{"id":14066,"date":"2016-10-23T13:47:25","date_gmt":"2016-10-23T13:47:25","guid":{"rendered":"http:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=14066"},"modified":"2016-10-23T13:47:25","modified_gmt":"2016-10-23T13:47:25","slug":"les-accords-de-cession-de-constantine-et-doran-au-bey-de-tunis-1830-une-chimere-franco-tunisienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/les-accords-de-cession-de-constantine-et-doran-au-bey-de-tunis-1830-une-chimere-franco-tunisienne\/","title":{"rendered":"Les accords de cession de Constantine et d\u2019Oran au Bey de Tunis 1830: une chim\u00e8re franco-tunisienne"},"content":{"rendered":"<p>Au lendemain de la prise d\u2019Alger le 5 juillet 1830, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, malgr\u00e9 la puissance du corps exp\u00e9ditionnaire (450 navires dont plus de 100 b\u00e2timentsde guerre,83pi\u00e8ces d\u2019artillerie de si\u00e8ge, 27 000 marins, 37 000 soldats), se trouva confront\u00e9e \u00e0 des difficult\u00e9s \u00e0 tenir le territoire alg\u00e9rien. Face \u00e0 ces difficult\u00e9s, l\u2019id\u00e9e de placer une partie du territoire sous l\u2019autorit\u00e9 du bey de Tunis germa ainsi dans l\u2019esprit du g\u00e9n\u00e9ral Clauzel, commandant enchefdel\u2019arm\u00e9e d\u2019Afrique (ao\u00fbt 1830-f\u00e9vrier 1831).<\/p>\n<p class=\"p1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/FCK_files\/bey%20tunis.jpg\" alt=\"\" width=\"297\" height=\"453\" align=\"left\" hspace=\"5\" vspace=\"5\" \/>Lorsque, succ\u00e9dant au Comte de Bourmont, Bertrand Clauzel (1772-1842) arrive \u00e0 Alger, en septembre 1830, il a d\u00e9j\u00e0 derri\u00e8re lui une longue exp\u00e9rience de la guerre et de la politique. Cette grande figure militaire s\u2019\u00e9tait illustr\u00e9e pendant les guerres de la R\u00e9volution et de l\u2019Empire. Ralli\u00e9 \u00e0 Napol\u00e9on pendant les Cent-Jours, condamn\u00e9 apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de l\u2019Empereur, il se r\u00e9solut \u00e0 l\u2019exil aux Etats-Unis, puis fut r\u00e9habilit\u00e9 et devint d\u00e9put\u00e9. D\u00e9j\u00e0 comte d\u2019Empire, il est \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la dignit\u00e9 de mar\u00e9chal de France par Louis-Philippe et apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 \u00e0 Paris en 1831, revint de nouveau en Alg\u00e9rie en qualit\u00e9 de gouverneur g\u00e9n\u00e9ral en 1835. Il n\u2019\u00e9tait donc pas homme \u00e0 prendre des d\u00e9cisions inconsid\u00e9r\u00e9es. Mais les probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la conqu\u00eate l\u2019avaient conduit \u00e0 songer \u00e0 cr\u00e9er une sorte d\u2019Etat musulman dans les beyliks de Constantine et d\u2019Oran que l\u2019on confierait \u00e0 des princes tunisiens en contrepartie du paiement d\u2019un tribut comme gage de vassalit\u00e9\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e9gard de la France. Les marques d\u2019amiti\u00e9 t\u00e9moign\u00e9es par le Bey au moment de la conqu\u00eate ont sans doute encourag\u00e9 Clauzel \u00e0 donner corps \u00e0 cet improbable projet.<\/p>\n<p class=\"p1\">Du c\u00f4t\u00e9 tunisien, Husse\u00efn Pacha Bey de Tunis (1824-1835), au pouvoir depuis 1824, ne manquait pour sa part ni d\u2019exp\u00e9rience, ni d\u2019\u00e9nergie. C\u2019\u00e9tait lui qui, en 1815, for\u00e7a la main \u00e0 son p\u00e8re pour prendre le tr\u00f4ne qui lui revenait de droit (voir <i>Leaders, <\/i>juillet 2016). Il \u00e9tait en outre conscient du d\u00e9s\u00e9quilibre des forces au b\u00e9n\u00e9fice absolu des Fran\u00e7ais et savait que la flotte ottomane ne pouvait voler au secours ni d\u2019Alger ni de Tunis. L\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019Etat tunisien \u00e9tait donc d\u2019entretenir de bonnes relations avec la France devenue sa voisine directe. Du point de vue des relations entre Tunis et Alger, l\u2019h\u00e9ritage historique n\u2019\u00e9tait pas propice \u00e0 un r\u00e9flexe de solidarit\u00e9 imm\u00e9diat. En effet, les autorit\u00e9s politico-militaires ottomanes qui dirigeaient la r\u00e9gence d\u2019Alger n\u2019avaient jamais appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019\u00e9mergence et la consolidation d\u2019un Etat beylical centralis\u00e9 et dynastique et qui ne cessait de r\u00e9duire le pouvoir du Divan des janissaires. A plusieurs reprises entre le XVIIe et le XIXe si\u00e8cle, les deys d\u2019Alger (encourag\u00e9s, peut-\u00eatre, discr\u00e8tement par le gouvernement ottoman) ont lanc\u00e9 diverses attaques contre la r\u00e9gence voisine. Sansdoute, l\u2019int\u00e9r\u00eat accord\u00e9 par Le Bardo au projet Clauzel proc\u00e9dait-ilaussidecettevieillerivalit\u00e9. Mais par-dessus tout, Tunis craignait que l\u2019agitation qui secouait alors la r\u00e9gion de Constantine ne se propage\u00e2t parmi les tribus frontali\u00e8res. Clauzel n\u2019avait pas manqu\u00e9, rapporte l\u2019historien Ben Dhiaf, t\u00e9moin des \u00e9v\u00e9nements, d\u2019insister sur ce risque lorsqu\u2019il re\u00e7ut une ambassade beylicale venue le saluer au nom du Bey. Autre facteur qui a sans doute encourag\u00e9 le gouvernement beylical \u00e0 r\u00e9pondre favorablement au G\u00e9n\u00e9ral: l\u2019Est alg\u00e9rien \u00e9tait familier \u00e0 l\u2019Etat tunisien et \u00e0 la population. De part et d\u2019autre de la fronti\u00e8re occidentale de la r\u00e9gence de Tunisie, les habitants \u00e9taient depuis un temps imm\u00e9morial tr\u00e8s proches les uns des autres au niveau des alliances de tous ordres, des us et coutumes et du dialecte.Lelong delaligne qui s\u00e9parait les deux r\u00e9gences, l\u2019affiliation aux m\u00eames confr\u00e9ries soufies avait donn\u00e9 naissance \u00e0 des r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 aliment\u00e9s par les zaouias. Cette proximit\u00e9 a pu faire croireaux Tunisiens que la cession du beylik de Constantine \u00e9tait envisageable,d\u2019autant plus qu\u2019aud\u00e9but il n\u2019\u00e9tait pas question d\u2019Oran.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le 10 novembre 1830, Clauzel \u00e9crit au Bey pour lui faire part de son projet de lui c\u00e9der Constantine. Le Bey r\u00e9pond qu\u2019il accepte <i>\u00abr\u00e9pugnant, <\/i>\u00e9crit-il au G\u00e9n\u00e9ral, <i>\u00e0 l\u2019id\u00e9e de repousser votre proposition.\u00bb <\/i>Il l\u2019informe n\u00e9anmoins qu\u2019il charge son ministre Mustafa Saheb- Ettaba\u00e2, muni des pleins pouvoirs, d\u2019aller \u00e0 Alger discuter de l\u2019ensemble de l\u2019Accord dont les clauses, selon les Tunisiens, devaient \u00eatre lessuivantes: acceptation de la souverainet\u00e9 sur Constantine et la totalit\u00e9 de ses territoires au profit de Mustapha Bey, fr\u00e8re de Husse\u00efn, paiement du tribut par tranches mais apr\u00e8s la prise effective du pouvoir sur le beylik de Constantine, clauses commerciales et fiscales. Il \u00e9tait demand\u00e9 que le chef du corps exp\u00e9ditionnaire fran\u00e7ais ne f\u00eet occuper les forts par ses soldats que sur la demande\u00a0<span class=\"s1\">expresse <\/span>du prince-gouverneur. Quant aux habitants, ils seront soumis \u00e0 la l\u00e9gislation tunisienne. Enfin, le Bey de Tunis se r\u00e9servait la facult\u00e9 de d\u00e9signer qui bon lui semblerait \u00e0 la t\u00eate du beylik de Constantine.<\/p>\n<p class=\"p1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/FCK_files\/bey%202.jpg\" alt=\"\" width=\"297\" height=\"453\" align=\"left\" hspace=\"5\" vspace=\"5\" \/>Les instructions donn\u00e9es au pl\u00e9nipotentiaire tunisien pr\u00e9cisaient que le g\u00e9n\u00e9ral prendrait l\u2019engagement de communiquer ces clauses \u00e0 son gouvernement et d\u2019en remettre la ratification au Bey de Tunis.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mais le processus engag\u00e9 s\u2019emballe puisque, le 5 d\u00e9cembre, Clauzel fait annoncer \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation qu\u2019il envisage, apr\u00e8s la conclusion de l\u2019accord relatif \u00e0 Constantine, d\u2019en n\u00e9gocier un autre avec le Bey au sujet d\u2019Oran, avec un objectif particuli\u00e8rement ambitieux et optimiste puisqu\u2019il est communiqu\u00e9 \u00e0 Saheb-Ettaba\u00e2 \u00abqu\u2019avant deux ans l\u2019Alg\u00e9rie enti\u00e8re sera aux mains du Roi de Tunis, en raison de l\u2019amiti\u00e9 qui le lie au gouvernement fran\u00e7ais\u00bb (d\u00e9claration verbale du secr\u00e9taire fran\u00e7ais cit\u00e9e par l\u2019historien Md.- Salah Mzali (Revue tunisienne, 1948, pp.33-71). Le 13, la d\u00e9l\u00e9gation tunisienne apprend que le gouvernement fran\u00e7ais \u00abapprouve tout ce que le G\u00e9n\u00e9ral [Clauzel] a arr\u00eat\u00e9 avec les Tunisiens et qu\u2019en outre le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res a eu l\u2019assurance de l\u2019Angleterre qu\u2019elle \u00e9tait favorable aux n\u00e9gociations franco-tunisiennes.\u00bb La pr\u00e9cipitation de Clauzel rompait avec les usages diplomatiques dans des n\u00e9gociations de cette importance. D\u2019ailleurs, Horace S\u00e9bastiani, un grand soldat, lui aussi, doubl\u00e9 d\u2019un diplomate, ancien ambassadeur influent \u00e0 Constantinople, devenu ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res apr\u00e8s que Clauzel eut fait officiellement part de son plan au Bey, \u00e9tait, selon Mzali, assez irrit\u00e9 par l\u2019attitude du Commandant en chef \u00e0 Alger.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le plan de cession des deux provinces au bey de Tunis, s\u2019il venait \u00e0 aboutir, ne manquerait pas en effet de provoquer une crise diplomatique de grande ampleur avec le gouvernement imp\u00e9rial ottoman, d\u00e9j\u00e0 particuli\u00e8rement affect\u00e9 par la chute d\u2019Alger. Mais S\u00e9bastiani savait que la confirmation du trait\u00e9 propos\u00e9 par Clauzel \u00e0 Husse\u00efn Bey devait, de toute fa\u00e7on, recevoir l\u2019aval du Roi. Il adopta, semble-t-il, la posture classique: laisser le responsable direct agir et d\u00e9cider en fonction de la tournure des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p class=\"p1\">Voyons la suite: le 16 d\u00e9cembre, Clauzel, \u00abIntendant du Royaume d\u2019Alger\u00bb, signe un arr\u00eat\u00e9 en vertu duquel \u00abSidi Mustapha Bey, Prince de Tunis, est nomm\u00e9 bey de Constantine\u00bb. Le 17, Mustapha Saheb- Ettaba\u00e2 et le G\u00e9n\u00e9ral signent l\u2019accord.<\/p>\n<p class=\"p1\">Toutefois, \u00e0 Constantine les choses \u00e9taient bien plus compliqu\u00e9es qu\u2019on ne l\u2019imaginait \u00e0 Alger et \u00e0 Tunis. Le bey Hadj-Ahmed, rejetant les conseils du Bey de Tunis de cesser un combat perdu d\u2019avance face \u00e0 une arm\u00e9e cent fois sup\u00e9rieure et de lui faire all\u00e9geance, affirmait, au contraire, sa ferme r\u00e9solution \u00e0 bouter les\u00a0Fran\u00e7ais hors de son beylik. Dans ces conditions, il n\u2019\u00e9tait plus question, au Bardo, d\u2019envoyer le prince Mustafa Bey rejoindre \u00absa\u00bb province.<\/p>\n<p class=\"p1\">En d\u00e9pit des difficult\u00e9s insurmontables d\u00e9j\u00e0 apparues au sujet de Constantine, le 5 janvier 1831, Husse\u00efn Pacha Bey informe pourtant Clauzel qu\u2019il accepte \u00abla souverainet\u00e9\u00bb sur Oranpoursonneveu leprince Ahmed aux m\u00eames conditions que Constantine. Prudent, il pr\u00e9cise quand m\u00eame que le paiement du tribut \u00abne sera d\u00fb qu\u2019apr\u00e8s la soumission de toute la province et l\u2019installation effective du gouvernement d\u2019Oran dans son pouvoir\u00bb. Gu\u00e8re rassur\u00e9 quant aux bonnes dispositions des populations de cette lointaine province,le bey d\u00e9cide d\u2019envoyer, dans une premi\u00e8re \u00e9tape, un haut\u00a0<span class=\"s1\">dignitaire <\/span>en qualit\u00e9 de lieutenant (khalifa) du prince-gouverneur d\u2019Oran, accompagn\u00e9 de trois cents hommes. Une fois \u00e0 Oran, il sera rejoint parmille soldats. Il ne sera proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation de la deuxi\u00e8me \u00e9tape, c\u2019est-\u00e0- dire l\u2019installation du prince Ahmed avec un nouvel effectif de mille hommes, que lorsque le khalifa aura rendu compte au gouvernement du Bey de la pacification du pays.<\/p>\n<p class=\"p1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/FCK_files\/bey%203.jpg\" alt=\"\" width=\"297\" height=\"453\" align=\"left\" hspace=\"5\" vspace=\"5\" \/>Si dans le cas de la cession de Constantine, Le Bardo a pu se laisser tenter pour les raisons que nous avons \u00e9voqu\u00e9es plus haut, pour Oran et sa r\u00e9gion, l\u2019installation d\u2019un prince tunisien \u00e9tait carr\u00e9ment illusoire. L\u2019influence marocaine, les usages des tribus, leur puissance et leur absence de contacts avec la lointaine Tunis, tout cela rendait absolument audacieux de songer qu\u2019un gouverneur beylical, m\u00eame de la trempe d\u2019un Ahmed Bey (le futur pacha bey r\u00e9formateur), p\u00fbt, si loin de ses bases et \u00e0 proximit\u00e9 du Maroc, imposer son autorit\u00e9 dont,enoutre, tout le monde sa urait qu\u2019elle serait sous suzerainet\u00e9 fran\u00e7aise. Obtemp\u00e9rant aux ordres du Bey, Kh\u00e9r\u00e9dine Agha,le lieu tenant du prince Ahmed, et ses hommes d\u00e9barquent \u00e0Oranle11f\u00e9vrier1831. D\u00e8sson installation, le vice-gouverneur se heurte \u00e0 des difficult\u00e9s insurmontables. Il r\u00e9alise que l\u2019autorit\u00e9 de son prince ne peut absolument pas se faire de mani\u00e8re pacifique. Les populations manifestent leur hostilit\u00e9 au dignitaire tunisien, les tribus ayant m\u00eame appel\u00e9 \u00e0 son assassinat, nous dit l\u2019historien et, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, membre de la chancellerie beylicale, Ahmed Ben Dhiaf. Kh\u00e9r\u00e9dine Agha informeTunis de la gravit\u00e9 de la situation et demande son rapatriement imm\u00e9diat, la force militaire dont il dispose \u00e9tant tout \u00e0 fait insuffisante et les maigres recettes obtenues des taxes sur le commerce portuaire \u00e9tant loin de suffire au paiement de la premi\u00e8re tranche du tribut d\u00fb \u00e0 la France, voire \u00e0 subvenir aux besoins du contingent tunisien.<\/p>\n<p class=\"p1\">Au fait de la situation, Paris d\u00e9cide le rappel du g\u00e9n\u00e9ral Clauzel et son remplacement par Pierre Berthez\u00e8ne, le 21 f\u00e9vrier. En mars, par pr\u00e9caution, le Bey envoie un \u00e9missaire directement aupr\u00e8s du gouvernement \u00e0 Paris pour s\u2019assurer de l\u2019engagement effectif\u00a0<span class=\"s1\">de <\/span>la France. Le doute \u00e9tait permis, puisqu\u2019 un mois plus t\u00f4t, le consul et charg\u00e9 d\u2019affaires, Mathieu de Lesseps, laissait d\u00e9j\u00e0 entendre au bey que le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 quant \u00e0 l\u2019issue des accords convenus avec le g\u00e9n\u00e9ral Clauzel. Le 22 avril, le m\u00eame consul informe officiellement le Bey du refus du roi Louis-Philippe de ratifier le trait\u00e9. Le 2 juillet, le bey informe Alger qu\u2019il renonce aux provinces de Constantine et d\u2019Oran et demande le rapatriement de Kh\u00e9r\u00e9dine Agha et de ses troupes; ce qui fut fait en septembre-octobre.<\/p>\n<p class=\"p1\">Ainsi s\u2019acheva cet \u00e9pisode passionnant de l\u2019histoire diplomatique franco-tunisienne. Pour illusoire que fut ce projet, il n\u2019en laisse pas moins l\u2019impression que le gouvernement beylical avait une r\u00e9elle comp\u00e9tence en mati\u00e8re diplomatique. Quant au g\u00e9n\u00e9ral Clauzel, on ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00e9prouver de la sympathie \u00e0 son \u00e9gard, dans la mesure o\u00f9, commandant en chef d\u2019un puissant corps d\u2019occupation, il a privil\u00e9gi\u00e9 une solution tout compte fait pacifique \u00e0 la pr\u00e9sence fran\u00e7aise, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019autres chefs militaires fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie dont le mot d\u2019ordre fut de piller les silos, de br\u00fbler les r\u00e9coltes, d\u2019emp\u00eacher le p\u00e2turage.<\/p>\n<p class=\"p1\">A propos de la diplomatie tunisienne, toujours prudente, on peut trouver curieux que l\u2019Etat beylical ait engag\u00e9 des pourparlers avec le g\u00e9n\u00e9ral Clauzel sur un sujet aussi important sans consulter la Sublime Porte. En v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 Tunis, les milieux inform\u00e9s savaient que depuis la d\u00e9faite de la flotte ottomane \u00e0 Navarin en 1827, l\u2019Empire n\u2019avait plus la capacit\u00e9 de d\u00e9fendre ses provinces contre une agression europ\u00e9enne. Sans doute, se sentait-on livr\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame. S\u2019\u00e9tait-il agi, en l\u2019occurrence, d\u2019une conviction que l\u2019\u00e9quilibre des forces dans la r\u00e9gion b\u00e9n\u00e9ficiait d\u00e9sormais exclusivement aux puissances europ\u00e9ennes et qu\u2019il \u00e9tait inutile de solliciter le feu vert du Sultan pour \u00e9tablir des relations avec elles, ou bien \u00e9tait- ce un effet d\u2019une influence massive de la France sur Le Bardo? Quelque temps auparavant, cette quasi-mise sous tutelle s\u2019\u00e9tait exprim\u00e9e lorsque, au moment de l\u2019incident diplomatique cons\u00e9cutif \u00e0 l\u2019affaire dite du \u00abchasse-mouche\u00bb avec lequel le dey d\u2019Alger frappa un consul de France particuli\u00e8rement insolent, le\u00a0gouvernement ottoman envoya d\u2019urgence en avril-mai 1830 Tahar Pacha, son amiral de la flotte \u00e0 Tunis.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/FCK_files\/bey%204.jpg\" alt=\"\" width=\"259\" height=\"505\" align=\"left\" hspace=\"5\" vspace=\"5\" \/><\/p>\n<p class=\"p1\">Ce haut personnage avait pour mission de d\u00e9barquer et se rendre avec des troupes \u00e0 Alger par voie de terre (les ports alg\u00e9riens \u00e9tant sous la surveillance des navires fran\u00e7ais) pour limoger le dey et tenter ainsi de retirer \u00e0 la France le pr\u00e9texte diplomatique \u00e0 une intervention militaire. Sous la pression du consul de France \u00e0 Tunis et de la menace des b\u00e2timents de guerre croisant au large de La Goulette, Husse\u00efn Bey interdit \u00e0 l\u2019envoy\u00e9 ottoman d\u2019accomplir sa mission. Plus tard, au moment des n\u00e9gociations du gouvernement tunisien avec le g\u00e9n\u00e9ral Clauzel, le bruit avait couru que la Turquie allait attaquer le beylik de Tunis pour le punir d\u2019avoir \u00abreni\u00e9 la solidarit\u00e9 islamique\u00bb en refusant de laisser le passage \u00e0 Tahar Pacha et en acceptant d\u2019envoyer un vice-gouverneur \u00e0 Oran. En mai 1831, une d\u00e9l\u00e9gation tunisienne fut envoy\u00e9e \u00e0 Istanbul pour tester le degr\u00e9 de m\u00e9contentement du gouvernement imp\u00e9rial. Tunis s\u2019en sortit, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019habilet\u00e9 du chef de la mission, Ahmed Ben Dhiaf, avec quelques reproches sans cons\u00e9quence.<\/p>\n<p class=\"p1\">Du point de vue politique et des moyens humains, militaires et financiers, l\u2019acceptation du Bey d\u2019engager son Etat dans une entreprise telle que celle de la cession des beyliks de Constantine et d\u2019Oran avait quelque chose de pr\u00e9somptueux. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas une aberration. Le lecteur voudra bien se placer dans le contexte de l\u2019\u00e9poque et imaginer l\u2019Alg\u00e9rie telle qu\u2019elle \u00e9tait alors: un vaste territoire certes et au relief puissant, mais un territoire occup\u00e9 par une population qui, selon l\u2019historienne Lucette Valensi, \u00e9tait d\u2019environ trois millions d\u2019habitants. L\u2019essentiel \u00e9tait constitu\u00e9 de tribus souvent en conflit les unes avec les autres. Pour tous ou presque, l\u2019horizon c\u2019\u00e9tait la tribu, le village ou la ville, \u00e9largi \u00e0 la confr\u00e9rie religieuse. De sorte que l\u2019id\u00e9e d\u2019un sursaut f\u00e9d\u00e9rateur qui, faisant taire les divergences, aurait vol\u00e9 au secours de \u00abla patrie en danger\u00bb \u00e9tait encore inimaginable. Le d\u00e9sarroi s\u2019empara des chefs politiques et tribaux. Certains accept\u00e8rent la pr\u00e9sence fran\u00e7aise, d\u2019autres la refus\u00e8rent. Les diff\u00e9rentes r\u00e9gions qui composent le territoire<\/p>\n<p class=\"p1\">alg\u00e9rien agissaient sans concertation aucune entre elles.<\/p>\n<p class=\"p1\">Dans tous les cas, pour h\u00e9ro\u00efque qu\u2019elle f\u00fbt, la premi\u00e8re r\u00e9sistance alg\u00e9rienne (1832-1847) dut accepter bon gr\u00e9 mal gr\u00e9 un modus vivendi avec l\u2019occupant fran\u00e7ais. On ne peut donc reprocher au gouvernement tunisien d\u2019avoir r\u00e9pondu favorablement \u00e0 la proposition du g\u00e9n\u00e9ral Clauzel alors que, pour tous, la pr\u00e9sence fran\u00e7aise \u00e9tait un fait accompli.<\/p>\n<p class=\"p1\">La politique du Bey en la mati\u00e8re doit \u00eatre comprise moins comme l\u2019expression d\u2019une ambition d\u2019\u00e9tendre son autorit\u00e9 que comme une fa\u00e7on finalement habile d\u2019affronter une situation in\u00e9dite: une puissance \u00e9trang\u00e8re redoutable comme voisin imm\u00e9diat et dont la flotte tenait d\u00e9sormais les ports tunisiens \u00e0 sa merci faisait une proposition qui, somme toute, n\u2019avait rien d\u2019humiliant et mettait le bey en position d\u2019alli\u00e9 et d\u2019ami. En revanche, une fin de non-recevoir pouvait mettre en p\u00e9ril l\u2019Etat. Le Sultan du Maroc, Moulay Abderrahman, allait l\u2019apprendre \u00e0 ses d\u00e9pens. Ayant dans un premier temps appuy\u00e9 militairement la r\u00e9sistance d\u2019Abdelkader, il fut contraint de se retirer, apr\u00e8s la d\u00e9faite de son arm\u00e9e pr\u00e8s de l\u2019Oued Isly en 1844. La France l\u2019ayant menac\u00e9 de lui d\u00e9clarer la guerre, il dut d\u00e9clarer Abdelkader hors-la-loi en Alg\u00e9rie et dans son royaume (trait\u00e9 de Tanger).<\/p>\n<p class=\"p1\">L\u2019\u00e9pisode des Accords Clauzel-Husse\u00efn Pacha Bey, cons\u00e9cutif \u00e0 la prise d\u2019Alger, constitue ainsi une illustration path\u00e9tique de l\u2019entr\u00e9e de notre pays, du Maghreb et de l\u2019Empire ottoman dans son ensemble, dans une nouvelle phase de leur histoire. Phase de longue dur\u00e9e et tragique o\u00f9 la d\u00e9faite n\u2019\u00e9tait plus le r\u00e9sultat d\u2019un \u00e9change entre des forces relativement \u00e9quivalentes mais l\u2019expression de l\u2019\u00e9crasante sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019Europe dans l\u2019art de la guerre mais aussi de son prodigieux essor scientifique, technique et industriel. Nous \u00e9tions d\u00e9sormais aux abois, r\u00e9duits \u00e0 tenter de colmater les br\u00e8ches d\u2019un \u00e9difice glorieux, mais dont la v\u00e9tust\u00e9 apparaissait au grand jour et qui, bient\u00f4t, n\u2019allait plus nous prot\u00e9ger des atteintes \u00e0 notre souverainet\u00e9.<\/p>\n<p class=\"p1\"><strong>Pour en savoir plus:<\/strong> outre L&rsquo;Ithaf de Ben Dhiaf et\u00a0 Md.Salah Mzali, \u00ab\u00a0La cession des beyliks de Constantine et Oran\u00a0\u00bb Revue tunisienne, 1948, pp.33-71,\u00a0 voir Kh\u00e9lifa Chater: D\u00e9pendance et mutations pr\u00e9coloniales, la R\u00e9gence de Tunis de 1815\u00a0 \u00e0 1857, Tunis, 1984, pp.374-416.<\/p>\n<p class=\"p1\"><a href=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/20763-les-accords-de-cession-de-constantine-et-d-oran-au-bey-de-tunis-1830-une-chimere-franco-tunisienne\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><strong><span class=\"s1\">Mohamed-El <\/span>Aziz Ben Achour<\/strong><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au lendemain de la prise d\u2019Alger le 5 juillet 1830, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, malgr\u00e9 la puissance du corps exp\u00e9ditionnaire (450 navires dont plus de 100 b\u00e2timentsde guerre,83pi\u00e8ces d\u2019artillerie de si\u00e8ge, 27 000 marins, 37 000 soldats), se trouva confront\u00e9e \u00e0 des difficult\u00e9s \u00e0 tenir le territoire alg\u00e9rien. 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