{"id":677,"date":"2016-01-19T02:37:30","date_gmt":"2016-01-19T02:37:30","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/?p=677"},"modified":"2018-12-24T14:53:33","modified_gmt":"2018-12-24T14:53:33","slug":"islam-langue-arabe-et-science","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/islam-langue-arabe-et-science\/","title":{"rendered":"Islam, langue arabe et science"},"content":{"rendered":"<p><strong><strong><strong><a href=\"https:\/\/algerienetwork.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/islam-science.jpg\"><br \/>\n<\/a>par Ammar Koroghli <\/strong><\/strong><\/strong><\/p>\n<p>A l\u2019origine, le d\u00e9sert en Arabie pr\u00e9islamique. Un immense d\u00e9sert d\u2019o\u00f9 surgit le peuple arabe sur la sc\u00e8ne de l\u2019Histoire qui \u00ab se r\u00e9pandra dans un monde \u00e9tourdi par la violence du choc \u00e0 la vitesse d\u2019un ouragan \u00bb (Kalisky, \u00ab L\u2019Islam \u00bb).<\/p>\n<p>La langue arable, v\u00e9cue comme un patrimoine commun, lib\u00e9rait alors la parole. Sous forme de po\u00e9sie essentiellement. Le po\u00e8te avait un r\u00f4le important, en temps de guerre comme en temps de paix. Il lui arrivait de subvertir l\u2019ordre public. Beaucoup plus qu\u2019un porte-parole, il a \u00e9t\u00e9 l\u2019historien de la tribu. D\u2019aucuns pensent que c\u2019est en grande partie \u00e0 leur langue et \u00e0 son g\u00e9nie int\u00e9rieur, que les Arabes attribuent les triomphes de l\u2019Islam. Certes la langue arabe v\u00e9hicula une culture orale mais vigoureuse ; elle fit l\u2019objet d\u2019\u00e9tudes, notamment apr\u00e8s la d\u00e9cision de retranscription du Coran. Ainsi, conna\u00eetre les r\u00e8gles de la langue et les codifier apr\u00e8s analyse devint n\u00e9cessaire \u00e0 telle enseigne que cette d\u00e9marche a port\u00e9 sur des recherches en linguistique, en grammaire et en lexicographie de l\u2019\u00e8re omeyyade \u00e0 celle abbasside.<\/p>\n<div>\n<p>De langue liturgique, elle devint la langue de l\u2019administration, mais surtout celle de la science particuli\u00e8rement avec le mouvement des traductions d\u2019\u0153uvres philosophiques et scientifiques et par l\u2019emprunt de vocables d\u2019autres langues (notamment du grec et du persan, voire du syriaque et du sanskrit). Plus tard, au XII\u00e8 si\u00e8cle, l\u2019h\u00e9breu et le latin emprunt\u00e8rent \u00e0 l\u2019arabe pour s\u2019enrichir aux plans philosophiques et scientifiques (math\u00e9matiques et m\u00e9decine notamment). Sans contrainte, la langue arabe s\u2019imposa dans toutes les activit\u00e9s scientifiques ; nombreux qui, sans \u00eatre arabes, l\u2019utilis\u00e8rent pour r\u00e9diger leurs ouvrages, ainsi Ma\u00efmonide (Juif), El Khayy\u00e2m (Persan), Ibn El Yasmin (Berb\u00e8re), Ibn Bachkoual (Espagnol). Cette tendance persista m\u00eame lorsque les Turcs prirent le pouvoir en 1055 (les seldjoukides) pour fonder en 1299 l\u2019empire ottoman ; la langue arable continua \u00e0 \u00eatre la langue dominante dans la production scientifique et philosophique.<\/p>\n<p><strong>Foutouhat islamya et dynasties<\/strong><\/p>\n<p>El Foutouhat El Islamya furent l\u2019oeuvre de quelques milliers de cavaliers arabes ; y particip\u00e8rent d\u2019autres troupes recrut\u00e9es parmi les populations conquises \u00e0 l\u2019Islam (dont les Berb\u00e8res d\u2019Afrique du Nord). La civilisation qui va na\u00eetre autour de la p\u00e9ninsule arabique et le Croissant fertile (la Syrie, la Palestine et l\u2019Irak) aura pour fondement l\u2019Islam. A cette r\u00e9gion se greff\u00e8rent en effet, au fur et \u00e0 mesure, la Perse, l\u2019Egypte, l\u2019Afghanistan et le Turkestan, le Maghreb, l\u2019Espagne andalouse, l\u2019Italie du Sud. Ainsi, l\u2019Islam h\u00e9rita de tous ces pays r\u00e9partis sur plusieurs continents maints \u00e9l\u00e9ments qui servirent \u00e0 l\u2019essor de la science dont les Musulmans furent porteurs. Maints peuples contribu\u00e8rent \u00e0 cet essor : Arabes, Egyptiens, Libyques, Grecs, Berb\u00e8res, Celtes, Wisigoths, Turcs, Juifs, Africains\u2026 L\u2019Islam a tol\u00e9r\u00e9 les autres croyances des non-musulmans dont les Arabes Musulmans ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les techniques, la culture et la science sans pour autant les forcer \u00e0 la conversion.<\/p>\n<p>La dynastie omeyyade, outre l\u2019arabisation de l\u2019Administration et le d\u00e9veloppement du commerce, participa \u00e0 l\u2019essor culturel par la construction des biblioth\u00e8ques et encouragea la traduction des textes grecs, perses et syriaques et les premi\u00e8res r\u00e9alisations artistiques. En 750, la dynastie omeyyade est renvers\u00e9e par un violent coup d\u2019Etat et ses chefs furent tu\u00e9s, un seul (Abderrahmane) r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019enfuir au Maghreb et ensuite en Espagne o\u00f9 il va fonder une nouvelle dynastie. La dynastie abbasside s\u2019accomplit de 750 \u00e0 1258 (soit plus de quatre si\u00e8cles) quoique les historiens tendent \u00e0 penser que le pouvoir commen\u00e7a \u00e0 \u00e9chapper aux \u00e9lites abbassides \u00e0 partir de 1055 au b\u00e9n\u00e9ficie des Seldjoukides ; ce, comme r\u00e9sultat du recours du pouvoir central abbasside aux mercenaires issus des tribus turques d\u2019Asie centrale (alors utiles \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019Empire qui s\u2019\u00e9tendait sur plusieurs continents). Ils constitu\u00e8rent l\u2019ossature de l\u2019arm\u00e9e qui finit par prendre le pouvoir.<\/p>\n<p>Si le pouvoir de l\u2019oligarchie militaire arabe va \u00eatre ainsi supplant\u00e9, la tradition religieuse va \u00eatre renforc\u00e9e avec la naissance de grandes \u00e9coles th\u00e9ologiques et juridiques : Malik, Abou Hanifa, Achafi et Ibn Hanbal, ainsi que l\u2019arabisation de l\u2019administration avec une centralisation de l\u2019Etat, contr\u00f4le de l\u2019\u00e9conomie et une urbanisation des villes et un d\u00e9veloppement de grandes villes (Damas, Baghdad devenue capitale des Abbassides, Kairouan, Cordoue, Ispahan, Le Caire, Samarkand). Autre caract\u00e9ristique : l\u2019apparition de nouvelles \u00e9lites et lettr\u00e9s \u00e0 partir du IX\u00e8 si\u00e8cle au cours duquel se d\u00e9veloppa une activit\u00e9 de production de livres de toutes sortes et dans tous les domaines \u00e0 l\u2019endroit de publics vari\u00e9s : litt\u00e9rature, religion, droit, g\u00e9ographie, science\u2026 La soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait alors divis\u00e9e en El Khassa (l\u2019\u00e9lite politique, \u00e9conomique, intellectuel) et la Amma (le commun des mortels : ouvrier, paysan, marchand).<\/p>\n<p><strong>Les Musulmans et la science<\/strong><br \/>\nL\u2019esprit scientifique est n\u00e9 en terre d\u2019Islam d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 n\u00e9cessaire de transcrire le Coran par \u00e9crit. La langue arabe \u00e9tait alors peu utilis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9crit et domin\u00e9e par les parlers locaux de la P\u00e9ninsule arabique. La translation orale qui a dur\u00e9 vingt ans jusqu\u2019\u00e0 l\u2019av\u00e8nement de Othmane en qualit\u00e9 de calife. Les compagnons du Proph\u00e8te furent r\u00e9unis pour retenir et discuter sept versions du Coran (Le Proph\u00e8te aurait dit : \u00ab L\u2019Ange Gabriel m\u2019a permis jusqu\u2019\u00e0 sept lectures diff\u00e9rentes du Coran \u00bb). Des sept lectures du Coran r\u00e9sulta un travail d\u2019authentification faisant appel \u00e0 l\u2019analogie, l\u2019induction, les recoupements ; ce qui caract\u00e9rise une recherche rationnelle s\u2019identifiant \u00e0 un \u00e9tat d\u2019esprit scientifique. Il y a l\u00e0 les pr\u00e9misses d\u2019une m\u00e9thodologie scientifique. Et ce avant la grande action en faveur de la traduction des \u0153uvres grecques et indiennes pour l\u2019essentiel et la recherche de manuscrits \u00e0 travers le monde ayant un rapport avec les disciplines scientifiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La localisation g\u00e9ographique de la civilisation musulmane, sous l\u2019impulsion des Arabes (p\u00e9ninsule arabique et Croissant fertile : Syrie, Palestine et Irak) et des musulmans arabophones situ\u00e9s g\u00e9ographiquement sur divers pays r\u00e9partis sur plusieurs continents (Perse, Anatolie, Egypte, Maghreb, Espagne andalouse, Afghanistan, Turkestan, Sud de l\u2019Italie\u2026) ; ce, notamment du IX\u00e8 au XV\u00e8 si\u00e8cle. L\u2019Islam s\u2019enrichit donc de l\u2019apport de la science de toutes ces r\u00e9gions conquises par les Arabes musulmans. Il y a l\u00e0 un h\u00e9ritage non n\u00e9gligeable que l\u2019Islam a su\u00a0 fructifier : le Maghreb, berb\u00e8re par essence, qui s\u2019arabisa et s\u2019islamisa au fur et \u00e0 mesure (il a \u00e9t\u00e9 sous la coupe des Carthaginois, des Romains, des Vandales et des Byzantins), le Moyen-Orient compos\u00e9 de peuples d\u2019origine s\u00e9mite (Arabes, Juifs, Aram\u00e9ens), ainsi que d\u2019Egyptiens, de Grecs, de Turcs, de Nubiens, de Wisigoths,\u00a0 d\u2019Africains noirs. Dans l\u2019ensemble de ce vaste territoire, les citoyens d\u2019autres religions (Juifs ou Chr\u00e9tiens) ont pu assumer de hautes fonctions : chef des arm\u00e9es, ministres, m\u00e9decins personnels du roi comme ils ont exerc\u00e9 comme grand astronome, math\u00e9maticien. Ainsi, Ibn Batriq a \u00e9t\u00e9 m\u00e9decin du calife abbasside, Ibn Toufil m\u00e9decin d\u2019Ahmed Ibn Touloun (fondateur de la dynastie toulounide), El Qahir nomm\u00e9 chef de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne d\u2019Egypte; Ibn Chaprout a \u00e9t\u00e9 ministre du calife Abderrahmane III de Cordoue et m\u00eame au XI\u00e8\u00a0 si\u00e8cle Ibn En Naghrilla a \u00e9t\u00e9 une sorte de premier minsitre \u00e0 Grenade (Djebbar \u00ab Une histoire de la science arabe \u00bb).<\/p>\n<p>L\u2019Etat s\u2019\u00e9tait alors inspir\u00e9 des structures centralis\u00e9es de Byzance et de la Perse, tant pour les Omeyyades que pour les Abbassides ; ainsi en ce qui concerne l\u2019Administration et la monnaie (le dinar et le dirham que l\u2019on retrouver encore de nos jours au Maghreb). Sur le plan culturel, les Omeyyades construisirent des biblioth\u00e8ques qui, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es, devinrent publiques ; de m\u00eame, ils entam\u00e8rent la traduction des textes grecs, persans et syriaques. Les civilisations ant\u00e9rieures (byzantine, perse, wisigothique) ont \u00e9t\u00e9 d\u2019un apport certain pour l\u2019\u00e9panouissement des r\u00e9alisations artistiques et scientifiques arabes. C\u2019est ainsi que se constitua \u00e9galement une oligarchie arabe monopolisant le pouvoir en vue de l\u2019acquisition de la plus grande partie des butins r\u00e9sultant des conqu\u00eates et domina peu \u00e0 peu le commerce international. D\u2019un point de vue religieux, l\u2019av\u00e8nement des Abbassides va permettre la gen\u00e8se des \u00e9coles th\u00e9ologiques \u00e0 connotation juridique, notamment celles de Malik et Abou Hanifa et plus tard celles de Achafi\u2019i et de Ibn Hanbal. Cet essor \u00e9conomique et religieux qui s\u2019accompagna d\u2019un centralisme au niveau des structures de l\u2019Etat conserva le monopole de l\u2019\u00e9conomie qu\u2019il contr\u00f4la de plus en plus. Le tout avec la conservation des langues locales des pays conquis \u00e0 l\u2019Islam, m\u00eame si la langue arabe, langue du Qoran, domina la liturgie. Ainsi, si Omar Khayam a r\u00e9dig\u00e9 ses ouvrages scientifiques en arabe, il s\u2019exprima dans sa po\u00e9sie en persan.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une civilisation essentiellement urbaine qui a vu se d\u00e9velopper de grandes m\u00e9tropoles tr\u00e8s peupl\u00e9es : Damas et Baghdad (d\u00e9sormais capitale des Abbassides), mais aussi Ka\u00efraouane (Maghreb) et Cordoue (Andalousie) sans oublier Ispahan (Perse), El Qahira (Egypte), Samarkand (Asie centrale).\u00a0 D\u00e8s le IX\u00e8 si\u00e8cle, cette civilisation se caract\u00e9risa \u00e9galement par la production de livres dans maintes disciplines et \u00e0 destination de tous publics, ainsi des ouvrages scientifiques et litt\u00e9raires, th\u00e9ologiques, d\u2019histoire (Ibn Khaldoun), de g\u00e9ographie (Ibn Battouta), de math\u00e9matiques (Al Khawarizmi), de m\u00e9decine (Ibn Hayt\u00e8m), d\u2019astronomie (Al Birouni)\u2026 L\u2019activit\u00e9 scientifique a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e selon le mode du m\u00e9c\u00e9nat ; au d\u00e9but chez les Omeyyades (avec Khaled Ibn Yazid et plus tard avec El Hakam \u00e0 Cordoue), ensuite chez les Abbassides (El Mansour, El Mahdi, Haroun Rachid, El Mamoun), mais \u00e9galement des Princes, des gens riches parmi lesquels des m\u00e9decins et des marchands (certains l\u00e9guaient une partie de leur fortune \u00e0 la science avant de mourir). D\u2019o\u00f9 sans doute l\u2019\u00e9mergence d\u2019une \u00e9lite scientifique compos\u00e9e de grands noms : Ibn Sina, El Farabi, El Kindi, Ibn Rouchd\u2026 Une telle entreprise est-elle encore envisageable, l\u2019Etat \u00e9tant con\u00e7u comme premier m\u00e9c\u00e8ne pour financer la recherche et la science ?<\/p>\n<p><strong><strong><strong>Ammar Koroghli <\/strong><\/strong><\/strong>* Auteur \u2013 Avocat Alg\u00e9rien<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Ammar Koroghli A l\u2019origine, le d\u00e9sert en Arabie pr\u00e9islamique. Un immense d\u00e9sert d\u2019o\u00f9 surgit le peuple arabe sur la sc\u00e8ne de l\u2019Histoire qui \u00ab se r\u00e9pandra dans un monde \u00e9tourdi par la violence du choc \u00e0 la vitesse d\u2019un ouragan \u00bb (Kalisky, \u00ab L\u2019Islam \u00bb). 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