{"id":4561,"date":"2015-08-26T17:40:04","date_gmt":"2015-08-26T17:40:04","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=4561"},"modified":"2020-07-22T13:18:16","modified_gmt":"2020-07-22T13:18:16","slug":"langues-algerianite-et-algerianophonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/langues-algerianite-et-algerianophonie\/","title":{"rendered":"Langues, Alg\u00e9rianit\u00e9 et Alg\u00e9rianophonie"},"content":{"rendered":"<p>Par Ammar KOROGHLI *<br \/>\n<strong><em><br \/>\nDe nouveau, le microcosme politique alg\u00e9rien semble faire une fixation sur la (les) langues \u00e0 travers la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9cole alg\u00e9rienne qui n\u2019en finit pas de s\u2019enliser dans une &nbsp;crise multidimensionnelle, \u00e0 l\u2019instar de celle qui secoue le pays depuis de nombreuses ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0. Quelle(s) langue(s) pour les Alg\u00e9riens&nbsp;?&nbsp; Quelle identit\u00e9 pour l\u2019Alg\u00e9rie&nbsp;? Et bien d\u2019autres questions qui aboutissent \u00e0 observer l\u2019Alg\u00e9rianit\u00e9 comme espace \u00e0 partager par tous les Alg\u00e9riens, dans le cadre d\u2019une Alg\u00e9rianophonie assum\u00e9e.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019Alg\u00e9rianit\u00e9 est plus qu\u2019une filiation se rattachant au crit\u00e8re juridique &#8211; la nationalit\u00e9 &#8211; dans la mesure o\u00f9 divers aspects la composent. Parmi ceux-ci, l\u2019appartenance \u00e0 une nation ayant une histoire, une langue &#8211; des langues -, une communaut\u00e9 de destin, un devenir voulu et un projet social inscrit dans la pratique politique et circonscrit par un syst\u00e8me institutionnel auquel adh\u00e8re la population. En ce sens, pour peu que cette d\u00e9finition puisse \u00eatre retenue, il vaut de noter qu\u2019il appartient \u00e0 chacun(e) de nous, en fonction de notre situation de monolingue, de bilingue ou polyglotte, de consid\u00e9rer le statut \u00e0 accorder \u00e0 la langue qu\u2019il utilise tant \u00e0 l\u2019\u00e9crit qu\u2019\u00e0 l\u2019oral.<\/p>\n<p>De l\u00e0, d\u00e9coule tout naturellement toute prise de position. Or, entre celle de Malek Haddad, pour qui la langue fran\u00e7aise est un \u00ab exil \u00bb et celle de Kateb Yacine, pour qui elle constitue un \u00ab butin de guerre \u00bb, la tentation est grande de rejeter le fran\u00e7ais, car langue de l\u2019ex-colonisateur comme celle de l\u2019adopter \u00e0 l\u2019\u00e9cole en tant que langue litt\u00e9raire (voire technique et scientifique). D\u2019\u00e9vidence, le choix est ais\u00e9 pour l\u2019arabophone, il l\u2019est moins pour le francophone ; peut-\u00eatre devrait-on parler d\u2019alg\u00e9rianophone. Certes, le probl\u00e8me concerne l\u2019ensemble des Alg\u00e9riens &#8211; et au-del\u00e0, des Maghr\u00e9bins -, mais surtout l\u2019\u00e9lite qui s\u2019exprime, dont notamment les \u00e9crivains, universitaires, journalistes, politiques&#8230;<\/p>\n<p>En effet, le peuple, quant \u00e0 lui, a tranch\u00e9 la question au quotidien depuis belle lurette : l\u2019arabe (litt\u00e9raire et dialectal) et le berb\u00e8re (le kabyle, le chaoui, le m\u2019zabi et le targui), compte tenu des brassages s\u00e9culaires, sont de rigueur. Pour le reste, la langue fran\u00e7aise qu\u2019une partie de l\u2019\u00e9lite utilise pour des raisons d\u2019ordre culturel ou autre, de deux choses l\u2019une : Ou la nation alg\u00e9rienne admet celle-ci comme un moyen d\u2019expression (et donc tol\u00e8re celle-ci pour des besoins culturels : travaux de recherches universitaires, par exemple) et \u00e9galement des n\u00e9cessit\u00e9s ressortissant au d\u00e9veloppement artistique, culturel, scientifique, technique et technologique ; Ou la nation alg\u00e9rienne devient intransigeante pour des raisons de souverainet\u00e9 et d\u2019identit\u00e9 en mettant quasiment hors-la-loi toutes les langues \u00e9trang\u00e8res (au-del\u00e0 m\u00eame de la langue fran\u00e7aise qui ne sera alors plus ni \u00ab butin de guerre \u00bb ni \u00ab exil \u00bb).<\/p>\n<p>Dans ces conditions, toute la question est de savoir s\u2019il faut proc\u00e9der \u00e0 une rupture, plus qu\u2019\u00e9pist\u00e9mologique, puisqu\u2019elle a trait \u00e0 un choix pr\u00e9cis, net et d\u00e9finitif d\u2019une (des) langue(s) nationale(s) ou s\u2019il faut accepter une transition (\u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 d\u00e9limiter dans le temps) et au terme de laquelle l\u2019\u00e9crit, plus particuli\u00e8rement, continuera d\u2019\u00eatre investi par des langues \u00e9trang\u00e8res compte tenu des circonstances historiques connues par l\u2019Alg\u00e9rie. En fait, la r\u00e9ponse \u00e0 cette question d\u00e9pend de la capacit\u00e9 des Alg\u00e9riens, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, et du pouvoir et des arabophones et berb\u00e9rophones, d\u2019une fa\u00e7on particuli\u00e8re, \u00e0 produire suffisamment d\u2019\u0153uvres de qualit\u00e9, ainsi qu\u2019un appareil conceptuel \u00e0 vocation culturelle et scientifique permettant l\u2019affranchissement du moi national \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toute all\u00e9geance linguistique.<\/p>\n<p>Toutefois, il faut prendre garde d\u2019instaurer un no man\u2019s land culturel et scientifique en ayant \u00e0 l\u2019esprit le fait que nos a\u00efeux, sans doute plus intelligents que nous, n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 recourir avec brio \u00e0 la traduction (cf. la philosophie hell\u00e9nique) quitte \u00e0 transgresser les tabous \u00ab balis\u00e9s \u00bb par les tenants d\u2019une arabisation pure et dure des ann\u00e9es 1970 et ceux des \u00ab raisonneurs \u00bb \u00e0 courte vue new look des francophones des ann\u00e9es 1980 qui, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, place le culte de leurs petits noms au dessus des consid\u00e9rations nationales et des aspirations du peuple de ce pays.<\/p>\n<p>Aboutissement d\u2019un raisonnement faisant fi (par m\u00e9pris ?) des quelques millions d\u2019analphab\u00e8tes et autres illettr\u00e9s qui peuplent encore malheureusement notre pays, la solution id\u00e9ale consiste \u00e0 adapter le rythme de la \u00ab linguistisation \u00bb de l\u2019imaginaire, du v\u00e9cu et du quotidien culturel (et partant, scolaire et universitaire, administratif et socio\u00e9conomique&#8230;) par une arabisation qui tient compte \u00e0 la fois de notre pass\u00e9 &#8211; berb\u00e8re y compris &#8211; et des imp\u00e9ratifs de d\u00e9veloppement de l\u2019art et de la culture, \u00e9galement de la science et de la technique demeurant encore l\u2019apanage de l\u2019Europe (donc des langues anglaise, allemande, russe et fran\u00e7aise pour l\u2019essentiel).<\/p>\n<p>A cet effet, la \u00ab bilinguisation \u00bb de la vie sociale et culturelle &#8211; au vu de notre volont\u00e9 nationale et des r\u00e9sultats indigents fournis &#8211; ne saurait \u00eatre regard\u00e9e que comme palliatif n\u00e9cessaire, mais dont l\u2019\u00e9ch\u00e9ance est inscrite dans le temps, tant il est vrai que les nations puissantes agissant de plain-pied dans les d\u00e9cisions importantes de la communaut\u00e9 internationale (les Etats-Unis et l\u2019Europe occidentale) ont leurs langues propres &#8211; parl\u00e9es et \u00e9crites -, charriant assez souvent d\u2019ailleurs une id\u00e9ologie de domination \u00e0 divers titres : culturel, politique, \u00e9conomique, militaire et technologique, beaucoup plus qu\u2019une volont\u00e9 de dialogue et de partenariat avec les nations du Sud, anciennement ex-colonis\u00e9es.<\/p>\n<p>Au demeurant, il est vrai qu\u2019en derni\u00e8re instance, les grandes nations ont une langue (voire des langues nationales), m\u00eame lorsqu\u2019elles veulent unir leur destin. Le cas de la CEE est plus que probant \u00e0 cet \u00e9gard. Voil\u00e0, en effet, plus d\u2019un demi-si\u00e8cle que l\u2019Europe met en place son \u00e9difice \u00e9conomique et juridique devant aboutir politiquement \u00e0 un bloc soud\u00e9 par une Constitution autour de quelques 28 Etats d\u00e9j\u00e0. Les pays du Maghreb, et au-del\u00e0 du monde arabe, ont l\u00e0 un formidable d\u00e9fi \u00e0 relever par la mise hors la loi du \u00ab za\u00efmisme \u00bb (lutte pour le &nbsp;leadership) qui les a tant desservis et maintenus jusqu\u2019\u00e0 l\u2019heure actuelle dans une situation de marasme culturel et de subordination scientifique et technologique vis-\u00e0-vis de l\u2019Europe, par-del\u00e0 les probl\u00e8mes linguistiques qui agitent une certaine \u00e9lite, m\u00eame si la question de la (des) langue(s) nationale(s) se pose effectivement.<\/p>\n<p>Il est vrai que les citoyens des pays modernes sont suffisamment alphab\u00e9tis\u00e9s et lettr\u00e9s en grand nombre ; il est en effet constant que ceux-ci parlent, \u00e9crivent et produisent dans le domaine litt\u00e9raire (et, au-del\u00e0, dans les secteurs de la science et de la technologie) d\u2019abord et essentiellement dans leur(s) langue(s) maternelle(s), m\u00eame quand ils ont deux ou plusieurs langues nationales. Dans cette perspective, il y a sans doute lieu de nuancer les relations parfois tendues entre francophones et arabophones (voire entre arabophones et berb\u00e9rophones), notamment pour appr\u00e9cier \u00e0 leur juste valeur toutes les \u0153uvres produites par les Alg\u00e9riens dans diverses langues, que ce soit dans un cadre de bilinguisme (langues arabe et fran\u00e7aise) ou de bilanguisme (arabe et berb\u00e8re).<\/p>\n<p>Si un d\u00e9bat national \u00e0 ce sujet devait s\u2019ouvrir, il faut prendre garde de se rappeler que beaucoup de nations civilis\u00e9es ont deux ou plusieurs langues (Canada, Suisse et Belgique par exemple) et que l\u2019Alg\u00e9rie est d\u2019abord et avant tout alg\u00e9rianophone, c\u2019est-\u00e0-dire arabophone et berb\u00e9rophone. Et que l\u2019alg\u00e9rianit\u00e9 demeure le lieu d\u2019expression o\u00f9 tous les Alg\u00e9riens peuvent se retrouver pour conjuguer leurs efforts en vue d\u2019une culture nationale admettant le pluralisme linguistique \u00e0 m\u00eame de permettre \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie de s\u2019int\u00e9grer dans le concert des nations dites civilis\u00e9es.<\/p>\n<p>*Avocat-auteur alg\u00e9rien<br \/>\n<strong><em><u>Notes : <\/u><\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>1\/ R\u00e9volution africaine du 28 novembre 1986 <\/em><\/p>\n<p><em>2\/ Idem <\/em><\/p>\n<p><em>3\/ Alg\u00e9rie Actualit\u00e9 du 2 avril 1993<\/em><\/p>\n<p><em>&nbsp;4\/ El Watan du 16 avril 1992<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Ammar KOROGHLI * De nouveau, le microcosme politique alg\u00e9rien semble faire une fixation sur la (les) langues \u00e0 travers la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9cole alg\u00e9rienne qui n\u2019en finit pas de s\u2019enliser dans une &nbsp;crise multidimensionnelle, \u00e0 l\u2019instar de celle qui secoue le pays depuis de nombreuses ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0. 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