{"id":626,"date":"2012-11-10T13:01:41","date_gmt":"2012-11-10T13:01:41","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=626"},"modified":"2012-11-10T13:01:41","modified_gmt":"2012-11-10T13:01:41","slug":"pour-une-deuxieme-republique-algerienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/pour-une-deuxieme-republique-algerienne\/","title":{"rendered":"Pour une deuxi\u00e8me R\u00e9publique alg\u00e9rienne"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/algerie2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-627\" title=\"algerie2\" src=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/algerie2.jpg\" alt=\"\" width=\"599\" height=\"399\" \/><\/a>\u00ab A la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance nationale succ\u00e8dera la r\u00e9volution d\u00e9mocratique populaire \u00bb (Programme de Tripoli)<\/p>\n<p>\u00ab La meilleure forteresse au monde est l\u2019affection du peuple. Si tu as les pierres sans avoir les c\u0153urs, elles ne suffiront point \u00e0 te prot\u00e9ger \u00bb (Machiavel)<\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie a subi trois si\u00e8cles de pr\u00e9sence turque et pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle et demi de domination coloniale avant de pr\u00e9tendre de nouveau \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. L\u2019id\u00e9e de la construction d\u00e9mocratique constitue un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la doctrine politique de l\u2019Alg\u00e9rie contemporaine ; ce, que l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la proclamation du premier novembre 1954 et\u00a0 le programme de Tripoli (1962), la charte d\u2019Alger de 1964 et la charte nationale de 1976, en passant par les constitutions alg\u00e9riennes (notamment celle de 1989\u00a0 qui a octroy\u00e9 le multipartisme et celle de 1995 ayant limit\u00e9 \u00e0 deux les mandats du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique).<\/p>\n<p>Or, l\u2019Alg\u00e9rie se r\u00e9v\u00e8le un v\u00e9ritable livre de sociologie \u00e0 ciel ouvert, voire un immense divan \u00e0 coeur ouvert. Il est vrai, en effet, que dans nos villes r\u00e8gne -outre une immense tristesse- une ambiance de sous-d\u00e9veloppement observable \u00e0 l\u2019oeil nu : d\u00e9soeuvrement manifeste des jeunes, transport urbain des plus sommaires, immeubles v\u00e9tustes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de constructions quasi-pharaoniques&#8230; D\u2019o\u00f9 l\u2019urgence de revoir les principes de cette doctrine et de r\u00e9viser la pratique politique suivie \u00e0 ce jour.<\/p>\n<p><strong>Remplacer la \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00bb par la comp\u00e9tence <\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience autogestionnaire de Ben Bella, le Conseil de la r\u00e9volution institu\u00e9 par la proclamation du 19 juin 1965 avait entendu \u00ab r\u00e9tablir la l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00bb par la r\u00e9organisation de l\u2019Etat avec maintien de l\u2019option \u00ab irr\u00e9versible \u00bb du socialisme. Cette proclamation de foi n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits. Le violent r\u00e9quisitoire \u00e9tabli par feu Boumediene a perdu de sa signification tant il s\u2019av\u00e8re que la pratique politique suivie par le Conseil de la r\u00e9volution, con\u00e7u comme structure gouvernante, fut davantage la repr\u00e9sentation des int\u00e9r\u00eats d\u2019une caste (une oligarchie constitu\u00e9e par les \u00ab seigneurs de la guerre \u00bb) que l\u2019expression de l\u2019int\u00e9r\u00eat national.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir rompu le cours de la l\u00e9gitimit\u00e9 constitutionnelle \u00e9tablie par la Constitution de 1963, ce Conseil s\u2019est pr\u00e9valu de la \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00bb ayant abouti \u00e0 l\u2019institutionnalisation d\u2019un pouvoir central avec h\u00e9g\u00e9monie du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, ministre de la D\u00e9fense nationale, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du FLN de fait et l\u00e9gislateur par voie d\u2019ordonnances. La personnalisation du pouvoir est reconstruite autour de cette\u00a0 \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 \u00bb pr\u00e9figurant ainsi les\u00a0 effets nuisibles de la strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement suivie alors : endettement excessif entra\u00eenant une d\u00e9pendance financi\u00e8re certaine avec un mal-d\u00e9veloppement visible, tensions sociales \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur (gr\u00e8ves des ouvriers et des \u00e9tudiants), \u00e9conomie gripp\u00e9e (l\u2019agriculture n\u2019ayant pas eu les faveurs du r\u00e9gime et l\u2019industrie n\u2019ayant pas subi les effets d\u2019entra\u00eenement escompt\u00e9s), marasme culturel et interrogations sur l\u2019histoire alg\u00e9rienne et l\u2019identit\u00e9 nationale \u00e9vacu\u00e9es sine die en permanence.<\/p>\n<p>La question n\u2019est plus de savoir si le coup d\u2019Etat du 19 juin 1965 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab redressement r\u00e9volutionnaire \u00bb et donc ayant les faveurs de la \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00bb ? Aujourd\u2019hui, tout au plus pourrait-on plaider pour un pouvoir empreint d\u2019autoritarisme. D\u2019aucuns thurif\u00e9raires pourraient penser qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un processus pragmatique ayant abouti \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de la charte nationale analys\u00e9e comme un programme de gouvernement et la promulgation d\u2019une constitution aux fins de l\u00e9gitimation. Ainsi, la \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00bb aurait c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 constitutionnelle \u00bb. Or, ces textes ont cristallis\u00e9 l\u2019unicit\u00e9 partisane comme pierre d\u2019angle du syst\u00e8me politique alg\u00e9rien, la Direction de l\u2019Arm\u00e9e jouant un r\u00f4le politique majeur (les membres du Conseil de la R\u00e9volution ont tous si\u00e9g\u00e9 ipso facto au bureau politique du FLN).<\/p>\n<p>Or, la pratique politique et les diverses Constitutions alg\u00e9riennes consacrent le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique comme le v\u00e9ritable d\u00e9tenteur du pouvoir. En apparence du moins. La participation d\u00e9mocratique des citoyens \u00e0 la gestion des affaires publiques est r\u00e9duite \u00e0 la portion congrue. Nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019un capitalisme d\u2019Etat p\u00e9riph\u00e9rique dirig\u00e9 par une techno-bureaucratie civile et militaire o\u00f9 le chef de l\u2019Etat est titulaire d\u2019impressionnantes attributions. L\u2019intronisation de Chadli Bendjedid, alors primus inter pares, par la direction de l\u2019arm\u00e9e et du FLN comme candidat unique \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, consacre la confusion des pouvoirs en vue de l\u2019appropriation de la principale rente \u00e9nerg\u00e9tique du pays par la haute hi\u00e9rarchie du complexe militaro-bureaucratique constitu\u00e9e en technostructure gouvernante ill\u00e9gitime.<\/p>\n<p>La situation n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fondamentalement modifi\u00e9e nonobstant l\u2019appel \u00e0 feu Boudiaf dont le projet fut caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de restauration de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Etat, de rupture radicale avec les hommes et les pratiques de l\u2019ancien syst\u00e8me, de prise en charge des probl\u00e8mes sociaux les plus aigus et de l\u2019espoir \u00e0 redonner aux jeunes. Son th\u00e8me de pr\u00e9dilection -la corruption- (qui lui co\u00fbta la vie ?) est clairement affich\u00e9. Feu Mostefa Lacheraf a pu dire de lui : \u00ab Les critiques envisag\u00e9es dans le projet de Boudiaf ne pouvaient satisfaire ni le pouvoir succ\u00e9dant au grand disparu, ni les groupes politico-religieux \u00bb (\u201cEl Watan\u201d du 30\/8\/93). La situation n\u2019a pas plus radicalement chang\u00e9 avec ses successeurs, les comp\u00e9tences nationales continuant \u00e0 \u00eatre marginalis\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Mettre fin au populisme et au culte de la personnalit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le populisme et le culte de la personnalit\u00e9 semblent \u00eatre les caract\u00e9ristiques dominantes du pouvoir alg\u00e9rien. Les bailleurs du pouvoir s\u2019accommodent de l\u2019\u00e9tat r\u00e9siduel de la d\u00e9mocratie en Alg\u00e9rie alors que la corruption s\u2019\u00e9tale d\u00e9sormais \u00e0 ciel ouvert. Les \u00e9lections qui s\u2019y succ\u00e8dent confortent davantage l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir. Ainsi, l&rsquo;Alg\u00e9rie a continu\u00e9 en vain d\u2019\u00e9puiser plusieurs r\u00e9gimes en vue de r\u00e9soudre l\u2019\u00e9quation quasi-inamovible du pouvoir, les ressources politiques ant\u00e9rieures (le nationalisme et le populisme) ne suffisant plus pour pallier les carences en d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Que faire face aux d\u00e9faillances du syst\u00e8me productif : bureaucratisation \u00e0 outrance, fort taux de ch\u00f4mage, dette ext\u00e9rieure excessive (r\u00e9sorb\u00e9e depuis), aust\u00e9rit\u00e9 pesante, paup\u00e9risation englobant les couches moyennes de la soci\u00e9t\u00e9, clochardisation des cadres, inflation qui court apr\u00e8s le march\u00e9 informelle de la devise, dessaisissement de l\u2019Etat d\u2019attributs \u00e9conomiques sans contrepoids r\u00e9el de contr\u00f4le de la sph\u00e8re \u00e9conomique par celui-ci, gestion domin\u00e9e par le ph\u00e9nom\u00e8ne de la corruption, du bazar et de la rente ? Comment in fine r\u00e9soudre la question du pouvoir en Alg\u00e9rie afin d&rsquo;assurer une l\u00e9gitimit\u00e9 aux gouvernants et conf\u00e9rer une assise d\u00e9finitive et durable aux institutions et aux hommes et femmes qui les dirigent ? Comment s\u2019inscrire dans la remise en cause de la pens\u00e9e unique, la d\u00e9politisation de l&rsquo;arm\u00e9e par sa professionnalisation, l&rsquo;\u00e9mergence de la soci\u00e9t\u00e9 civile comme acteur de la vie publique du pays ? Comment faire usage de nouvelles r\u00e8gles constitutionnelles telles que la s\u00e9paration des pouvoirs et le respect des droits de l&rsquo;homme et des libert\u00e9s individuelles et publiques ?<\/p>\n<p>Telle est la probl\u00e9matique en vue de d\u00e9barrasser l\u2019Alg\u00e9rie de l\u2019id\u00e9ologie obsol\u00e8te enrob\u00e9e de \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 \u00bb pseudo-r\u00e9volutionnaire tant notre pays a \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement malmen\u00e9 par nos tyranneaux qui cultivent \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 le culte de la personnalit\u00e9 et pratiquent \u00e0 foison le populisme. Depuis les \u00ab \u00e9v\u00e9nements \u00bb d\u2019octobre 88, l\u2019Alg\u00e9rie est en qu\u00eate d\u2019une nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9 par une recomposition du champ politique caract\u00e9ris\u00e9 par un pluralisme politique jusque l\u00e0 contr\u00f4l\u00e9, sur fond de paup\u00e9risation et d\u2019extraversion du syst\u00e8me \u00e9conomique. En vain, feu M\u2019Hammed Yazid a pu plaider pour l\u2019\u201c\u00e9limination\u201d du march\u00e9 politique des gens de sa g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Cette situation s\u2019apparente, par son caract\u00e8re r\u00e9cidivant, \u00e0 du pr\u00e9sidentialisme o\u00f9 le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique demeure constitutionnellement la cl\u00e9 de vo\u00fbte des institutions politiques du pays. Nous sommes toujours face \u00e0 un sous-d\u00e9veloppement politique chronique par la gr\u00e2ce d\u2019une g\u00e9rontocratie qui use d\u2019une rh\u00e9torique d\u00e9mesur\u00e9e et affiche une attitude arrogante et un populisme \u00e0 tout crin. En effet, le syst\u00e8me politique alg\u00e9rien repose toujours sur un d\u00e9s\u00e9quilibre institutionnel \u00e9tabli au profit du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sans contrepoids r\u00e9el, \u00e0 savoir : un Parlement qui refl\u00e8te un pluralisme politique authentique, une Magistrature ind\u00e9pendante, une Presse libre et une Soci\u00e9t\u00e9 civile structur\u00e9e. Il y a l\u00e0 une d\u00e9viation et une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel avec des risques certains d\u2019autoritarisme et d\u2019arbitraire. Il est vrai que les Constitutions alg\u00e9riennes consacrent le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique comme chef r\u00e9el du Gouvernement, chef supr\u00eame des Arm\u00e9es et de l\u2019Administration. La pratique politique depuis octobre 88 n\u2019a pas modifi\u00e9 cette donn\u00e9e puisque cette situation a perdur\u00e9 du fait de l\u2019am\u00e9nagement du pluralisme octroy\u00e9, suite \u00e0 la p\u00e9riode du monopartisme, en syst\u00e8me de parti dominant.<\/p>\n<p><strong>Remettre en cause l\u2019Etat de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence <\/strong><\/p>\n<p>Pour rappel, l\u2019Etat alg\u00e9rien proclama l&rsquo;\u00e9tat de si\u00e8ge en juin 1991 et plus tard l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence en 1992. C\u2019est ainsi que, courant f\u00e9vrier 1992, l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence fut proclam\u00e9 et reconduit d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e. Question : l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence peut-il se justifier par le gouvernement alg\u00e9rien ? Si risque il y avait alors, pouvait-il constituer \u00e0 lui seul un p\u00e9ril imminent sur\u00a0 la nation, sachant que par hypoth\u00e8se l&rsquo;Etat a les moyens l\u00e9gaux pour \u00e9ventuellement y faire face relativement au maintien de l&rsquo;ordre public ? Fallait-il donc stopper le processus \u00e9lectoral pour ma\u00eetriser la situation et d\u00e9roger ainsi aux droits fondamentaux de l&rsquo;homme ? Il me semble que l\u2019Etat dispose de la police et de l\u2019arm\u00e9e, ainsi que de l\u2019Administration et de la Justice (voire de la radio et de la t\u00e9l\u00e9vision) pour maintenir l&rsquo;ordre public sans avoir recours \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence et la mise en veilleuse des libert\u00e9s. De m\u00eame, l\u2019Etat dispose de moyens d&rsquo;action l\u00e9gaux ; ainsi, la Constitution de 1989 (et les Constitutions subs\u00e9quentes) attribue suffisamment de pr\u00e9rogatives au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pour \u00e9viter tout p\u00e9ril imminent de la nation. Il peut, entre autres, dissoudre l&rsquo;assembl\u00e9e nationale \u00e9lue et l\u00e9gif\u00e9rer par voie d\u2019ordonnances.<\/p>\n<p>Durant l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, une donn\u00e9e majeure et permanente : l\u2019emprise du chef de l\u2019Etat sur toutes les institutions. En ce sens, l\u2019Alg\u00e9rie a construit une forme de bonapartisme militaro-bureaucratique (voire c\u00e9sarisme) qui a verrouill\u00e9 tout droit \u00e0 l\u2019expression \u00e0 l\u2019opposition alors qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 promis au pays un \u00ab Etat s\u00e9rieux et r\u00e9gi par une morale \u00bb. Au plan politique, des officiers sup\u00e9rieurs occupent (ont occup\u00e9) des postes importants : pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, ministres, walis, PDG de soci\u00e9t\u00e9s nationales. Bendjedid, colonel successeur \u00e0 la pr\u00e9sidence et candidat unique du FLN \u00e9lu \u00e0 plus de 99% des voix, a mis en place une forme de multipartisme ayant abouti in fine \u00e0 un syst\u00e8me de parti dominant, ainsi qu\u2019\u00e0 un lib\u00e9ralisme d\u00e9brid\u00e9 ayant contribu\u00e9 \u00e0 la constitution de fortunes diverses : financi\u00e8re, immobili\u00e8re et fonci\u00e8re. Sans rupture d\u00e9terminante, la Constitution de 1995 a eu tout de m\u00eame le m\u00e9rite de consacrer sur le texte l\u2019alternance au pouvoir par la limitation des mandats pr\u00e9sidentiels (deux quinquennats suffisent). La Constitution de 2008 a mis fin \u00e0 la limitation de la dur\u00e9e des mandats pr\u00e9sidentiels. Et \u00e0 l\u2019alternance au pouvoir pr\u00e9figurant l\u2019Etat de droit. D\u00e9sormais, l\u2019Alg\u00e9rie a vocation \u00e0 devenir une monarchie avec \u00e0 sa t\u00eate un autocrate confirm\u00e9 par des \u00e9lections aussi formelles qu\u2019inutiles, avec l\u2019assentiment de la grande muette.<\/p>\n<p><strong>Cong\u00e9dier l\u2019oligarchie au pouvoir <\/strong><\/p>\n<p>La stratocratie semble \u00eatre la d\u00e9finition qui convient le mieux pour qualifier le syst\u00e8me politique alg\u00e9rien car domin\u00e9, bon an mal an, par la direction de l\u2019Arm\u00e9e et, dans une moindre mesure, comme une oligarchie d\u00e8s lors qu\u2019on a affaire \u00e0 un pouvoir politique fond\u00e9 sur la pr\u00e9\u00e9minence de quelques personnes (le cercle des d\u00e9cideurs). C\u2019est dans ce contexte qu\u2019apparaissent de plus en plus des affaires politico-judiciaires : Bouricha, Banque commerciale et industrielle d\u2019Alg\u00e9rie (BCIA), Affaire Khalifa, Sonatrach et tant de scandales financiers li\u00e9s tant\u00f4t au secteur des hydrocarbures comme principale valeur du pays, tant\u00f4t au secteur de l\u2019immobilier et du foncier&#8230; Dans ce m\u00eame contexte, le Tr\u00e9sor public est g\u00e9r\u00e9 comme une tirelire personnelle selon les caprices des princes du moment et les principaux rouages de l\u2019Etat (gouvernement, assembl\u00e9e, arm\u00e9e, partis&#8230;) sont exclusivement aux mains de la g\u00e9rontocratie. Feu Lacheraf a pu dire : \u00abOn s\u2019obstine \u00e0 relancer sur le march\u00e9 politique les vieilles \u00e9lites corrompues, us\u00e9es et discr\u00e9dit\u00e9es\u00bb.<br \/>\nQue faire ? R\u00e9former s\u00e9rieusement et d\u2019urgence le syst\u00e8me politique alg\u00e9rien et mettre aux orties la pens\u00e9e unique et l\u2019id\u00e9e de parti dominant (conglom\u00e9rat \u00e0 plusieurs actionnaires politiques) toujours en vogue, la quasi absence de l\u2019opposition sur la sc\u00e8ne confirmant le d\u00e9ficit d\u00e9mocratique en Alg\u00e9rie. Aussi, il faut avoir l\u2019audace de s\u2019engager dans la voie de la r\u00e9forme du syst\u00e8me politique pour redessiner le profil des institutions politiques alg\u00e9riennes et red\u00e9finir les pr\u00e9rogatives de celles-ci en vue d\u2019asseoir un \u00e9quilibre des pouvoirs. Dans cette perspective, il y a lieu de mettre un terme \u00e0 un ex\u00e9cutif inutilement bic\u00e9phale\u00a0 (la dyarchie Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique\/ Premier ministre) et de consacrer l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs afin d\u2019\u00e9viter de s\u2019enfermer dans un sch\u00e9ma d\u2019autoritarisme caract\u00e9ris\u00e9.<\/p>\n<p>De m\u00eame, l\u2019institutionnalisation d\u2019un r\u00e9el contre-pouvoir au sein de l\u2019Etat pour permettre une \u00e9mulation institutionnelle (synonyme d\u2019une bonne gouvernance) et \u00e9viter au pays de sombrer dans l\u2019immobilisme parlementaire (voire dans la dictature pr\u00e9sidentielle). Permettre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile de veiller aux droits de l\u2019homme et \u00e0 la construction de l\u2019Etat de droit et \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression (presse et culture) constitue \u00e9galement une ressource politique novatrice. Faire b\u00e9n\u00e9ficier le Parlement de pr\u00e9rogatives \u00e0 m\u00eame de lui permettre de contr\u00f4ler de fa\u00e7on efficiente la politique du gouvernement -franchement dirig\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique- est un \u00e9l\u00e9ment structurant de la vie politique et constitutionnelle du pays). S\u2019interroger l\u00e9gitimement sur l\u2019existence d\u2019une seconde chambre ; pourquoi un bicam\u00e9ralisme l\u00e0 o\u00f9 une seule chambre n\u2019arrive pas \u00e0 exercer le peu de ses pr\u00e9rogatives constitutionnelles (la mise en place de commissions d\u2019enqu\u00eates, par exemple concernant les affaires de corruption) ? Le monocam\u00e9risme devrait pouvoir suffire aux besoins du parlementarisme alg\u00e9rien). En un mot comme en cent, mettre fin au syst\u00e8me reposant sur les \u00abd\u00e9cideurs politiques\u00bb qui demeurent des bailleurs de pouvoir.<\/p>\n<p><strong>Opter pour un nouveau syst\u00e8me politique <\/strong><\/p>\n<p>Quelque cinquante ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, est-il encore concevable de vivre sous la f\u00e9rule d\u2019une oligarchie aux allures autocratiques ? Non. Pour y parvenir, outre les propositions sus-\u00e9voqu\u00e9es, d\u2019autres mesures seraient les bienvenues. Ainsi, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique doit \u00eatre responsable de sa politique. En effet, il est le chef supr\u00eame de toutes les forces arm\u00e9es de la R\u00e9publique (ministre de la D\u00e9fense nationale), il nomme le chef du gouvernement et pourvoit \u00e0 tous les postes civils et militaires &#8230; Outre que la r\u00e9forme \u00e0 envisager doit concerner la limitation des mandats limit\u00e9s \u00e0 deux quinquennats, elle doit pouvoir mettre fin au pouvoir personnel par la concentration de pouvoirs exorbitants entre les mains d\u2019une seule et m\u00eame personne. De m\u00eame, il y a lieu de d\u00e9l\u00e9guer suffisamment de pouvoirs aux membres du gouvernement qui seront directement responsables devant les \u00e9lus du peuple si\u00e9geant au Parlement. Ainsi, sera r\u00e9alis\u00e9 un contr\u00f4le de la politique de l\u2019Ex\u00e9cutif, donc celle du chef de l\u2019Etat \u00e8s qualit\u00e9 de premier responsable de la vie politique du pays. L\u2019opposition, m\u00eame insuffisamment structur\u00e9e, ne sera plus aphasique ; davantage encore la soci\u00e9t\u00e9 civile musel\u00e9e depuis l\u2019ind\u00e9pendance \u00ab confisqu\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Mettre donc fin au d\u00e9s\u00e9quilibre institutionnel \u00e9tabli au profit du seul pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui appara\u00eet comme un v\u00e9ritable monarque pr\u00e9sidentiel coopt\u00e9 par un cercle restreint de d\u00e9cideurs. Il y a l\u00e0 une forme d\u2019autocratie pr\u00e9sidentielle op\u00e9r\u00e9e par les bailleurs de pouvoir se disputant la d\u00e9cision. Pourquoi donc ne pas opter franchement pour un r\u00e9gime politique o\u00f9 le chef de l\u2019Etat est la seule t\u00eate de l\u2019Ex\u00e9cutif avec d\u00e9signation \u00e9ventuelle d\u2019un vice-pr\u00e9sident ? Dans ce contexte institutionnel et politique, le Parlement doit \u00eatre un contrepoids \u00e0 l\u2019arbitraire de l\u2019Ex\u00e9cutif. De m\u00eame, il est \u00e0 regretter que l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019ait pas cru devoir explorer la donne de la r\u00e9gionalisation en tant que forme organisationnelle interm\u00e9diaire entre l\u2019Etat et les collectivit\u00e9s locales. Enfin, remercier dans tous les sens de ce vocable la g\u00e9rontocratie au pouvoir qui fait de son pass\u00e9 un fonds de commerce laiss\u00e9 royalement en h\u00e9ritage \u00e0 sa prog\u00e9niture ; ce, avec l\u2019appui d\u2019une technocratie au service d\u2019une structure gouvernante (en l\u2019esp\u00e8ce, de hauts fonctionnaires d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s \u00e0 des fonctions politiques) et instrumentalisant l\u2019Arm\u00e9e pour renflouer sa l\u00e9gitimit\u00e9 et son maintien au pouvoir.<\/p>\n<p>Tant d\u2019affaires de corruption ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9es au public sans qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 possible \u00e0 la Justice d\u2019agir de fa\u00e7on efficiente afin de pouvoir condamner ceux qui mettent en danger et le pays et son \u00e9conomie, notamment parmi eux ceux qui ont exerc\u00e9 une responsabilit\u00e9 politique importante. Avec une magistrature r\u00e9ellement ind\u00e9pendante de l\u2019ex\u00e9cutif, il est possible d\u2019exercer sans entraves la justice au quotidien (y compris \u00e0 l\u2019\u00e9gard des puissants par l\u2019argent et\/ou par l\u2019influence politique). Et l\u2019urgence \u00e9galement d\u2019avoir une presse libre \u00e0 m\u00eame de permettre le pluralisme des opinions, les investigations journalistiques et l\u2019esprit critique avec des m\u00e9dias affranchis de toute tutelle. L\u2019audiovisuel doit \u00eatre structur\u00e9 en authentique service public. Ainsi, pourra avoir lieu un d\u00e9bat politique contradictoire du bin\u00f4me pouvoir-opposition \u00e0 travers les m\u00e9dias publics et priv\u00e9s en b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une libert\u00e9 d\u2019expression non soumise aux desiderata du chef du moment. Il y va de notre d\u00e9veloppement politique qui reposera alors sur l\u2019exercice de la d\u00e9mocratie choisie comme moyen et cadre \u00e0 m\u00eame de promouvoir la l\u00e9gitimit\u00e9 et l\u2019exercice du pouvoir.<\/p>\n<p>Dans ce contexte \u00e9galement, l\u2019arm\u00e9e doit pouvoir se r\u00e9former par sa professionnalisation et en se modernisant. Historiquement, elle s&rsquo;est constitu\u00e9e en structure gouvernante en s&rsquo;attribuant les principaux postes-cl\u00e9s dans l&rsquo;ensemble des rouages de l&rsquo;Etat. Elle est devenue mutalis mutandis une caste \u00e0 part en d\u00e9tenant le pouvoir \u00e0 la fois politique et \u00e9conomique (le cas de l\u2019Egypte est patent). Apr\u00e8s les coups d\u2019Etat op\u00e9r\u00e9s tant au Maghreb (Alg\u00e9rie) qu\u2019au Machr\u00e8q (Syrie), les directions militaires \u00e9tendent en effet leurs privil\u00e8ges corporatifs (budget, traitements et \u00e9quipement). Ayant ainsi acquis un statut social \u00e9lev\u00e9 et une part importante du revenu national, elles deviennent une structure gouvernante. Aussi pendant longtemps, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9\u00a0 question d&rsquo;une Arm\u00e9e apolitique contr\u00f4l\u00e9e par les civils (la fameuse primaut\u00e9 du civil sur le militaire). C\u2019est l\u00e0 une r\u00e9forme \u00e0 envisager pour faire de l\u2019Arm\u00e9e une \u00ab grande muette \u00bb comme l\u2019un des principes majeurs des d\u00e9mocraties modernes. Principal pourvoyeur de pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique depuis l\u2019ind\u00e9pendance, la direction de l\u2019arm\u00e9e s\u2019est\u00a0 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e un acteur principal de la vie politique alg\u00e9rienne. Dans cette perspective, elle s\u2019est attribu\u00e9e des postes-cl\u00e9s dans l\u2019ensemble des rouages du pouvoir de l\u2019Etat, agissant tant\u00f4t de fa\u00e7on autonome (Conseil de la r\u00e9volution), tant\u00f4t sous le couvert d\u2019une personnalit\u00e9 coopt\u00e9e parmi ses pairs. Elle doit pouvoir elle-m\u00eame refuser d\u2019intervenir dans la sph\u00e8re politique.<\/p>\n<p><strong>Concevoir une nouvelle politique \u00e9conomique <\/strong><\/p>\n<p>Les hydrocarbures constituent toujours la presque totalit\u00e9 des exportations de l\u2019Alg\u00e9rie, le budget de l\u2019Etat d\u00e9pendant pratiquement du p\u00e9trole et du gaz. Marqu\u00e9 par un \u00e9conomisme technocratique, le projet de d\u00e9veloppement bas\u00e9 sur la th\u00e9orie des industries industrialisantes et celle de l\u2019introversion demeure caract\u00e9ris\u00e9 par le volontarisme politique du r\u00e9gime issu du 19 juin 1965. La plus grande partie des projets \u00e0 caract\u00e8re industriel a \u00e9t\u00e9\u00a0 concr\u00e9tis\u00e9e en \u00e9troite collaboration avec le march\u00e9 financier international et les soci\u00e9t\u00e9s multinationales. Aux lieu et place du \u00ab socialisme sp\u00e9cifique \u00bb, l\u2019Alg\u00e9rie a abouti \u00e0 une forme de capitalisme d\u2019Etat p\u00e9riph\u00e9rique et accentua cette tendance avec un nouveau discours centr\u00e9 sur le lib\u00e9ralisme d\u00e9brid\u00e9 au demeurant. Au \u00ab gigantisme industriel \u00bb, on pr\u00e9f\u00e9ra la \u201crestructuration\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire le morcellement des grandes entreprises d\u2019Etat ; ce, dans contexte caract\u00e9ris\u00e9 par la faiblesse du march\u00e9 p\u00e9trolier et la baisse des prix mondiaux du brut.<\/p>\n<p>Depuis 1979, discipline et aust\u00e9rit\u00e9 reviennent comme un leitmotiv, \u00e0 grands renforts des m\u00e9dias. Contre mauvaise fortune, le r\u00e9gime doit faire le diagnostic de ses propres turpitudes. La presse alg\u00e9rienne \u00e9voque alors un manque \u00e0 gagner de plus de 25 milliards de dinars et une d\u00e9pense de 1000 milliards anciens en produits alimentaires chaque ann\u00e9e. C\u2019est la banqueroute de l\u2019\u00e9conomie renti\u00e8re d\u2019autant que la dette ext\u00e9rieure et son service viennent bousculer bien des certitudes. Les \u201cp\u00e9trodollars\u201d alg\u00e9riens couvrent parfois juste la facture alimentaire. Triste r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique. Le secteur de l\u2019agriculture demeure un parent pauvre alors que le pays s\u2019enlise davantage chaque ann\u00e9e dans la d\u00e9pendance alimentaire. D\u00e9sormais, le bilan du pouvoir alg\u00e9rien fait ressortir les incoh\u00e9rences d\u2019une strat\u00e9gie et son co\u00fbt social, la croissance des d\u00e9penses improductives, la non-ma\u00eetrise de l\u2019appareil productif, la formation de f\u00e9odalit\u00e9s \u00e9conomiques et politiques (techno-bureaucratie civile et militaire), les dangers de l\u2019extraversion et la hogra des masses en prime.<\/p>\n<p>La Sonatrach continue d\u2019\u00eatre la vache \u00e0 lait de la nation domin\u00e9e par les barons du r\u00e9gime adeptes du \u00ab gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 \u00bb et \u00e9clabouss\u00e9s par moult scandales politico-financiers, institutionnalisant de facto la corruption et l\u2019affairisme d\u2019Etat comme moyens de gouvernance. D\u00e9sormais, s\u2019\u00e9talent au grand jour les diff\u00e9renciations sociales jusqu\u2019ici in\u00e9gal\u00e9es, y compris chez les couches moyennes. Vaille que vaille, l\u2019Etat continue \u00e0 acheter la paix sociale par une distribution tous azimuts d\u2019une partie des \u00ab p\u00e9trodollars \u00bb et \u00e0 g\u00e9rer l\u2019endettement ayant abouti au r\u00e9\u00e9chelonnement et \u00e0 l\u2019application de l\u2019ajustement structurel impos\u00e9 par le FMI avec pour effets des mesures draconiennes : privatisation des entreprises du secteur public avec son cort\u00e8ge insoutenable de licenciements collectifs et leurs in\u00e9vitables drames personnels et familiaux, lib\u00e9ralisation du commerce int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur avec pour corollaire la lib\u00e9ralisation des prix qui aboutit \u00e0 leur flamb\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>Les Gouvernements successifs de Benbitour, Benflis, Ouyahia et Belkhadem deviennent davantage des gestionnaires que des concepteurs d\u2019une nouvelle politique \u00e9conomique. Face \u00e0 ces difficult\u00e9s d\u2019ordre socio-\u00e9conomique ayant durablement affect\u00e9 les citoyens, l\u2019\u00ab apr\u00e8s-p\u00e9trole \u00bb appara\u00eet ainsi telle une chim\u00e8re de gouvernants au service de rois fain\u00e9ants. En l\u2019absence d\u2019une politique \u00e9conomique cr\u00e9dible, la question se pose de savoir si l\u2019option mise sur les hydrocarbures, les r\u00e9\u00e9chelonnements et l\u2019op\u00e9ration de privatisation constituent\u00a0 un atout certain en vue d\u2019aboutir \u00e0 une situation assainie de l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne. La question se pose avec d\u2019autant plus d\u2019acuit\u00e9 que d\u2019autres pays ayant tent\u00e9 l\u2019aventure du \u201ctout privatisable\u201d ont seulement permis \u00e0 des \u201cprofessionnels de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019ombre\u201d de prosp\u00e9rer et de mettre leurs pays en coupe r\u00e9gl\u00e9e. Ainsi, dans le cas de la Russie, \u201cIls sont sept pr\u00e9dateurs \u00e0 s\u2019\u00eatre partag\u00e9 la Russie. Sept barons dont on murmure qu\u2019ils font et d\u00e9font les lois, nomment les ministres, quand ce n\u2019est pas le pr\u00e9sident lui-m\u00eame (&#8230;) ; ces nouveaux magnats russes qui contr\u00f4lent plus de 250 soci\u00e9t\u00e9s et ont construit en un temps record des fortunes colossales, \u00e0 la limite de la l\u00e9galit\u00e9. P\u00e9trole, m\u00e9dias, t\u00e9l\u00e9coms, m\u00e9taux, mines, automobile, en cinq ans, les secteurs les plus juteux ont \u00e9t\u00e9 soigneusement quadrill\u00e9s, le g\u00e2teau m\u00e9thodiquement partag\u00e9 avec la complicit\u00e9 de vieilles amiti\u00e9s, quant ce n\u2019est pas celle d\u2019int\u00e9r\u00eats mafieux (Le nouvel Economiste\u201d du 27\/02\/98). L\u2019Alg\u00e9rie n\u2019a-t-elle pas d\u00e9j\u00e0 subi le m\u00eame sort ?<\/p>\n<p><strong>Contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de la soci\u00e9t\u00e9 civile <\/strong><\/p>\n<p>Depuis octobre 88, il y a un recul notable de la peur des Alg\u00e9riens cantonn\u00e9s pour beaucoup jusqu\u2019alors \u00e0 la d\u00e9fensive. Ils refusent d\u00e9sormais la r\u00e9solution d\u2019une fraction du pouvoir qui cherche \u00e0 s\u2019y maintenir au prix de n\u2019importe quelle compromission, sous couvert d\u2019une apparente libert\u00e9 d\u2019expression savamment distill\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e. A cet \u00e9gard, il est manifeste, en Alg\u00e9rie, que la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9elle (ou soci\u00e9t\u00e9 civile) vit sous le joug de la soci\u00e9t\u00e9 l\u00e9gale (la soci\u00e9t\u00e9 au pouvoir), cette derni\u00e8re continuant de gouverner sous le signe de l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 et le sceau du monopole de la violence. Ce, alors que la soci\u00e9t\u00e9 civile doit pouvoir devenir le principal pourvoyeur du personnel politique appel\u00e9e \u00e0 gouverner l\u2019Alg\u00e9rie. Tel doit \u00eatre l\u2019objectif prioritaire, en vue d\u2019\u00e9liminer tout esprit extr\u00e9miste ayant pour credo la violence ou la torture comme mode d\u2019orientation de la conscience nationale. La soci\u00e9t\u00e9 civile doit conqu\u00e9rir ses lettres de noblesse en supplantant toute vell\u00e9it\u00e9 de dictature militaire ou spirituelle. Dire non \u00e0 la\u00a0 g\u00e9rontocratie gouvernante en n\u00e9gociant avec la soci\u00e9t\u00e9 l\u00e9gale (celle-l\u00e0 m\u00eame qui l\u00e9gif\u00e8re en son nom) et la soci\u00e9t\u00e9 partisane (les diff\u00e9rentes formations politiques toutes tendances confondues) qui sollicite ses voix. C\u2019est \u00e0 ce prix que la soci\u00e9t\u00e9 civile aura proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la rupture d\u2019avec la strat\u00e9gie d\u00e9fensive qui l\u2019a jusqu\u2019ici caract\u00e9ris\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette solution, qui ne saurait \u00eatre l\u2019\u0153uvre ni d\u2019un homme providentiel ni d\u2019une g\u00e9rontocratie gouvernante, peut permettre la naissance d\u2019une pens\u00e9e politique expurg\u00e9e de toutes les scories du pass\u00e9. Surtout que la soci\u00e9t\u00e9 civile ne s\u2019oppose ni \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 militaire (sauf en ce qu\u2019elle a de r\u00e9pressif et lorsqu\u2019elle est instrumentalis\u00e9e par des politiciens v\u00e9reux \u00e0 leurs corps d\u00e9fendant), ni \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 spirituelle (except\u00e9 lorsque celle-ci cherche \u00e0 lui imposer un mode de pens\u00e9e et de comportement dont elle n\u2019a nullement besoin). Et cette soci\u00e9t\u00e9 civile est domin\u00e9e par la jeunesse alg\u00e9rienne qui constitue la v\u00e9ritable majorit\u00e9 en Alg\u00e9rie. A cet \u00e9gard, il est naturel de b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019hommes politiques sages et assagis par l\u2019\u00e2ge, mais vouloir instaurer un syst\u00e8me politique o\u00f9 les principaux rouages de l\u2019Etat (gouvernement, assembl\u00e9e, arm\u00e9e, partis \u2026) sont exclusivement aux mains de la g\u00e9rontocratie est suicidaire eu \u00e9gard \u00e0 cette donn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une synth\u00e8se entre tradition et modernit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Du point de vue de l\u2019anthropologie politique, l\u2019Islam peut \u00eatre observ\u00e9 comme une r\u00e9volution d\u00e8s lors qu\u2019il est apparu pour mettre fin \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les rivalit\u00e9s tribales transformaient la soci\u00e9t\u00e9 en une ar\u00e8ne de combat o\u00f9 l\u2019emportait la morale de l\u2019int\u00e9r\u00eat sur l\u2019\u00e9thique de la justice. Et force est d\u2019observer que les conflits dominent l\u2019histoire islamique, la grande discorde (el-fitna el-kobra) en est la plus tristement c\u00e9l\u00e8bre. Ainsi, d\u00e8s l\u2019origine, le pouvoir fut au centre des pr\u00e9occupations des tribus int\u00e9ress\u00e9es par ces conflits, d\u00e9laissant le champ de la pens\u00e9e, notamment en mati\u00e8re de droit public pouvant servir de fondement \u00e0 une th\u00e9orie politique (voire \u00e0 une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale du pouvoir), voire \u00e0 une pens\u00e9e politique avec une volont\u00e9 politique r\u00e9elle d\u2019\u00e9mancipation moderne de la cit\u00e9. Dans l\u2019historiographie musulmane, le califat fut le mode de gouvernement adopt\u00e9 : \u00e0 l\u2019Imam le leadership religieux et politique. En r\u00e9alit\u00e9, au regard m\u00eame du Fiqh, le Coran et la Sunna laissent le libre choix aux musulmans du syst\u00e8me politique au sens d\u2019organisation sociale.<\/p>\n<p>Le Coran ne dit-il pas: \u00abDieu ne modifie rien en un pays avant que celui-ci ne change ce qui est en lui\u00bb (XIII, 11). Aussi, plut\u00f4t que de se perdre dans les aspects formels de l\u2019Islam, il serait sans doute profitable de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 El-Ijtihad (l\u2019effort intellectuel) appliqu\u00e9 au politique en faisant appel \u00e0 El-Aql (la raison) et El-Qyas (la logique). Ainsi, si le pouvoir religieux \u00e9mane de Dieu, le pouvoir politique rel\u00e8ve de la volont\u00e9 de l\u2019homme dans sa tentative d\u2019organiser la cit\u00e9; donc de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui s\u2019appuie sur le Fiqh (Droit positif). Au-del\u00e0 de l\u2019aspect purement spirituel, l\u2019islam politique exprime la d\u00e9termination \u00e0 mettre en oeuvre un projet politique avec le texte coranique comme infrastructure intellectuelle. Dans ce contexte, l\u2019islamisme rejette la rupture d\u2019avec le sacr\u00e9 et la modernit\u00e9 con\u00e7ue comme un facteur exog\u00e8ne au corps musulman comme au corpus th\u00e9ologique. Sans doute que le ressentiment des Musulmans est historiquement justifi\u00e9, mais il est vrai que l\u2019attitude de rejet ne permet pas un dialogue f\u00e9cond. Pour Laroui, ce n\u00e9o-Islam est \u00ab le reflet de la crise historique que vit la soci\u00e9t\u00e9 arabe sans en \u00eatre \u00e0 aucun moment la solution\u00bb.<\/p>\n<p>Comment donc r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une synth\u00e8se entre tradition et modernit\u00e9 par le moyen d\u2019une pens\u00e9e \u00e0 base d\u2019analyse critique ? Comment faire l\u2019\u00e9conomie de la violence comme tentative de r\u00e9solution de la question du pouvoir ? Comment analyser le substrat intellectuel et spirituel de l\u2019Islam, notamment au Maghreb ? C\u2019est sans doute l\u2019Ijtihad, l\u2019effort intellectuel cher aux Musulmans, qui devrait permettre de nouveau l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la Civilisation par l\u2019appropriation de l\u2019esprit scientifique. Pourrions-nous, en effet, nous affranchir de l\u2019analyse critique de l\u2019apport des pays les plus d\u00e9velopp\u00e9s en la mati\u00e8re, ces derniers \u00e9tant con\u00e7us comme un vaste laboratoire qui s\u2019\u00e9tend sur plusieurs continents ?<\/p>\n<p><strong>Assumer l\u2019alg\u00e9rianit\u00e9 et l\u2019alg\u00e9rianophonie <\/strong><\/p>\n<p>Officiellement, il y a des \u00abconstantes nationales\u00bb (amazighit\u00e9, arabit\u00e9, islamit\u00e9). N&rsquo;est-il pas plus judicieux d&rsquo;\u00e9voquer son alg\u00e9rianit\u00e9 avec son pendant, l&rsquo;alg\u00e9rianophonie ? En effet, entre autres r\u00e9flexions de nos prestigieux auteurs, celle de Malek Haddad pour qui la langue fran\u00e7aise est un \u00abexil\u00bb et celle de Kateb Yacine pour qui elle constitue un \u00abbutin de guerre\u00bb. La tentation est grande de rejeter le fran\u00e7ais, car langue de l&rsquo;ex-colonisateur comme celle de l&rsquo;adopter en tant que langue litt\u00e9raire,\u00a0 technique et scientifique. D&rsquo;\u00e9vidence, si le choix est ais\u00e9 pour l&rsquo;arabophone, il l&rsquo;est moins pour le francophone. Peut-\u00eatre d\u2019ailleurs devrait-on parler d&rsquo;alg\u00e9rianophones ? Certes, le probl\u00e8me concerne l&rsquo;ensemble des Alg\u00e9riens &#8211; et au-del\u00e0, des Maghr\u00e9bins -, mais surtout l&rsquo;\u00e9lite qui s&rsquo;exprime, dont notamment les \u00e9crivains, universitaires, journalistes, politiques&#8230; En effet, le peuple, quant \u00e0 lui, a tranch\u00e9 la question au quotidien : l&rsquo;arabe (litt\u00e9raire et dialectal) et le berb\u00e8re (le kabyle, le chaoui, le m&rsquo;zabi et le targui), compte tenu des brassages s\u00e9culaires, sont de rigueur depuis plusieurs si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Pour le reste, la langue fran\u00e7aise qu&rsquo;une partie de l&rsquo;\u00e9lite utilise pour des raisons d&rsquo;ordre scientifique et\/ou culturel, que faire ? Admettre celle-ci comme un moyen d&rsquo;expression (notamment en mati\u00e8re de recherches universitaires par exemple) et comme un moyen permettant un apport quant au d\u00e9veloppement scientifique, technique et technologique ? En tout \u00e9tat de cause, la r\u00e9ponse \u00e0 cette question d\u00e9pend de notre capacit\u00e9 d\u2019Alg\u00e9rianophones, d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, et du pouvoir et des arabophones et berb\u00e9rophones, d&rsquo;une fa\u00e7on particuli\u00e8re, \u00e0 produire scientifiquement et culturellement des oeuvres en quantit\u00e9 et en qualit\u00e9 suffisante. A cet \u00e9gard, le\u00a0 bilinguisme (arabe\/fran\u00e7ais) appara\u00eet circonstanciel ; le bilanguisme (arabe et amazighe) se r\u00e9v\u00e8le plut\u00f4t structurel.<\/p>\n<p>Aussi, il nous faut forger un appareil conceptuel \u00e0 vocation culturelle et scientifique permettant l&rsquo;affranchissement du moi national \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de toute all\u00e9geance linguistique. A cet effet, la \u00abbilinguisation\u00bb de la vie sociale et culturelle &#8211; au vu de notre volont\u00e9 nationale et des r\u00e9sultats indigents fournis &#8211; ne saurait \u00eatre regard\u00e9e que comme palliatif n\u00e9cessaire, mais dont l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance est inscrite dans le temps. Il est vrai que les nations puissantes agissant de plain-pied dans les d\u00e9cisions importantes de la communaut\u00e9 internationale (les Etats-Unis et l&rsquo;Europe occidentale) ont leurs langues propres &#8211; parl\u00e9es et \u00e9crites. Ces langues pouvant charrier d&rsquo;ailleurs une id\u00e9ologie de domination \u00e0 divers titres : culturel, politique, diplomatique, \u00e9conomique, militaire et technologique\u2026 Au demeurant, les grandes nations ont une langue (voire des langues nationales), m\u00eame lorsqu&rsquo;elles veulent unir leur destin. Le cas de la CEE est plus que probant \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>Il est vrai que les citoyens des pays modernes sont suffisamment alphab\u00e9tis\u00e9s et lettr\u00e9s en grand nombre. Ils est constant \u00e9galement que ceux-ci parlent, \u00e9crivent et produisent dans le domaine litt\u00e9raire (et, au-del\u00e0, dans les secteurs de la science et de la technologie) d&rsquo;abord et essentiellement dans leur langue maternelle m\u00eame quand ils ont deux ou plusieurs langues nationales. Beaucoup de nations civilis\u00e9es ont deux ou plusieurs langues : Canada, Suisse et Belgique par exemple. A mon sens, l&rsquo;Alg\u00e9rie est d&rsquo;abord et avant tout alg\u00e9rianophone, c&rsquo;est-\u00e0-dire arabophone et berb\u00e9rophone. Que l&rsquo;alg\u00e9rianit\u00e9 soit donc notre lieu d&rsquo;expression o\u00f9 tous les auteurs peuvent se retrouver pour conjuguer leurs efforts en vue d&rsquo;une culture nationale admettant le pluralisme linguistique et culturel \u00e0 m\u00eame de permettre \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie de s&rsquo;int\u00e9grer dans le concert des nations dites civilis\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Changer la condition de nos m\u00e8res, s\u0153urs, \u00e9pouses et filles<\/strong><\/p>\n<p>Cette insoutenable condition a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par le code de la famille de 1984. L\u2019\u00e9conomie du texte est la suivante : la polygamie sous r\u00e9serve, la tutelle matrimoniale \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la fille (m\u00eame majeure), la prohibition du mariage avec un non musulman pour la femme, le divorce comme facult\u00e9 exclusive du mari (la r\u00e9pudiation), l\u2019interdiction de l\u2019adoption (temp\u00e9r\u00e9e toutefois par le syst\u00e8me de la kafala ou recueil l\u00e9gal), l\u2019absence de statut pour la m\u00e8re c\u00e9libataire et le droit \u00e0 la moiti\u00e9 des parts en mati\u00e8re successorale. A titre comparatif, le Tunisie s\u2019est dot\u00e9 d\u2019un code d\u00e8s 1956. Certes, empreint de mim\u00e9tisme dans ses principales dispositions et en avance bien \u00e9videmment sur les pratiques sociales, la modernit\u00e9 en fut le levain. Au plan juridique, le statut de la femme tunisienne appara\u00eet nettement valorisant et valoris\u00e9. Reste que l\u2019\u00e9cart entre la th\u00e9orie et la pratique doit \u00eatre mesur\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019exemple le plus \u00e9loquent, \u00e0 cet \u00e9gard, est relatif \u00e0 la polygamie. Or, la sourate 4, verset 3 est claire : \u201cEpousez donc celles qui vous seront plaisantes par deux, par trois ou par quatre; mais si vous craignez de ne pas \u00eatre \u00e9quitables, prenez-en une seule\u201d. La sourate 129 est tout aussi explicite : \u201cVous ne pourrez traiter \u00e9quitablement toutes vos femmes, quand bien m\u00eame vous le d\u00e9sireriez\u201d. Autre question d\u2019importance : la filiation qui est \u00e9tablie par le mariage valide (article 40) ; quid alors des enfants extraconjugaux, ceux dits naturels (voire plus rarement adult\u00e9rins ou incestueux) ? Quel est le statut et quels sont les droits de ces enfants ? Enfin, l\u2019adoption est interdite par la chari\u2019\u00e2 et la loi (article 46) ; toutefois, le chapitre VII sur la kafala (recueil l\u00e9gal) r\u00e8gle autrement cette question en 10 articles. Ainsi, l\u2019article 116 dispose que : \u201cLe recueil l\u00e9gal (kafala) est l\u2019engagement de prendre b\u00e9n\u00e9volement en charge l\u2019entretien, l\u2019\u00e9ducation et la protection d\u2019un enfant mineur au m\u00eame titre que le ferait un p\u00e8re pour son fils. Il est \u00e9tabli par acte l\u00e9gal\u201d. En mati\u00e8re de successions, le l\u00e9gislateur alg\u00e9rien r\u00e9v\u00e8le sa capacit\u00e9 \u00e0 adopter une l\u00e9gislation compliqu\u00e9e alors qu\u2019il lui est demand\u00e9 de la simplifier.<\/p>\n<p>Pierre d\u2019achoppement avec la soci\u00e9t\u00e9 civile, le code de la famille datant de 1984 a \u00e9t\u00e9 timidement r\u00e9form\u00e9 courant f\u00e9vrier 2005. Ainsi, parmi les nouvelles dispositions, le maintien de la polygamie assortie il est vrai du consentement de la premi\u00e8re \u00e9pouse (consentement v\u00e9rifi\u00e9 par le juge). Cependant, il faut toujours \u00e0 la femme un tuteur matrimonial pour le mariage m\u00eame lorsqu\u2019elle est majeure. Le cas \u00e9ch\u00e9ant, ce r\u00f4le est assum\u00e9 par le juge. S\u2019agissant du mariage, la\u00a0 principale innovation concerne la suppression de la procuration \u00e0 un tiers pour repr\u00e9senter l\u2019\u00e9poux et l\u2019alignement de l\u2019\u00e2ge du mariage \u00e0 19 ans r\u00e9volus pour l\u2019homme et la femme. Concernant le divorce, l\u2019\u00e9poux est d\u00e9sormais tenu l\u00e9galement d\u2019assurer le logement \u00e0 ses enfants mineurs avec la pr\u00e9cision que l\u2019\u00e9pouse ne peut demander le divorce que dans des situations particuli\u00e8res, notamment pour infirmit\u00e9 sexuelle de l\u2019\u00e9poux, absence de plus d\u2019une ann\u00e9e sans motif valable, \u00ab pour toute faute morale gravement r\u00e9pr\u00e9hensible \u00e9tablie\u2026De m\u00eame, l\u2019\u00e9pouse peut se s\u00e9parer de son conjoint, sans l\u2019accord de celui-ci, moyennant le versement d\u2019une somme\u2026En mati\u00e8re de successions, il n\u2019y a pas de changement.<\/p>\n<p>A titre comparatif, le Maroc a \u00e9galement modifi\u00e9 sa Mudawana (code du statut personnel) de fa\u00e7on plus substantielle ; ainsi, il y a cons\u00e9cration de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, suppression du tutorat, coresponsabilit\u00e9 parentale\u2026 Cependant, il semblerait que le nouveau texte souffre d\u2019application eu \u00e9gard notamment aux mentalit\u00e9s empreintes de traditionalisme, encore tenaces chez les Juges et une partie des citoyennes marocaines. Ainsi, \u00e0 titre illustratif, sur les 2186 demandes de mariage pr\u00e9coce d\u00e9pos\u00e9es, 2140 ont \u00e9t\u00e9 accept\u00e9es ! (Cf. Jeune Afrique du 29.06.05).<\/p>\n<p>Toujours est-il que l\u2019Alg\u00e9rie doit s\u2019engager r\u00e9solument dans la voie de la r\u00e9forme en vue d\u2019aboutir \u00e0 une deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Pour la deuxi\u00e8me R\u00e9publique alg\u00e9rienne ; ce, notamment en mettant fin au mythe de la \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00bb, au populisme et au culte de la personnalit\u00e9 comme elle a sembl\u00e9 se d\u00e9partir de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Ce faisant, d\u00e9passer la stratocratie et cong\u00e9dier le \u00ab cercle des d\u00e9cideurs \u00bb, r\u00e9former l\u2019Etat et les institutions, permettre l\u2019\u00e9mergence de la soci\u00e9t\u00e9 civile hors structures officielles, revoir la place de l\u2019Islam dans la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne, assumer notre alg\u00e9rianit\u00e9 et l\u2019alg\u00e9rianophonie et briser l\u2019insoutenable condition de nos m\u00e8res, s\u0153urs, \u00e9pouses et filles.<\/p>\n<p>* Avocat auteur Alg\u00e9rien<\/p>\n<p>AlgerieNetwork<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab A la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance nationale succ\u00e8dera la r\u00e9volution d\u00e9mocratique populaire \u00bb (Programme de Tripoli) \u00ab La meilleure forteresse au monde est l\u2019affection du peuple. Si tu as les pierres sans avoir les c\u0153urs, elles ne suffiront point \u00e0 te prot\u00e9ger \u00bb (Machiavel) L\u2019Alg\u00e9rie a subi trois si\u00e8cles de pr\u00e9sence turque et pr\u00e8s d\u2019un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4575,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":{"0":"post-626","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-ammar-koroghli"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/626","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=626"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/626\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=626"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=626"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=626"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}