{"id":4467,"date":"2015-08-05T12:25:45","date_gmt":"2015-08-05T12:25:45","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=4467"},"modified":"2018-12-26T13:21:54","modified_gmt":"2018-12-26T13:21:54","slug":"la-langue-essence-de-lhomme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/la-langue-essence-de-lhomme\/","title":{"rendered":"La langue, essence de l\u2019homme"},"content":{"rendered":"<p>Un d\u00e9bat passionn\u00e9 s\u2019est \u00e9tabli en Alg\u00e9rie au sujet de la langue, ou des langues. C\u2019est rassurant. Cela prouve que, de bonne ou de mauvaise foi, les Alg\u00e9riens en ont compris l\u2019importance. En effet, ce sujet est tout sauf technique. Il ne s\u2019agit pas de s\u2019accorder sur le choix d\u2019un simple outil de communication mais de bien plus que cela\u2026<\/p>\n<p>Le premier des commandements du Coran tient dans l\u2019injonction \u00ab Lis ! \u00bb. La Gen\u00e8se nous apprend qu\u2019\u00ab au commencement \u00e9tait le Verbe \u00bb.<\/p>\n<p>Rappelons bri\u00e8vement les termes du d\u00e9bat. Il y a les tenants de la r\u00e9habilitation de l\u2019arabe sous sa forme savante, ceux qui souhaiteraient son abandon au profit de l\u2019arabe populaire (ou parl\u00e9, ou dialectal, selon les p\u00e9riodes auxquelles l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re), enfin ceux qui se prononcent pour un bilinguisme qui se traduirait par un statut identique pour l\u2019arabe populaire et le tamazight. Certains plaident, mais en sourdine, pour le recours au fran\u00e7ais en avan\u00e7ant les raisons historiques que tout le monde connait.<\/p>\n<p>Certaines suggestions sont apparemment pertinentes. Le recours \u00e0 l\u2019arabe populaire est de celles-ci. Quoi de plus sens\u00e9 que de faire de la langue maternelle la langue officielle ? L\u2019arabe populaire a structur\u00e9 l\u2019imaginaire de la majorit\u00e9 des Alg\u00e9riens, \u00e0 travers les berceuses des m\u00e8res, les po\u00e8mes du chi3r el Melhoun, les textes du cha3bi, surtout quand ils sont port\u00e9s par l\u2019inoubliable voix du Cheikh Hadj Mohamed El Anka, les boqalas, les devinettes (el mhadjiates), les contes\u2026<\/p>\n<p>Mais quel rapport entre la langue magnifique, suave, qui irriguait ces textes et le sabir actuel, r\u00e9ceptacle odieux des vulgarit\u00e9s emprunt\u00e9es \u00e0 l\u2019espagnol, au fran\u00e7ais, parfois m\u00eame \u00e0 l\u2019arabe ? Aucun ! Le po\u00e8te Paul Val\u00e9ry consid\u00e8re que \u00ab la langue est la maison de l\u2019\u00eatre \u00bb. Si nous faisions de cet idiome notre langue commune, nous adopterions ipso facto un gourbi pour y abriter notre \u00eatre ! Il est int\u00e9ressant de noter que les po\u00e8tes populaires, les conteurs, les chanteurs de l\u2019\u00e9poque, excellaient dans la maniement de la langue savante.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019ils ont r\u00e9ussi \u00e0 donner \u00e0 celle-ci un digne substitut qui avait r\u00e9ussi \u00e0 \u00eatre populaire sans devenir vulgaire. La raison de la d\u00e9gradation rapide de l\u2019arabe populaire tient sans doute dans le fait que la d\u00e9gradation de la ma\u00eetrise de la langue savante \u00e0 laquelle il \u00e9tait adoss\u00e9, de laquelle il proc\u00e9dait, lui a fait perdre sa substance.<\/p>\n<p>La ma\u00eetrise de la langue savante s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e en d\u00e9pit de la g\u00e9n\u00e9ralisation de son enseignement. Celui-ci avait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 de mani\u00e8re autoritaire. Il avait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 des professeurs locaux qui n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s et \u00e0 des \u00ab coop\u00e9rants \u00bb moyen-orientaux. Ces derniers \u00e9taient loin de constituer l\u2019\u00e9lite de leurs pays d\u2019origine. De plus, ils ont largement profit\u00e9 de la position qui leur \u00e9tait offerte pour obscurcir le jugement de nos enfants et leur inculquer des pr\u00e9ceptes \u00e9trangers \u00e0 nos traditions. Le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 \u00ab brillant \u00bb : des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9l\u00e8ves parlant une langue approximative et dress\u00e9s \u00e0 refuser la notion m\u00eame de nuance !<\/p>\n<p>Ce n\u2019est donc pas la langue arabe qui est responsable du piteux \u00e9tat d\u00e9crit ci-dessus. Ce sont plut\u00f4t l\u2019improvisation, l\u2019incomp\u00e9tence, un stupide autoritarisme revanchard, qui ont r\u00e9ussi l\u00e0 o\u00f9 la France coloniale avait \u00e9chou\u00e9, faire de la langue savante un objet de rejet\u2026<\/p>\n<p>Rappelons en effet que la France coloniale contraignait les professeurs d\u2019arabe (Alg\u00e9riens naturellement) \u00e0 enseigner cette langue comme une langue \u00e9trang\u00e8re, durant la mis\u00e9rable heure hebdomadaire qui lui \u00e9tait consacr\u00e9e. Les explications et les commentaires \u00e9taient donn\u00e9s en fran\u00e7ais, les mots \u00e9taient d\u00e8s leur apparition traduits dans la langue du colonisateur.<\/p>\n<p>A contrario, le fran\u00e7ais \u00e9tait enseign\u00e9 comme une langue maternelle. Il faut rappeler \u00e9galement que le colonisateur faisait la promotion de l\u2019arabe dialectal. Cela devrait suffire au moins \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019opportunit\u00e9 de chausser les bottes du colon en instaurant le syst\u00e8me dont il r\u00eavait et qu\u2019il n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 implanter.<\/p>\n<p>Le tamazight est une langue m\u00e8re. Ce n\u2019est pas le moindre de ses m\u00e9rites que d\u2019avoir r\u00e9ussi \u00e0 se maintenir tout au long des si\u00e8cles. Il convient de le pr\u00e9server comme l\u2019un des joyaux de notre patrimoine. A ce titre, il faut \u00e9viter qu\u2019il soit un objet de pol\u00e9mique entre les Alg\u00e9riens puisque nous l\u2019avons tous en partage. Son enseignement ne saurait rester cantonn\u00e9 \u00e0 des r\u00e9gions particuli\u00e8res. Il a vocation \u00e0 embrasser toute la nation. La question de son statut ne se posera plus quand il acc\u00e9dera au statut de langue nationale, non par la gr\u00e2ce d\u2019un d\u00e9cret, mais par la g\u00e9n\u00e9ralisation de son usage.<\/p>\n<p>132 ans d\u2019acculturation ont produit des d\u00e9g\u00e2ts profonds. On ne peut h\u00e9las les effacer mais nous pouvons et nous devons nous r\u00e9approprier le patrimoine dont nous avons \u00e9t\u00e9 sevr\u00e9s. Au premier rang de ce patrimoine figure notre langue, celle dont usait l\u2019Emir Abdelkader quand il sillonnait l\u2019Alg\u00e9rie pour s\u2019adresser \u00e0 tous les Alg\u00e9riens.<\/p>\n<p>Cette langue n\u2019\u00e9tait sans doute gu\u00e8re diff\u00e9rente de la langue savante. Elle doit certes s\u2019ouvrir \u00e0 la modernit\u00e9 en accueillant les innombrables vocables n\u00e9s du d\u00e9veloppement technologique. Mais elle poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 la complexit\u00e9, la richesse, qualit\u00e9s qui permettent le d\u00e9bat, alors que la langue actuelle de la rue ne se pr\u00eate, par son indigence lexicale, qu\u2019\u00e0 l\u2019affrontement.<\/p>\n<p>M\u00e9fions-nous des id\u00e9es apparemment bonnes. Les Japonais ont \u00e9t\u00e9 tent\u00e9s durant l\u2019\u00e8re Meiji de simplifier leur langue en la d\u00e9barrassant des id\u00e9ogrammes si difficiles \u00e0 acqu\u00e9rir et \u00e0 retenir. Ils l\u2019ont fait en essayant notamment d\u2019imposer des alphabets simplifi\u00e9s. Ils en sont tr\u00e8s vite revenus et les id\u00e9ogrammes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablis ! La recherche de la simplicit\u00e9 n\u2019est pas toujours un gage de r\u00e9ussite. Si l\u2019on trouve parfois que le chemin est difficile, il faut se demander si ce n\u2019est pas plut\u00f4t le difficile qui est le chemin.<\/p>\n<p>Un dernier mot ; il est vrai que l\u2019UNESCO pr\u00e9conise l\u2019apprentissage de la langue maternelle \u00e0 l\u2019\u00e9cole. C\u2019est sans doute ce qui a conduit la ministre de l\u2019\u00e9ducation nationale \u00e0 proposer que, durant les premiers mois de la scolarit\u00e9 de l\u2019enfant, l\u2019enseignement se fasse en arabe dialectal. Elle pr\u00e9sente son initiative comme transitoire et elle insiste sur le fait que le but de l\u2019op\u00e9ration n\u2019est pas d\u2019instituer l\u2019arabe dialectal comme langue d\u2019enseignement mais de pr\u00e9parer les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 un apprentissage correct de la langue savante.<\/p>\n<p>On peut ne pas \u00eatre d\u2019accord avec cette approche p\u00e9dagogique, on peut penser \u00e0 juste titre qu\u2019elle requiert la pr\u00e9sence d\u2019un corps enseignant rompu aux deux langues et tr\u00e8s bien form\u00e9 qui risque de faire d\u00e9faut, mais de l\u00e0 \u00e0 la pr\u00e9senter comme une man\u0153uvre n\u00e9ocoloniale, c\u2019est faire preuve d\u2019une malhonn\u00eatet\u00e9 qui augure mal des d\u00e9bats futurs\u2026<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/brahim-senouci\/\">Brahim Senouci<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un d\u00e9bat passionn\u00e9 s\u2019est \u00e9tabli en Alg\u00e9rie au sujet de la langue, ou des langues. 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