{"id":576,"date":"2012-10-17T13:47:37","date_gmt":"2012-10-17T13:47:37","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=576"},"modified":"2012-10-17T13:47:37","modified_gmt":"2012-10-17T13:47:37","slug":"algerie-changer-de-systeme-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/algerie-changer-de-systeme-politique\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie : Changer de Syst\u00e8me Politique"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/d\u00e9mocratie-alg\u00e9rie1.jpg\"><br \/>\n<\/a>Ammar KOROGHLI<\/strong> (Avocat-auteur Alg\u00e9rien)<br \/>\n\u00ab Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument \u00bb (Lord Acton)<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me politique alg\u00e9rien demeure assujetti \u00e0 la volont\u00e9 des hommes plac\u00e9s \u00e0 la t\u00eate de la pyramide institutionnelle civile et militaire, dont l\u2019un concentre constitutionnellement &#8211; et sans doute extra constitutionnellement &#8211; des pouvoirs exorbitants. C\u2019est ce syst\u00e8me qu\u2018il faut changer pour \u00e9viter que tout un peuple en soit l\u2019otage.<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de nouveau l\u2019une de ses tares encore visibles, \u00e0 l\u2019occasion de la maladie du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Nos m\u00e9dias &#8211; presse \u00e9crite notamment &#8211; s\u2019accordent \u00e0 dire que nos dirigeants communiquent mal, a fortiori lorsqu\u2019ils sont malades. De fait, \u00e9tant des personnages publics, ils sont sous les feux de l\u2019actualit\u00e9 et ne peuvent donc d\u00e9roger \u00e0 la r\u00e8gle de l\u2019information due \u00e0 leur peuple ; d\u00e8s lors en effet qu\u2019il est jug\u00e9 apte \u00e0 se d\u00e9placer aux urnes, il doit \u00eatre de la m\u00eame mani\u00e8re admis \u00e0 la maturit\u00e9 suffisante pour pouvoir appr\u00e9cier les \u00e9v\u00e9nements fussent-ils des plus douloureux. En cas de vacance de pouvoir pour cause de maladie grave invalidante et emp\u00eachant s\u00e9rieusement de gouverner, force est de recourir \u00e0 des \u00e9lections anticip\u00e9es. Telle est la solution constitutionnelle ; l\u2019Alg\u00e9rie ayant d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019exp\u00e9rience de cette situation avec la maladie de feu Boumediene.<\/p>\n<p>En effet, le peuple -d\u00e9positaire de la souverainet\u00e9 qu\u2019il d\u00e9l\u00e8gue aux \u00e9lus- doit pouvoir exercer son droit inali\u00e9nable \u00e0 l\u2019information \u00e0 l\u2019endroit des dirigeants qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 placer haut dans la pyramide institutionnelle. Dans cette perspective, nos dirigeants se doivent humblement de garder \u00e0 leur esprit qu\u2019ils demeurent des mortels au m\u00eame titre que les six milliards d\u2019\u00eatres qui peuplent cette Terre. M\u00eame investis des plus hautes fonctions, ils restent donc proches des vicissitudes de la vie ; notamment de la maladie et de la mort\u2026 Qu\u2019est-il rest\u00e9 en effet des personnages cl\u00e9s de ce monde, parmi les civilisations les plus illustres et les plus en vue \u00e0 travers l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 ? Seules leurs \u0153uvres demeurent. Et pourvu qu\u2019elles soient solides ; seules celles b\u00e9n\u00e9fiques aux peuples ont all\u00e9grement travers\u00e9 les si\u00e8cles, celles st\u00e9riles sont cit\u00e9es en tant que telles. Il est vrai \u00e9galement que le vaste monde est devenu un simple village plan\u00e9taire o\u00f9 tout se sait \u00e0 l\u2019heure de la parabole, d\u2019Internet et du satellite&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019attitude la plus sage et la plus conforme \u00e0 la mission impartie \u00e0 nos dirigeants consiste \u00e0 ne plus nous consid\u00e9rer comme des attard\u00e9s, car m\u00eame non instruits et vivant hors champ politique, culturel et intellectuel, nous restons vigilants et capables de discernement et donc de d\u00e9chiffrer des silences qui en disent parfois plus long que les discours fleuves. L\u00e0 aussi, de s\u00e9rieuses r\u00e9formes sont \u00e0 mettre en place ; ainsi par exemple, l\u2019\u00e9lection d\u2019un vice-pr\u00e9sident auquel seront d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es certaines des pr\u00e9rogatives pr\u00e9sidentielles et qui, le cas \u00e9ch\u00e9ant, pourra pallier la carence du pouvoir en exer\u00e7ant celui-ci temporairement (le temps d\u2019emp\u00eachement du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique). Au demeurant, cette situation pourrait concerner \u00e9galement d\u2019autres hauts personnages de l\u2019Etat : pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, du Conseil de la nation, du Conseil constitutionnel&#8230;) de fa\u00e7on \u00e0 p\u00e9renniser l\u2019Etat s\u00e9rieux tant sollicit\u00e9 par la proclamation d\u2019un certain 19 juin 1965.<\/p>\n<p>De m\u00eame, on pourrait utilement penser \u00e0 d\u00e9signer des porte- parole au niveau des institutions politiques, administratives et judiciaires de notre pays en sorte que ceux-ci, r\u00e9guli\u00e8rement investis, puissent nous informer directement de la situation de notre pays et de celle de nos dirigeants sans que nous ayons \u00e0 zapper matin et soir \u00e0 la recherche de la bonne information concernant et notre pays et nos dirigeants. C\u2019est sans doute la meilleure fa\u00e7on d\u2019\u00e9viter les rumeurs, les sp\u00e9culations et autres all\u00e9gations de certains m\u00e9dias \u00e9trangers peu dispos\u00e9s \u00e0 dire du bien de nous ; en ce sens, ayons l\u2019audace de convertir notre t\u00e9l\u00e9vision en v\u00e9ritable service public et affranchissons ses journalistes de toute all\u00e9geance.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Alg\u00e9rie toujours \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de la d\u00e9mocratie&#8230;r\u00e9siduelle<br \/>\n<\/strong>Ainsi, suite au dernier discours du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, force est de s\u2019interroger sur les r\u00e9formes politiques \u00e0 mettre s\u00e9rieusement en place afin de d\u00e9barrasser la vie politique et constitutionnelle de notre pays de ses scories insidieusement reconduites depuis l\u2019ind\u00e9pendance. En effet, sans succ\u00e8s probant, l\u2019Alg\u00e9rie a \u00e9puis\u00e9 plusieurs r\u00e9gimes en vue de r\u00e9soudre l\u2019\u00e9quation quasi inamovible du pouvoir : autogestionnaire avec \u00ab monocratisme partisan \u00bb, industrialiste avec formation d\u2019un capitalisme d\u2019Etat p\u00e9riph\u00e9rique, \u00ab lib\u00e9raliste \u00bb avec r\u00e9\u00e9chelonnement d\u2019une lourde dette, r\u00e9conciliateur avec comme projet d\u2019investissement d\u2019une cagnotte de plusieurs milliards de dollars. Une interrogation se fait jour : quel syst\u00e8me politique adapter pour arriver \u00e0 une situation de nature \u00e0 favoriser l\u2019\u00e9mergence de citoyens qui se gouvernent ? Toute la probl\u00e9matique tourne autour de la r\u00e9solution de la question du pouvoir en Alg\u00e9rie afin d\u2019assurer une l\u00e9gitimit\u00e9 aux gouvernants et de conf\u00e9rer une assise d\u00e9finitive et durable aux institutions, faisant ainsi l\u2019\u00e9conomie des dissensions et des gu\u00e9guerres au sein des appareils d\u2019\u00c9tat et assurant l\u2019exercice d\u2019un pouvoir l\u00e9gitime \u00e0 m\u00eame de permettre un mode de gouvernement par les citoyens.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019am\u00e9nagement de l\u2019Alg\u00e9rie en un complexe d\u2019institutions a ob\u00e9i \u00e0 l\u2019id\u00e9e de restauration de l\u2019Etat. Cette donn\u00e9e politique majeure a \u00e9t\u00e9 travers\u00e9e par des ambigu\u00eft\u00e9s qui ont perdur\u00e9 \u00e0 travers le monopartisme, mais \u00e9galement le pluralisme affich\u00e9 depuis la Constitution octroy\u00e9e de f\u00e9vrier 1989. La pratique politique et constitutionnelle alg\u00e9rienne continue d\u2019\u00eatre domin\u00e9e par le culte de la personnalit\u00e9 ; la personnalisation du pouvoir a \u00e9t\u00e9 reconduite en permanence, y compris apr\u00e8s le coup d\u2019Etat du 19 juin 1965. L\u2019analyse des Constitutions alg\u00e9riennes de 1963 \u00e0 2008, en passant par celles de 1989 et de 1996, et de la pratique politique et constitutionnelle laissent filtrer la pr\u00e9\u00e9minence du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sur l\u2019ensemble des institutions Du moins en apparence.<\/p>\n<p>Nous sommes l\u00e0 face \u00e0 un pr\u00e9sidentialisme (d\u00e9formation du r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel) d\u00e8s lors que le chef de l\u2019Etat est irresponsable politiquement car b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une immunit\u00e9 absolue le mettant \u00e0 l\u2019abri de tout contr\u00f4le en l\u2019absence de contrepoids s\u00e9rieux (opposition organis\u00e9e, Parlement autonome, soci\u00e9t\u00e9 civile structur\u00e9e &#8230;). Cette pr\u00e9\u00e9minence se r\u00e9v\u00e8le redoutable pour la vie politique de la nation dans les cas de vacance du pouvoir (en cas de d\u00e9c\u00e8s, mais \u00e9galement de maladie) car les institutions risquent de tourner dangereusement \u00e0 vide.<\/p>\n<p>Principal pourvoyeur de pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique, la direction de l\u2019arm\u00e9e s\u2019est\u00a0 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e un acteur principal de la vie politique alg\u00e9rienne en assignant \u00e0 l\u2019Etat un r\u00f4le majeur comme principal entrepreneur, banquier, employeur&#8230; Dans cette perspective, elle s\u2019est constitu\u00e9e en structure gouvernante, en s\u2019attribuant des postes-cl\u00e9s dans l\u2019ensemble des rouages du pouvoir de l\u2019Etat, se transformant en caste dominante sur l\u2019\u00e9chiquier et agissant tant\u00f4t de fa\u00e7on autonome (Conseil de la r\u00e9volution), tant\u00f4t sous le couvert d\u2019une personnalit\u00e9 coopt\u00e9e (cas des pr\u00e9sidents alg\u00e9riens depuis la succession de Boumedi\u00e8ne, M. Bouteflika n\u2019ayant pas eu alors les faveurs des \u00ab d\u00e9cideurs \u00bb). Les douloureux \u00ab \u00e9v\u00e9nements \u00bb d\u2019octobre 1988 ont pourtant donn\u00e9 aux tenants des r\u00e9formes l\u2019occasion de d\u00e9mocratiser la vie publique dont les citoyens seraient devenus les acteurs conscients, ayant le libre choix de leurs gouvernants \u00e0 travers la constitutionnalisation du multipartisme.<\/p>\n<p><strong>Une r\u00e9vision de la Constitution aux lieu et place d\u2019une Constituante ?<br \/>\n<\/strong>Ainsi, le pouvoir rejette l\u2019id\u00e9e de la Constituante et propose une r\u00e9vision de la Constitution. Dans ce contexte, la r\u00e9vision constitutionnelle telle qu\u2019annonc\u00e9e se r\u00e9v\u00e8le peu convaincante d\u00e8s lors qu\u2019elle omet significativement d\u2019\u00e9voquer la non limitation du nombre des mandats pr\u00e9sidentiels, d\u2019une part, et qu\u2019elle semble ignorer notamment la responsabilisation du chef de l\u2019Etat et celle efficiente du gouvernement devant l\u2019Assembl\u00e9e, d\u2019autre part. Que ce soit dans le cadre d\u2019une Constituante ou celui de la simple r\u00e9vision de la constitution, pourquoi ne pas opter franchement pour un r\u00e9gime politique o\u00f9 le chef de l\u2019Etat conserve cette pr\u00e9rogative, c\u2019est-\u00e0-dire celle d\u2019\u00eatre la seule t\u00eate de l\u2019Ex\u00e9cutif avec d\u00e9signation \u00e9ventuelle d\u2019un vice-pr\u00e9sident auquel pourraient \u00eatre confi\u00e9es certaines missions, mais \u00e9galement pour pallier les cas de vacance de pouvoir en cas de maladie notamment ?<\/p>\n<p>Ce faisant, d\u00e9l\u00e9guer suffisamment de pouvoirs aux membres du gouvernement qui seront de fa\u00e7on efficiente responsables devant les \u00e9lus du peuple si\u00e9geant au Parlement. Ainsi, sera r\u00e9alis\u00e9 un contr\u00f4le de la politique de l\u2019Ex\u00e9cutif, donc celle du chef de l\u2019Etat \u00e8s-qualit\u00e9 de premier responsable de la vie politique du pays. C\u2019est le r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel car, \u00e0 ce jour, l\u2019Alg\u00e9rie a v\u00e9cu constitutionnellement dans le cadre d\u2019un pr\u00e9sidentialisme qui se caract\u00e9rise notamment par le fait qu\u2019il n\u2019existe pas de contrepoids face au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Le Parlement susceptible de remettre en cause la politique propos\u00e9e et men\u00e9e par celui-ci se r\u00e9v\u00e8le plut\u00f4t aphone. L\u2019opposition insuffisamment structur\u00e9e est \u00e9galement aphasique ; davantage encore la soci\u00e9t\u00e9 civile musel\u00e9e depuis longtemps dont il reste \u00e0 esp\u00e9rer qu\u2019elle devienne un acteur incontournable dans la gestion des affaires publiques.<\/p>\n<p>Il est vrai en effet que le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique b\u00e9n\u00e9ficie de pouvoirs importants : il est le chef supr\u00eame de toutes les forces arm\u00e9es de la R\u00e9publique (ministre de la D\u00e9fense nationale) ; il nomme le chef du gouvernement ; il pourvoit \u00e0 tous les postes civils et militaires &#8230; Il dispose donc de tous les postes \u00e0 pourvoir, \u00e0 r\u00e9partir aux membres de l\u2019\u00e9lite dont certains acceptent de faire partie de la nomenklatura qu\u2019hier ils vilipendaient. Il est vrai qu\u2019au regard des dispositions constitutionnelles actuelles, sa responsabilit\u00e9 n\u2019est \u00e0 aucun moment mise en cause, si ce n\u2019est \u00e0 travers le chef du gouvernement (voire du premier ministre) qu\u2019il nomme et destitue. Et le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique conserve l\u2019initiative de la loi concurremment \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, donc pouvant court-circuiter le Parlement en l\u00e9gif\u00e9rant par voie d\u2019ordonnances qui devraient garder leur caract\u00e8re d\u2019exception.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, le processus de d\u00e9mocratisation de la vie publique commande, parmi les lignes directrices d\u2019une urgente r\u00e9forme, un d\u00e9bat politique contradictoire \u00e0 travers les m\u00e9dias publics et priv\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une libert\u00e9 d\u2019expression non soumise aux desiderata du chef du moment, des \u00e9lections libres aux diff\u00e9rents niveaux de responsabilit\u00e9, un multipartisme aux lieu et place du syst\u00e8me de parti dominant (\u00ab alliance pr\u00e9sidentielle \u00bb) ayant de facto remplac\u00e9 le parti unique, des r\u00e8gles du jeu politique transparentes, la mise au rancart de tout pouvoir de coercition sur la soci\u00e9t\u00e9 civile tant grandes sont ses frustrations, ses d\u00e9ceptions et sa m\u00e9fiance de la chose politique. Ce processus de r\u00e9formes devrait permettre d\u2019\u00e9viter des situations connues ant\u00e9rieurement par l\u2019Alg\u00e9rie qui fut soumise, bien avant l\u2019ind\u00e9pendance d\u00e9j\u00e0, \u00e0 des convulsions politiques et sociales d\u2019une grande ampleur. Non seulement il y avait un conflit avec le colonisateur, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du mouvement national alg\u00e9rien lui-m\u00eame, la course vers le pouvoir de latente devint manifeste en vue de s\u2019approprier la rente p\u00e9troli\u00e8re, valeur essentielle du pays et de se r\u00e9partir celle-ci par des clans s\u2019apparentant davantage \u00e0 des chefferies qu\u2019\u00e0 des courants politiques. Octobre 88 en est l\u2019une des illustrations.<\/p>\n<p>Seule la participation effective des citoyens \u00e0 la gestion de la cit\u00e9 politique constitue une solution durable; autrement dit, instaurer une d\u00e9mocratie qui ne soit pas l\u2019exclusive de la minorit\u00e9 au pouvoir. En un mot, \u00e9viter que les hautes hi\u00e9rarchies de tous les appareils d\u2019Etat ne continuent de se reconstituer en clans et r\u00e9seaux dominants qui verrouillent \u00e0 chaque fois le syst\u00e8me dans le seul dessein de servir leurs int\u00e9r\u00eats. Mais peut-on esp\u00e9rer y arriver avec l\u2019\u00e9quipe actuelle au pouvoir alors que s\u00e9vit encore la marginalisation des jeunes (70% de la population en moyenne), avec plusieurs millions de personnes encore h\u00e9las analphab\u00e8tes et une classe politique menac\u00e9e de \u00ab g\u00e9rontocratie \u00bb ?<br \/>\nChanger de syst\u00e8me politique<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me politique alg\u00e9rien ne peut devenir viable, cr\u00e9dible et l\u00e9gitime qu\u2019en se d\u00e9mocratisant s\u00e9rieusement par la mise au rancart du d\u00e9s\u00e9quilibre institutionnel \u00e9tabli au profit du seul pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Ce dernier appara\u00eet comme un v\u00e9ritable monarque pr\u00e9sidentiel coopt\u00e9 par un cercle restreint de d\u00e9cideurs, cultivant \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 le culte de la personnalit\u00e9 et pratiquant la coquetterie d\u2019un populisme surann\u00e9. Les risques certains de l\u2019autoritarisme et de l\u2019arbitraire nous guettent toujours en l\u2019absence de contrepoids r\u00e9el, \u00e0 savoir un Parlement qui refl\u00e8te un pluralisme politique authentique \u00e0 m\u00eame de contr\u00f4ler le gouvernement d\u00e9sign\u00e9 par celui-ci, une magistrature ind\u00e9pendante de l\u2019ex\u00e9cutif exer\u00e7ant sans entraves la justice au quotidien, une presse libre avec des m\u00e9dias affranchis de toute tutelle dont la t\u00e9l\u00e9vision devrait se structurer en authentique service public ne craignant pas d\u2019instaurer le pluralisme des opinions et permettant l\u2019esprit critique, ainsi qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile organis\u00e9e autour de syndicats autonomes\u00a0 et d\u2019un tissu associatif libre de toute tutelle pour prendre en charge les questions qui l\u2019int\u00e9ressent prioritairement.<\/p>\n<p>En un mot comme en cent, \u00e9viter cette esp\u00e8ce d\u2019autocratie pr\u00e9sidentielle op\u00e9r\u00e9e par les bailleurs de pouvoir se disputant la d\u00e9cision observ\u00e9e comme moyen d\u2019accession \u00e0 un plus grand patrimoine personnel. Dans ce cadre, il est manifeste que le FLN (patrimoine de tous les Alg\u00e9riens), parti unique constitutionnalis\u00e9 depuis la loi fondamentale de 1963, n\u2019a pu r\u00e9ussir sa reconversion (de front \u00e0 parti) pour jouer un r\u00f4le politique majeur dans l\u2019Alg\u00e9rie post-ind\u00e9pendance appel\u00e9e \u00e0 plus pluralisme, les divers courants le traversant n\u2019ayant pas su s\u2019affranchir \u00e0 l\u2019effet de donner naissance \u00e0 des partis politiques structur\u00e9s en vue de la conqu\u00eate du pouvoir. Les partis d\u2019opposition (n\u00e9s d\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, et ceux n\u00e9s apr\u00e8s octobre 1988 dont certains peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s de partis administratifs car cr\u00e9\u00e9s par le pouvoir en place \u00e0 des fins de soutien) n\u2019ont pu s\u00e9rieusement concourir \u00e0 une vie politique r\u00e9solument orient\u00e9e vers la dynamique du d\u00e9bat contradictoire \u00e0 m\u00eame d\u2019asseoir un syst\u00e8me politique l\u00e9gitime et expurg\u00e9 d\u00e9finitivement de la pens\u00e9e politique unique.<\/p>\n<p>Compte tenu de l\u2019orientation \u00e0 insuffler au syst\u00e8me politique, la r\u00e9forme en la mati\u00e8re pourrait aboutir soit \u00e0 un bipartisme selon un sch\u00e9ma classique (parlementaire comme en Grande-Bretagne ou pr\u00e9sidentiel comme aux Etats-Unis), soit \u00e0 un multipartisme selon un autre sch\u00e9ma qui s\u2019apparente \u00e0 un r\u00e9gime qualifi\u00e9 de \u00ab semi-parlementaire &#8211; semi-pr\u00e9sidentiel \u00bb (l\u2019essentiel du pouvoir demeurant aux mains du seul pr\u00e9sident de le R\u00e9publique dont le Premier ministre appara\u00eet souvent comme un homme lige et comme un fusible pratique lors de m\u00e9contentements r\u00e9it\u00e9r\u00e9s de la population). Toujours est\u2013il que, Constituante ou r\u00e9vision de la Constitution, la probl\u00e9matique demeure la m\u00eame.<\/p>\n<p>En effet, comment r\u00e9concilier les Alg\u00e9riens avec les imp\u00e9ratifs de d\u00e9veloppement politique (l\u2019exercice de la d\u00e9mocratie comme moyen politique \u00e0 m\u00eame de promouvoir la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir) ; le d\u00e9veloppement \u00e9conomique (impulser une politique efficace de l\u2019investissement pour promouvoir notamment l\u2019agriculture \u00e0 l\u2019effet d\u2019aboutir \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et rentabiliser le parc industriel existant dans le cadre d\u2019une \u00e9conomie de march\u00e9 encadr\u00e9), le d\u00e9veloppement social (l\u2019\u00e9mancipation des travailleurs avec la mise en place d\u2019une l\u00e9gislation sociale plus conforme) ; le d\u00e9veloppement culturel (renouveau linguistique et remise \u00e0 flots des cr\u00e9ateurs dans l\u2019ensemble des domaines artistiques) et la justice sociale con\u00e7ue comme pierre d\u2019angle de tout projet coh\u00e9rent dont la l\u00e9gitimit\u00e9 doit reposer sur la capacit\u00e9 du gouvernement \u00e0 r\u00e9gler les probl\u00e8mes des citoyens et \u00e0 tol\u00e9rer l\u2019esprit critique et parfois caustique de la presse con\u00e7ue comme moyen majeur de communication au service de la soci\u00e9t\u00e9 et non d\u2019int\u00e9r\u00eats d\u2019un r\u00e9gime fut-il des plus progressistes ?<\/p>\n<p>De m\u00eame, entre autres situations ubuesques : constitutionnellement, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est le chef des Arm\u00e9es et ministre de la D\u00e9fense nationale. Dans ce contexte, il reste \u00e9vident que le Premier ministre ne peut avoir aucune esp\u00e8ce d\u2019autorit\u00e9 sur ce minist\u00e8re, dont le patron est aussi le sien. En la mati\u00e8re, la r\u00e9forme serait d\u2019op\u00e9rer une r\u00e9flexion sur l\u2019institution du premier ministre par son effacement au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un vice-pr\u00e9sident et de confier le portefeuille minist\u00e9riel de la D\u00e9fense nationale \u00e0 une personnalit\u00e9 civile d\u00e8s lors que l\u2019institution de l\u2019arm\u00e9e se professionnalise tant il est vrai que de la primaut\u00e9 du parti sur l&rsquo;institution militaire on est pass\u00e9 \u00e0 la supr\u00e9matie de celle-ci \u00e0 celui-l\u00e0. Ainsi, la direction de l&rsquo;Arm\u00e9e est devenue mutalis mutandis une caste \u00e0 part en d\u00e9tenant le pouvoir \u00e0 la fois politique et \u00e9conomique. Le cas de l&rsquo;Egypte est probant \u00e0 cet \u00e9gard. D\u00e9j\u00e0, Anouar Abdel Malek a pu observer que, d\u00e8s 1955 (date \u00e0 laquelle Nasser et ses compagnons s&rsquo;engag\u00e8rent dans la vie politique), l&rsquo;Egypte \u00e9tait devenue une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 militaire \u00bb. C\u2019est ainsi que dans les pays arabes, les directions militaires \u00e9tendent leurs privil\u00e8ges corporatifs (budget, traitements et \u00e9quipement). Ayant acquis un statut social \u00e9lev\u00e9, eu \u00e9gard notamment \u00e0 la part importante du revenu national qu&rsquo;elles s&rsquo;octroient, elles r\u00e9v\u00e8lent en partie le pourquoi des coups d&rsquo;Etat op\u00e9r\u00e9s (Irak, Syrie, Libye\u2026). Le processus historique ayant permis l&rsquo;accession de l&rsquo;Arm\u00e9e au pouvoir a fait de celle-ci une structure gouvernante. Aussi pendant longtemps, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9\u00a0 question d&rsquo;une Arm\u00e9e apolitique contr\u00f4l\u00e9e par les civils. C\u2019est l\u00e0 une r\u00e9forme \u00e0 envisager pour faire de l\u2019Arm\u00e9e une \u00ab grande muette \u00bb.<\/p>\n<p>De m\u00eame, le bicam\u00e9ralisme pour lequel a opt\u00e9 le constituant alg\u00e9rien peut soulever des interrogations. Ainsi, quels seraient les tenants et aboutissants de l\u2019institution du S\u00e9nat (Conseil de la nation) dont le tiers dit \u00ab pr\u00e9sidentiel \u00bb est d\u00e9sign\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ? En effet, d\u00e8s lors que les diff\u00e9rentes tendances politiques, couches sociales ou cat\u00e9gories socio-\u00e9conomiques, r\u00e9gions du pays, \u00e2ges et sexes sont s\u00e9rieusement repr\u00e9sent\u00e9es au sein de l\u2019Assembl\u00e9 nationale, il est l\u00e9gitime de s\u2019interroger sur l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019institution d\u2019une seconde Chambre. Dans ces conditions, le monocam\u00e9risme devrait pouvoir suffire aux besoins du parlementarisme alg\u00e9rien. Par ailleurs, l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019a pas cru devoir explorer la donne de la r\u00e9gionalisation en tant que forme organisationnelle interm\u00e9diaire entre l\u2019Etat et les collectivit\u00e9s locales \u00e0 m\u00eame de permettre une d\u00e9centralisation et une d\u00e9concentration de certaines pr\u00e9rogatives dites de puissance publique entre les mains des repr\u00e9sentants r\u00e9gionaux, afin d\u2019all\u00e9ger l\u2019Etat, en sa qualit\u00e9 de ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre de la politique de la nation, de certaines t\u00e2ches davantage techniques que politiques.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, il serait sans doute vain d\u2019attendre que la r\u00e9vision de la Constitution puisse d\u00e9barrasser le constitutionnalisme alg\u00e9rien de toutes ses scories. En effet, face au d\u00e9ficit chronique en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs, le pr\u00e9sidentialisme alg\u00e9rien appara\u00eet toujours comme une sorte de technologie constitutionnelle artisanale de pays encore riv\u00e9s au mal d\u00e9veloppement politique par la gr\u00e2ce d\u2019une g\u00e9rontocratie ; cette derni\u00e8re n\u2019ayant de grand qu\u2019une rh\u00e9torique d\u00e9mesur\u00e9e et une attitude arrogante dont le populisme est le moindre mal et faisant de son pass\u00e9 un fonds de commerce laiss\u00e9 royalement en h\u00e9ritage \u00e0 sa prog\u00e9niture aux lieu et place d\u2019un d\u00e9veloppement politique durable l\u00e9gu\u00e9 aux citoyens appel\u00e9s \u00e0 se gouverner plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre gouvern\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Ammar KOROGHLI<\/strong><\/p>\n<p><strong>Algerie Netwrok<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ammar KOROGHLI (Avocat-auteur Alg\u00e9rien) \u00ab Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument \u00bb (Lord Acton) Le syst\u00e8me politique alg\u00e9rien demeure assujetti \u00e0 la volont\u00e9 des hommes plac\u00e9s \u00e0 la t\u00eate de la pyramide institutionnelle civile et militaire, dont l\u2019un concentre constitutionnellement &#8211; et sans doute extra constitutionnellement &#8211; des pouvoirs exorbitants. 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