens, fussent-ils patriotes ou nationalistes. Ce traumatisme n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 investigu\u00e9, questionn\u00e9, pas plus que celui de la d\u00e9cennie noire. C\u2019est ainsi en Alg\u00e9rie : Entre deux s\u00e9quences tragiques, le trou noir du silence troubl\u00e9 par des bouff\u00e9es de col\u00e8re destructrices.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/brahim-senouci\/\">Brahim Senouci<\/a><\/p>\n<p><em>Brahim.senouci@<span class=\"skimlinks-unlinked\">hotmail.fr<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le n\u0153ud gordien alg\u00e9rien Mustapha Benchenane, politologue, Universit\u00e9 Paris-Descartes Sorbonne Brahim Senouci, physicien, Universit\u00e9 de Cergy-Pontoise Sixi\u00e8me partie : Un mal profond, complexe et grave Le Quotidien d&rsquo;Oran du 22 janvier 2015 Nous abordons la deuxi\u00e8me partie de notre r\u00e9flexion qui va porter sur les causes. Nous consid\u00e9rons que l\u2019identit\u00e9 est au c\u0153ur du questionnement. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":4218,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[105],"class_list":{"0":"post-4188","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-brahim-senouci","8":"tag-noeud-gordien"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4188","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4188"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4188\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4188"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4188"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4188"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}