{"id":13885,"date":"2016-07-29T13:10:34","date_gmt":"2016-07-29T13:10:34","guid":{"rendered":"http:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=13885"},"modified":"2016-07-29T13:10:34","modified_gmt":"2016-07-29T13:10:34","slug":"yano-las-de-may-au-mahdi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/yano-las-de-may-au-mahdi\/","title":{"rendered":"Yano las : \u00ab\u00a0De May au Mahdi\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Auteure : Yano las.<br \/>\nTitre : De May au Mahdi.<br \/>\nEditions : Aile de May.<\/p>\n<p>Pour donner le ton du texte je commence par quelques extraits :<\/p>\n<p>[p31] \u00ab Sur fond de modernit\u00e9 dans l\u2019air du temps, l\u2019individualisme a gagn\u00e9 tous les c\u0153urs, gagn\u00e9 tous les esprits \u00e0 tel point que seuls s\u2019en sortent les couples et familles qui n\u2019ont pas fait de la religion Islam une doctrine, mais un ensemble d\u2019us et coutumes, une simple identit\u00e9 culturelle, une certaine gastronomie, sans plus : couscous royal et th\u00e9 \u00e0 la menthe. \u00bb<\/p>\n<p>[p31] \u00ab Il ya de moments ou il ne reste plus que Dieu. \u00bb<\/p>\n<p>[p45] \u00ab On m\u2019avait enferm\u00e9e dans un r\u00f4le dans lequel je devais incarner l\u2019Islam avec tout ce qu\u2019il avait de ringard, de d\u00e9pass\u00e9, de mal, de mauvais, de pauvre, d\u2019indigent, de mis\u00e9reux. \u00bb<\/p>\n<p>[p49] \u00ab Je suis n\u00e9e du viol dans une famille tr\u00e8s croyante. \u00bb<\/p>\n<p>[P51] \u00ab \u2026j\u2019aurais voulu avoir un p\u00e8re pour savoir comment se marient les filles des p\u00e8res. Je suis la fille de ma m\u00e8re. Je n\u2019y ai pas eu droit. Je ne le saurai jamais. \u00bb<\/p>\n<p>[p96] \u00ab Je vais \u00e9crire le livre de ma vie, de la vie, du monde, un roman, une complainte, \u00e0 un ami absent, un fr\u00e8re jamais n\u00e9, un \u00e9tranger inconnu : La Mahdi attendu \u00bb.<\/p>\n<p>[p211] \u00ab Cher Mahdi, n\u2019ayant confiance en aucun musulman ou musulmane sur cette terre, j\u2019ai choisi de donner ce manuscrit \u00e0 lire ou \u00e0 pr\u00e9facer \u00e0 la dame qui avait justement fait la pr\u00e9face de mon deuxi\u00e8me recueil de po\u00e9sie. \u00bb<\/p>\n<p>M\u00e9lange de genres : Prose, po\u00e9sie, dialogues internet, invocations et m\u00e9langes de langues : Fran\u00e7ais, arabe, anglais , ce journal intime au contenu \u00e9pistolaire est \u00e0 la foi, une confession, une complainte, une supplique, une s\u00e9rie de questionnements, une th\u00e9orie de r\u00e9ponses, un acte d\u2019accusation, un plaidoyer, un appel \u00e0 t\u00e9moin et une prise \u00e0 t\u00e9moin. Un autre pot-pourri habilement nourri, subtilement \u00e9tag\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019auteure qualifie son texte intitul\u00e9 \u00ab de May au Mahdi \u00bb d\u2019 \u00ab Affligeant, path\u00e9tique. \u00bb Elle dit dans les termes en [p 205] \u00ab Je viens de relire un bout de ce journal et je le trouve affligeant, path\u00e9tique. \u00bb A remarquer que l\u2019absence de conjonction de coordination entre les deux qualifiants est allusive d\u2019une gradation.<\/p>\n<p>En effet, l\u2019affliction et le pathos forment la substance du texte, l\u2019\u00e2me de chaque complainte adress\u00e9e sous forme de lettre au Mahdi. Ils sont la mati\u00e8re de chaque \u00e9change avec des correspondants internet. \u00ab May porte dans son \u00e2me et dans sa chair une blessure ouverte qui ne s\u2019est jamais ferm\u00e9e. Arrivera-t-elle un jour \u00e0 cicatriser ? \u00bb [P7]<\/p>\n<p>Toutefois, le refus du fait accompli, le refus de l\u2019injuste destin, festin de hy\u00e8nes aux instincts maladifs, le refus de l\u2019aval ignoble que semble apporter l\u2019interpr\u00e9tation de la religion au statut ambigu, p\u00e9niblement inconfortable de May, le refus de l\u2019arri\u00e8re pens\u00e9e tenace et obtuse insensible \u00e0 toute \u00e9rosion par la raison ou les sentiments ; ces refus, cette r\u00e9sistance alti\u00e8re, empreignent l\u2019\u00e9criture d\u2019une pudeur magnifique, d\u2019une fiert\u00e9 que rien ne peut entamer ou outrager. De l\u2019humilit\u00e9 sans humiliation, de la t\u00e9nacit\u00e9 sans arrogance, du r\u00e9pondant contendant sans laisser de traces, une mise en farce de farceurs aux valeurs rances et rancies. Un combat serein mais d\u2019airain, men\u00e9 pour la victoire de la v\u00e9rit\u00e9 et des hautes vertus humaines.<\/p>\n<p>A d\u00e9faut de se confier aux humains, May s\u2019abandonne \u00e0 l\u2019espoir qu\u2019un jour prochain, \u00e0 l\u2019av\u00e8nement du Mahdi, ses souhaits, ses pri\u00e8res soient exauc\u00e9es comme une revanche prise sur une trop longue patience tourment\u00e9e. Que ce m\u00eame Mahdi miraculeux accomplisse les miracles qu\u2019elle attend.<\/p>\n<p>De May au Mahdi ; le titre d\u00e9signe avec pr\u00e9cision le destinateur et le destinataire, le locuteur et l\u2019allocutaire, le scripteur et le lecteur. Le texte n\u2019arrivera jamais au Mahdi, ce dernier n\u2019est dou\u00e9 ni d\u2019omniscience, ni d\u2019ubiquit\u00e9, ni de la facult\u00e9 d\u2019exaucer les pri\u00e8res. L\u2019attente de l\u2019arriv\u00e9e du thurif\u00e9raire est un symbole d\u2019espoir en un lendemain meilleur, un refuge bienvenu, une oreille compatissante, une consolation. \u00ab Il ya de moments ou il ne reste plus que Dieu. \u00bb[p31] Le Mahdi est l\u2019envoy\u00e9 \u00e9clair\u00e9 de Dieu, une des formes de son incarnation.<\/p>\n<p>Le lecteur est le r\u00e9el destinateur du texte. Il est aussi l\u2019interlocuteur dans les \u00e9changes par internet. Il est mis dans la confidence du contenu des lettres que May adresse au Mahdi. Il n\u2019en est pas le censeur, il est l\u2019objet de la lettre, son th\u00e8me principal.<\/p>\n<p>Un journal intime contient l\u2019intime et l\u2019intimit\u00e9, les r\u00e9v\u00e9ler consiste \u00e0 se mettre \u00e0 nu sous le regard s\u00e9v\u00e8re d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 imperm\u00e9able \u00e0 toute forme de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dans certains cas, dans tous les cas. Or, cette mise \u00e0 nu, le lecteur la subit par \u00e0-coup, insensiblement, d\u00e9licatement, sans brusquerie, une sorte d\u2019effeuillage dans un automne sans grand vent.<\/p>\n<p>Les lettres sont adress\u00e9es au Mahdi, le messager miraculeux dont l\u2019arriv\u00e9e est attendue dans sept ans semble-t-il. La symbolique du chiffre sept et l\u2019imminence de son arriv\u00e9e justifient la raison du choix du destinataire. Il pourrait \u00eatre le sauveur, le redresseur de torts, le correcteur d\u2019erreurs, le vengeur juste et bienveillant.<\/p>\n<p>Le lecteur est non seulement impliqu\u00e9 dans l\u2019aveu, le d\u00e9saveu, le souhait, l\u2019espoir, le d\u00e9sespoir, l\u2019attente et l\u2019incertitude mais aussi inform\u00e9 de qu\u2019il est, initi\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il est r\u00e9ellement selon May porteuse d\u2019une douleur dont elle n\u2019est point responsable et pour laquelle elle est tragiquement et impitoyablement condamn\u00e9e . Condamn\u00e9e \u00e0 vie d\u2019\u00eatre en vie, par une famille qui la renie \u00e0 la mort de sa m\u00e8re, d\u2019un beau p\u00e8re op\u00e9rant un soudain revirement, d\u2019un g\u00e9niteur craignant pour l\u2019h\u00e9ritage de ses enfants et la soci\u00e9t\u00e9 la reniant deux fois : l\u2019une d\u2019\u00eatre reni\u00e9e et la seconde de la renier pour son statut de fille adult\u00e8re. Ainsi reni\u00e9e, May s\u2019en va vers un ailleurs propice \u00e0 la r\u00e9alisation de ses ambitions et \u00e0 son anonymat. \u00ab Autrement dit, quitter la maison, la m\u00e8re patrie, en sortant par la grande porte avec un coup de pied dans les reins. Une vie se termine, une autre vie commence. \u00bb[p43)<\/p>\n<p>May, le personnage de \u00ab Ad feminam \u00bb est cinquantenaire, elle m\u00e8ne un dur combat sur plusieurs fronts. La famille, la maladie, le pass\u00e9 persistant est cuisant par sa br\u00fblure, les besoins mat\u00e9riels quotidiens, la recherche d\u2019un travail.<\/p>\n<p>May s\u2019inqui\u00e8te, se questionne et qu\u00eate. Elle enqu\u00eate sur internet \u00e0 travers des blogs. Elle sugg\u00e8re des solutions m\u00eame au Mahdi pour marquer son impuissance \u00e0 ne pouvoir lutter contre le monde ou le changer. May en appelle aux t\u00e9moignages de correspondants et prend \u00e0 t\u00e9moin le Mahdi de toutes ses pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p>Dans \u00ab De May au Mahdi \u00bb La religion, les religions, les faits religieux, les courants, les sectes, l\u2019esprit et la lettre de l\u2019islam, les proph\u00e8tes sont au centre du texte, prisonniers de l\u2019\u00e9criture et lib\u00e9r\u00e9s par elle. Le discours th\u00e9ocritique est d\u2019une subtilit\u00e9 \u00e0 faire passer les questions les plus audacieuses pour des lieux communs de la commune discussion. La famille, l\u2019homme, la femme, l\u2019ethnocrate caucasien et la beurette, les us et coutumes, les th\u00e8mes se multiplient dans une exfoliation d\u00e9licieusement et intelligemment conjugu\u00e9e.<\/p>\n<p>La po\u00e9sie, jalonnant les pages irr\u00e9guli\u00e8rement, parfois p\u00e9dagogique, ne manque pas de beaut\u00e9. Elle est sertie dans le journal intime comme une part d\u2019intimit\u00e9, une alc\u00f4ve un peu plus profonde, un peu plus r\u00e9v\u00e9latrice de l\u2019\u00e2me. Elle s\u2019oppose par son style \u00e0 celui des lettres d\u2019une simplicit\u00e9 et sobri\u00e9t\u00e9 qui ne nuisent en rien \u00e0 leur beaut\u00e9 parfois candide et d\u2019autres \u00e9minemment pertinentes de r\u00e9flexions sociologiques, psychologiques, th\u00e9ologiques.<\/p>\n<p>Le journal est verrouill\u00e9 sur des invocations qui me font dire : \u00ab La valeur incantatoire des mots peut-elle g\u00e9n\u00e9rer leur valeur op\u00e9ratoire ? \u00bb<\/p>\n<p>Pourquoi ? Parce que May, n&rsquo;a pas d&rsquo;ami imaginaire. Son journal est tout de raison et pas sans raisons.<\/p>\n<h4><span style=\"color: #008000;\">Fateh Bourboune<\/span><\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteure : Yano las. Titre : De May au Mahdi. Editions : Aile de May. 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