{"id":6401,"date":"2017-07-11T12:49:04","date_gmt":"2017-07-11T12:49:04","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=6401"},"modified":"2017-07-11T12:49:04","modified_gmt":"2017-07-11T12:49:04","slug":"lechiquier-syrien-du-terrorisme-comme-la-continuation-de-la-politique-par-dautres-moyens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/lechiquier-syrien-du-terrorisme-comme-la-continuation-de-la-politique-par-dautres-moyens\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9chiquier syrien : du terrorisme comme \u00abla continuation de la politique par d\u2019autres moyens\u00bb"},"content":{"rendered":"<h1 class=\"entry-title\">(1\u00e8re partie)<\/h1>\n<p>Historiquement, ce sont les grandes puissances qui d\u00e9finissent les r\u00e8gles de jeu et les puissances moyennes sont plus ou moins contraintes de suivre. C\u2019est ce que nous confirme une fois de plus la crise syrienne.<\/p>\n<p>Les pays du Golfe et la Turquie ont rapidement \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 se ressaisir par leur alli\u00e9 am\u00e9ricain. Pour se faire comprendre, l\u2019OTAN a clairement fait savoir \u00e0 Ankara que l\u2019Alliance ne se laissera pas entra\u00eener dans une guerre ouverte avec la Russie. Le paysage de s\u00e9curit\u00e9 dans cette partie du monde est extr\u00eamement volatile alors que chacun a d\u00e9j\u00e0 le doigt sur la g\u00e2chette. La strat\u00e9gie poursuivie par les acteurs impliqu\u00e9s dans ce conflit (y compris Europ\u00e9ens, Am\u00e9ricains, et en particulier Turcs, Saoudiens, Qataris) consid\u00e9rant le terrorisme comme, pour paraphraser Carl von Clausewitz, \u00abla continuation de la politique par d\u2019autres moyens\u00bb, a montr\u00e9 ses limites. De la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019il est vivement d\u00e9conseill\u00e9 d\u2019exhorter un militaire \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir au civil\/politique et cela quels que soient le contexte et l\u2019urgence par crainte de cr\u00e9er un pr\u00e9c\u00e9dent, il est vigoureusement conseill\u00e9 de bannir le terrorisme comme une strat\u00e9gie. Car, il est impossible de manipuler le terrorisme sans en subir les cons\u00e9quences. Dans cet article, un accent sera mis sur la Turquie et la Russie.<\/p>\n<p><strong>La faillite du r\u00e9cit strat\u00e9gique en Syrie<\/strong><\/p>\n<p>La nature ne supporte pas le vide aussi longtemps. C\u2019est mauvais pour les affaires. Le vide laiss\u00e9 par le renversement du r\u00e9gime irakien fut une occasion pour les puissances r\u00e9gionales d\u2019investir le terrain dans un contexte marqu\u00e9 par la diversit\u00e9 des enjeux et la multiplicit\u00e9 des acteurs. Comme chacun des acteurs impliqu\u00e9s y voit un jeu \u00e0 somme nulle, le chaos \u00e9tait in\u00e9vitable. Damas en a pay\u00e9 le prix. La Syrie est un m\u00e9lange explosif fait de rivalit\u00e9s g\u00e9opolitiques r\u00e9gionales; luttes pour les ressources; jeu des grandes puissances; instrumentalisation de la religion et manipulation de l\u2019identit\u00e9; difficult\u00e9s \u00e9conomiques et sociales; changements structurels et aspirations d\u00e9mocratiques des populations de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Nombreux sont ceux qui se sont tromp\u00e9s sur la Syrie. D\u00e8s le d\u00e9but de ce qui est appel\u00e9 par euph\u00e9misme le \u00abprintemps arabe\u00bb, les pays du Golfe, la Turquie et certaines capitales occidentales pr\u00e9voyaient (et parce qu\u2019ils travaillaient \u00e0) l\u2019effondrement du r\u00e9gime syrien dans quelques semaines, voire mois. La suite est connue. Ce que subit la Syrie est une version plus subtile am\u00e9lior\u00e9e du \u00abchangement de r\u00e9gime\u00bb \u00e0 l\u2019irakienne. Dire cela, on vous fait sortir, comme \u00e0 chaque fois, la \u00abth\u00e9orie de complot\u00bb pour discr\u00e9diter toute lecture qui conteste le discours dominant v\u00e9hiculant les bienfaits du \u00abmilitarisme\u00bb humanitaire d\u00e9mocratique. Est-il n\u00e9cessaire de citer l\u2019ancien secr\u00e9taire \u00e0 la D\u00e9fense Robert Gates. \u00abLa d\u00e9militarisation de l\u2019Europe\u00bb, dit-il le 23 f\u00e9vrier 2010, constitue \u00abune entrave \u00e0 la r\u00e9alisation de la s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9elle et d\u2019une paix durable dans le 21e si\u00e8cle\u00bb. Les dirigeants am\u00e9ricains changent rapidement de logiciel lorsqu\u2019un autre pays comme la Chine modernise ses forces. Dire cela n\u2019est pas une indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la souffrance du peuple syrien. Mais c\u2019est pour dire que la r\u00e9alit\u00e9 est complexe et les solutions ne sont pas toujours aussi simples. Apr\u00e8s tout, ce sont ceux qui parlent trop de la souffrance des Syriens qui soit font peu pour la soulager, soit l\u2019aggravent davantage.<\/p>\n<p>Certains justifient le r\u00e9gime syrien qui est une dictature qui r\u00e9prime sa population. Mais, enfin, la population au Bahre\u00efn a connu le m\u00eame sort. Mais personne n\u2019en parle. D\u2019autres exemples peuvent \u00eatre cit\u00e9s. La r\u00e9alit\u00e9 est que la r\u00e9volte en Syrie (ainsi qu\u2019en Libye) \u00e9tait d\u00e8s le d\u00e9but militaris\u00e9e et soutenue par des acteurs ext\u00e9rieurs avec un agenda g\u00e9opolitique bien pr\u00e9cis. Ces deux pays font partie de ceux que l\u2019administration Bush fils a pr\u00e9vu de renverser militairement dans le cadre de son projet de reconfiguration g\u00e9opolitique et g\u00e9o-\u00e9conomique du Grand Moyen-Orient. Comme le rappelle le g\u00e9n\u00e9ral Wesley Clark, les pays dans la ligne de mire du Pentagone en 2003 \u00e9taient l\u2019Irak, l\u2019Iran, la Syrie, le Soudan, la Somalie, le Liban et la Libye. L\u2019insurrection irakienne a modifi\u00e9 les plans initiaux. Aujourd\u2019hui, on est face \u00e0 des versions ajust\u00e9es de la strat\u00e9gie de \u00abChangement de r\u00e9gime\u00bb.<\/p>\n<p>Bref, ici n\u2019est pas le lieu d\u2019aborder cette question. Ce que l\u2019on constate est simple: pour les grandes puissances le terrorisme \u00abest la continuation de la politique par d\u2019autres moyens\u00bb. Une organisation aussi abjecte que le \u00abFront al-Nosra\u00bb, par exemple, est consid\u00e9r\u00e9e comme mod\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce qui diff\u00e9rencie la Syrie des autres endroits o\u00f9 le terrorisme est utilis\u00e9 comme une strat\u00e9gie, c\u2019est qu\u2019en Syrie les masques sont tomb\u00e9s. En Syrie, le r\u00e9cit strat\u00e9gique de la guerre a perdu sa coh\u00e9rence, devenant incapable d\u2019assumer et de rationaliser les contradictions qui lui sont inh\u00e9rentes. Le r\u00e9cit d\u2019un conflit est en effet un aspect important de l\u00e9gitimation et cr\u00e9ation d\u2019un consensus sur l\u2019utilisation de la force. La t\u00e2che est plus compliqu\u00e9e avec la connectivit\u00e9 mondiale et (qui intensifie) l\u2019\u00abeffet CNN\u00bb. Th\u00e9oriquement, le contexte politique des guerres irr\u00e9guli\u00e8res contemporaines (pour \u00eatre justifi\u00e9es) n\u00e9cessite que le but et la pratique des forces militaires soient r\u00e9gis par les valeurs lib\u00e9rales. La r\u00e9alit\u00e9 est autre. Il s\u2019agit d\u2019un enfumage. Comme l\u2019explique Lawrence Freedman, l\u2019int\u00e9gration des guerres avec la soci\u00e9t\u00e9 civile rend l\u2019application des valeurs lib\u00e9rales difficile et ce d\u00e9fi devient plus facile \u00e0 y faire face lorsque les op\u00e9rations militaires sont comprises pour contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un r\u00e9cit fascinant sur l\u2019\u00e9volution et les cons\u00e9quences probables d\u2019un conflit dans lequel ces valeurs sont expos\u00e9es pour \u00eatre respect\u00e9es. Ainsi, les r\u00e9cits sont \u00abstrat\u00e9giques parce qu\u2019ils ne surgissent pas spontan\u00e9ment, mais sont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment construits ou renforc\u00e9s sur les id\u00e9es et les pens\u00e9es qui sont d\u00e9j\u00e0 en cours. Ils expriment un sentiment d\u2019identit\u00e9 et d\u2019appartenance et communiquent un sens de la cause, de but et de mission\u00bb. En outre, les \u00abr\u00e9cits strat\u00e9giques ne sont pas analytiques et peuvent, lorsqu\u2019ils ne sont pas fond\u00e9s sur des preuves ou de l\u2019exp\u00e9rience, compter sur les appels \u00e0 l\u2019\u00e9motion, ou sur des m\u00e9taphores suspectes et des analogies historiques douteuses\u00bb.<\/p>\n<p>Le stylo devient chaque jour plus puissant que l\u2019\u00e9p\u00e9e. \u00abLes mots sont importants et comment nous les utilisons dans notre dialogue est extr\u00eamement important\u00bb, pr\u00e9vient le g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain James Jones. En effet, l\u2019importance de la langue est nette dans la guerre. Elle qui \u00abest utilis\u00e9e pour isoler et confondre les ennemis, rallier et motiver les amis et obtenir le soutien des spectateurs h\u00e9sitants\u00bb. Plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre simplement un outil de guerre, le discours peut fa\u00e7onner une guerre. \u00abLe m\u00eame langage dirige -ou dirige mal- l\u2019effort militaire; la rh\u00e9torique du conflit politique devient la r\u00e9alit\u00e9 de la th\u00e9orie strat\u00e9gique\u00bb. Le processus et le choix des mots sont d\u2019une importance vitale. Par-dessus tout, le commandant doit \u00e9tablir le genre de guerre qu\u2019il m\u00e8ne car \u00ables noms donn\u00e9s \u00e0 un conflit peuvent influer sur le conflit lui-m\u00eame\u00bb. Le processus de nomination et l\u2019utilisation de la langue a \u00abla cons\u00e9quence involontaire de contraindre ou de mal orienter l\u2019action\u00bb. Fr\u00e9quemment, les types de mots et de caract\u00e8res utilis\u00e9s sont n\u00e9cessaires pour maintenir le soutien politique \u00e0 la maison ou consolider la coh\u00e9sion dans une coalition multilat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Une erreur d\u2019appr\u00e9ciation et de formulation pourrait emp\u00eacher non seulement l\u2019\u00c9tat, mais aussi son arm\u00e9e, de faire les choix op\u00e9rationnels les plus astucieux ou optimaux. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019importance qu\u2019accordent les syst\u00e8mes politiques et militaires \u00e0 la cr\u00e9ation, la diffusion et le contr\u00f4le du langage dans la guerre est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 du conflit. Une fois introduits dans le discours politico-militaire, les mots peuvent fa\u00e7onner un champ de bataille. En Syrie, les contradictions sont telles qu\u2019elles ne peuvent pas \u00eatre rationalis\u00e9es. Comment convaincre les gens que le Front Al-Nosra fait un bon boulot ? L\u2019Arabie Saoudite lutte contre le terrorisme ? C\u2019est une blague ! Qui pourrait croire que les pays du Golfe, parmi les r\u00e9gimes archa\u00efques et scl\u00e9ros\u00e9s au monde, d\u00e9fendent la d\u00e9mocratie en Syrie ou ailleurs ? M\u00eame les Etats-Unis avec leur capital moral sont incapables de jeter le discr\u00e9dit sur l\u2019action de la Russie. L\u2019\u00e9cart entre la r\u00e9alit\u00e9 (les objectifs cach\u00e9s) et le discours (objectifs d\u00e9clar\u00e9s de la coalition Etats-Unis, Turquie, Golfe persique et quelques capitales europ\u00e9ennes) est tellement grand qu\u2019aucun ajustement n\u2019est possible sans remettre en cause la strat\u00e9gie en cours.<\/p>\n<p>Les discours \u00e9labor\u00e9s pour des raisons politiques ou militaires peuvent avoir des effets tr\u00e8s diff\u00e9rents de ceux que visait le discours qui a \u00e9t\u00e9 introduit. Le discours joue un r\u00f4le essentiel dans les conflits, direct ainsi qu\u2019indirect. Le discours peut prendre une vie propre, for\u00e7ant les dirigeants politiques et militaires et leurs institutions associ\u00e9es \u00e0 \u00eatre victimes d\u2019un pi\u00e8ge de discours. \u00abEn temps de guerre\u00bb, explique Michael Vlahos, \u00able r\u00e9cit est beaucoup plus qu\u2019une simple histoire. Le \u0091r\u00e9cit\u2019 peut sembler un mot litt\u00e9raire extraordinaire, mais il est en fait le fondement de toute strat\u00e9gie, sur laquelle tout le reste -la politique, la rh\u00e9torique et l\u2019action- est construit. Les r\u00e9cits de guerre doivent \u00eatre identifi\u00e9s et examin\u00e9s de fa\u00e7on critique sur leurs propres termes, pour qu\u2019ils puissent \u00e9clairer la nature intime de la guerre elle-m\u00eame\u00bb. Plus clairement, le \u00abr\u00e9cit de la guerre fait trois choses essentielles. Premi\u00e8rement, il est le cadre de l\u2019organisation de la politique. La politique ne peut pas exister sans une base de verrouillage des \u0091v\u00e9rit\u00e9s\u2019 que les gens acceptent facilement, car elles semblent \u00eatre \u00e9videntes et ind\u00e9niables. Deuxi\u00e8mement, cette \u0091histoire\u2019 fonctionne comme un cadre, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle repr\u00e9sente justement une telle vision existentielle. Les \u0091v\u00e9rit\u00e9s\u2019 qu\u2019elle affirmait sont culturellement impossibles \u00e0 d\u00e9monter ou m\u00eame \u00e0 critiquer. Troisi\u00e8mement, apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 une logique de guerre qui est incontestable, le r\u00e9cit sert alors pratiquement comme le manuel rh\u00e9torique oint pour la fa\u00e7on dont la guerre doit \u00eatre d\u00e9battue et d\u00e9crite\u00bb.<\/p>\n<p><strong> La Turquie : La qu\u00eate d\u2019une \u00abprofondeur strat\u00e9gique\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Depuis 1945, au moins, l\u2019ancrage de la Turquie en Occident s\u2019est progressivement affirm\u00e9 et assum\u00e9. Durant les d\u00e9cennies suivantes, les imp\u00e9ratifs de la guerre froide ont largement d\u00e9termin\u00e9 la politique \u00e9trang\u00e8re et la strat\u00e9gie de d\u00e9fense du pays. La Turquie ne con\u00e7oit en aucun cas sa strat\u00e9gie de d\u00e9fense en dehors de l\u2019OTAN. L\u2019\u00e9volution de l\u2019environnement international suite \u00e0 l\u2019effondrement de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, les changements subs\u00e9quents en Europe centrale et orientale, la poursuite de l\u2019int\u00e9gration et de l\u2019\u00e9largissement de l\u2019Union Europ\u00e9enne, entre autres, ont profond\u00e9ment affect\u00e9 la politique turque. Ainsi, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, Ankara est venue \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer son environnement de s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gional. Toujours attach\u00e9e \u00e0 l\u2019Alliance atlantique, la strat\u00e9gie de d\u00e9fense de la Turquie prend la forme de \u00abdeux guerres et demie\u00bb ; les principales menaces \u00e9tant la Gr\u00e8ce, la Syrie et une insurrection \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du territoire national, en l\u2019occurrence kurde.<\/p>\n<p>Cette doctrine est en partie confort\u00e9e par l\u2019accord gr\u00e9co-syrien de s\u00e9curit\u00e9 en 1995, la pr\u00e9sence d\u2019Abdullah \u00d6calan (le leader du Parti des travailleurs du Kurdistan actuellement en prison) en Syrie et les relations de l\u2019organisation s\u00e9paratiste avec Ath\u00e8nes. Cela exige le maintien d\u2019un important appareil de d\u00e9fense dissuasif. Faisant \u00e9galement partie de cette strat\u00e9gie, l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une alliance avec Isra\u00ebl face \u00e0 la Syrie, celle-ci \u00e9tant d\u00e9clinante depuis l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir en 2002 du Parti de la Justice et du D\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Tewfik Hamel<br \/>\nConsultant, chercheur en Histoire militaire et chef de la R\u00e9daction d\u2019African Journal of Political Science<\/p>\n<p>source: <a title=\"Site externe : http:\/\/www.lequotidien-oran.com\/index.php?news=5225656\" href=\"http:\/\/www.lequotidien-oran.com\/index.php?news=5225656\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.lequotidien-oran.com\/index.php?news=5225656<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h1 class=\"entry-title\">(Suite et fin)<\/h1>\n<p>Malgr\u00e9 les tensions, les relations avec la Syrie n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 rompues. Il y a m\u00eame eu un rapprochement apr\u00e8s l\u2019intervention am\u00e9ricaine en Irak et le renversement de Saddam. La coop\u00e9ration entre les deux capitales est dict\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats commun, y compris l\u2019endiguement du chaos irakien et la pr\u00e9vention de l\u2019\u00e9mergence d\u2019un Etat kurde ind\u00e9pendant. En outre, le d\u00e9sir de la Turquie d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019Union Europ\u00e9enne l\u2019a conduite \u00e0 am\u00e9liorer ses relations avec la Gr\u00e8ce depuis 1999 et a commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire sa pr\u00e9sence militaire sur Chypre.<\/p>\n<p>G\u00e9ographiquement, la Turquie est un vrai pivot g\u00e9opolitique qui a l\u2019ambition de devenir un carrefour strat\u00e9gique des strat\u00e9gies \u00e9nerg\u00e9tiques et une puissance r\u00e9gionale de premier plan. Sa posture gaulliste a suscit\u00e9 parfois des tensions et des crises m\u00eame avec les Alli\u00e9s les plus importants, y compris les Etats-Unis. L\u2019adoption la \u00abdoctrine de z\u00e9ro probl\u00e8me avec les voisins\u00bb \u00e9tait cens\u00e9e fournir \u00e0 la Turquie une \u00abprofondeur strat\u00e9gique\u00bb lui permettant de tirer un avantage certain de sa situation. Cette politique \u00e9labor\u00e9e par Ahmet Davuto\u00f0lu dans son ouvrage Profondeur strat\u00e9gique \u00e9dit\u00e9 en 2001, o\u00f9 il \u00e9tablit le cadre th\u00e9orique qui doit permettre \u00e0 la Turquie d\u2019acc\u00e9der au rang de puissance globale en consolidant son r\u00f4le de p\u00f4le r\u00e9gional, notamment en \u00e9tablissant des relations \u00e9troites avec les pays l\u2019avoisinant.<\/p>\n<p>Son id\u00e9e est simple, dans son environnement r\u00e9gional, des Balkans au Proche-Orient, la Turquie a \u00e0 la fois le devoir et un \u00abdroit naturel\u00bb d\u2019intervenir comme un leader. \u00abLa mer M\u00e9diterran\u00e9e est notre mer : elle l\u2019a toujours \u00e9t\u00e9, elle le sera toujours\u00bb, disait un proche conseiller du ministre turc des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Ahmet Davuto\u00f0lu. Et voil\u00e0 ce qui explique l\u2019h\u00e9t\u00e9rie du ministre de la D\u00e9fense turc, Ismet Yilmaz, qui ose, lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse tenue aux Emirats Arabes Unis, critiquer l\u2019Alg\u00e9rie pour \u00absoutenir le terrorisme au Moyen-Orient\u00bb. Cette zone ne devrait pas \u00eatre la sc\u00e8ne de l\u2019intervention des pays africains tels que l\u2019Alg\u00e9rie et le Maroc. \u00ab Vous savez que la position de la Turquie a toujours \u00e9t\u00e9 de lutter contre le terrorisme\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abOn aurait du mal \u00e0 me convaincre de la n\u00e9cessit\u00e9 de la pr\u00e9sence alg\u00e9rienne au Moyen-Orient, cette intervention pourrait provoquer notre r\u00e9action militaire contre les intrus\u00bb, dit-il. Si cette information est av\u00e9r\u00e9e, on peut dire que la Turquie est gravement d\u00e9sorient\u00e9e. Vivant une vraie exp\u00e9rience de \u00abprivation sensorielle\u00bb caus\u00e9e par les \u00e9checs r\u00e9p\u00e9titifs. Encore une fois de plus, Ankara se retrouve hors-jeu. \u00c7a devient une habitude. En effet, l\u2019identit\u00e9 alg\u00e9rienne s\u2019est forg\u00e9e \u00e0 son corps d\u00e9fendant. Sans ignorer les faiblesses de l\u2019Alg\u00e9rie, le pays reste un fournisseur de s\u00e9curit\u00e9 et un exportateur de stabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour rappel, l\u2019expression \u00abprofondeur strat\u00e9gique\u00bb a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par Dick Cheney au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 dans la nouvelle strat\u00e9gie de d\u00e9fense pour remplacer l\u2019expression \u00abbloquer tout rival\u00bb utilis\u00e9e dans la controvers\u00e9e Defense Planning Guidance, publi\u00e9e en f\u00e9vrier 1992. En termes militaires, elle a une connotation avec un territoire suppl\u00e9mentaire qui fournit une marge de s\u00e9curit\u00e9 suppl\u00e9mentaire dans la lutte contre des adversaires. Par exemple, un Afghanistan contr\u00f4l\u00e9 par les Talibans -est dit- donne au Pakistan une \u00abprofondeur strat\u00e9gique\u00bb face \u00e0 l\u2019Inde. Lorsque les responsables du Pentagone ont commenc\u00e9 \u00e0 utiliser le terme en 1990, il avait cette m\u00eame connotation g\u00e9ographique. Mais dans la r\u00e9vision de Lewis \u0091Scooter\u2019 Libby, la phrase prend un sens plus large et plus abstrait; \u00abprofondeur strat\u00e9gique\u00bb se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la position avantageuse de l\u2019Am\u00e9rique dans le monde, son vaste r\u00e9seau de bases, armements et niveaux de la technologie militaire. Pour Davutoglu, d\u00e9crit comme le \u00abKissinger de la Turquie\u00bb, l\u2019id\u00e9e de \u00abprendre parti\u00bb est une relique de la guerre froide. \u00abNous ne tournons pas notre visage \u00e0 l\u2019Est ou \u00e0 l\u2019Ouest\u00bb, dit-il. Plus que tout, le Turquie r\u00eave d\u2019int\u00e9grer l\u2019UE et s\u2019imposer comme le leader naturel au Moyen-Orient. La lenteur des n\u00e9gociations d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019UE a conduit Ankara \u00e0 se tourner vers le monde musulman. Mais son leadership est contest\u00e9 dans l\u2019\u00abOrient compliqu\u00e9\u00bb. Ni l\u2019Iran, ni l\u2019Egypte, ni l\u2019Arabie Saoudite n\u2019est dispos\u00e9 \u00e0 lui reconna\u00eetre ce statut.<\/p>\n<p><strong>De \u00abz\u00e9ro probl\u00e8me avec les voisins\u00bb \u00e0 \u00abz\u00e9ro voisin sans probl\u00e8mes\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une question de temps avant que la doctrine de \u00abz\u00e9ro probl\u00e8me\u00bb ne tombe en d\u00e9su\u00e9tude. Pour avoir z\u00e9ro probl\u00e8me, il faut se focaliser \u00e0 mettre l\u2019ordre chez soi. Mais l\u2019esprit du \u00abn\u00e9o-ottomanisme\u00bb est si fort que la Turquie ne peut pas y r\u00e9sister. De \u00abz\u00e9ro probl\u00e8me\u00bb, elle passe \u00e0 \u00abz\u00e9ro ami\u00bb, \u00abz\u00e9ro voisin sans probl\u00e8mes\u00bb. Il ne s\u2019agit pas uniquement de la Syrie. En Egypte, Ankara s\u2019est aussi mise du mauvais c\u00f4t\u00e9. Le Premier ministre Erdo\u00f0an a publiquement dit qu\u2019\u00abil n\u2019y a aucune diff\u00e9rence\u00bb entre Bachar al-Assad et Abdel Fattah al-Sissi. Le renversement des Fr\u00e8res musulmans en Egypte a \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec pour la diplomatie turque. Les relations avec Isra\u00ebl sont gravement d\u00e9grad\u00e9es. Avec l\u2019UE, la relation n\u2019est pas meilleure. A plusieurs reprises les responsables turcs ont accus\u00e9 les Etats occidentaux d\u2019avoir orchestr\u00e9 et financ\u00e9 les manifestations et diverses \u00abforces obscures\u00bb (ce que Erdogan appelle le \u00ablobby\u00bb international \u00abdu taux d\u2019int\u00e9r\u00eat\u00bb) dans le pays.<\/p>\n<p>Les interventions turques en Irak sont une source de tension. L\u2019Iran est clairement oppos\u00e9 \u00e0 la vision d\u2019Ankara. Leurs strat\u00e9gies r\u00e9gionales se neutralisent. Il est peu probable que les Iraniens abandonnent leur alli\u00e9 syrien. La Syrie fait partie des int\u00e9r\u00eats vitaux de T\u00e9h\u00e9ran. L\u2019abattement d\u2019un avion militaire russe a encore compliqu\u00e9 la situation de la Turquie. L\u2019ampleur de l\u2019engagement militaire russe en Syrie montre la d\u00e9termination de Moscou qu\u2019une d\u00e9cision ne peut \u00eatre prise sans son accord. Le dernier coup de disgr\u00e2ce est venu de leur alli\u00e9 ; les Etats-Unis font des Kurdes une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de leur strat\u00e9gie contre Daech.<\/p>\n<p>La Turquie s\u2019est retrouv\u00e9e hors jeu. Cela signifie que l\u2019ennemi principal pour la Turquie en l\u2019occurrence n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme un groupe terroriste par les Am\u00e9ricains, mais un alli\u00e9. Une s\u00e9rie d\u2019erreur d\u2019appr\u00e9ciation de la situation. Il est encore temps de se ressaisir. Au bout du compte, la position r\u00e9gionale d\u2019Ankara est plus que jamais difficile. Face \u00e0 l\u2019offensive de la Russie et l\u2019Iran, les moyens de la Turquie de peser sur le r\u00e8glement du conflit syrien sont d\u00e9sormais r\u00e9duits. Seul le renforcement de ses liens avec l\u2019Occident est susceptible de lui sauver la face. Mais la solidarit\u00e9 atlantique a ses limites. L\u2019Alliance atlantique a clairement fait savoir que l\u2019OTAN ne se laissera en aucun cas entra\u00eener dans une guerre avec la Russie pour un diff\u00e9rend avec la Turquie. D\u2019apr\u00e8s les m\u00e9dias allemands, \u00abdes diplomates europ\u00e9ens ont averti le gouvernement turc qu\u2019il ne pourrait pas compter sur le soutien de l\u2019OTAN si le conflit avec la Russie devait d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en conflit arm\u00e9\u00bb. La Turquie a int\u00e9r\u00eat \u00e0 prendre en compte s\u00e9rieusement les pr\u00e9occupations s\u00e9curitaires de la Russie qui sont r\u00e9elles. Dans un environnement r\u00e9gional extr\u00eamement volatile, une simple erreur de calcul et l\u2019 \u00abimpensable\u00bb pourrait se produire. L\u2019ampleur de l\u2019engagement russe en Syrie ne laisse gu\u00e8re de doute quant \u00e0 la d\u00e9termination de Moscou d\u2019aller au bout de sa campagne militaire et sa volont\u00e9 de peser sur l\u2019issue du conflit syrien.<\/p>\n<p><strong>La Russie : entre sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 strat\u00e9gique et ambitions de puissance<\/strong><\/p>\n<p>Les int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques de la Russie sont plut\u00f4t plus modestes. Elle n\u2019a aucune intention d\u2019entrer dans une confrontation avec l\u2019Occident. Ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme un comportement russe irrationnel ou la volont\u00e9 de reconstituer l\u2019empire perdu fait partie de cette longue histoire d\u2019id\u00e9es fausses et d\u2019\u00e9checs \u00e0 comprendre les forces motrices du comportement ext\u00e9rieur de Moscou, qui peut \u00eatre expliqu\u00e9 par le caract\u00e8re durable de sa culture strat\u00e9gique ; le sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 strat\u00e9gique. Comme une formule acad\u00e9mique, l\u2019id\u00e9e de la culture strat\u00e9gique souffre d\u2019un certain nombre de faiblesses. Le concept de culture est amorphe, et il est difficile de prouver l\u2019importance des facteurs culturels dans l\u2019\u00e9laboration de r\u00e9sultats strat\u00e9giques -la culture de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale se manifeste autour de trois niveaux diff\u00e9rents allant des \u00abArtefacts\u00bb aux \u00abvaleurs d\u00e9fendues\u00bb et aux \u00abHypoth\u00e8ses de base\u00bb. Cependant, le concept a une valeur consid\u00e9rable comme un ombrage ajout\u00e9 \u00e0 une image plus large.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rents Etats ont des cultures strat\u00e9giques diff\u00e9rentes qui sont enracin\u00e9es dans les exp\u00e9riences de formation de l\u2019Etat et sont influenc\u00e9s dans une certaine mesure par les caract\u00e9ristiques philosophiques, politiques, culturelles et cognitives de l\u2019Etat et ses \u00e9lites. L\u2019effet global de la culture de la s\u00e9curit\u00e9 nationale est de pr\u00e9disposer les soci\u00e9t\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral et les \u00e9lites politiques en particulier \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certaines actions politiques au d\u00e9triment d\u2019autres. De cette fa\u00e7on, elle limite les choix de comportement qui fait que l\u2019on pourrait tirer des pr\u00e9dictions pr\u00e9cises sur le choix strat\u00e9gique. Certaines options ne seront tout simplement pas imagin\u00e9es, certaines sont plus susceptibles d\u2019\u00eatre rejet\u00e9es comme inappropri\u00e9es ou inefficaces que d\u2019autres. La culture strat\u00e9gique peut \u00eatre comprise comme une pr\u00e9disposition culturelle profond\u00e9ment ancr\u00e9e pour une pens\u00e9e ou un comportement particulier, d\u00e9riv\u00e9 de l\u2019histoire et la g\u00e9ographie d\u2019un pays, les mythes et les symboles nationaux, les traditions et les institutions politiques d\u2019un pays. Pour Colin Gray, la culture strat\u00e9gique, \u00abd\u00e9coule de la g\u00e9ographie et des ressources, de la soci\u00e9t\u00e9 et de la structure politique\u00bb et, plus important, \u00abse r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des modes de pens\u00e9e et d\u2019action \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la force\u00bb.<\/p>\n<p>La culture strat\u00e9gique n\u2019est pas un simple produit de la culture militaire, et ce n\u2019est pas le seul domaine o\u00f9 son influence se fait sentir. Elle influe \u00e9galement sur les syst\u00e8mes politiques et les traditions et pratiques de politique \u00e9trang\u00e8re d\u2019un pays ; la raison pour laquelle le concept a \u00e9t\u00e9 \u00e9largi pour se concentrer sur les grandes strat\u00e9gies des Etats et comprend (en plus de moyens militaires pour atteindre les objectifs d\u2019un Etat) des variables telles que l\u2019\u00e9conomie et la diplomatie. Ainsi, non seulement la fa\u00e7on dont le pouvoir politique est acquis et utilis\u00e9, mais aussi la fa\u00e7on dont un pays particulier voit et traite le monde ext\u00e9rieur sont des facteurs d\u00e9terminants dans la formation de la culture strat\u00e9gique de l\u2019Etat. Les objectifs de la politique \u00e9trang\u00e8re qui sont poursuivis par un Etat et qui refl\u00e8tent son identit\u00e9 et ses int\u00e9r\u00eats sont d\u00e9finis par sa culture strat\u00e9gique. Le Commandement du Sud des \u00c9tats-Unis d\u00e9finit la culture strat\u00e9gique comme \u00abla combinaison des influences et exp\u00e9riences internes et externes -g\u00e9ographique, historique, culturelle, \u00e9conomique, politique et militaire- qui fa\u00e7onnent et influencent la fa\u00e7on dont un pays comprend sa relation avec le reste du monde, et comment un Etat se comportera au sein de la Communaut\u00e9 internationale\u00bb.<\/p>\n<p>Comment le pays con\u00e7oit son propre r\u00f4le dans le syst\u00e8me international et sa perception de la s\u00e9curit\u00e9 font \u00e9galement partie de sa culture strat\u00e9gique. Priv\u00e9e d\u2019une profondeur strat\u00e9gique, la g\u00e9opolitique de la Russie est marqu\u00e9e par l\u2019ind\u00e9fendabilit\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle est g\u00e9opolitiquement instable et qu\u2019elle n\u2019est pas s\u00fbre, ni dans le temps de l\u2019empire ni \u00e0 l\u2019\u00e9poque (post)sovi\u00e9tique. Quand l\u2019URSS \u00e9tait une puissance dominante dans le syst\u00e8me bipolaire, la culture strat\u00e9gique russe a \u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur la perception de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 strat\u00e9gique et la question cl\u00e9 est : comment maintenir la s\u00e9curit\u00e9. Ce sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 habite les dirigeants russes. L\u2019\u00e9largissement de l\u2019Otan aux fronti\u00e8res russes, le syst\u00e8me de d\u00e9fense anti-missiles de l\u2019Otan, etc. ne font qu\u2019accro\u00eetre ce sentiment. Ce cycle n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019id\u00e9ologie ou le caract\u00e8re russe. Il a tout \u00e0 voir avec la g\u00e9ographie qui, \u00e0 son tour, g\u00e9n\u00e8re l\u2019id\u00e9ologie et fa\u00e7onne le caract\u00e8re. La culture strat\u00e9gique du pays est fond\u00e9e sur \u00abune perception quasi obsessionnelle d\u2019une menace g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la souverainet\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale de la Russie\u00bb. Les dirigeants russes appr\u00e9hendent le monde d\u2019abord \u00e0 travers un prisme r\u00e9aliste, dans lequel la recherche d\u2019un \u00e9quilibre du pouvoir est une caract\u00e9ristique permanente. Pour eux, la Russie doit favoriser l\u2019\u00e9mergence d\u2019un monde multipolaire -ses int\u00e9r\u00eats en d\u00e9pendent.<\/p>\n<p>Les principaux \u00e9l\u00e9ments de la culture strat\u00e9gique russe -combativit\u00e9, comp\u00e9titivit\u00e9, affirmation de soi politique, fermet\u00e9 face \u00e0 ce qui est per\u00e7u comme la plus grande menace \u00e0 sa s\u00e9curit\u00e9 et ses ambitions- sont pr\u00e9sents, les aspirations renaissantes du pays pour retrouver un statut de grande puissance. Cela a clairement \u00e9tait affirm\u00e9 dans le \u00abConcept de politique ext\u00e9rieure\u00bb approuv\u00e9 en juillet 2008 par le pr\u00e9sident Medvedev, qui visait \u00ab\u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 pr\u00e9server et renforcer sa souverainet\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale, \u00e0 atteindre de fortes positions d\u2019autorit\u00e9 dans le monde\u0085\u00bb. L\u2019engagement de la Russie dans le th\u00e9\u00e2tre syrien constitue un changement majeur. Il traduit une strat\u00e9gie multidimensionnelle.<\/p>\n<p>Les objectifs sont multiples. En premier lieu, c\u2019est une d\u00e9monstration de puissance en direction de l\u2019OTAN. Ensuite, placer la Russie en acteur incontournable dans la recomposition du Proche- et Moyen-Orient tout en pr\u00e9servant ses int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques. \u00abL\u2019enjeu, pour les Russes, est l\u2019acc\u00e8s aux mers chaudes et \u00e0 leurs ports. Enfin, il s\u2019agit \u00e9galement pour la Russie de r\u00e9pondre \u00e0 la menace de l\u2019islamisme radical : les combattants \u00e9trangers de Daech comptent en effet, dans leurs rangs, 4000 russophones dont 2000 Russes\u00bb, a indiqu\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ral Didier Castres, sous-chef d\u2019\u00e9tat-major Op\u00e9rations de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. La Russie va donc continuer \u00e0 r\u00e9agir fermement \u00e0 tout ce qui est per\u00e7u comme une menace \u00e0 son influence, s\u00e9curit\u00e9 et int\u00e9grit\u00e9 territoriale, en premier lieu Daech et ses groupes affili\u00e9s. La connexion des groupes actifs en Syrie aux organisations de l\u2019Asie centrale est s\u00e9rieusement prise en compte par les Russes. C\u2019est tout simplement intol\u00e9rable. A plusieurs reprises, Poutine a clairement fait savoir qu\u2019il n\u2019h\u00e9sitera en aucun cas \u00e0 recourir \u00e0 la force militaire pour prot\u00e9ger ce qu\u2019il consid\u00e8re comme les int\u00e9r\u00eats vitaux de la Russie (G\u00e9orgie, Ukraine, Syrie, etc.).<\/p>\n<p>Tewfik Hamel<\/p>\n<p>Consultant, chercheur en Histoire militaire et chef de la R\u00e9daction d\u2019African Journal of Political Science<\/p>\n<p>source: <a title=\"Site externe : http:\/\/www.lequotidien-oran.com\/index.php?news=5225701\" href=\"http:\/\/www.lequotidien-oran.com\/index.php?news=5225701\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.lequotidien-oran.com\/index.php?news=5225701<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(1\u00e8re partie) Historiquement, ce sont les grandes puissances qui d\u00e9finissent les r\u00e8gles de jeu et les puissances moyennes sont plus ou moins contraintes de suivre. C\u2019est ce que nous confirme une fois de plus la crise syrienne. Les pays du Golfe et la Turquie ont rapidement \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 se ressaisir par leur alli\u00e9 am\u00e9ricain. 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