{"id":15083,"date":"2017-10-01T15:38:10","date_gmt":"2017-10-01T15:38:10","guid":{"rendered":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/?p=15083"},"modified":"2020-06-07T17:49:25","modified_gmt":"2020-06-07T17:49:25","slug":"bonjour-la-jeunesse-et-meme-les-peres-et-meres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algerienetwork.com\/culture\/bonjour-la-jeunesse-et-meme-les-peres-et-meres\/","title":{"rendered":"Bonjour , la jeunesse! Et, m\u00eame les p\u00e8res et m\u00e8res."},"content":{"rendered":"<div id=\"js_1v\" class=\"_5pbx userContent _22jv _3576\" data-ft=\"{&quot;tn&quot;:&quot;K&quot;}\">\n<p>Pour ceux qui appr\u00e9cie mes \u00e9crits, je vous invite \u00e0 lire le premier passage de , \u00a0\u00bb Survivre pour Ibiza\u00a0\u00bb, ceci, pour vous donner un avant go\u00fbt du r\u00e9cit. Il est vrai qu&rsquo;un critique litt\u00e9raire \u00e9m\u00e9rite, en a fait la critique, positive, je dois dire. Cependant, avec tout le respect que je dois \u00e0 ce Monsieur, le lecteur a toujours le dernier mot, selon mon point de vue. Par l&rsquo;entremise , de mon personnage principal, un jeune, intelligent, d\u00e9lur\u00e9, ayant quitt\u00e9 les bancs du lyc\u00e9e, se raconte, et \u00e0 travers lui la jeunesse Alg\u00e9rienne, pour laquelle, j&rsquo;ai une tendresse particuli\u00e8re. Fiction, qui s&rsquo;inspire de la r\u00e9alit\u00e9. Je fais un constat sans plus, en utilisant souvent le langage argotiques de nos jeunes. Mes mots ne sont pas l\u00e9nifiants. Lorsque quelque chose est d\u00e9plaisant, mon personnage le dit. Mais, h\u00e9las, en Alg\u00e9rie, et c&rsquo;est mon constat, on pr\u00e9f\u00e8re dire, tout va bien, m\u00eame quand tout part en vrille. On ne devrait pas craindre de se faire diagnostiquer pour une \u00e9ventuelle \u00a0\u00bbgu\u00e9rison\u00a0\u00bb. Pour percer dans sa cr\u00e9ation et pouvoir la partager, il faut \u00eatre lisse , complaisant. Est-ce ainsi qu&rsquo;on entreprend un travail utile? Pour ceux qui sont dispos\u00e9s \u00e0 consacrer 5 mns de leur temps, avec mes remerciement anticip\u00e9s, pour encourager l&rsquo;auteure que je suis , liker si le texte vous pla\u00eet mais de gr\u00e2ce! Ignorer si vous n&rsquo;aimez pas .<\/p>\n<p>Mes Salutations.<\/p>\n<p>Le roman est \u00e9videmment prot\u00e9g\u00e9 par l&rsquo;ONDA, ceci, pour \u00e9viter le plagiat.<\/p>\n<p>SURVIVRE POUR IBIZA<\/p>\n<p>CHAPITRE I<\/p>\n<p>Une d\u00e9charge \u00e0 la bedaine gargantuesque, situ\u00e9e \u00e0 la bordure d\u2019un bois qui longe la route, n\u2019\u00e9chappe pas au regard des passants et des automobilistes. Le nez point\u00e9 insolemment au firmament, elle se languie paresseusement, jusqu\u2019\u00e0 ce que des courtisans viennent la goinfrer d\u2019ordures. Le jeune homme s\u2019appr\u00eatant \u00e0 l\u2019escalader, parut un moment ind\u00e9cis. Plant\u00e9 l\u00e0, devant la d\u00e9charge, il regardait longuement autour de lui. Avec circonspection. Ne voyant personne dans les parages, il pi\u00e9tina son flanc, doucement, avec pr\u00e9caution. Des d\u00e9bris contondants jonchaient l\u2019endroit : tessons de verre, morceaux de fer etc. D\u00e8s que la nuit enveloppent les lieux de son t\u00e9n\u00e9breux manteau, un ou deux camions d\u00e9bouchant d\u2019un chemin longeant les pins, viennent y d\u00e9verser toutes sortes d\u2019ordures : des gravats, des restes de chantier de construction, des seringues, des fioles, des boites de m\u00e9dicaments, des d\u00e9chets m\u00e9nagers, etc. Des individus sans \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me aucun, polluent ce lieu o\u00f9 abonde la v\u00e9g\u00e9tation.<br \/>\nUn saccage \u00e9cologique qui semble ne point indisposer autrui ni m\u00eame les responsables de la commune. De cette d\u00e9charge que l\u2019on aper\u00e7oit de la route, sont ais\u00e9ment identifiables : les bidons d\u2019huile d\u2019un jaune \u00e9clatant, ainsi que l\u2019amoncellement de sachets noirs, bourr\u00e9s de d\u00e9tritus dont certains \u00e9ventr\u00e9s, livrent aux rats de la nourriture en putr\u00e9faction. Sans rechigner aucunement, ce jeune homme pataugeait dans cette montagne d\u2019immondices d&rsquo;une laideur, tranchant de fa\u00e7on criarde, avec la beaut\u00e9 sylvestre des grands arbres, pour la plupart centenaires. En d\u00e9pit de la pestilence, l\u2019adolescent paraissait insensible, \u00e0 ce qu\u2019il humait, ou touchait, retournant \u00e7a et l\u00e0, toutes sortes d\u00e9chets. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la route, en face de la d\u00e9charge, des b\u00e2timents dont certains r\u00e9cents semblent s\u2019accommoder avec ce d\u00e9cor odieux qui para\u00eet les narguer. Vision insolite, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de cette petite ville, affubl\u00e9e du sobriquet de : Bouzelouf, en raison de ses fameuses gargotes qui proposent le rago\u00fbt de Bouzelouf, concoct\u00e9 avec la t\u00eate de mouton, dont la laine, pr\u00e9alablement br\u00fbl\u00e9e, donne au plat une subtile saveur.<\/p>\n<p>Un adolescent, \u00e0 l\u2019allure plut\u00f4t hardie, passant pr\u00e8s de la d\u00e9charge, aper\u00e7ut le fouineur courb\u00e9, qui d\u00e9pla\u00e7ait \u00e7a et l\u00e0, les rebuts. L\u2019ayant reconnu, Mahmoud le h\u00e9la aussit\u00f4t:<br \/>\n&#8211; H\u00e9, h\u00e9 ! Mourad! Celui-ci redressa l\u2019\u00e9chine, se tourna en direction de la voix, et vit son ancien camarade de lyc\u00e9e, debout, \u00e0 quelques m\u00e8tres de la d\u00e9charge. &#8211; Salut le lettr\u00e9 ! cria Mourad avec un brin d\u2019ironie dans la voix. -Comment \u00e7a va ? hurla le jeune. Mourad dit d&rsquo;un geste ample:<br \/>\n&#8211; On fait aller!<br \/>\n&#8211; Dis donc ! \u00c7a ne te fait rien de remuer ce tas de fumier ? railla Mahmoud en laissant \u00e9chapper un petit rire. Le regardant avec d\u00e9sinvolture, Mourad s\u2019essuya le nez avec le revers de sa main, doucement, consciencieusement, en prenant son temps, puis l\u00e2cha brusquement d\u2019une voix goguenarde:<br \/>\n&#8211; Non ! Pourquoi, donc ?<br \/>\n\u00c7a chlingue dr\u00f4lement! Tu ne sens rien? Cette puanteur et toute cette salet\u00e9, ne t&rsquo;indisposent pas ? s&rsquo;exclama Mahmoud d\u2019un air \u00e9c\u0153ur\u00e9, en secouant devant son nez une main comme un \u00e9ventail, comme pour \u00e9loigner les mauvaises odeurs.<br \/>\n-C\u2019est la chasse aux tr\u00e9sors ! Ha, ha\u2026 argua Mourad, hilare. Je r\u00e9cup\u00e8re tous les morceaux de fer que je trouve, pour les fourguer au ferrailleur, \u00e7a me fera un peu de thunes ! C\u2019est toujours mieux que rien ! Figure-toi, reprit-il d\u2019un ton jovial, j\u2019ai trouv\u00e9 des seringues, des boites de m\u00e9dicaments et un tas d\u2019autres bidules en bon \u00e9tat. Tu ne peux pas imaginer tout ce qu\u2019on peut d\u00e9goter dans une d\u00e9charge!<br \/>\n&#8211; Fais gaffe, cr\u00e9tin! Les seringues ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es! Tu vas choper des microbes !<br \/>\n&#8211; T&rsquo;inqui\u00e8te! dit Mourad, imperturbable. De toute fa\u00e7on, je suis un des leurs ! Certaines personnes m\u2019appellent microbe, je m\u2019y fais \u00e0 la longue. Que fais- tu du maktoub ? ajouta-t-il avec une note d&rsquo;insolence dans la voix. Je ne suis pas non plus d\u00e9bile ! Je fais attention, sinon \u00e7a craint ! Tu vois les deux sacs en jute, l\u00e0-bas ! dit-il en montrant du doigt de vieux sacs pos\u00e9s dans un endroit creux de la d\u00e9charge. Mahmoud les distinguait \u00e0 peine.<br \/>\nIl y a mes fameuses trouvailles dedans, reprit-il d\u2019une voix enjou\u00e9e. Une fois chez moi, je ferai le trie, et je remettrai \u00e0 neuf ce qui en vaut la peine !<br \/>\n&#8211; Et les m\u00e9dicaments? Que comptes-tu, en faire ? Tu te doutes bien qu\u2019ils sont p\u00e9rim\u00e9s !<br \/>\n-\u00c7a, je m\u2019en bats les couilles! Les m\u00e9dicaments, \u00e7a co\u00fbte les yeux de la t\u00eate ! Ce n\u2019est pas p\u00e9rissable comme de la nourriture, apr\u00e8s tout! Ma petite mine d\u2019or, ce sont surtout les morceaux de fer et le plastique. Je suis le roi de la r\u00e9cupe! Quand j&rsquo;aurais atteint une bonne quantit\u00e9 de ces mat\u00e9riaux, je les fourguerai au responsable d\u2019une unit\u00e9 de recyclage, qui me les rach\u00e8te au kilo ! \u00c7a me fera du taffe, dit-il en se frottant ses deux paumes de mains l\u2019une contre l\u2019autre comme quelqu\u2019un ayant conclut une bonne affaire. J\u2019essaierai d\u2019\u00e9couler le reste de mon butin \u00e0 d\u2019autres personnes, ajouta-il, d\u2019un air tranquille.<br \/>\n-A qui, gredin ? Tu prends les gens pour des imb\u00e9ciles! Faisant mine de r\u00e9fl\u00e9chir, en caressant doucement d\u2019une main les quelques poils de barbe pointant timidement alentours, de ses joues et du menton, Mourad l\u00e2cha au bout d&rsquo;une poign\u00e9e de secondes avec aplomb:<br \/>\n&#8211; Qu\u2019est ce que tu crois! Des pigeons, y\u2019en a partout! Puis, scrutant, machinalement le tas d\u2019ordures devant lui, Mourad sembla attir\u00e9 par quelque chose, il s\u2019accroupit, enfon\u00e7a sa main dans le tas de d\u00e9tritus sans le moindre d\u00e9go\u00fbt, puis se releva brusquement en brandissant triomphalement au bout de son bras tendu, une montre, qu\u2019il exhibait avec ostentation \u00e0 son camarade, comme un troph\u00e9e. Du haut de son sordide perchoir, Mourad souriait b\u00e9atement comme un enfant, ayant trouv\u00e9 par hasard dans la rue une pi\u00e8ce de monnaie. Il rapprocha l\u2019objet de son oreille. Sa mine rayonnante laissait pressentir que la montre fonctionnait. Mourad glissa sa fameuse trouvaille dans sa poche, puis alla r\u00e9cup\u00e9rer ses deux sacs en jute, avant de s&rsquo;extirper de cette \u00eele en d\u00e9tresse. Il rejoignit son copain. Apr\u00e8s une chaleureuse accolade, les deux jeunes se mirent \u00e0 marcher c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, tout en bavardant. Arriv\u00e9s, au milieu du bois, Mourad proposa \u00e0 son compagnon, une petite halte sous l\u2019ombre d\u2019un pin, afin de poursuivre tranquillement leurs palabres. Mahmoud \u00f4ta sa veste, l\u2019\u00e9tala sur le sol et s\u2019assit dessus. Mourad s\u2019\u00e9tendit sur le tapis d\u2019aiguilles de pin, les coudes appuy\u00e9s sur le sol, le buste pench\u00e9 vers l&rsquo;avant, face \u00e0 son compagnon. Mourad fixa soudain Mahmoud d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9nigmatique. Mahmoud d\u2019un air d\u00e9tach\u00e9 mordillait tranquillement une petite brindille, qu\u2019il venait de ramasser sur le sol.<br \/>\n&#8211; Je vais aller \u00e0 Ibiza ! dit brusquement Mourad avec les prunelles luisantes, comme quelqu&rsquo;un transi d&rsquo;amour. Mahmoud vit ce feu dans ses yeux.<br \/>\n-D\u2019o\u00f9 te viens cette id\u00e9e ?lui dit-il, pos\u00e9ment, d\u2019un air surpris.<br \/>\n&#8211; En regardant un reportage, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, et pas plus tard qu\u2019hier! J\u2019en ai profit\u00e9, pendant l\u2019absence de mon frangin. -Ah! Pourquoi? s\u2019exclama Mahmoud d\u2019un air surpris. &#8211; Zinedine va bient\u00f4t se marier, alors il se conduit d\u00e9j\u00e0 en chef de famille! L&rsquo;a\u00een\u00e9 est mort dans une embuscade, avoua -t-il avec un calme affect\u00e9. Il s\u2019est achet\u00e9 un num\u00e9rique pour capter les cha\u00eenes satellitaires, et comme elles transmettent un tas de machins- chouettes qu\u2019on ne peut pas regarder en famille ! Mahmoud, l\u2019interrogea d\u2019un regard, \u00e9tonn\u00e9.<br \/>\n&#8211; Tu n\u2019as pas besoin, que je te fasse un dessin! Toutes ces choses os\u00e9es, que les cha\u00eenes c\u00e2bl\u00e9es passent, ce n\u2019est pas dans nos m\u0153urs, voyons! Ce n\u2019est pas possible en famille ! argua-t-il pour appuyer son propos.<br \/>\nConfus, Mahmoud dit aussit\u00f4t :<br \/>\n&#8211; Et ta m\u00e8re, \u00e7a la g\u00eane pas de rester sans t\u00e9l\u00e9 ?<br \/>\n&#8211; Elle s&rsquo;en fiche, elle est tellement occup\u00e9e! Il lui a promis une nouvelle t\u00e9l\u00e9 de toute fa\u00e7on! Cette vieille t\u00e9l\u00e9 lui appartient, il l&rsquo;a achet\u00e9e avec son pognon. \u00ab Quand ton fr\u00e8re sort du boulot, il doit d\u00e9compresser \u00bb, me dit ma m\u00e8re. Parce que moi, tu vois, je compte pour du beurre ! Son visage se rembrunit soudain. Comme pour en rajouter une couche, Mahmoud dit en affectant un air candide:<br \/>\n&#8211; Et, ta s\u0153ur, elle ne dit rien? En g\u00e9n\u00e9ral, les filles ne peuvent pas se passer de t\u00e9l\u00e9! Mourad sembla \u00e9vasif, subitement. Avant qu\u2019il n\u2019e\u00fbt le temps de r\u00e9pondre Mahmoud le prenant de cours, dit avec cet accent chantant des anciens pieds -noirs d\u2019Alg\u00e9rie, \u00ab moi, ma s\u0153ur ? La t\u00e9l\u00e9, c\u2019est son kiffe! Surtout au moment du feuilleton \u00e9gyptien, ya hasra ! la t\u00e9l\u00e9, quand elle la regarde, je te jure ma parole, tu crois qu\u2019elle va la manger ! En plus, c\u2019est toujours la m\u00eame rengaine avec ce genre de une histoire d\u2019amour \u00e0 l\u2019eau de rose , et des acteurs qui sur- jouent leurs r\u00f4les avec des gestes emphatiques et un pathos de lamentations. Tu vois Beaucoup de malheurs ! comme si les n\u00f4tres ne nous suffisaient pas ! L\u2019autre jour, je rapplique pile au moment du feuilleton, et qu\u2019est ce que je vois ? Ma s\u0153ur entrain de pleurer !<br \/>\n-Attends! Laisse-moi terminer! dit Mahmoud d&rsquo;un air important, comme s&rsquo;il allait livrer la fin d&rsquo;un suspense. Je jette un \u0153il sur l\u2019\u00e9cran, juste par curiosit\u00e9, tu vois! Je vise direct l\u2019actrice qui \u00e9tait entrain de chialer elle aussi. Ma frangine ne s\u2019est m\u00eame pas rendu compte de ma pr\u00e9sence. Tu penses bien, elle ne voulait pas en rater une miette! Je l\u2019entendais qui marmonnait, \u00ab la pauvre, il l\u2019a quitt\u00e9e pour une jeune. Elle n\u2019a pas de travail, qu\u2019est ce qu\u2019elle va devenir ? \u00bb, ma m\u00e8re, je ne te dis pas, hein! Elle aussi \u00e9tait scotch\u00e9e, devant la t\u00e9l\u00e9, dit-il, en avan\u00e7ant brusquement ses deux paumes de mains vers l\u2019avant, comme pour pousser un meuble. Je te jure ma parole, en les voyant dans cet \u00e9tat, c\u2019est comme si, c\u2019est ma s\u0153ur qu\u2019il a quitt\u00e9e ! elle n\u2019arr\u00eatait pas de pleurnicher, bon sang ! J\u2019ai dit comme \u00e7a \u00e0 ma frangine, \u00ab ne t\u2019en fais pas ! Tout \u00e7a, c\u2019est du \u2018\u2019festi\u2019\u2019 ! \u00bbTu aurais vu comment, elle a sursaut\u00e9! Elle ne s\u2019attendait pas \u00e0 me voir! Elle m\u2019a regard\u00e9 d\u2019un air ahuri et, pas un mot ! Elle a aussit\u00f4t replong\u00e9 son nez dans la t\u00e9l\u00e9. Elle est maso ma s\u0153ur, ma parole ! Toutes ces foutaises, elle y croyait vraiment! Et, ma m\u00e8re, elle m\u2019a rembarr\u00e9 sur le champ ! Tu sais ce qu\u2019elle m\u2019a dit, ma m\u00e8re ? Mourad fit non de la t\u00eate. Elle m\u2019a dit: \u00ab digage ! Laisse- nous tranquilles ! Tu ne comprends rien aux femmes ! \u00bb Je les ai regard\u00e9es toutes deux d\u2019un air d\u00e9go\u00fbt\u00e9, et je suis sorti de la pi\u00e8ce comme un abruti. Je ne me comprends pas moi-m\u00eame Ya h\u2019bibi, comment veux tu, que je comprenne les femmes ? D\u2019abord dans ce pays, je te jure, ma parole ! Tous les hommes, ils ne se comprennent pas eux-m\u00eames ! Il arrivera un jour, on va \u00eatre comme les animaux du film Jurassique- Parck ! On se bouffera entre nous! Et, ce n\u2019est pas \u00e7a le pire! rench\u00e9rit -il sur un ton mi- offusqu\u00e9 mi -indign\u00e9, ma s\u0153ur, depuis qu&rsquo;elle regarde ces feuilletons \u00e9gyptiens, elle parle comme eux! Mourad prit l\u2019expression de quelqu\u2019un n\u2019ayant pas saisi.<br \/>\n-Oui, Ya h\u2019bibi ! Parfaitement ! s\u2019\u00e9cria Mahmoud en faisant un mouvement circulaire de sa t\u00eate. Ma s\u0153ur ponctue tous ses propos, en veux- tu, en voil\u00e0 de : \u2018\u2019Macha Allah\u2019\u2019 , par- ci, de \u2018\u2019Ya kida \u2018\u2019, par- l\u00e0, et de \u2018\u2019Ya omri\u2019\u2019 , ce mot-l\u00e0, c&rsquo;est le pompon, il me fait h\u00e9risser les poils sur ma t\u00eate.<br \/>\n&#8211; Je te comprends, mon vieux ! On ne sait plus qui on est vraiment dans ce pays! Et puis, c\u2019est in\u00e9vitable, on nous passe plus les films avec les acteurs comme Boubegra, Rouiched, l\u2019inspecteur Tahar, Krik\u00e8che, Kaci tizi-Ouzou! Tu te rappelles ? Qu\u2019est ce qu\u2019ils nous faisaient marrer! En plus, c\u2019\u00e9tait dans un humour de chez nous !<br \/>\n&#8211; Ma parole d&rsquo;honneur, je te dis, hein! On va finir par \u00eatre \u00e9gyptianis\u00e9s! assura Mahmoud d&rsquo;un mouvement affirmatif de la t\u00eate, afin de ne laisser aucun doute sur ses pr\u00e9dictions. -Ma s\u0153ur n\u2019a pas ce probl\u00e8me ! Elle est tellement studieuse, que ce sont ses livres que tu crois qu\u2019elle va manger! Elle \u00e9tudie le droit, dit-il vite fait. Il y eut une minute de silence. Les droits des femmes, c\u2019est ce qui la branche !reprit-il, sur un ton mi- ironique mi- espi\u00e8gle. Apr\u00e8s tout, si elle veut y croire, c\u2019est son affaire! Modulant tout d\u2019un coup son timbre de voix, Mourad dit d\u2019un ton enthousiaste: &#8211; On va arr\u00eater de parler de nos s\u0153urs! tu veux bien ? Moi, je veux te parler d\u2019Ibiza. \u2013 Allez, kho! Ce n\u2019est pas la peine de t\u2019exciter ! lui r\u00e9torqua Mahmoud d\u2019une petite voix contrite.<\/p>\n<p>&#8211; Depuis que j\u2019ai vu Ibiza dans le reportage. C\u2019est fou ce qu\u2019elle m\u2019obs\u00e8de. C\u2019est mon d\u00e9lire d\u2019y aller un jour ! confia-t-il avec un regard mi r\u00eaveur et un vague un sourire sur les l\u00e8vres. Je n\u2019arrive plus \u00e0 m\u2019\u00f4ter cette id\u00e9e de la t\u00eate, l&rsquo;ami! Mourad s\u2019interrompit quelques secondes. Ibiza, vois- tu ? reprit-il, avec une inflexion d&rsquo;envie dans la voix, c\u2019est la f\u00eate, comme jamais on ne pourra la vivre ici. Il y a une discoth\u00e8que \u00e0 entr\u00e9e libre du c\u00f4t\u00e9 de Bora Bora, une flop\u00e9e de filles aussi craquantes les unes que les autres ! Mahmoud, les yeux \u00e9largis dit d\u2019un ton offusqu\u00e9:<br \/>\n&#8211; Tu veux vivre dans le p\u00e9ch\u00e9 ? Sortant aussit\u00f4t de ses gons, Mourad se redressa brusquement sur son s\u00e9ant, et le fustigeant d\u2019un regard m\u00e9prisant, il s\u2019\u00e9cria en agitant devant lui ses mains dans un geste d\u2019indignation :<\/p>\n<p>-O\u00f9 est le mal ? Tu peux me l\u2019expliquer, dis ! Je n\u2019ai de compte, \u00e0 rendre \u00e0 personne ! Hier encore, j\u2019ai lu sur le journal, que des militaires ont \u00e9t\u00e9 fauch\u00e9s par une explosion, dit-il d\u2019un ton indign\u00e9 en haussant la voix. C\u2019est \u00e7a le p\u00e9ch\u00e9! Tu imagines, comme \u00e7a doit \u00eatre atroce pour leurs parents ! Mourir dans un attentat, c\u2019est tellement inattendu, tu comprends ! Pourquoi, s\u2019en prendre \u00e0 eux ?Tous, des enfants du peuple. Pourquoi, s\u2019en prendre au peuple ? Tu ne crois pas, qu\u2019il gal\u00e8re assez ! Tout ce sang qu\u2019on fait couler \u00e0 gogo, \u00e7a me rend dingue ! Et, en plus, on ne sait m\u00eame pas, pourquoi ? dit-il en hurlant comme s\u2019il s\u2019adressait \u00e0 un sourd. Se radoucissant d\u2019un coup, il ajouta avec infiniment de tristesse: &#8211; Mon grand fr\u00e8re \u00e9tait policier. Il s\u2019est fait zigouill\u00e9 lui aussi, pendant son service. Tu ne peux pas savoir \u00e0 quel point il me manque. Ses mots s\u2019\u00e9trangl\u00e8rent dans sa gorge. Il a tellement \u00e9t\u00e9 amoch\u00e9, qu\u2019on nous l\u2019a livr\u00e9 dans un cercueil d\u00fbment scell\u00e9. On lui a d\u00e9capit\u00e9 la t\u00eate. Depuis, je fais souvent des cauchemars. Ma m\u00e8re n\u2019a m\u00eame pas pu voir son visage une derni\u00e8re fois. J\u2019en ai ma claque, de toutes ces monstruosit\u00e9s, on ne sait m\u00eame pas pour quelle raison ! Mahmoud acquies\u00e7a doucement la t\u00eate, et abonda aussit\u00f4t dans son sens:<br \/>\n&#8211; La s\u0153ur \u00e0 mon p\u00e8re a perdu son fils dans les m\u00eames circonstances. Sauf que lui \u00e9tait militaire. Ce ne sont pas seulement tous les corps de s\u00e9curit\u00e9, qui ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s par ces abominations, il y a aussi un nombre effarant de civils, tous \u00e2ges confondus et toutes cat\u00e9gories sociales. Tous ont \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9s ! Va savoir, pourquoi ?<br \/>\n&#8211; Sacrifier sur l\u2019autel de la b\u00eatise et de l\u2019ignorance. Voil\u00e0 la r\u00e9ponse, si tu veux mon avis!<br \/>\n&#8211; Oh, pis zut ! Moi, \u00e7a me d\u00e9passe tout \u00e7a ! lan\u00e7a Mahmoud, d\u2019un ton irrit\u00e9. Ma tante paternelle avait pr\u00e9par\u00e9 des g\u00e2teaux pour f\u00eater son retour. S\u2019interrompant brusquement, il se raidit, puis apr\u00e8s quelques secondes d\u2019h\u00e9sitation, l\u00e2cha: Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 aux fronti\u00e8res dans le sud, alors qu&rsquo;il lui ne lui restait qu\u2019\u00e0 peine une semaine pour terminer son service national. Tu te rends compte ! s\u2019exclama-t-il, d\u2019un ton effar\u00e9. -Quelle d\u00e9veine ! dit Mourad, en secouant la t\u00eate d\u2019un air indign\u00e9. &#8211; Depuis ce drame, ma tante d\u00e9raille! Mourad l\u2019\u00e9coutait sans broncher. Parfois, elle ram\u00e8ne toute une bo\u00eete de g\u00e2teaux \u00e0 ma m\u00e8re, et elle lui dit qu&rsquo;elle les a pr\u00e9par\u00e9s pour son fils mais qu&rsquo;il a eu un emp\u00eachement, et qu&rsquo;elle ne peut pas les manger \u00e0 cause de son diab\u00e8te, conclut-il la gorge nou\u00e9e. Comme pour fuir l\u2019horreur de ce r\u00e9cit, Mourad dit en affectant un ton badin:<\/p>\n<p>&#8211; Moi, c\u2019est d\u00e9cid\u00e9, mon pote! J\u2019irai \u00e0 Ibiza, quoiqu\u2019il m en co\u00fbte ! J\u2019oublierai toutes ces horreurs, et ce \u2018\u2019digo\u00fbtage\u2019\u2019, qui me pourrissent la vie. J\u2019irais d&rsquo;abord dans une discoth\u00e8que, pour \u00e9couter de la musique, \u00e0 me p\u00e9ter les tympans ! Je danserais en secouant mon corps comme un cocotier, pour me sentir exister. Etre moi, juste moi ! N&rsquo;\u00eatre ni toi ni un autre, tu comprends !<br \/>\n-L\u00e0, je ne te suis plus! Si tu n&rsquo;es plus toi-m\u00eame, c&rsquo;est un psy qu&rsquo;il te faut mais pas Ibiza!<br \/>\n-Ne me prends au mot! Vivre les choses comme \u00e7a me pla\u00eet, voil\u00e0 ce que je veux dire! Sais-tu pourquoi, j&rsquo;ai quitt\u00e9 le lyc\u00e9e?<br \/>\n-Non. Mais raconte !<br \/>\n-J&rsquo;en ai marre qu&rsquo;on me dise, fais pas ci, fais pas \u00e7a, s\u2019\u00e9cria-t-il avec rage. J&rsquo;avais un prof qui en avait toujours apr\u00e8s moi! Il ne voulait pas que je vienne \u00e0 son cours avec du gel sur les cheveux. En quoi, \u00e7a le regarde! Et le prof de philo, il me saquait toujours avec de tr\u00e8s mauvaises notes, et tu sais pourquoi? Mahmoud \u00e9largit les yeux en secouant la t\u00eate de gauche \u00e0 droite.<br \/>\n-Quel que soit le sujet de philo, il fallait toujours le traiter sous un angle religieux. Je ne suis pas Imam, moi ! Il m&rsquo;humiliait, en me disant\u2019\u2019 tu vas br\u00fbler en enfer\u2019\u2019. La mort de mon fr\u00e8re, c&rsquo;est la goutte d\u2019eau qui a fait d\u00e9border le vase. J&rsquo;ai tout envoy\u00e9 balader!<br \/>\nJe ne dis pas qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, je nage dans le bonheur! Tous les matins, lorsque je me l\u00e8ve pour lib\u00e9rer le salon, c&rsquo;est l\u00e0, que je dors faute de place. Je me demande ce que je vais faire durant la journ\u00e9e? Chez les roumis, on dit : Le temps c\u2019est de l\u2019argent, par contre nous, fit-t-il en \u00e9bauchant un petit sourire mi- railleur mi- contrit, si c&rsquo;\u00e9tait possible, le temps, on l\u2019exporterait comme le p\u00e9trole! On ne sait pas comment tuer le temps! Y\u2019a des moments comme \u00e7a, je te jure ma parole, j\u2019ai envie de me flinguer ! C\u2019est le r\u00eave qui me permet de tenir le coup, quand la coupe est pleine! dit-il avec v\u00e9h\u00e9mence en jetant dans un geste de col\u00e8re la pomme de pain qu\u2019il avait dans la main. -Comment, comptes- tu te rendre dans ce coin idyllique ?dit Mahmoud en le fixant d\u2019un regard p\u00e9n\u00e9trant. Tu veux faire comme les Harragas ? Ces cingl\u00e9s qui prennent la mer dans de vieux rafiots, pour aller chez les roumis, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e9diterran\u00e9en! Ils pensent trouver du travail l\u00e0-bas, mais que dalle! -Tu te trompes lourdement, mon vieux ! Ce ne sont pas des cingl\u00e9s! lui r\u00e9pliqua Mourad en le foudroyant du regard. Ces jeunes sont des r\u00eaveurs, et c&rsquo;est le r\u00eave qui les aide \u00e0 tenir le coup, et \u00e0 ne pas devenir maboul ! fit-il en tapotant de l\u2019index sur sa tempe. Le r\u00eave, c\u2019est comme une bou\u00e9e de sauvetage, \u00e7a nous emp\u00eache de sombrer dans la d\u00e9pression ou dans je ne sais fichtrement, quoi d\u2019autre ! Puis, posant sur Mahmoud un regard fi\u00e9vreux, il avoua avec un brin d\u2019amertume dans la voix: Si je ne me shoote pas avec une saloperie quelconque, c\u2019est \u00e0 cause de ma m\u00e8re. Je ne veux pas qu&rsquo;elle souffre une seconde fois ! La mort de mon fr\u00e8re a \u00e9t\u00e9 un coup trop dur pour elle, il marqua une pause de silence puis, comme ragaillardi d&rsquo;un coup, il ajouta en haussant le ton: Heureusement, que j\u2019ai des r\u00eaves plein la t\u00eate! Sinon, je pr\u00e9f\u00e8rerais crever! -Remarque, tu n\u2019as pas tellement tort! fit remarquer Mahmoud, d\u2019un ton volontairement conciliant. J\u2019ai un cousin qui a pris la poudre d\u2019escampette, et il vit en France, \u00e0 pr\u00e9sent. Comme \u00e7a, une nuit, sans crier gare, lui et plusieurs personnes ont fichu le camp en douce dans un vieux bateau de p\u00eacheur. Y\u2019avait m\u00eame une femme enceinte avec eux, \u00e0 ce qu&rsquo;il para\u00eet ! s\u2019exclama-t-il en roulant des yeux. Et, le plus beau, c\u2019est qu\u2019ils ont r\u00e9ussi leur coup, figure-toi! Il vit tranquillos \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>&#8211; Ce n\u2019est pas possible ! coupa Mourad, incr\u00e9dule et \u00e9bahi, \u00e0 la fois. Dis-moi, comment, il a fait?<br \/>\n&#8211; Myst\u00e8re et boule de gomme ! Ses parents n\u2019ont donn\u00e9 aucun d\u00e9tail. Je sais par contre, qu\u2019il avait emport\u00e9 assez de pognon, pour tenir le coup quelques temps en Italie, pour rejoindre ensuite, la France. Il a vivot\u00e9 durant quelques temps en travaillant au noir, genre : la plonge, carreleur, je ne sais plus quoi d\u2019autre ! Il ne devait pas faire la fine bouche, du moment qu\u2019il trouvait un job au black ! C\u2019\u00e9tait un d\u00e9brouillard mon cousin, un as du bricolage, pas paresseux du tout! Et, le top du top, c&rsquo;est qu&rsquo;il ne sait jamais fait gauler par la police, \u00e0 cause des papiers!<br \/>\n-Tu d\u00e9connes!<br \/>\n-Il est grand et il a les yeux bleus! Une tronche de roumi, quoi! Ce qui fait qu&rsquo;il n&rsquo;attirait pas l\u2019attention. Son histoire s\u2019est termin\u00e9e comme un conte de f\u00e9e, rench\u00e9rit-il ! Mourad fit des yeux ronds d\u2019\u00e9tonnement.<br \/>\n&#8211; Il a rencontr\u00e9 une fille qui a eu le b\u00e9guin pour lui, elle l&rsquo;a \u00e9pous\u00e9! C&rsquo;est aussi simple que \u00e7a! Je suppose, qu&rsquo;il avait la baraka avec lui! dit-il, en posant sur Mourad un regard perplexe, comme si lui- m\u00eame, n\u2019y croyait pas. Il a tous ses papiers en r\u00e8gle! Il peut se pavaner en long et en large dans le pays sans crainte.<br \/>\n&#8211; Quel veinard, celui l\u00e0 ! dit Mourad, admiratif.<br \/>\n-Mais, faut pas croire que la chance sourit \u00e0 tout le monde ! objecta Mahmoud, en secouant \u00e9nergiquement la t\u00eate, comme pour mettre un point final \u00e0 son histoire, il ramassa d\u2019un geste machinal la pomme de pain, tomb\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, qu\u2019il tourna dans tous les sens, comme pour v\u00e9rifier si elle contenait encore des graines. Mourad se leva subitement, s\u2019\u00e9broua pour faire tomber les aiguilles de pins accroch\u00e9es \u00e0 ses v\u00eatements, puis se dirigea vers le pied de l\u2019arbre o\u00f9 les sacs en jute \u00e9taient pos\u00e9s. Avant de les r\u00e9cup\u00e9rer, il fourragea un bref instant dans l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, comme pour jauger son butin. Son regard s\u2019\u00e9claira d&rsquo;une vive lueur. Pensait-il obtenir une somme rondelette, en vendant toute sa camelote? Avant de quitter les lieux, il s\u2019approcha de son camarade, lui donna une tape amicale sur le dos, pour lui signifier qu\u2019il prenait cong\u00e9 de lui. Mourad ne broncha pas, absorb\u00e9, par la pomme de pain dont il \u00e9cartait les \u00e9cailles, r\u00e9cup\u00e9rant les quelques graines qu\u2019il croquait. Un moment s\u2019\u00e9coula, quand tout \u00e0 coup, la voix de Mourad le fit sursauter. Relevant la t\u00eate, il se rendit compte, que Mourad avait rebrouss\u00e9 chemin, et fait une petite halte. Les deux sacs pos\u00e9 sur le sol, les mains en porte voix, il brailla de nouveau:<br \/>\n-H\u00e9 Mahmoud ! Je t\u2019ai dit o\u00f9 se trouve Ibiza ? C\u2019est pr\u00e8s de Marseille ou en Italie ?<br \/>\n-Ni l\u2019un ni l\u2019autre, ignare ! C\u2019est en Espagne ! cria Mahmoud d\u2019un ton mi- ironique mi- amus\u00e9.<br \/>\nMourad \u00e9clata de rire:<br \/>\n-Tu l\u2019auras ton bac, mon vieux ! Je n\u2019y connais rien en g\u00e9o!<br \/>\n-Tu \u00e9tais champion en maths. Tu n&rsquo;aurais pas d\u00fb quitter le lyc\u00e9e! Hurla Mahmoud. Mourad qui s\u2019\u00e9tait remis \u00e0 marcher pour se rapprocher de son camarade, f\u00eet une moue dubitative, et tout en secouant lentement la t\u00eate, il s\u2019\u00e9cria :<br \/>\n-C\u2019est \u00e7a ! Moi, je ne suis pas f\u00eal\u00e9 comme toi ! Tu apprends tout par c\u0153ur. On m\u2019a m\u00eame dit, que tu m\u00e9morisais la solution des exercices de math. A cet instant, Mourad \u00e9tait devant Mahmoud. Tu as constamment, ton nez fourr\u00e9 dans un cahier, bon sang ! M\u00eame dans le bus qui t\u2019am\u00e8ne au lyc\u00e9e. Je t\u2019ai vu de mes propres yeux! Mahmoud fit une moue comme pour objecter.<br \/>\n-Ne me dis pas le contraire! releva Mourad. Ton cerveau ingurgite un tas de choses qui ne te serviront peut-\u00eatre jamais ! Il n\u2019y a m\u00eame pas de programme de divertissement pour souffler un peu, rench\u00e9rit-t-il, d&rsquo;un ton moqueur et blas\u00e9, \u00e0 la fois. Je vais te poser une question, et tu me r\u00e9ponds franchement, hein ? Mahmoud opina du chef.<br \/>\n&#8211; T\u2019apprends bien trois langues! Dis-moi, est ce que tu les parles toutes les trois ? Mahmoud fit une moue dubitative.<br \/>\n-L\u2019arabe classique ? lui dit Mourad sur un ton incisif.<br \/>\n&#8211; \u00c7a peut aller !<br \/>\n&#8211; \u00c7a devrait plut\u00f4t aller, mon vieux ! C\u2019est cens\u00e9 \u00eatre ta langue !<br \/>\n-Oui, pour la derdja (l\u2019arabe populaire) !<br \/>\n&#8211; Et, pour le Fran\u00e7ais et l\u2019anglais, est ce que tu te d\u00e9brouilles?<br \/>\n&#8211; Pas trop, avoua-t- il d\u2019un ton h\u00e9sitant. Pour le fran\u00e7ais, c\u2019est moins compliqu\u00e9. Mais, l&rsquo; anglais, ce n\u2019est pas \u00e9vident.Ce n&rsquo;est pas comme le fran\u00e7ais que tout le monde utilise , m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arabe ou au kabyle.<br \/>\n&#8211; En r\u00e9alit\u00e9, tu ne connais aucune langue vraiment. Ne te leurre pas, gros b\u00eata! Tu es juste un analphab\u00e8te trilingue ! trancha Mourad doctement.<br \/>\n-Toi, tu es encore plus idiot que moi. Un analphab\u00e8te, c\u2019est quelqu\u2019un qui ne sait ni lire ni \u00e9crire.<br \/>\n&#8211; Ouais, du fait qu\u2019il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Mais un v\u00e9ritable analphab\u00e8te peut s\u2019av\u00e9rer moins stupide qu\u2019on le pense! Avoir la chance d\u2019\u00e9tudier trois langues pour dire que tu n\u2019en parles aucune correctement! A mon avis, c&rsquo;est toi, l\u2019analphab\u00e8te ! ironisa-t-il. Feignant ne plus l\u2019\u00e9couter, Mahmoud se leva tranquillement, ramassa sa veste, la secoua avant de l\u2019enfiler, puis rentra ses mains dans ses poches, et fixant Mourad, il r\u00e9pondit ave un calme affect\u00e9:<br \/>\n&#8211; J\u2019en n\u2019ai rien \u00e0 glander de ce que tu penses! Contrairement \u00e0 toi, j\u2019\u00e9tudie, moi! Et, je serai diplomate ! Mourad leva un sourcil \u00e9tonn\u00e9. Profitant de cet effet de surprise, Mahmoud ajouta d&rsquo;un ton, confiant et provocateur, \u00e0 la fois:<br \/>\n&#8211; Je n\u2019aurai pas de probl\u00e8me de visa pour voyager, tu piges ! Comme aller \u00e0 Ibiza, par exemple ! Sans compter que les gens me respecteront ! rench\u00e9rit-il, en lui adressant un petit clin d\u2019\u0153il. Impassible, Mourad lan\u00e7a d&rsquo;un ton moqueur:<\/p>\n<p>&#8211; Non, mais, tu r\u00eaves! Tu es vraiment barjot, hein ! Diplomate, toi ? Descends sur terre, \u00e7a vaut mieux pour toi! Mahmoud prit un air ahuri comme quelqu\u2019un ayant vu subitement dans la rue une personne nue. Mourad, Pris aussit\u00f4t d\u2019un \u00e9clat de rires, frappait en m\u00eame temps sur ses cuisses avec le plat de ses mains, comme pour freiner les spasmes de rire lui coupant le souffle. Reprenant d\u2019un coup ses esprits, Mourad lan\u00e7a avec ironie:<br \/>\n&#8211; Diplomate ? Tu es vraiment na\u00eff! Un fils de planton, diplomate ? Mais, c\u2019est par filiation! Tu ne le savais pas? Nous les gens du bas, bougre d&rsquo;idiot, on ne peut pas acc\u00e9der \u00e0 ce poste, niet ! trancha-t-il, puis comme s\u2019il se parlait \u00e0 lui-m\u00eame, il marmonna, \u00ab il r\u00eave plus que moi, le pauvre! Il ne sera pas plus diplomate, que je ne serais PDG d\u2019une entreprise! Pourtant, c\u2019est mon r\u00eave de me lancer dans le bisness! \u00bb Fixant Mahmoud droit dans les yeux, il ajouta sans ambages:<br \/>\n&#8211; Entre nous, tu t\u2019es regard\u00e9? Tu n\u2019as pas la carrure pour cette fonction! Mahmoud lui fit un bras d\u2019honneur.<br \/>\n-En tout cas, moi, reprit Mourad, tranquillement, occultant le geste de son camarade, depuis que j\u2019ai quitt\u00e9 le lyc\u00e9e, je me sens peinard, et \u00e9tonnement lucide.<br \/>\n-Quelqu\u2019un de lucide ne farfouille pas dans les ordures, esp\u00e8ce d\u2019\u00e2ne b\u00e2t\u00e9, lui r\u00e9torqua Mahmoud avec une ombre d\u2019ironie et de m\u00e9pris dans la voix. Nullement d\u00e9stabilis\u00e9 par ses piques, Mourad r\u00e9pliqua aussit\u00f4t:<\/p>\n<p>-L\u2019\u00e2ne, c\u2019est toi ! Puisque tu es oblig\u00e9 d\u2019\u00e2nonner un tas de trucs, que tu ne comprends m\u00eame pas, et qui ne te serviront \u00e0 rien, \u00e0 part t\u2019abrutir ! ass\u00e9na-t-il en pouffant d\u2019un petit rire malicieux. Puis, il lui fit un bref salut de la main et tourna des talons. Mahmoud paraissait groggy. Mourad avait manifestement touch\u00e9 l\u00e0, une corde sensible. \u00ab Oh, la vache! Il n&rsquo;a pas tort. J\u2019apprends tout par c\u0153ur. En plus, je suis nul en math ! \u00bb se dit Mahmoud en lui m\u00eame avec un brin d\u2019amertume. Les bras ballant, il observait, perplexe, son copain qui s\u2019\u00e9loignait d&rsquo;un pas joyeux. \u00ab J\u2019envie son insouciance ou son inconscience, je ne sais plus trop! \u00bb se dit-il. Affubl\u00e9 de ses deux sacs, Mourad cheminait en sifflotant. Dans son esprit, il faisait bon vivre. Il avait un projet formidable. Ibiza, ne lui semblait plus tr\u00e8s loin\u2026<\/p>\n<p><span class=\" UFICommentActorAndBody\"><span class=\"\">Djamila Abdelli-Labiod<\/span> <\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour ceux qui appr\u00e9cie mes \u00e9crits, je vous invite \u00e0 lire le premier passage de , \u00a0\u00bb Survivre pour Ibiza\u00a0\u00bb, ceci, pour vous donner un avant go\u00fbt du r\u00e9cit. Il est vrai qu&rsquo;un critique litt\u00e9raire \u00e9m\u00e9rite, en a fait la critique, positive, je dois dire. 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