{"id":4496,"date":"2015-08-25T13:11:55","date_gmt":"2015-08-25T13:11:55","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=4496"},"modified":"2015-08-25T13:11:55","modified_gmt":"2015-08-25T13:11:55","slug":"il-etait-une-fois-zaineb-en-nafzaouia-103-1072","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/il-etait-une-fois-zaineb-en-nafzaouia-103-1072\/","title":{"rendered":"Il \u00e9tait une fois\u2026.  Za\u00efneb En Nafzaou\u00efa (103\u00a0?-1072)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Par Mohamed &#8211; Senni El-M\u2019haji.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019occasion de la derni\u00e8re journ\u00e9e mondiale de la femme, nous avions propos\u00e9 \u00e0 nos lectrices et lecteurs l\u2019histoire d\u2019une femme maghr\u00e9bine qui a jou\u00e9 dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 11\u00e8me si\u00e8cle et en moins de 20 ans, un r\u00f4le de premier plan dans une \u00e9poque \u00e9maill\u00e9e de troubles, de luttes fratricides, id\u00e9ologiques et o\u00f9 la femme n\u2019intervenait alors jamais. Il s\u2019agit de Za\u00efneb En Nafzaou\u00efa.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A quelques rares exceptions, les chroniques arabes ne parlent quasiment pas des femmes quels que fussent leurs statuts, leurs statures, leurs dimensions spirituelles, leurs rangs sociaux et surtout leurs \u0153uvres. Censure teint\u00e9e de pudibonderie\u00a0? Tabou que ne justifie aucune r\u00e8gle, surtout religieuse\u00a0? Misogynie ent\u00eat\u00e9e\u00a0? Peu importe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Za\u00efneb a fini par imposer sa place dans les ouvrages historiques tels que<strong> \u0627\u0644\u0640\u0640\u0643\u0627\u0645\u0644 \u0641\u064a \u0627\u0644\u062a\u0640\u0640\u0640\u0627\u0631\u064a\u0640\u0640\u0640\u062e<\/strong> (Le Parfait en Histoire) d\u2019Ibn Al Athir, <strong>\u0627\u0644\u0623\u0639\u0640\u0644\u0627\u0645<\/strong>(Les Savants) de Zirikli, <strong>\u0631\u0648\u0636 \u0627\u0644\u0642\u0631\u0637\u0640\u0640\u0627\u0633<\/strong> (Le Jardin des Feuillets) d\u2019Ibn Abi Zar\u2019, la monumentale Histoire d\u2019Ibn Khaldoun \u2013 Kitab El Ibar \u2013 et dans ceux d\u2019autres historiens, et non des moindres, comme Charles \u2013 Andr\u00e9 Julien par exemple c\u2019est que, tout simplement, elle \u00e9tait une femme hors du commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>QUELQUES\u00a0REP\u00c8RES\u00a0HISTORIQUES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00a0\u00a0\u00a0 <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-7143\" src=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/Za\u00efneb-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" \/>\u00a0 \u00a0 <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-7145\" src=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/Okba-300x227.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"227\" \/>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Femme arabe \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Mosqu\u00e9e Okba \u00e0 Kairouan<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A lire les historiens, des zones d\u2019ombre demeurent quand on examine sa vie. On ne conna\u00eet pas sa date de naissance avec pr\u00e9cision et, sur sa mort, seul Ahmed Naciri le marocain, dans son livre Kitab el Istiq\u00e7a (tome 2) la situe en 464 H \u2013 1072 soit 34 ann\u00e9es avant celle de son quatri\u00e8me et dernier mari, mort, lui, en 1106. Il y a peut\u2013\u00eatre une raison \u00e0 cela\u00a0: ceux qui l\u2019ont connue n\u2019ont s\u00fbrement retenu que les deux traits majeurs qui ont fait sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 longtemps avant ses actes\u00a0: sa beaut\u00e9 et son intelligence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Za\u00efneb \u00e9tait fille d\u2019Ishak El Houari En Nafzaoui, originaire d\u2019une lign\u00e9e de grand renom o\u00f9 l\u2019on retrouve l\u2019incontournable sommit\u00e9 en Fiqh mal\u00e9kite, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le Petit Malik\u00a0\u00bb\u00a0: Ibn Abi Zayd Al Ka\u00efrawani (922 \u2013 996), auteur de la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0Rissala\u00a0\u00bb qu\u2019il a \u00e9crite alors qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 peine \u00e2g\u00e9 de 17 ans et, plus d\u2019un mill\u00e9naire apr\u00e8s sa mort, elle reste d\u2019une actualit\u00e9 sid\u00e9rante\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa date de d\u00e9c\u00e8s nous incline \u00e0 penser \u2013 sans quasi certitude &#8211; qu\u2019il aurait connu le p\u00e8re de Za\u00efneb. N\u00e9e \u00e0 Kairouan, alors p\u00f4le de rayonnement culturel, tr\u00e8s prosp\u00e8re et hospitali\u00e8re, son av\u00e8nement intervient, alors que le pouvoir d\u00e9tenu par les Fatimides \u2013 chiites il faut le rappeler \u2013, \u00e9tait entre les mains d\u2019El Moustansir-bi-Allah, install\u00e9 au Caire, huiti\u00e8me des quatorze califes Fatimides (d\u00e9nomm\u00e9s aussi Er-Rafidha, El Batiniyya et El Oube\u00efdiyyine). Ce Khalife gouverna de 427 \u00e0 487 H (1036 \u2013 1094), d\u00e9tenant ainsi, sauf erreur de notre part, le record absolu du plus long r\u00e8gne en terre d\u2019Islam. Bien avant lui, sa grand \u2013 tante paternelle, Sitt El Moulk, morte en 1024, avait particip\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice du pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pr\u00e9cision, rapport\u00e9e par Ibn Khaldoun, est r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne qui peut nous aider \u00e0 mieux comprendre la personnalit\u00e9 de Za\u00efneb\u00a0: les femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 de Kairouan pouvaient, tr\u00e8s t\u00f4t, jouer des r\u00f4les qu\u2019une tradition volontairement r\u00e9ductrice et sciemment entretenue ne destinait qu\u2019aux hommes. Za\u00efneb en a s\u00fbrement tenu compte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cette \u00e9poque, l\u2019Ifriqiya \u00e9tait gouvern\u00e9e par El Mo\u00ebzz Ibn Badis Ibn Mansour ibn Bologhine (des Zirides) \u00e0 qui fut remis le commandement en 972 par le Khalife chiite Al Mou\u2019izz bi Allah. El Mo\u00ebzz Ibn Badis, prenant ses distances envers les Fatimides &#8211; notamment dans la pratique religieuse -, prit le parti des Abbassides de Baghdad. C\u2019est en leur nom qu\u2019il gouverna.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour contenir l\u2019hostilit\u00e9 mena\u00e7ante venant de l\u2019Ouest et asseoir un pouvoir fort, il eut l\u2019id\u00e9e de faire venir les Arabes hilaliens \u2013 les B\u00e9ni Amer &#8211; cantonn\u00e9s au Sa\u00efd, en haute Egypte, sur la rive orientale du Nil et dont le Khalife El Moustancir ne demandait qu\u2019\u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser \u00e0 cause \u00ab\u00a0des nuisances caus\u00e9es \u00e0 l\u2019Empire\u00a0\u00bb et \u00e9tant peut-\u00eatre s\u00fbr de se d\u00e9barrasser d\u2019El-Mo\u00ebzz qui avait pris le parti des Abbassides qui furent eux-m\u00eames \u00e0 l\u2019origine de leur \u00ab\u00a0exil\u00a0\u00bb forc\u00e9 au Sud de l\u2019\u00c9gypte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi en 1051\/52, les Arabes hilaliens entr\u00e8rent en Ifriqiya\u00a0: 50 000 guerriers, 200 000 b\u00e9douins, chiffres figurant dans la majorit\u00e9 des \u00e9crits \u2013 l\u2019ensemble suivi des familles et des enfants &#8211; avec actes d\u2019investiture pr\u00e9\u00e9tablis par le Khalife du Caire pour tous les chefs de tribus sur tout ce qu\u2019ils pouvaient accaparer. Les colonisations des temps modernes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 effleur\u00e9es par un tel app\u00e9tit. Les vestiges de \u00ab trois civilisations allaient dispara\u00eetre\u00a0\u00bb avons-nous lu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir d\u00e9vast\u00e9 tout sur leur passage, ils pill\u00e8rent toutes les richesses des pays travers\u00e9s et font le si\u00e8ge de Kairouan qui durera cinq ann\u00e9es pour enfin y p\u00e9n\u00e9trer en plein mois de Ramadhan 449 (dont le d\u00e9but co\u00efncida avec le 1er novembre 1057), rasant au passage la mosqu\u00e9e b\u00e2tie, tout comme la ville en 670, par Okba Bnou Nafi\u2019et faisant fuir les habitants qui ont surv\u00e9cu \u00e0 la catastrophe dans toutes les directions\u00a0: r\u00e9gions montagneuses du Maghreb, la Sicile, la Sardaigne, Malte et l\u2019Andalousie. Les Historiens en parlent \u00e9norm\u00e9ment et de mani\u00e8re tr\u00e8s pr\u00e9cise. Ibn Khaldoun \u00e9crit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Semblables \u00e0 une arm\u00e9e de sauterelles, ils d\u00e9truisaient tout sur leur passage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pour avoir une autre image de cette catastrophe indescriptible, de cette barbarie envers des fr\u00e8res, il faut lire, outre les livres d\u2019histoire prioritairement, mais \u00e9galement les po\u00e8mes de quelques auteurs. Parmi des dizaines nous en avons retenu trois\u00a0: 1\/ dans une d\u00e9chirante oraison de 56 vers, dite \u00ab\u00a0En-Nounia\u00a0\u00bb &#8211; dont la rime se termine par la lettre \u00ab\u00a0noun\u00a0\u00bb -, l\u2019Alg\u00e9rien Ibn Rachik al ka\u00efrawani qui \u00e9tait n\u00e9 en 390 (1000) \u00e0 M\u2019Sila (qui s\u2019appelait alors Mohammadia du nom de son b\u00e2tisseur Mohamed Ben Mehdi qui l\u2019\u00e9rigea en 315\u00a0\/927).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet auteur, mort \u00e0 Mazzara en Sicile en 456 (1064) nous donne de l\u2019\u00e9v\u00e9nement une saisissante vision restituant l\u2019ampleur du crime accompli avec un lot d\u2019exactions indicibles. Il connut cette ville en po\u00e8te accompli \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 16 ans. 2\/ En fera de m\u00eame Aboul Hassan Al-Hasri, n\u00e9 en 420 (1029) et mort \u00e0 Tanger en 488 (1095) avec 33 vers de sa \u00ab\u00a0Ta\u2019iyya\u00a0\u00bb et, enfin 3\/Ibn Charef n\u00e9 en 390 (1000) et mort \u00e0 S\u00e9ville en 460 (1068) avec sa \u00ab\u00a0Lamia\u00a0\u00bb de 33 vers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce dernier, fr\u00e8re-ennemi d\u2019Ibn Rachik, vivra son exil en Sicile avec l\u2019Alg\u00e9rien avant de se r\u00e9soudre \u00e0 rejoindre l\u2019Andalousie. Et il y eut plein d\u2019autres que nous ne pouvons tous citer mais qu\u2019une \u00e9tude \u00e0 part ne serait pas de trop. Nous avons volontairement insist\u00e9 sur ces terribles \u00e9v\u00e9nements pour r\u00e9pondre \u00e0 \u00ab\u00a0un historien\u00a0\u00bb qui a soutenu, au cours d\u2019un colloque sur l\u2019histoire de Sidi-Bel-Abb\u00e8s, que les B\u00e9ni Amer sont venus au Maghreb pour contribuer \u00e0 l\u2019arabiser\u00a0!!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain que c\u2019est aux environs de cette date (1050\/1051) que Za\u00efneb, alors \u00e2g\u00e9e de 15 \u00e0 20 ans (ce qui autorise \u00e0 dire qu\u2019elle \u00e9tait n\u00e9e au cours de la troisi\u00e8me d\u00e9cennie du onzi\u00e8me si\u00e8cle), dut suivre sa famille fuyant la furie des B\u00e9ni Amer qui venaient de r\u00e9duire en poussi\u00e8re la premi\u00e8re ville de l\u2019Islam, Capitale du Maghreb, centre de rayonnement culturel exceptionnel. Commer\u00e7ant de son \u00e9tat, son p\u00e8re \u00e9migra \u00e0 Aghmat (\u00e0 quelques kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019Est de ce qui deviendra Marrakech et au nord de Tin Mellel). Dans la ville d\u2019accueil, ils trouv\u00e8rent des conditions de vie et de m\u0153urs \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalentes \u00e0 celles de Kairouan.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA CONS\u00c9CRATION<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s belle et tr\u00e8s intelligente, tous les grands chefs et princes d\u00e9fil\u00e8rent chez son p\u00e8re pour lui demander la main de sa fille. Mais tous les pr\u00e9tendants furent repouss\u00e9s. Za\u00efneb avait d\u00e9cid\u00e9, au travers des p\u00e9rip\u00e9ties qu\u2019elle avait v\u00e9cues de n\u2019\u00e9pouser que l\u2019homme qu\u2019elle sentirait capable de r\u00e9gner sur tout le Maghreb. Ce d\u00e9sir, chez une jeune fille en \u00e2ge de se marier, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 toutes les femmes l\u2019\u00e9taient avant d\u2019avoir 20 ans, nous incite \u00e0 penser qu\u2019elle avait une juste mesure de ses ambitions et une grande certitude quant \u00e0 leur concr\u00e9tisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle finit par accepter d\u2019\u00e9pouser un prince venu de l\u2019Atlas. Inconnu de nombres d\u2019historiens, Ibn Khaldoun \u00e9crit \u00e0 son sujet qu\u2019il s\u2019agit de Youssef Ben Ali Ben Abderrahmane Ben Ouatas. Mais les rigueurs du climat de l\u2019Atlas et l\u2019\u00e9loignement de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Aghmat finirent par l\u2019affecter et son mari accepta, de bonne gr\u00e2ce, de s\u2019en s\u00e9parer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sit\u00f4t de retour \u00e0 Aghmat, c\u2019est le prince de la ville, Laqout Ibn Youssef El Maghraoui qui la prit pour \u00e9pouse. Mais devant faire face \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e des Almoravides qui jugeaient que leur expansion \u00e9tait subordonn\u00e9e \u00e0 la prise d\u2019Aghmat occup\u00e9e par les Maghraouas, leurs ennemis, Laqout r\u00e9solut d\u2019aller \u00e0 leur rencontre et mourut bravement \u00e0 Tadla (1059).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de deuil, elle finit par accepter d\u2019\u00e9pouser l\u2019homme qui vainquit son deuxi\u00e8me mari, Abou Bakr Ibn Omar El Lemtouni, grand chef des Almoravides. Ainsi, gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9pouse aux qualit\u00e9s exceptionnelles, Abou Bakr voulait attirer \u00e0 lui, pacifiquement, les populations d\u2019Aghmat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or Za\u00efneb refusait de n\u2019\u00eatre qu\u2019une \u00e9pouse que la farouche aust\u00e9rit\u00e9 du mari mettait hors du cadre des affaires politiques. Ainsi, la s\u00e9paration se dessina mais comment la concr\u00e9tiser? Les \u00e9v\u00e9nements qui allaient se produire en pr\u00e9cipit\u00e8rent l\u2019issue\u00a0: des luttes intestines entre tribus du Sud et le danger permanent venant de l\u2019Est, sous la conduite de Bologhine Ibn Mohamed Ibn Hammad se pr\u00e9cisant, d\u00e9cid\u00e8rent Abou Bakr \u00e0 y faire face.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il quitte Aghmat apr\u00e8s avoir lib\u00e9r\u00e9 du lien du mariage sa femme Za\u00efneb qu\u2019il maria, en 1061 \u00e0 son cousin et successeur\u00a0: Youssef Ibn Tachfine (1006 &#8211; 1106) qu\u2019il chargea de le remplacer durant son absence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0Charles-Andr\u00e9 Julien, citant le Qirtas (Cahier) \u2013\u00e9crit par Ibn Abi Zar\u2019 \u2013 note au sujet de cette figure de proue de la dynastie almoravide\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Teint brun, taille moyenne, maigre, peu de barbe, voix douce, yeux noirs, nez aquilin, m\u00e8che de Mahomet retombant sur le bout de l\u2019oreille, sourcils joints l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, cheveux cr\u00e9pus. Il \u00e9tait courageux, r\u00e9solu, imposant, actif, g\u00e9n\u00e9reux, bienfaisant\u00a0; il d\u00e9daignait les plaisirs du monde\u00a0; aust\u00e8re, juste et saint, il fut modeste jusque dans ses v\u00eatements, il ne porta jamais que de la laine \u00e0 l\u2019exclusion de toute autre \u00e9toffe\u00a0; il se nourrissait d\u2019orge, de viande et de lait de chamelle et se tint strictement \u00e0 cette nourriture jusqu\u2019\u00e0 sa mort\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-7146 alignleft\" src=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/marrak\u00e8ch-300x113.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"113\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant son r\u00e8gne, Za\u00efneb joua un r\u00f4le capital dans sa carri\u00e8re, l\u2019effa\u00e7ant m\u00eame en de nombreuses occasions. Il fonda, en pr\u00eatant toute son attention aux judicieuses remarques de son \u00e9pouse, la ville de Marrakech en 1062, conquit le Maroc du Nord et le Maghreb Central au del\u00e0 d\u2019Alger. Appel\u00e9 par Al Mu\u2019tamid de S\u00e9ville, il remporte sur les Chr\u00e9tiens la bataille de Zalaca (Sagrajas) (2\/11\/1086) \u00e9crasant Alphonse VI de Castille puis d\u00e9poss\u00e9da les roitelets andalous et les rempla\u00e7a par des gouverneurs almoravides. Il ne serait pas inutile de signaler que les plus grands sp\u00e9cialistes estiment que cette victoire allait prolonger la domination musulmane de trois si\u00e8cles en Andalousie qui virent l\u2019\u00e9mergence de noms universellement reconnus, lus et \u00e9tudi\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours et ce, au niveau plan\u00e9taire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-6808\" src=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/Alphonse-VI.jpg\" alt=\"\" width=\"147\" height=\"267\" \/> \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7147\" src=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/Youssef.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"269\" \/><a href=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/Youssef.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-5618\" src=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/Youssef.jpg\" alt=\"Youssef\" width=\"210\" height=\"269\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Alphonse VI de Castille\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Youssef Ibn Tachfine<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Za\u00efneb \u00e9tait pr\u00e9sente et participait \u00e0 toutes les r\u00e9alisations qui ont surv\u00e9cu \u00e0 son mari. Elle avait trouv\u00e9 le bonheur et la cons\u00e9cration\u00a0; le bonheur d\u2019une vie conjugale exemplaire et la cons\u00e9cration en partageant de fait un pouvoir qui allait \u00e9crire en presque un demi-si\u00e8cle une \u00e8re de paix, de justice et de prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s sa longue absence qui le mena jusqu\u2019en Afrique subsaharienne, Abou Bekr Ibn Omar fit annoncer son retour. Youssef jugea normal et l\u00e9gal de laisser le pouvoir qu\u2019il avait entre-temps moralis\u00e9, affermi et renforc\u00e9. C\u2019est alors que Za\u00efneb s\u2019interposa et lui sugg\u00e9ra un plan qui, sans faire couler de sang et sans affecter l\u2019orgueil de son cousin, devra d\u00e9finitivement sceller l\u2019autorit\u00e9 entre les mains de son mari. Convaincu par sa femme, Youssouf l\u2019ex\u00e9cuta dans les menus d\u00e9tails avanc\u00e9s par sa compagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand Abou Bakr fut annonc\u00e9, Youssouf sortit \u00e0 la t\u00eate d\u2019un cort\u00e8ge impressionnant pour accueillir son cousin. A peine les deux hommes face \u00e0 face, Abou Bakr lui dit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Tu es, \u00f4 Youssouf, mon cousin et tu tiens pour moi la place d\u2019un fr\u00e8re. En ce qui me concerne, il est indispensable que je retourne au Sahara aider mes fr\u00e8res. Je me rends compte qu\u2019il n\u2019y a personne d\u2019autre que toi qui puisse diriger le Maghreb et qui le m\u00e9rite.\u00a0Je me d\u00e9charge de cette mission et t\u2019en investis. Occupe-toi donc de ton empire dont tu es digne\u00a0<\/em>\u00bb.<br \/>\nVoil\u00e0, bri\u00e8vement, l\u2019histoire d\u2019une femme qui a fait qu\u2019un souverain, avec tout son g\u00e9nie propre, toute sa sagesse et toute sa sinc\u00e8re d\u00e9votion est devenu l\u2019un des plus grands que son pays a connus. Ne dit-on pas que \u00ab\u00a0<em>derri\u00e8re chaque g\u00e9nie il y a une grande femme\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>POSTFACE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes peu convaincu, qu\u2019\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les chroniqueurs \u00e9taient l\u00e9gion, il n\u2019y en est pas eu un qui se soit pench\u00e9 sur la vie de Za\u00efneb. Il faut esp\u00e9rer que quelque manuscrit la concernant est en train de continuer sa longue hibernation dans une biblioth\u00e8que priv\u00e9e ou publique et qu\u2019il finira par tomber entre des mains s\u00fbres qui voudront bien l\u2019exhumer\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Sources\u00a0:<\/strong><br \/>\n-Kitab El Ibar (Histoire) d\u2019Ibn Khaldoun-Tome 6 \u2013 Editions du Livre libanais- Beyrouth. 1967.<br \/>\n-Histoire des Berb\u00e8res- Ibn Khaldoun- Traduction en fran\u00e7ais par le Baron De Slane- Librairie Paul \u00a0 \u00a0 \u00a0 Geuthner, Paris- Tomes 2 et 3. 1978.<br \/>\n-Le M\u00e9morial du Maroc. Tome 2. Texte de Mohamed Zniber \u2013 Editions Nord Organisation. 1982<br \/>\n-Histoire de l\u2019Afrique du Nord de la conqu\u00eate arabe \u00e0 1830. Par Charles \u2013 Andr\u00e9 Julien. Tome 2. Editions Payot. Paris 1978.<br \/>\n-Kitab el-Istiq\u00e7a, Ahmed ben Khaled En-Naciri<br \/>\nVersion arabe\u00a0: 9 volumes, Edition de Dar Elkitab, Casablanca, 1954.<br \/>\nVersion en fran\u00e7ais\u00a0: 2 volumes traduits par A. Graule pour les Idrissides et par G.S. Colin pour les Almoravides. Librairie Paul Geuthner, Paris, 1925.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mohamed &#8211; Senni El-M\u2019haji. A l\u2019occasion de la derni\u00e8re journ\u00e9e mondiale de la femme, nous avions propos\u00e9 \u00e0 nos lectrices et lecteurs l\u2019histoire d\u2019une femme maghr\u00e9bine qui a jou\u00e9 dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 11\u00e8me si\u00e8cle et en moins de 20 ans, un r\u00f4le de premier plan dans une \u00e9poque \u00e9maill\u00e9e de troubles, de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":13,"featured_media":7148,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[],"class_list":{"0":"post-4496","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-mohamed-senni"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4496","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4496"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4496\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4496"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4496"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4496"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}